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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 06:01

Petit tour des candidatures à la candidature au premier tour de l’élection présidentielle française du 23 avril 2017. Première partie : les écologistes.


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Ce mercredi 19 octobre 2016, le Président François Hollande a dû bien se marrer. L’une de ses anciennes ministres, aussi ingrate que les autres ambitieux du Parti socialiste, prête à en découdre avec le "hollandisme révolutionnaire" (selon l’expression de celui qui n’a rien compris aux attentats islamistes), s’est fait refouler à la frontière de la candidature présidentielle.

Aveuglée par la victoire d’Europe Écologie aux élections européennes du 7 juin 2009 (16,3% des suffrages exprimés, soit moins de 35 000 voix de retard par rapport au PS, et largement devant le PS en région parisienne, 20,9% contre 13,6% !), Cécile Duflot, la promotrice du cannabis, s’est crue avoir un "destin national".

Pourtant, cette victoire n’était pas le résultat de la cuisine politicienne des deux cogérants des Verts, Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé, mais du bagou, de l’authenticité, du dynamisme de Daniel Cohn-Bendit (tête de liste en région parisienne). La preuve, c’est que lorsque ce dernier s’est retiré de la compétition, aux élections européennes du 25 mai 2014, cela n’a donné que 8,9% des suffrages exprimés, 90 000 voix de moins que les listes centristes et 1 million de voix de moins que le PS pourtant complètement discrédité. Perte de plus de la moitié des sièges (14 gagnés en 2009, seulement 6 conservés en 2014).

Mais reprenons un peu le fil des écologistes d’EELV depuis cinq ans.

Grâce à un accord avec le PS de Martine Aubry exceptionnellement favorable aux écologistes, Cécile Duflot a réussi non seulement à former un groupe à l’Assemblée Nationale composé de 17 sièges aux élections législatives du 17 juin 2012 sur des circonscriptions socialistes (le PS entend bien, en juin 2017, reprendre la 6e circonscription de Paris qu’ils avaient "offerte" à Cécile Duflot), mais également un groupe au Sénat composé de 12 sièges à la suite des élections sénatoriales du 25 septembre 2011, toujours grâce au bon vouloir socialiste. Par exemple, Jean-Vincent Placé, devenu président de ce groupe, a été tête de la liste PS en Essonne, ce qui a suscité la candidature dissidente d’un sénateur PS sortant (ancien patron du département).

Malgré la candidature écologiste de l’ancienne juge (très antisarkozyste) Eva Joly au premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2012, qui a obtenu 2,3% des voix, les écologistes sont entrés en force dans le gouvernement formé après la victoire de François Hollande : Cécile Duflot, élue députée de Paris, fut nommée Ministre du Logement et de l’Égalité des territoires du 16 mai 2012 au 31 mars 2014 et Pascal Canfin, Ministre délégué chargé du Développement dans les deux mêmes gouvernements dirigés par Jean-Marc Ayrault.

La nomination de Manuel Valls à Matignon le 31 mars 2014 a précipité les écologistes à l’extérieur du gouvernement, pour se désolidariser de l’impopularité des socialistes, mais trois tendances ont continué à cohabiter au sein du mouvement écologiste. Une tendance pragmatique : sans PS, pas d’élu parlementaire ni de ministre, donc, il faut rester dans une alliance fructueuse avec le PS pour conserver les circonscriptions et continuer à exister politiquement. Une tendance jusqu’au-boutiste : il faut faire alliance avec Jean-Luc Mélenchon et l’ultra-gauche (notamment dans la constitution des listes aux élections régionales de décembre 2015). Une tendance duflotiste : je veux être candidate à l’élection présidentielle et faire perdre François Hollande.

Entre 2014 et 2016, François Hollande et Manuel Valls ont multiplié les appels du pied pour faire rentrer les écologistes au gouvernement.  La nouvelle secrétaire nationale d’EELV, Emmanuelle Cosse (depuis le congrès du 30 novembre 2013 tenu à Caen), restait sur une position de retrait vis-à-vis de l’action gouvernementale, d’autant plus que les sondages restaient désastreux pour l’exécutif socialiste. Et Cécile Duflot, forte de sa petite notoriété, laissait entendre sa détermination à se présenter à l’élection présidentielle de 2017, au point de publier le 20 août 2014 un livre assassin contre François Hollande, "De l’intérieur, voyage au pays de la désillusion" (chez Fayard).

