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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 06:53

« La présidentielle, Hollande y pense en nous rasant. » (Guillaume Bachelay, devenu député socialiste).


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Qui peut croire sérieusement qu’un Président de la République sortant de 62 ans puisse songer à ne pas se représenter pour un second mandat ? Qui peut croire que celui qui a toujours cru au miracle de la fin du chômage, faute d’y mettre tous les moyens rationnels, ne croira pas à sa chance in extremis ? Qui peut croire enfin que celui qui a déjà profité d’événements imprévisibles et inespérés (comme l’affaire d’un Sofitel aux États-Unis) ne rejouera pas une seconde fois ? Le Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, vient déjà de préciser les choses : il souhaite cette nouvelle candidature (déclaration du 9 septembre 2016). Si lui ne la souhaitait pas, qui d’autre en voudrait donc ?

Le jeudi 8 septembre 2016 à la Salle Wagram, à Paris, le Président de la République François Hollande a participé en principe à un colloque sur la démocratie face au terrorisme, organisé par la Fondation Jean-Jaurès. En réalité, ce fut un discours de campagne d’un pas-candidat qui voudrait rempiler pour cinq ans.

Ses propos s’adressaient très explicitement à Alain Juppé (« L’identité n’est ni heureuse, ni malheureuse. »), à Nicolas Sarkozy, à Bruno Le Maire, à Emmanuel Macron, à Arnaud Montebourg, à Benoît Hamon, à Jean-Luc Mélenchon… mais il aurait pourtant été intéressant que ses propos s’adressassent d’abord aux Français. Cela aurait été peut-être trop lui demander. Trop baigné dans la politique politicienne, François Hollande ne pense plus qu’à une seule chose, se faire réélire l’année prochaine.

Certes, un sondage récent insistait pour dire que 88% des sondés ne voulaient pas de la candidature de François Hollande, qui est le Président de la République le plus impopulaire de l’histoire de France. Toutes les hypothèses de tous les instituts de sondages situent les intentions de vote en sa faveur entre 10 et 15% et il serait disqualifié, dans tous les cas, pour le second tour.

Mais avec lui, on sait aussi qu’il ne faut jamais déclarer vaincu d’avance un prétendant avant la bataille. Jacques Chirac n’avait que 14% d’intentions de vote en automne 1994. Sa bataille cruciale n’est pas celle du second tour (il est convaincu que Marine Le Pen y serait qualifiée), mais celle du premier tour, avec deux objectifs : nettoyer les candidatures à gauche, et dépasser le candidat LR.

François Hollande n’a pas non plus oublié de fustiger Marine Le Pen, et même Donald Trump : « Nous savons qu’à chaque fois que, quand la démocratie doute d’elle-même, le nationalisme, le populisme, la démagogie y trouvent leur confort. Leurs partisans ont toujours le même discours, ils prétendent incarner le peuple contre les élites, dont ils sont généralement issus [cette phrase s’adressait aussi à Emmanuel Macron], et au niveau le plus élevé. Cela vaut en France, en Europe, et même aux États-Unis. ».

Et aussi étonnant que cela pourrait être, François Hollande pourrait réussir à franchir le premier tour. Parce que le camp LR est très divisé et que huit candidats vont s’affronter sans pitié pendant deux mois pour la primaire LR. Parce que François Hollande est en excellente forme physique et mentale : il a du ressort, de l’énergie, de l’optimisme pour lui, et peu de candidats en ont autant (pour ainsi dire, seuls Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon peuvent être à son niveau de "candidatude").

Personne ne conteste que le discours de Wagram est son premier véritable discours d’entrée en campagne électorale. Il a rappelé une chose simple : il a été élu au suffrage universel direct le 6 mai 2012, et peu de ses concurrents peuvent en dire autant (aucun sauf… son rival de 2012) : « Je veux le dire, au nom du suffrage universel, dont je suis, finalement, encore jusqu’au mois de mai, le seul qui ait eu l’onction : dans une démocratie, il y a l’élection. Ah, ce n’est pas facile, l’élection ! Il faut la mériter, il faut s’y préparer. Et il faut respecter les citoyens. ».

Le problème de François Hollande, c’est qu’il n’a jamais respecté les citoyens. Ses électeurs tout autant que l’ensemble du peuple français. Ne serait-ce que ce 8 septembre 2016 où il a scandaleusement dénaturé un colloque très intellectuel (sur le terrorisme en plus !) pour faire son discours très partisan (à ses côtés, tous ses courtisans du parti socialiste résiduel qui comptent encore sur lui pour leur propre carrière).

