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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 05:19

« C’est la démocratie même qui est en jeu. Le savoir-vivre est en jeu dans cette élection. La tolérance est en jeu. La courtoisie est en jeu. L’honnêteté est en jeu. L’égalité est en jeu. La bienveillance est en jeu. » (Barack Obama, le 14 octobre 2016 à Cleveland).


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J’ai trouvé mon titre tout seul mais un peu facilement, car un rapide coup d’œil sur le Web m’a montré qu’il n’était pas du tout original puisque bien avant moi, des centaines d’autres l’avaient déjà utilisé depuis septembre 2015. Tant pis, je le garde quand même car jamais le titre du film d’Yves Robert sorti le 22 septembre 1976, avec sa bande de copains (Jean Rochefort, Claude Brasseur, Victor Lanoux et Guy Bedos), n’a été si réaliste pour décrire le parti de l’éléphant (les Républicains américains) dans un contexte évidemment très différent en unité de temps et en unité de lieu.

Les élections présidentielles américaines vont avoir lieu dans une dizaine de jours, le 8 novembre 2016, et la candidate démocrate Hillary Clinton, qui vient de fêter son 69e anniversaire ce mercredi 26 octobre 2016, est plus que jamais la favorite. Les sondages lui donnent une avance de 5,5 à 8,9% (au 25 octobre 2016), et certains États décisifs, comme la Floride, pourraient même basculer (c’est en Floride que George W. Bush a vaincu Al Gore). L'écart cependant se réduit.

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Pourquoi Donald Trump (70 ans) semble dévisser depuis trois à quatre semaines ? Il avait presque réussi à atteindre la respectabilité politique, avait fait une très bonne performance lors du premier débat face à son adversaire Hillary Clinton le 26 septembre 2016 à New York, et son colistier républicain, Mike Pence, avait largement gagné le débat des Vice-Présidents face à Tim Kaine le 4 octobre 2016 en Virginie.

Les deux débats suivants ont été désastreux pour l’image de la vie politique aux États-Unis. Si certains électeurs français ont des raisons de trouver un manque de hauteur de vue dans les débats français, ils peuvent au moins se rassurer en se disant qu’il y a bien "pire" aux États-Unis.

Les deux autres débats, les protagonistes ont refusé de se serrer la main. Une atmosphère de guerre civile s’est ressentie jusque dans les journaux. Lors du deuxième débat le 9 octobre 2016 à Saint-Louis, dans le Missouri, Donald Trump a même promis d’envoyer Hillary Clinton en prison s’il était élu.

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Et pire encore pour les conséquences électorales, lors du troisième débat le 19 octobre 2016 à Las Vegas, Donald Trump a refusé de dire s’il reconnaîtrait le résultat des élections dans tous les cas, et il a déjà amorcé l’argumentation de mauvaise foi en parlant d’élections truquées. Or, les Américains, légitimistes, ont au moins l’atout de savoir rester unis derrière leur Président dès lors qu’il a été choisi par les électeurs. En refusant de dire qu’il reconnaîtrait sa défaite, le cas échéant, il défie carrément les institutions démocratiqeus de son pays, ce qui est particulièrement antipatriotique.

Comme est antipatriotique de ne pas avoir payé l’impôt sur le revenu pendant dix-huit ans à cause d’un solde négatif de plusieurs millions de dollars reportable d’années en années. Certes, rien d’illégal à ce sujet, mais quelle hypocrisie de dénoncer la vétusté des services publics, de dénoncer les 18 000 milliards de dollars de la dette américaine, et de ne pas avoir contribué à leur financement pendant près d’une génération.

Et l’argumentation de vouloir agir avec son pays comme avec son entreprise s’effondre, par la même occasion, puisqu’il a eu justement des pertes financières colossales. Plus généralement, son argumentation économique s’écroule également. Il voudrait réindustrialiser les États-Unis, il voudrait en finir avec les délocalisations, mais les cravates qu’il vend, avec sa juteuse marque, sont fabriquées en Chine, justement dans des usines délocalisées que le candidat dénonce, alors que le patron avait toute latitude de s’interdire de telles délocalisations !

