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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 06:29

« Il n’y a personne sur la scène mondiale qui puisse prétendre se mesurer à moi. Mon habileté, mes qualités humaines, mon passé sont hors de discussion. Tous en rêvent et c’est à eux de démontrer qu’ils sont meilleurs que moi et non l’inverse. » (Silvio Berlusconi, mars 2001).


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Le milliardaire milanais Silvio Berlusconi, l’un des hommes les plus riches d’Italie, fête ses 80 ans ce jeudi 29 septembre 2016. S’il est en retraite de la vie politique, il n’est pas encore en retraite judiciaire.

En effet, l’homme d’affaires qui a jonglé avec ses affaires, ses médias et ses activités politiques a été impliqué dans un nombre considérable de scandales politico-financiers mais n’a été condamné définitivement que dans une seule affaire, celle de Mediaset, le groupe télévision de sa holding Fininvest, pour "faux en bilan, fraude fiscale et abus de bien sociaux". Condamné en première instance le 26 octobre 2012 par le tribunal de Milan à quatre ans de prison ferme, condamnation confirmée en appel le 8 mai 2013, il a été définitivement condamné le 1er août 2013 par la cour de cassation à un an de prison ferme et cinq ans d’interdiction d’exercer un mandat public. Jusqu’à cette date, il avait toujours réussi à éviter la condamnation définitive, virevoltant d’acquittement en non-lieu.

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Silvio Berlusconi était un grand ami de Bettino Craxi, chef du Parti socialiste italien, du 16 juillet 1976 au 14 février 1993, qui fut Président du Conseil du 4 août 1983 au 17 avril 1987. Bettino Craxi, lui, fut de très nombreuses fois mis en cause dans la vaste opération Mani pulite (Mains propres) qui décima la classe politique italienne au début des années 1990. Bettino Craxi fut condamné à vingt-sept ans et demi de prison ferme, s’est enfui courageusement en 1994 en Tunisie, comme un vulgaire escroc, pour ne pas être incarcéré et y est mort le 19 janvier 2000 à 65 ans.

Bettino Craxi avait activement aidé Silvio Berlusconi à bâtir son groupe de finances (banques, etc.) et de médias (trois chaînes de télévision, maisons d’édition) dans les années 1980 et fut à la fois son témoin de mariage et le parrain d’un de ses enfants, ce qui montrait les liens très intimes qu’entretenaient les deux hommes. À l’origine, la richesse de Berlusconi provenait d’investissements immobiliers réalisés à Milan dans les années 1960.


Berlusconi et la France

Les Français, eux, n’ont vraiment découvert l’existence de Silvio Berlusconi qu’en été 1985 …grâce à François Mitterrand, par l’entremise du socialiste Craxi. Michèle Cotta a noté dans ses "Cahiers secrets" le 30 juillet 1985 : « Il paraît que Berlusconi amuse beaucoup Mitterrand, avec son bagout à l’italienne. ». On l’imagine assez bien, vu qu’il s’est entiché également, un peu plus tard, de Bernard Tapie, au bagout marseillais.

Quel rapport entre Berlusconi et Mitterrand ? Juste avant les élections législatives du 16 mars 1986 qui promettaient un désastre aux socialistes, François Mitterrand a souhaité "offrir" une chaîne de télévision privée aux Français. Plus franchement, le PS, convaincu de retourner dans l’opposition, souhaitait bénéficier d’une chaîne de télévision privée (indépendante du pouvoir) qui lui fût proche.

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Au lieu d’imaginer une chaîne culturelle, comme la future Sept (puis Arte), l’Élysée a préféré la concéder à Berlusconi qui était déjà très connu en Italie avec sa télé à paillettes. Le contrat fut signé le 20 novembre 1985 et a donné à Silvio Berlusconi le titre de numéro deux (il le fut jusqu’en 1992). L’intérêt de Berlusconi, c’était qu’il pouvait revendre (très cher) à La Cinq ses programmes de télévision déjà acquis en Italie (il a fait doubler plusieurs séries américaines qui n’avaient encore jamais été diffusées en France).