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Tout le monde trouve normal que François Hollande parte déjà en campagne. Même la nouvelle chaîne de télévision, France Info (TV), multiplie les rappels hagiographiques sur ce discours, donnant ainsi raison au journaliste Daniel Schneidermann : « la chaîne imaginée, voulue, rêvée par l’Élysée pour tenter de sauver 2017, bricolée à toute allure (…) qui va disputer au populisme sensationnaliste (…) le territoire périlleux et fascinant de l’info continue » (1er septembre 2016. Journaliste qui a rappelé avec raison, d’ailleurs : « De toute cette pelote embrouillée, se dégage la même conviction : la vieille croyance antique, magique, increvable, que ce sont les médias, et notamment la télévision (…) qui "font" une élection. Mais non. Ils ne "font" pas élire un candidat. (…) Tout au plus, reflètent-ils et amplifient-ils des thèmes, un climat, un air du temps. De manière d’ailleurs chaotique et aléatoire, et souvent en tirant dans les coins. » (8 septembre 2016).

Le thème du terrorisme (prévu de longue date) tombait bien puisqu’une tentative d’attentat devant Notre-Dame de Paris venait d’avorter (le 3 septembre 2016). Ce ratage n’a hélas pas pour origine la perspicacité des forces de l’ordre mais provient d’une succession de bêtises du gang de trois femmes fanatisées.

Face à cette réalité, il y a de quoi trembler de peur qu’une prochaine tentative d’attentat soit un peu "mieux" préparée… Que François Hollande fasse un bon diagnostic n’en fait pas forcément un bon médecin : « Le terrorisme islamiste ensanglante tous les continents, occupe des territoires, déstabilise des pays, massacre des populations, organise des attentats qu’il commandite ou qu’il inspire. (…) Cet ennemi est cruel, il endoctrine, enrôle et envoie ses recrues frapper des innocents. Cet ennemi est insatiable, il veut détruire le passé car les civilisations lui font horreur et interdire l’avenir parce qu’il va jusqu’à nier l’humanité. ».

Les incantations présidentielles sans crédibilité seraient risibles si des vies humaines n’étaient pas si terriblement en jeu : « Au terme de la lutte, la démocratie triomphera. (…) La démocratie sera toujours plus forte que la barbarie qui lui a déclaré la guerre. ». Et de continuer sur le même ton : « Les démocraties gagnent toujours les guerres. (…) C’est ainsi que les démocraties ont vaincu le nazisme. ». Il a dû apprendre l’histoire du monde dans "Pif Gadget"… en oubliant le rôle décisif de l’Union Soviétique de Staline dans la déconfiture du IIIe Reich de Hitler

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Sur le thème économique et social, François Hollande a joué aussi à "c’est-celui-qui-dit-qui-est". Pourfendant ceux, de ses adversaires, qui souhaiteraient adapter le modèle social français aux impératifs des temps actuels, il leur a pourtant donné raison : « Le modèle social doit sans cesse être modernisé, réformé, complété, pour pouvoir être adapté aux aspirations personnelles sans que son financement n’entrave la compétitivité des entreprises. »… et il a poursuivi avec un esprit résolument comique : « C’est d’ailleurs le sens des réformes que j’ai conduites depuis 2012, et dont je vous ferai grâce du rappel, ce serait trop long, cela nous prendrait la journée. » !!

Et pourtant de les rappeler en oubliant quelques détails, comme : « Notre système d retraites a été sauvegardé » sans dire que c’est grâce aux réformes de François Fillon en 2004 et d’Éric Woerth en 2010 ! Il a asséné des contrevérités comme « Les inégalités se sont réduites » (d’où a-t-il sorti ce constat ?).

François Hollande ne respecte pas les Français. Il les prend pour des demeurés. Il les assomme d’impôts et de taxe (30 milliards d’euros) au début de son quinquennat et il croit retrouver les faveurs des contribuables avec sa prétendue baisse d’impôt de …seulement 1 milliard d’euros ! Et ne parlons pas des entreprises, qui verraient une baisse de l’impôt sur les sociétés… seulement en 2020, soit trois ans après le départ du gouvernement actuel ! Pour un homme qui considère urgent de rendre les entreprises compétitives dans le monde globalisé, c’est assez curieux. En quatre ans, une entreprise a largement le temps de péricliter, de perdre un marché, des commandes, de s’effondrer par manque d’investissement… (j’ai travaillé pour une entreprise dont plus de la moitié du chiffre d’affaires correspondait à des produits qui n’étaient même pas conçus quatre ans auparavant).

