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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 05:26

« Il vient de Moscou et il en rougit. » (Robert Bruyneel, ancien ministre, député du Loir-et-Cher, dans l’Hémicycle, le 14 mars 1957). Seconde partie.


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Après avoir évoqué le début de la carrière politique de Jacques Duclos, voici la seconde partie, l’apparatchik, le parlementaire et le candidat à l’Élysée.


Le véritable numéro un du PCF

Dans les années 1950 et 1960, Jacques Duclos fut dans les faits, le numéro un du PCF en raison de la maladie de Maurice Thorez, victime d’une attaque d’hémiplégie le 10 octobre 1950 et soigné entre 1950 et 1956 en Union Soviétique. Jusqu’à la désignation, par Maurice Thorez, de Waldeck Rochet le 17 mai 1964, au secrétariat général du PCF (peu avant la mort de Maurice Thorez le 12 juillet 1964), Jacques Duclos s’occupa de toutes les affaires du PCF, en particulier, procéda aux exclusions très politiques d’André Marty, de Charles Tillon (ancien ministre) et d’un rival de Maurice Thorez, Auguste Lecœur (ancien ministre). Il a soutenu également Moscou lors de l’insurrection hongroise de 1956 et approuva la répression soviétique à Prague en 1968. En revanche, il a rejeté le procès en déstalinisation intenté par Nikita Khrouchtchev.

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L’antimilitarisme de Jacques Duclos le fit arrêter (malgré son mandat parlementaire) le 28 mai 1952 en raison d’une manifestation violente contre la venue à Paris du général Matthew Ridgway, qui venait d’être nommé, du 20 mai 1952 au 1er juillet 1953, commandant suprême des Forces alliées de l’OTAN (succédant à Dwight Eisenhower). Les communistes l’accusaient d’avoir utilisé des armes bactériologiques contre la Corée du Nord lors de la guerre de Corée (il avait succédé au général Douglas MacArthur le 11 avril 1951 comme commandant en chef des forces des Nations Unies). Il resta en prison jusqu’en juillet 1952, ce qui le rendit encore plus populaire (son immunité parlementaire ne fut finalement pas levée en novembre 1953).

En 1953, Jacques Duclos a reçu des documents confidentiels sur l’effort de guerre de la France en Indochine. Ces fuites ont créé en 1954 des remous au sein même du gouvernement de Pierre Mendès France qui soupçonnait son Ministre de l’Intérieur François Mitterrand.


Sénateur de la Ve République

Après s’être opposé au retour du Général De Gaulle et à l’instauration de la Ve République, Jacques Duclos fut battu le 30 novembre 1958 à Montreuil par un médecin gaulliste. Il fut ensuite élu sénateur aux élections du 26 avril 1959 et fut réélu le 22 septembre 1968, restant donc parlementaire jusqu’à sa mort.

Durant les années au Sénat, Jacques Duclos fut toujours un parlementaire très actif tout en gardant une grande influence au sein de l’appareil du PCF. Présidant le groupe communiste au Sénat, il est souvent intervenu à propos de l’Algérie, aussi pour réclamer la construction d’un million de logements sociaux ; il proposa un nouveau statut de la Radio-Télévision Française (21 mai 1963), la majorité à 18 ans ; il vota la loi Neuwirth le 5 décembre 1967.

Lors de la séance de questions au gouvernement du 12 novembre 1974, Jacques Duclos a eu une altercation avec Michel Poniatowski, Ministre de l’Intérieur, sur ses propos concernant le PCF qualifié de parti « totalitaire de caractère fascisant », créant un incident et une suspension de séance. Jacques Duclos s’est abstenu lors du vote de la loi Royer sur les petits commerçants, et a voté le 28 juin 1974 la loi fixant à 18 ans l’âge de la majorité, et un peu plus tard, la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse.


Visées présidentielles

En septembre 1965, avec Waldeck Rochet, il apporta son soutien à la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de décembre 1965 « puisqu’il est le candidat commun des partis de gauche signataires du programme commun de gouvernement » (cité par le "Dictionnaire des parlementaires français").

Favorable au "non" au référendum du 27 avril 1969 sur la régionalisation, Jacques Duclos fut investi comme candidat à l’élection présidentielle qui a suivi le départ de De Gaulle. Ce fut la première fois que les communistes ont pu compter leurs voix malgré la crainte d’être laminés par le scrutin présidentiel.

L’annonce a eu lieu le 5 mai 1969 rue Lafayette à Paris. Michèle Cotta a décrit le nouveau candidat ainsi : « Il n’est pas de prime jeunesse, évidemment. Son apparence physique ne plaide pas en sa faveur. Et, vieux stalinien qu’il est, il est loin d’incarner le renouveau du PC. Defferre et Jean-Jacques Servan-Schreiber ne jugent pas dangereux le candidat communiste. Ils n’en ont nullement peur. ».

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Pour expliquer sa candidature, Jacques Duclos déclara à Michèle Cotta le 6 mai 1969 : « Nous n’étalerons pas de tapis rouge sous les pas du leader de la gauche non communiste. Ce serait trop simple ! ».