La Cinq a diffusé ses premières émissions en France le 20 février 1986 (à moins d’un mois des élections) mais après deux changements (arrivée de Robert Hersant puis de Hachette) et une dette abyssale, a déposé son bilan le 31 décembre 1991 et a arrêté d’émettre le 12 avril 1992 après une dernière tentative de Silvio Berlusconi le 16 janvier 1992 (découragé par le gouvernement de nouveau socialiste le 24 mars 1992) et sa liquidation judiciaire le 3 avril 1992. La nouvelle chaîne Arte a diffusé alors ses émissions sur le même canal à partir du 28 septembre 1992.

Voyons ce qu’en disait Michèle Cotta, à l’époque Présidente de la Haute Autorité de l’Audiovisuel, futur CSA : « Ce qui m’amuse, là-dedans, c’est qu’on a parlé toute l’année, le Président, surtout, dans [sa conférence de presse du 16 janvier 1985], de construction audiovisuelle originale, faite de chaînes verticales regroupant des réseaux de dimension nationale et chapeautant des stations locales, c’est qu’on a demandé un rapport à l’avocat Jean-Denis Bredin [remis le 20 mai 1985] sur l’organisation des télés privées, et que tout cela débouche sur une chaîne à l’italienne avec paillettes et feuilletons américains ! (…) Je ne comprends pas la frénésie avec laquelle le gouvernement et le Président se jettent dans cette distribution internationale de nouvelles licences de télévision. (…) Berlusconi, ça non, je n’aurais jamais osé ! » (30 juillet 1985).

À noter que Frédérique Bredin, qui aura 60 ans le 2 novembre prochain, fille de l’avocat en question, énarque de la fameuse promotion Voltaire, brillante inspectrice des finances, fut conseillère à l’Élysée à partir de 1986 puis jeune ministre de François Mitterrand, à la Jeunesse et aux Sports du 16 mai 1991 au 30 mars 1993 et préside depuis le 26 juin 2013 le Centre national du cinéma et de l’image (CNC), nommée par François Hollande (son ancien condisciple de l’ENA).

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François Mitterrand a affirmé à Michèle Cotta le 9 avril 1986 : « Moi, vous savez, je n’ai vu Berlusconi qu’une seule fois, une demi-heure, chez Craxi. Il n’y avait pas d’autre opérateur, voilà tout, à partir du moment où le gouvernement ne voulait pas de la CLT ! ». Mais Michèle Cotta a quand même noté : « Bien d’autres versions sont à retenir sur les rencontres d’alors à l’Élysée où Berlusconi, à son aise comme toujours, aurait chanté "La Marseillaise"… ».


Berlusconi et la politique

Je limiterai ici l’évocation de Silvio Berlusconi à sa seule trajectoire politique et de façon très succincte. En France, on essayerait d’imaginer son équivalent français, mais il n’y en aurait pas vraiment, même si on pouvait penser à un Bernard Tapie. En fait, il n’y a pas (encore !) de Donald Trump ni de Silvio Berlusconi en France. Ceux qui ont réussi à s’enrichir à un très haut niveau sont généralement aussi discrets que leur fortune est élevée. On les imaginerait mal se lançant dans la politique. On peut certes citer Serge Dassault (ou son père Marcel Dassault) mais ils n’ont jamais fait de politique à un niveau national en vue de conquérir l’Élysée.

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Son groupe était criblé de dettes (environ 2 milliards d’euros) et son protecteur politique Bettino Craxi était en fuite. L’opération Manu pulite venait de faire le vide dans le paysage politique. De nouvelles opportunités se présentaient à l’homme d’affaires. Tout a donc commencé le 26 janvier 1994, quelques semaines avant les élections législatives par une déclaration fracassante à la télévision : « J’ai choisi de descendre sur le terrain et de m’occuper de la chose publique. (…) Je ne veux pas vivre dans un pays non libéral, gouverné par des forces immatures et des hommes liés à un passé politiquement et économiquement désastreux. ». Il s’est justifié plus tard, très narcissique : « Je me suis regardé dans le miroir et je me suis dit que je ne pouvais laisser le pays à ces gens-là. ».