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C’était compter sans la ligne des pragmatiques, qui rêvaient de devenir ministres. La rentrée politique de 2015 a amorcé de profondes divisions structurelles au sein des écologistes. La raison ? La dernière chance d’être ministre, c’est avant 2017, car après, ce sera une très longue cure dans l’opposition.

Résultat, les 27 et 28 août 2015, les plus carriéristes se sont détachés du parti : Jean-Vincent Placé et François de Rugy (chacun président de groupe) ont annoncé leur départ d’EELV et la création d’un parti écologiste bidon avec Jean-Luc Bennahmias (qui, issu du MoDem, a créé le "Front démocrate"). Le 30 septembre 2015, ce fut au tour de la coprésidente de groupe, Barbara Pompili, de quitter EELV. Tout se mettait en place pour créer des Verts hollando-compatibles, au grand dam de Cécile Duflot qui continuait à pilonner le "hollandisme révolutionnaire".

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Les appels répétés du pied des socialistes ont eu quand même un grand effet : à la suite de la démission de Laurent Fabius, le remaniement ministériel du 11 février 2016 a fait la part belle aux écologistes. Leur cheffe de file (qui n’était pas parlementaire), Emmanuelle Cosse, fut nommée Ministre du Logement et de l’Habitat durable (le même ministère que Cécile Duflot !) tandis que les opportunistes Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili ont obtenu un strapontin gouvernemental, le premier à la Réforme de l’État et à la Simplification, la seconde à la Biodiversité (sans doute des écologistes !). À ce remaniement, furent, entre autres, également intégrés Jean-Michel Baylet (un revenant des années Mitterrand), Jean-Jacques Ayrault (un revenant des années Hollande) et Audrey Azoulay.

Ressentie comme une trahison, l’entrée au gouvernement d’Emmanuelle Cosse a eu pour conséquence son exclusion d’EELV le 21 février 2016. Si bien que la nouvelle ministre a rejoint le 10 juillet 2016 le pseudo-parti écologiste hollando-compatible de François de Rugy qui, le 12 juillet 2016, a annoncé sa candidature à la primaire du PS prévue en janvier 2017 (et pas à la primaire EELV).

Très habiles manœuvriers, François Hollande et Manuel Valls, ayant gobé les présidents de groupe d’EELV, ont réussi à faire dissoudre le 17 mai 2016 le groupe EELV à l’Assemblée Nationale en intégrant quelques-uns de ses membres au sein du groupe socialiste.

Celui qui est resté sur le carreau, François de Rugy, s’est vu offrir, le même 17 mai 2016, une prestigieuse vice-présidence de l’Assemblée Nationale (grand bureau, secrétariat et chauffeur) pour succéder à son camarade démissionnaire Denis Paupin (qui reste député), touché par le scandale de plusieurs harcèlements sexuels (et par ailleurs mari d’Emmanuelle Cosse depuis le 20 juin 2015).

Ce nouveau parti écologiste (créé formellement le 2 septembre 2015) ne représente pas beaucoup de monde puisqu’il n’a convaincu que 4 députés dont Véronique Massonneau (connue pour ses positions en faveur de l’euthanasie), 1 sénateur, 1 maire de commune de plus de 30 000 habitants, et 47 conseillers régionaux dont Andrée Buchmann, Stéphane Gatignon et Robert Lion (et aucun député européen). Pourtant, il a maintenant 3 ministres et 1 candidat à la candidature à l’élection présidentielle.

Quant au seul véritable leader charismatique des écologistes français depuis deux décennies, Daniel Cohn-Bendit, qui avait réussi à faire irruption dans le paysage politique en juin 2009, il a pris sa retraite en mai 2014. Et avant, il s’est détourné d’EELV le 23 septembre 2012 (officiellement démissionnaire le 7 décembre 2012), déçu par les positions gauchistes de sa direction, et il a (inutilement) misé sur une candidature de Nicolas Hulot pour 2017.