François Hollande n’a jamais respecté non plus ses propres électeurs. Je peux comprendre leur déception. Je n’ai pas voté pour lui, et si j’avais voté pour lui, je n’aurais pas été déçu, car ceux qui avaient un peu de connaissance sur l’homme, ses réalisations, sa psychologie, auraient vite imaginé qu’il allait être un tel fossoyeur de la Ve République. Celui qui apporterait, sur un plateau d’argent, le pouvoir à une Marine Le Pen dédiabolisée, gauchisée, "pacifiée" même, "apaisée" comme le prétendent ses nouvelles affiches électorales. Entre un quart et un tiers de l’électorat, voici le SEUL bilan palpable aujourd’hui du quinquennat de François Hollande !

Ayant voté pour François Bayrou au premier tour du 22 avril 2012, je me suis posé la question du choix pour le second tour. Nicolas Sarkozy, Président sortant, était peut-être énervant, mais il était respectueux de la parole donnée. Il était peut-être cynique mais il ne prenait pas ouvertement ses interlocuteurs pour des demeurés pathologiques. Les vieilles ficelles de François Hollande sont éculées. Il a cinquante ans de retard et l’ère des réseaux sociaux, de l’actualité immédiate, des buzz, impose un minimum de respect dans les discours, les promesses, les engagements.

Finalement, mon choix s’était porté sur les valeurs et pas sur la politique économique. La politique économique m’aurait de toute façon porté à préférer Nicolas Sarkozy à François Hollande, mais j’ai connu beaucoup d’amis qui, plaçant, avec raison, les valeurs devant la politique économique, ont choisi François Hollande.

J’avais notamment écrit que « tout laisse à penser qu’en cas d’élection de François Hollande, le FN relooké en parti marine au culte de la personnalité encore plus criant qu’à l’époque paternelle verrait son audience encore monter » et que « [la] conséquence, c’est aussi un renforcement du parti de Marine Le Pen qui a toujours prospéré sous les gouvernements de gauche qui, par une erreur de discernement, ne va pas manquer d’accroître les inégalités sociales et la précarité » (4 mai 2012).

Or, mon analyse de l’époque a été que François Hollande ne défendait aucune valeur. Aucune morale. Pas qu’il soit immoral (il est comme quasiment tout le monde, cherche à faire le bien si cela sert ses intérêts), mais qu’il n’est pas pourvu de structure de valeurs. De structure personnelle. Jacques Chirac pouvait certes passer en quelques années du travaillisme à la française au thatchérisme, mais il avait un fond de valeurs très fortes, celles qui lui ont fait prononcer le discours du Vel’ d’Hiv’ du 16 juillet 1995 ou celles qui lui ont fait refuser systématiquement toute alliance avec l’extrême droite, même quand cela aurait pu l’avantager électoralement.

Pour François Hollande, je ne ressens aucune colonne vertébrale morale. Il a permis, dans la plus grande discrétion législative, que les embryons humains puissent devenir de simples matériaux d’expérimentation scientifique… Il a montré qu’il n’avait jamais dû éduquer ses enfants pour proposer à une adolescente de (re)venir en France sans ses parents… Il a réformé la loi sur l’interruption volontaire de grossesse en dénaturant son esprit d’origine… Enfin, il n’a pas hésité, après les attentats de Paris du 13 novembre 2015, à puiser dans le programme du Front national pour déconcerter ses adversaires de l’UMP avec la déchéance de la nationalité (l’arroseur fut néanmoins arrosé ; trop de cynisme tue le cynique !).

Il n’avait jamais gouverné avant d’arriver à l’Élysée. Il ne savait faire que de la politique politicienne. Il a joué le rôle du mystérieux "Caton", supposé élu de droite, qui avait écrit "De la Reconquête" en 1983, et qui avait plongé la droite dans la suspicion mutuelle (c’était une opération tordue téléguidée par l’Élysée mitterrandien, et l’exécutant était ce jeune énarque qui avait un peu de temps devant lui car affecté à la Cour des Comptes, choisie car cela lui donnait justement du temps pour la politique !).