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Concrètement, il a créé ex nihilo un nouveau parti politique, Forza Italia, qui n’avait aucune racine, aucune tradition politique mais qui souhaitait clairement investir le terrain laissé par la Démocratie chrétienne (dans son positionnement). Dans ses recommandations aux candidats-employés qui se réclamaient de lui, il proposait : « Attention à votre haleine. Soignez votre apparence. Jetez aux ordures les chaussettes courtes. Choisissez de préférence des couleurs sombres. Soyez toujours souriants. Ne serrez pas trop fort la main, et surtout, n’ayez jamais les mains moites. ». Au règne de l’apparence, rien n’est détail.

La campagne fut excessivement démagogique (il a promis des millions d’emplois) et a su faire des alliances habiles avec la Ligue du Nord d’Umberto Bossi (un parti séparatiste) et l’Alliance nationale de Giovanni Fini (issu du MSI). Contre toute attente, la coalition remporta la majorité absolue dans les deux chambres lors des élections (anticipées) du 27 mars 1994 : 366 sièges sur 630 (42,8%) face à l’ancien secrétaire général du Parti communiste italien Achille Occhetto, 213 sièges (34,3%).

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Silvio Berlusconi fut alors désigné Président du Conseil du 10 mai 1994 au 17 janvier 1995. La coalition n’a pas tenu longtemps. Le traitant de "Berluskaiser", Umberto Bossi a rompu avec Berlusconi le 22 décembre 1994, ce qui provoqua la chute de son gouvernement.

Se moulant dans son personnage politique, Silvio Berlusconi a dominé par sa personnalité particulière une quinzaine d’années de la vie politique italienne, parallèlement à une très intense actualité judiciaire (mêlé à de nombreuses affaires dès 1994).


"Berluskaiser"

Après sa première (courte) expérience du pouvoir, et malgré les scandales financiers et aussi sexuels (Rubygate), Silvio Berlusconi retrouva deux autres fois la Présidence du Conseil des ministres, du 11 juin 2001 au 17 juin 2006 puis du 8 mai 2008 au 16 novembre 2011. Cette longévité, assez rare en Italie, l’a placé parmi les trois chefs de gouvernement italien ayant eu la plus grande longévité depuis la Réunification italienne en 1861, et le premier depuis la dernière guerre !

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Du 1er juillet 2003 au 31 décembre 2003, il fut même le Président du Conseil Européen, selon la règle des présidences tournantes. Perdant de nouveau la majorité absolue à cause de la défection de son principal allié Umberto Bossi, Silvio Berlusconi remit sa démission le 12 novembre 2011.

Président de Forza Italia (ou Peuple de la Liberté) depuis le 18 janvier 1994, il fut élu député européen du 20 juillet 1999 au 10 juin 2001, député du 15 avril 1994 au 14 mars 2013 et sénateur du 15 mars 2013 au 27 novembre 2013, démis de son mandat par sa condamnation définitive.

Parce qu’il a plus de 70 ans, Silvio Berlusconi n’ira jamais en prison. Il a acquis une expérience politique que très peu de personnalités politiques "professionnelles" italiennes voire internationales pourraient revendiquer… Dans quelques semaines, aux États-Unis, Donald Trump voudrait tenter la même aventure que Berlusconi. Il a 70 ans. En septembre 2011, alors qu’il était encore chef du gouvernement, "il Cavaliera" avait déjà… 75 ans !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Carlo Ciampi.
Silvio Berlusconi.
Umberto Eco.
Virginia Raggi.
La révolution institutionnelle italienne.
Renzusconi franchit le Rubicon.
Enrico Letta, un nouveau visage en Europe.
Habemus Lettam (29 avril 2013).
Discours d’Enrico Letta du 26 octobre 2013 à Paris.
Giorgio Napolitano.
Le compromis historique.
Aldo Moro.
Erasmus.
L’Europe, c’est la paix.
L’Europe des Vingt-huit.
Mario Draghi.
Tournant historique pour l’euro.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160929-silvio-berlusconi.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/berlusconi-le-pre-trump-italien-185007

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/09/29/34352528.html




 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Europe et Union Européenne
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