Parallèlement, faisant fi des ambitions de Cécile Duflot, EELV voulait aussi soutenir la candidature de Nicolas Hulot dont les sondages de popularité étaient très élogieux. Raté ! Nicolas Hulot, sachant qu’il n’était pas fait pour la politique (par une belle lucidité), a renoncé le 5 juillet 2016 à se présenter à l’élection présidentielle de 2017. C’était donc la voie ouverte pour la candidature de Cécile Duflot annoncée formellement le 20 août 2016.

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Cette primaire EELV est assez particulière puisque le vote se fait sur Internet. Une journaliste du journal "Le Monde" a d’ailleurs raconté le 17 octobre 2016 y avoir inscrit son chat sous le nom de "Gaston Lecat" et l’inscription a été prise en compte : « S’il n’y a pas de vérification d’identité, cette primaire écolo vaudra ce que valent les pétitions en ligne, ou les sondages en ligne. Pas grand chose. Mais on le savait déjà. Si les organisateurs fixent des règles souples, ils doivent s’attendre à en subir les conséquences. » (Daniel Schneidermann, le 17 octobre 2016).

Le corps électoral, effectivement, est composé des adhérents d’EELV en 2016 et des volontaires inscrits au vote avant le 1er octobre 2016 (avec 5 euros de cotisation). Cela a donné 17 146 inscrits, ce qui correspond à la moitié du corps électoral lors de la primaire des écologistes de juin 2011 où il y a eu 32 896 inscrits.

Quatre candidats se sont présentés, tous professionnels de la politique, et une majorité de femmes.

Cécile Duflot (41 ans), députée, ancienne ministre, ancienne secrétaire nationale d’EELV du 16 novembre 2006 au 23 juin 2012, faisait figure de favorite. Très médiatique, ayant une bonne notoriété nationale, sans s’occuper d’éventuellement considérations de cohérence ou de gratitude, elle n’a cessé de pilonner la politique de François Hollande depuis deux ans. Sa directrice de campagne fut la militante féministe Caroline De Haas. Elle étaient soutenue par Yves Contassot, Philippe Meirieu, Stéphane Pocrain, Jean-Louis Roumégas, Danielle Auroi, Esther Benbassa, David Cormand, Bastien François et Éric Piolle.

Yannick Jadot (49 ans), député européen depuis juin 2009, a été directeur des campagnes de Greenpeace France de 2002 à septembre 2008. En 2011, il fut porte-parole de la candidate EELV Eva Joly mais s’est éloigné d’elle avant l’élection présidentielle pour un désaccord politique. En janvier 2016, il ne souhaitait pas de candidature écologiste mais un candidat unique de la gauche choisi par une primaire plus générale. Finalement, il s’est présenté le 13 juillet 2016 à la primaire EELV et est soutenu par Pascal Durand, Laurence Abeille, Dominique Méda et Philippe Torreton.

Michel Rivasi (63 ans), ancienne députée apparentée PS de Valence, de juin 1997 à juin 2002 (élue avec 34 voix d’avance sur le député UMP sortant), ancienne adjointe à Valence de mars 2008 à mars 2014, ancienne conseillère générale de mars 2008 à septembre 2009, et députée européenne depuis juin 2009, fut professeure agrégée de sciences naturelles, enseignant à Pierrelatte puis à Grenoble. Elle fut directrice de Greenpeace France de septembre 2003 à novembre 2004 et a été licenciée après des problèmes de personnes (elle était notamment en opposition avec Yannick Jadot). Elle fut surtout connue pour la création et la présidence du CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) depuis 1986 (juste après la catastrophe de Tchernobyl) et a travaillé aussi avec Corinne Lepage à l’Observatoire de vigilance et d’alerte écologique. Elle a annoncé sa candidature le 1er août 2016 et a obtenu le soutien de Francine Bavay, Coline Serreau, et au second tour, de Serge Coronado et Yves Cochet.