Si l’on veut comprendre les raisons de ses décisions depuis 2012, il suffit de les prendre selon la seule perspective de ses intérêts tactiques de politicien chevronné : la fusion insensée des régions (pour éviter un effondrement socialiste aux élections régionales ; objectif à moitié atteint), la retenue à la source de l’impôt sur le revenu (avoir les faveurs de l’aile gauche du PS au congrès des 5 au 7 juin 2015 à Poitiers ; objectif raté), le droit de vote aux étrangers (là, il y a renoncé par manquement de majorité, l’objectif aurait été d’avoir les faveurs d’une certaine population, pourtant heurtée par le mariage gay), etc.

Résultat, François Hollande a montré qu’il était le Président le plus calamiteux de la Ve République. Il ne l’a pas été par des actions certes discutables mais défendables, mais par ses intentions purement politiciennes, qui n’ont rien à voir avec l’intérêt général, ni avec l’intérêt économique des Français, ni avec l’intérêt national de la France. Et aussi par une communication qui montre à quel point il prend les Français pour des demeurés. Persévérer dans ce type de langue de bois ne peut faire que le jeu des extrêmes qu’il fustigeait pourtant ce 8 septembre 2016 avec cette explication fort valable, dommage qu’il soit aveugle de ses propres mots : « Que l’espérance vienne à manquer, que la défiance gagne, aussitôt, l’extrémisme fait son retour. ». Mais qui diable est responsable, en France, depuis 2012, de cette défiance qui frappe si durement le gouvernement ?

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C’est pour cela que, dans tous les cas, il me serait impossible de voter pour François Hollande lors d’un second tour. Je ne pourrais assumer non seulement les erreurs futures mais aussi les erreurs du quinquennat actuel car voter pour lui serait lui donner quitus de son action actuelle et passée. Quand j’affirme cela, j’en mesure la gravité, car je ne souhaite pas, non plus, favoriser l’élection de Marine Le Pen. Pourtant, je connais certains amis, modérés comme moi, refusant tout compromis avec les extrêmes, qui refuseraient, comme moi, obstinément, d’accorder leur voix à François Hollande lors d’un second tour, le cas échéant.

Dans certains sondages, François Hollande serait vaincu par Marine Le Pen dans l’hypothèse d’un second tour. Ce choix, entre François Hollande et Marine Le Pen, serait une véritable catastrophe pour l’avenir de la France et un boulevard pour les extrêmes. François Hollande en rêve car il croit qu’il gagnera sans difficulté. Il se trompe.

J’en viens à ma conclusion : si vous souhaitez éviter à tout prix l’élection de Marine Le Pen au second tour, le meilleur moyen, c’est de ne surtout pas voter pour François Hollande au premier tour. Toute voix au premier tour lui apporterait la capacité d’être qualifié au second tour, mais il ne serait pas forcément en position de favori.

J’avais déjà évoqué le cas dès le 22 septembre 2014 lors du retour politique de Nicolas Sarkozy : après avoir voté pour Jacques Chirac au second tour de 2002, les électeurs socialistes se retrouveraient peut-être obligés de voter pour Nicolas Sarkozy, le cas échéant, dès le premier tour de 2017 s’ils voulaient résolument barrer la route à une Le Pen. Ce serait cocasse…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu

(Les cinq photographies modifiées proviennent de clichés de la Présidence de la République).


Pour aller plus loin :
(Presque) pas candidat ?
La lepénisation de François Hollande.
Hors-sol.
Sept maux sur ordonnances.
Emmanuel Macron.
Le terrorisme islamiste.
Nuit Debout.
Qui l'eût crue ?
Faut-il haïr le football ?
Présidentielle 2017.
La France archaïque.
L’entre-soi.
Le discours au Théâtre du Rond-Point le 3 mai 2016 (texte intégral).
Grande nation cherche Président de la République.
Manuel Valls.
La méthode de François Hollande, efficace à 0%.
Le livret citoyen.
François Hollande, le grand calculateur.
François Hollande et le manque d’ambition.
François Hollande et Angela Merkel.
La déchéance de la République ?
L’annonce de la déchéance de la nationalité (23 décembre 2015).
La démission de Christiane Taubira (27 janvier 2016).
François Hollande sécuritaire (16 novembre 2015).
Loi n°2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160908-hollande.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-hollande-candidat-en-2017-184536

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/09/12/34311627.html

 

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ckikadikoi 13/10/2016 00:55

un naufrage

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