Michèle Cotta, qui a accompagné Jacques Duclos en campagne, a reconnu le 22 mai 1969 : « Je m’étais trompée en pensant que Duclos était un mauvais choix. Il fait au contraire une campagne formidable : il est partout (…) tout en gardant son énergie intacte pour les enregistrements télévisés. (…) Il rigole tout le temps, avec ses petits yeux pétillants sous ses lunettes. ».

Grâce à sa verve et à son côté bonhomme, Jacques Duclos, qui avait déjà 72 ans, fit une campagne très appréciée et a atteint le 1er juin 1969 la troisième place, frôlant de justesse sa qualification pour le second tour (à moins de 500 000 voix près) avec 21,3% des voix, dépassant de beaucoup tous les autres candidats qui se réclamaient de gauche, en particulier Gaston Defferre (5,0%), Michel Rocard (3,6%) et Alain Krivine (1,1%).

Refusant de soutenir le candidat centriste Alain Poher face au candidat gaulliste Georges Pompidou (appel à l’abstention du 2 juin 1969), Jacques Duclos employa sa fameuse formule (déjà utilisée par lui avant le premier tour) : « Pompidou-Poher, c’est blanc bonnet et bonnet blanc ! ». Michèle Cotta observa, séduite : « On ne peut pas mieux trouver : court, compréhensible par tous, impertinent, rigolo. Jacques Duclos aura mis de bout en bout les rieurs de son côté. » (14 juin 1969).

Pour l’élection présidentielle de 1974, précipitée par la mort de Georges Pompidou, Jacques Duclos n’était pas partisan d’une candidature unique de la gauche derrière François Mitterrand. Claude Estier, qui fut l’émissaire de François Mitterrand au PCF (et qui est mort récemment à 90 ans le 10 mars 2016), expliqua à Michèle Cotta le 28 mai 1974 : « En réalité, le parti [communiste] était très divisé sur ce point. Étienne Fajon, Jacques Duclos, Madeleine Vincent étaient très hostiles à cette idée. La candidature commune est l’œuvre conjuguée de [Roland] Leroy et [Georges] Marchais, qui ont su vaincre les réticences des cadres moyens du parti et de la direction. Pourquoi ? Parce qu’ils ont fait le choix de jouer la présence des communistes au gouvernement. » ("Cahiers secrets").

Quatre ans auparavant, le 22 septembre 1970, François Mitterrand ne croyait pas possible une telle candidature unique en 1974 (Épinay n’était pas encore passé) : « Selon lui [François Mitterrand], l’équation de 1965 est aujourd’hui impossible. Les communistes ont tâté du plaisir de présenter un de leurs candidats. Ils avaient peur de le faire en 1969 et ils ont écrasé les socialistes. Plus jamais, sauf si le mouvement social-démocrate est incroyablement plus fort qu’eux, les communistes n’accepteront de donner leur voix dès le premier tour à un candidat non communiste. » (Michèle Cotta).


L’hommage par le Grand frère

Jacques Duclos est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, des essais politiques et des récits historiques ainsi que ses mémoires. Parmi ses dernières initiatives sénatoriales, le dépôt de plusieurs propositions de loi sur la nationalisation de Citroën et le fait de rendre férié le 8 mai (18 mars 1975).

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Après une première hospitalisation en janvier 1975, il fut de nouveau hospitalisé en avril et il est mort à 78 ans le 25 avril 1975 d’une congestion pulmonaire. Lors de son enterrement au Père-Lachaise, le 29 avril 1975, les hommages se succédèrent : La Pasionaria de la guerre civile espagnole, Dolorès Ibarruri, secrétaire générale du parti communiste espagnol de 1942 à 1960, Boris Ponomarev, grand responsable des relations avec les autres partis communistes au sein du comité central du Parti communiste d’Union Soviétique du 9 décembre 1955 au 25 février 1986 (bras droit de Mikhaïl Souslov), et Georges Marchais, secrétaire général du PCF du 17 décembre 1972 au 29 janvier 1994.

Dans "Les Stalinens, une expérience politique, 1944-1956", publié en 1975 (éd. Fayard), la journaliste Dominique Desanti a décrit l’éloquence de Jacques Duclos qui pourrait presque s’appliquer à Jean-Luc Mélenchon : « Entendre Duclos pour la première fois, quelle fête pour l’oreille amie de l’éloquence ! Période balancée, formule répétée en refrain, symbiose de la tradition oratoire du Midi et des rites du langage communiste qui gagne de la saveur à rouler sur le gravier d’un accent. Rond le petit corps, ronde la grosse tête, rondes les lunettes ; tout rassure, tout fait penser au matou ronronnant quand soudain cette voix vous emporte et quand soudain le regard, perçant et froid, vous atteint. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Duclos.
Staline.
Georges Marchais.
Front populaire.
Gaston Defferre.
François Mitterrand.
Michel Rocard.
André Tardieu.
Jean Jaurès.
Joseph Caillaux.
Aristide Briand.
Léon Blum.
Pierre Laval.
Philippe Pétain.
Colonel de La Rocque.
Charles De Gaulle.
Pierre Mendès France.
Jean Zay.
Charles Péguy.

_yartiDuclosJacquesB05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161002-jacques-duclos-2.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-duclos-2-rouge-bonnet-et-185064

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/07/34377969.html


 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Histoire politique
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