Karima Delli (37 ans), députée européenne depuis juin 2009, fut assistante parlementaire de la sénatrice écologiste Marie-Christine Blandin (en 2004). Elle fut une surprise du succès électoral de 2009, élue inattendue au Parlement Européen alors qu’elle préparait un doctorat de science politique sur l’organisation du travail au Sénat (elle n’était qu’en quatrième position derrière Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly et Pascal Canfin sur la liste en Île-de-France qui a fait 20,9% des voix, soit 4 sièges sur les 13 sièges attribués à cette région). Elle s'est présentée le 23 août 2016 et fut soutenue par Yves Cochet et Alain Lipietz.

Deux débats ont eu lieu pour le premier tour de cette primaire EELV, l’un le 27 septembre 2016 sur LCP avec "Libération", l’autre le 8 octobre 2016 sur BFM-TV. Il faut bien reconnaître que ces débats étaient particulièrement ennuyeux mais ont apporté aux trois concurrents de Cécile Duflot une fenêtre médiatique peu commune, qu’ils n’auraient jamais eue sans leur candidature.

Le scrutin du premier tour a eu lieu jusqu’au 17 octobre 2016 et le dépouillement et proclamation des résultats le 19 octobre 2016. Alors qu’il était question de savoir si Cécile Duflot serait choisie au premier tour ou au second tour, la surprise a été qu’elle a été battue dès le premier tour dans une sorte de "TSD", tout sauf Duflot.

Seulement 12 582 inscrits ont pris part au vote (soit 73,4%). Yannick Jadot est arrivé largement en tête avec 35,6% des suffrages exprimés, puis Michèle Rivasi avec 30,2% et Cécile Duflot n’est arrivée qu’en troisième position avec 24,4%. Quant à l’ancienne responsable Jeunes EELV, Karima Delli, la moins connue des candidats, elle est arrivée quatrième avec 9,8%.

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Yannick Jadot serait le plus apte à rassembler les écologistes dans leurs très forts clivages (entre pragmatiques et gauchistes), tandis que Michèle Rivasi jouirait d’une image de militante de base contre une direction parisienne particulièrement discréditée.

Pour comparaison, lors de la primaire EELV de l’été 2011, il y a eu un taux de participation sensiblement équivalent (77,3% au premier tour du 29 juin 2011 et 69,8% au second tour du 12 juillet 2011) et le choix s’était porté sur le candidat le moins médiatique et le moins susceptible de faire des voix, à savoir Eva Joly (face à Nicolas Hulot).

En rejetant dès le premier tour la candidature de Cécile Duflot, les électeurs de cette primaire EELV (qui n’a rien de populaire vu le faible nombre d’inscrits) semblent avoir répété leur performance d’il y a cinq ans : choisir le moins disant.

Il reste que le grand manque de notoriété nationale tant de Michèle Rivasi que de Yann Jadot pourrait laisser entendre qu’un accord se trouverait probablement en janvier ou février 2017 pour renoncer à une candidature écologiste casse-pipe et inutilement coûteuse au profit de quelques juteuses circonscriptions. Ces quelques centaines de milliers de voix n’auront de toute façon pas de prix pour le futur candidat socialiste lorsqu’il sera entré en véritable campagne dans quelques mois…

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Le second tour de la primaire écologiste, dans un duel entre Yannick Jadot et Michèle Rivasi, se terminera le 4 novembre 2016 et le dépouillement et proclamation des résultats auront lieu le 7 novembre 2016. Depuis le 19 octobre 2016, l’enjeu de cette primaire ne dépasse plus les instances dirigeantes de la formation écologiste, et le nom du futur candidat EELV influencera peu le jeu politique lors du premier tour de l’élection présidentielle du 23 avril 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La primaire EELV d’octobre 2016.
La primaire EELV de juin 2011.
Le retour des écolos au gouvernement.
Les écologistes et le TSCG.
Les écolo-pastèques.
Le cannabis chez les écologistes.
Cécile Duflot.
Jean-Vincent Placé.
Véronique Massonneau.
Nicolas Hulot.
Eva Joly.
Daniel Cohn-Bendit.
Corinne Lepage.
Stéphane Hessel.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161019-prepresidentielle2017-aa.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/premices-prepresidentielles-2017-1-185817

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/10/24/34474877.html


 

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