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Une sorte de Mister Donald et Docteur Trump qui montre une seule chose : c’est que le candidat investi par le Parti républicain dit tout et n’importe quoi (c’est particulièrement le cas à propos de l’immigration mexicaine, sa "bête noire"), et le principal est d’égrainer les voix, avec, pour seule véritable ligne de conduite, le discours anti-etablishment (la "vraie vie" contre les gens de Washington). Une ligne tenue aussi par George W. Bush contre Al Gore en 2000, alors que la "vraie vie", Donald Trump ne l’a jamais connue grâce à son grand-père qui avait commencé à enrichir la famille.

Trump, juteuse marque ? Plus forcément, car des propriétaires et locataires d’appartements dans les Tours Trump à New York commencent à avoir chaque jour honte d’habiter dans une tour qui porte le nom de ce candidat qui dit inepties sur inepties. Il y a même une pétition qui a demandé à la société gérante de débaptiser ces tours ! Une résidante de Riverside, Kate, a ainsi avoué : « J’aimerais pouvoir rentrer chez moi sans avoir à penser à cet homme vulgaire. Je trouve qu’il se couvre de honte et qu’il nous embarrasse tous depuis le jour où il a traité les Mexicains de violeurs. ». Certains voudraient même encourager le boycott des produits Trump, hôtel, vins, cravates, parfums, etc.

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Comme cohérence politique,d’ailleurs, il y aurait mieux. En 2000, Donald Trump, milliardaire (sa fortune est évalué aujourd’hui à 5 milliards de dollars), a aidé financièrement la campagne d’Hillary Clinton pour devenir sénatrice de New York. Et il a contribué aussi à la campagne de sa future concurrente lors des primaires démocrates de 2008, l’objectif ayant été de barrer la route à Barack Obama (entre 2001 et 2009, il était même membre du Parti démocrate, le parti de l’âne).

Ses vociférations politiques ont de quoi faire frémir les citoyens américains, encourageant, dans un élan antipatriotique, le Président russe Vladimir Poutine à espionner les institutions américaines, ou pire, encourageant les citoyens américains à …supprimer Hillary Clinton !

Cela a conduit le Président sortant Barack Obama à s’engager très nettement en faveur d’Hillary Clinton, en dénonçant ce Donald Trump si dangereux. Le 11 octobre 2016, en Caroline du Nord, il a balancé : « Il dit qu’il est toujours debout à trois heures du matin, mais c’est pour publier des insultes sur Twitter ! ». Et le 14 octobre 2016 à Cleveland : « Il menace d’emprisonner ses opposants politiques. Ou de faire taire les médias. Il salue l’ingérence des Russes dans notre processus électoral, et suggère maintenant que si la campagne ne se déroule pas comme il l’entend, ce n’est pas à cause de ce qu’il a dit, mais parce que l’élection est truquée et que c’est une imposture. Vous savez, certains pays fonctionnent comme ça, et ce sont des tyrannies qui pratiquent l’oppression ! ».

Le 31 mai 2016, les autorités nord-coréennes annonçaient même leur soutien à la candidature de Donald Trump, au risque de l’ingérence étrangère : « Le Président que les citoyens américains doivent élire n’est pas l’ennuyeuse Hillary (…) mais Trump » qui est « un homme avisé » et « un candidat qui voit loin ». La Corée du Nord doit apprécier que Donald Trump veuille présenter la facture à la Corée du Sud pour sa protection américaine, protection qu’il serait prêt à lui retirer…

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Mais ce n’est pas sur le sujet des impôts pas payés, sur l’antipatriotisme de sa non politique étrangère, ou sur des excès de langage en tout genre que Donald Trump a dévissé. C’est sur des propos machistes. On sait à quel point les États-Unis sont sensibles avec les relations entre hommes et femmes (Dominique Strauss-Kahn en sait quelque chose).

