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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 06:11

« Sarkozy, c’est le seul qui a été obligé de passer par l’Élysée pour devenir Premier Ministre. » (Jean-Louis Borloo, Prix Humour et Politique 2008).


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L’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy a été le premier invité de la nouvelle émission politique de France 2 diffusée en direct ce jeudi 15 septembre 2016. Au titre très original, "L’émission politique", elle a pour but de suivre toute la campagne présidentielle. Animée par David Pujadas (de France 2) et Léa Salamé (de France Inter), elle est peu différente de la précédente, "Des paroles et des actes" animée aussi par David Pujadas.

Parlons rapidement de l’émission : comme la précédente, c’est une émission interminable, et parfois ennuyeuse, des "Français" sont appelés à interroger l’invité (on se demande bien alors pourquoi les journalistes ne sont pas considérés comme des "Français") et le côté trop long fait que l’émission déborde évidemment sur les horaires, ce qui est dommage puisque la pépite se trouve à la fin (voir plus loin).

2,7 millions de téléspectateurs auraient regardé l’émission, ce qui a placé France 2 en troisième position derrière TF1 (6 millions de téléspectateurs) et M6, au top grâce à des séries télévisées.

De fait, Nicolas Sarkozy, qui a excellemment bien préparé sa prestation, est ressorti sans surprise de cette émission avec sa capacité de conviction intacte et son charisme que ses détracteurs auraient grand tort de minimiser. Il sera un rude concurrent pour Alain Juppé pendant ces deux prochains mois.

Si l’inconsistance ricanante de David Pujadas n’était pas vraiment une surprise, on pouvait être déçu par Léa Salamé qui, à mon avis, pêche trop par amour-propre dans la volonté de vouloir piéger son invité (elle ne voudrait surtout pas qu’on lui parle d’allégeance avec les politiques).

En effet, Léa Salamé n’a jamais cherché à mieux connaître ou critiquer le programme de Nicolas Sarkozy mais simplement à le placer en contradiction. Et pour cela, elle a ressorti son discours d’investiture de candidat …du 14 janvier 2007 (sans se rappeler qu’entre temps, il y a eu une nouvelle élection en 2012).

Or, à l’époque (comme maintenant), Nicolas Sarkozy avait expliqué qu’il ne voulait pas changer les institutions, qu’il défendait la Ve République, qu’il voulait la garder. Léa Salamé a cru mettre cette déclaration en contradiction avec sa volonté de réviser la Constitution pour permettre de légiférer contre le port du burkini sur les plages. Évidemment, c’étaient des sujets complètement indépendants et la défense de la Ve République n’avait pas empêché Nicolas Sarkozy de réaliser une réforme de la Constitution (réussie, elle !) qui a apporté de nouveaux droits aux citoyens (en particulier la QPC).

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Léa Salamé s’est enfermée dans son scénario qui n’avait aucune prise, évidemment, sur Nicolas Sarkozy. Il avait beau jeu de répondre qu’il n’avait pas changé depuis dix ans sur le sujet des institutions mais que le burkini, après le voile et la burqa, n’était qu’une provocation de plus contre le mode de vie français et qu’il fallait que la République puisse réagir en conséquence. À la question : pourquoi ne pas avoir parlé de burkini en 2007, il a pu répondre qu’il n’y avait pas de problème à ce sujet à l’époque, fortifiant ainsi sa position.

Si Léa Salamé s’était vraiment préoccupée de se confronter aux idées de son interlocuteur, si elle avait vraiment joué le rôle d’une journaliste indépendante, elle serait allée sur le terrain de Nicolas Sarkozy et lui aurait demandé d’expliciter quelle révision de la Constitution il proposerait de faire pour interdire le burkini et comment une loi pourrait faire la différence entre un burkini et un vêtement de plongée sans tuba ni palmes.

Le problème, c’est que les journalistes, plus narcissiques que passeurs, ne vont jamais au fond des choses et cherchent juste la petite phrase qui les ferait mousser et qui doperait leur carrière… Pour Léa Salamé, c’est dommage car elle vaut certainement mieux que cela.

C’était la même chose pour David Pujadas qui a repassé un discours de Nicolas Sarkozy au Grenelle de l’Environnement qui mettait la priorité sur la réponse politique au changement climatique, tandis qu’aujourd’hui, il met surtout en avant l’enjeu démographique (les 400 millions d’habitants du Nigeria, dont 22 à Lagos, l’ont, semble-t-il, terrifié !).