La diffusion le 7 octobre 2016 par le "Washington Post" d’une vieille vidéo, datant de 2005, a fait découvrir un Donald Trump particulièrement indélicat avec les femmes en général : « Quand vous êtes une star, [les femmes] vous laissent faire, vous pouvez faire tout ce que vous voulez, les attraper par la chatte [grab them by the pussy], faire ce que vous voulez ! ». Un macho de première, comme on pourrait dire. Un vulgaire et un sexiste. Un prédateur sexuel aussi. Cela a choqué jusqu’à "l’Amérique profonde", justement celle qui était la plus prête à tomber dans sa zone d’influence.

Jusqu’au Parti républicain lui-même qui s’est demandé si, un mois avant les élections, il y avait un moyen pour changer de candidat. Les candidats républicains au Congrès se sont "courageusement" désolidarisés de leur candidat présidentiel, officiellement investi le 19 juillet 2016 à Cleveland, pour sauver les meubles et préserver une majorité républicaine au Congrès (qui est, je le rappelle pour ceux qui sont trop habitués aux institutions françaises, le véritable centre du pouvoir politique, car le régime présidentiel des États-Unis donne la part belle à l’indépendance du législatif).

Cette vidéo a eu pour réponse le rappel des maîtresses de l’ancien Président Bill Clinton. Car Hillary Clinton, sa vie privée, sa vie intime, rien n’aura été préservée par l’équipe de campagne de Donald Trump qui pilonne avec de nombreux coups en dessous de la ceinture. La guerre est d’ailleurs totale. Des témoignages de jeunes femmes abusées par Donald Trump qui se serait mal conduit avec elles (notamment dans un avion, dans un hôtel, dans un club new-yorkais) ont été diffusés, comme pour répliquer à la campagne vulgaire insistant sur les frasques sexuelles de Bill Clinton (campagne d’autant plus étonnante qu’Hillary Clinton, à ce sujet, a au contraire montré une exceptionnelle loyauté et n’était coupable d’aucune faute).

Donald Trump a affirmé sur la chaîne Fox News le 12 mai 2016 être « totalement flexible sur beaucoup, beaucoup de sujets » et a assumé le fait d’être …« imprévisible » ! De quoi "rassurer" tous les citoyens des États-Unis… et du reste du monde !

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Pour le journaliste Alexandre Vatimbella : « Il peut y avoir la victoire d’un homme au comportement déséquilibré, prêt à user la bombe atomique contre tous ceux qu’il considère ses ennemis, raciste, menteur et qui n’a pas arrêté de mettre en doute l’honnêteté de la démocratie et de ses institutions tout au long de sa campagne. Même si les sondages sont plutôt rassurants, la possibilité que Donald Trump s’installe à la Maison-Blanche en janvier 2017 ne peut pas être encore écartée. ».

Candidat inattendu depuis le 16 juin 2015 sur le thème très reaganien ("America is back") de rendre leur grandeur aux États-Unis ("Make America great again !"), Donald Trump dévisse maintenant dans les enquêtes d’opinions parce que la nature est revenue au galop. Saura-t-il rattraper en quelques jours l’implosion de sa campagne ? Résultats dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9 novembre 2016…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Donald Trump, candidat en 2016.
Match Hillary vs Donald : 1 partout.
Hillary Clinton en 2016.
Hillary Clinton en 2008.
Donald Trump et Fidel Castro ?
La trumpisation de la vie politique américaine.
Mode d’emploi des élections présidentielles américaines.
Idées reçues sur les élections américaines.
Barack Obama.
Ronald Reagan.
Gerald Ford.
Jimmy Carter.
John Kennedy.
Al Gore.
Sarah Palin.
John MacCain.
Mario Cuomo.

_yartiTrumpUS2016AD04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161010-trump-us2016ad.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/usa-2016-un-elephant-ca-trump-185922

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/10/28/34486198.html

 

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commentaires

Tietie007 07/03/2017 19:14

Trump est l'expression d'une Amérique peu éduquée, avec un système éducatif public qui est calamiteux et qui laisse les citoyens dans une ignorance crasse !

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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