Là encore, David Pujadas aurait été mieux inspiré, pour éclairer ses téléspectateurs, de demander à Nicolas Sarkozy en quoi consistait, concrètement, sa préoccupation de la démographie mondiale. Et de rappeler que ce thème est l’un des thèmes récurrents de l’extrême droite. Nicolas Sarkozy a même enfoncé une porte ouverte en disant que dans quelques jamais, il y aurait 9 milliards de personnes et que jamais il n’y aurait autant de monde ! En fait, jamais il n’y a eu autant de monde à chaque époque, vu que la population mondiale croît sans cesse, et déjà en 1950, des esprits malthusiens mal inspirés s’inquiétaient de cette croissance démographique…

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Dans ces échanges, la mauvaise méthode des journalistes a nettement bénéficié à Nicolas Sarkozy qui a même réussi à se montrer convaincant sur le thème de l’immigration et de la nécessité, selon lui, d’arrêter les "flux" migratoires.

Léa Salamé a certes insisté sur l’aspect humanitaire d’accueillir les réfugiés et sur la faible proportion des nouveaux arrivants par rapport aux 67 millions de Français, mais Nicolas Sarkozy a expliqué qu’un chef de l’État ne devait pas réagir seulement avec son cœur mais aussi avec la raison et son sens des responsabilités. Même les comparaisons avec l’Allemagne se sont retournées en sa faveur puisque le résultat des dernières élections régionales avaient donné le 4 septembre 2016 un grand afflux d'électeurs au parti nationaliste AFD dépassant la CDU de la Chancelière Angela Merkel, désavouée donc par le peuple allemand.

Lui qui avait été fier de se rendre à Saint-Jean-de-Latran, Nicolas Sarkozy aurait pu aussi être interrogé sur les déclarations du pape François, par exemple, demandant que chaque pays vienne en aide aux réfugiés, au lieu de citer Michel Rocard sur sa fameuse déclaration qu’il a effectivement dit le 3 décembre 1989 dans l’émission "Sept sur sept" sur TF1, sans la réserve qu’il a voulu rajouter plus tard.

Même sur l’affaire Bygmalion, Nicolas Sarkozy a constaté qu’il avait subi plus de quatre-vingt-dix heures d’entretiens avec des juges en quatre ans et qu’il n’avait jamais eu une seule condamnation… Et il a cité les accusations injustes faites à la télévision publique contre Dominique Baudis.

Nicolas Sarkozy s’est payé aussi le luxe d’observer avec ironie que, lorsqu’on faisait remarquer que lors de son discours du 14 janvier 2007, il était encore très jeune (cela fait vieillir, de gouverner !), François Fillon semblait d’accord avec lui !

Sur les thèmes économiques et sociaux, rien ne lui a été demandé pour justifier les 50 à 100 milliards d’euros d’économie des dépenses publiques, surtout à un moment où des besoins en santé, en sécurité et en enseignement sont élevés. Nicolas Sarkozy a aussi demandé de réduire le nombre de contrôles fiscaux, considérant que les Français en ont assez qu’on les soupçonne alors que l’administration fiscale est tolérante avec les gros fraudeurs (Jérôme Cahuzac n’a été pris la main dans le sac qu’en raison d’un article de Mediapart).

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J’écrivais que la pépite se trouvait à la fin. Effectivement, pour terminer l’émission, la très dynamique et pétillante Charline Vanhoenacker, qui officie aussi sur France Inter (comme Léa Salamé), a fait une excellente chronique, avec un esprit très fin et subtil, apportant beaucoup de fraîcheur à l'émission. Elle a présenté la facture de l’émission à Nicolas Sarkozy (allusion aux fausses factures de Bygmalion) et lui a demandé des nouvelles de …Paul Bismuth ! Visage blême de Nicolas Sarkozy qui, quelques secondes plus tard, s’est repris avec un sourire de façade pour garder bonne contenance juste avant le générique de fin.

On pourrait penser que c’est un peu traître de la part des concepteurs de l’émission de ne pas redonner la parole à l’invité juste après Charline Vanhoenacker, mais son humour croustillant est féroce, certes, mais pas méchant et a visiblement plus le but de faire rire ou sourire que d’enfoncer le candidat dans ses retranchements, c’est peut-être ce désintéressement qui fait que cette férocité est sans doute très acceptable…

Que l’on le craigne ou que l’on s’en réjouisse, Nicolas Sarkozy restera un animal politique toujours très combatif et sera, dans tous les cas, un acteur majeur de la précampagne présidentielle de 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nicolas Sarkozy, star de "L’émission politique".
Nicolas en Sarkini.
Une combativité intacte.
Discours du 30 mai 2015 à la Villette.
Les 60 ans de Nicolas Sarkozy.
Je suis Charlie.
Mathématiques militantes.
Le nouveau paradigme.
Le retour.
Bilan du quinquennat.
Sarkozy bashing.
Ligne Buisson ?
Stigmatisation.
Transgression.
Sarcologie et salpicon socialistes.

_yartiSarkozy2016091505




http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160915-sarkozy.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nicolas-sarkozy-star-de-l-emission-184711

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/09/16/34328470.html

 

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