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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 06:46

« Aujourd’hui, nous sommes comme le sapeur Camember. Nous avons passé les bornes. Et quand on dépasse les bornes, il n’y a plus de limites. Tout est possible. » (9 novembre 2016, sur France Info).


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Lors des élections présidentielles américaines du 8 novembre 2016, Hillary Clinton a devancé son concurrent républicain d’environ 200 000 voix mais c’est Donald Trump qui a été élu Président des États-Unis parce qu’il a fait élire 306 grands électeurs contre 232 pour sa rivale démocrate. L’élection du milliardaire et animateur de téléréalité a provoqué un véritable tremblement de terre dans le monde.

Ceux qui se réjouissent sont ceux qui veulent tout casser, mais personne ne peut vraiment dire quelle sera la politique de Donald Trump, intérieure et extérieure, puisqu’il n’a jamais rien dit que des tweets souvent outranciers en guise de programme. Il faudra donc le juger sur les actes. Barack Obama, soucieux du processus démocratique, a d’ailleurs invité son futur successeur à la Maison-Blanche dès ce jeudi 10 novembre 2016 pour « assurer une transition en douceur ».

Invité de la matinale de France Info ce mercredi 9 novembre 2016, l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin a assisté en direct à la victoire de Donald Trump qu’il a eu l’occasion de rencontrer il y a longtemps, à l’époque où il vivait aux États-Unis (il avait alors rencontré le "magnat de l’immobilier"). Il était premier secrétaire à l’ambassade de France à Washington de 1984 à 1989.

Pour l’ancien Ministre des Affaires étrangères qui a dit non aux États-Unis, Donald Trump a une personnalité très complexe : « Il a trois visages. C’est à la fois l’anarchiste couronné, l’empereur fou, en même temps, c’est le clown, l’homme de spectacle qui séduit les médias. Il est capable de jouer avec le système politique. C’est aussi le winner, le gagnant, celui qui a de la chance, le milliardaire à qui tout réussit, tout sourit. Cette complexité-là fait qu’il prend la lumière plus que d’autres. (…) C’est quelqu’un dont la personnalité est assez différente de celle qu’il a montrée tout au long de la campagne. ».





Opposé à la politique agressive des États-Unis au Moyen-Orient depuis 2001, et plus particulièrement depuis les attentats du 13 novembre 2015, Dominique de Villepin reproche à la diplomatie française de trop coller à la diplomatie guerrière des États-Unis, notamment en Syrie.

L’ancien Premier Ministre craint un bouleversement des relations économiques internationales : « Ce qui est inquiétant, c’est ce qu’il va introduire dans le jeu économique international. Il veut en découdre avec la Chine, il veut en découdre sur le plan commercial et il veut que les Européens prennent leurs responsabilités en matière de défense. Cela, c’est une bonne chose ! Il est temps que nous ouvrions les yeux et que nous reprenions notre destin en main. ».

Dominique de Villepin a exprimé cependant son inquiétude sur la capacité des pays européens à réagir avec pertinence : « Peu de gens y étaient préparés. Certainement pas la diplomatie française, la plupart des chancelleries non plus, et pourtant, c’était malgré tout prévisible. ».

Son élection était-elle prévisible ? Peut-être pas, mais il y avait quelques petits signes avant-coureurs qui montraient à l’évidence qu’aucun courant favorable n’a porté la candidature d’Hillary Clinton. Dans les sondages du printemps 2016, elle perdait face à tous les candidats aux primaires républicaines excepté Donald Trump, et face à Bernie Sanders, ces candidats républicains avaient de moins bons résultats. Cela signifiait à l’évidence qu’Hillary Clinton n’était pas la représentante des Démocrates la plus efficace électoralement. Ni Donald Trump pour le camp républicain d’ailleurs.

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Au-delà de la politique intérieure américaine, Dominique de Villepin a insisté pour replacer ces élections dans un contexte historique plus global : « On sentait monter l’avertissement depuis maintenant plusieurs années. L’effondrement du mur de Berlin, l’effondrement de l’Union Soviétique. Aujourd’hui, il y a le pendant, c’est l’effritement des démocraties classiques, libérales. La crise financière de 2008, le Brexit… et nous arrivons à cette dernière étape. ».

Et il a ajouté : « On sent poindre depuis des années la montée des populismes, du mécontentement, le vote antisystème. Cet avertissement, il faut être capable de l’entendre. C’est une épreuve pour la communauté internationale, pour l’unité des États-Unis, pour l’unité de la "famille occidentale". (…) Il y a une leçon en matière d’indépendance à tirer de cette élection. ».

Ce n’est donc pas tant la personnalité de Donald Trump qui inquiète Dominique de Villepin : « C’est un homme d’affaires, il sait composer avec la réalité. Il saura donc s’adapter, évoluer, tirer les leçons, changer. ». Mais les raisons très profondes et historiques de sa victoire électorale.

Et ces raisons sont présentes aussi en France : « Il y a une souffrance, un mécontentement qui monte dans notre pays. (…) Marine Le Pen peut gagner l’élection présidentielle parce que les passions politiques dans nos démocraties sont débridées. La peur et la colère sont les premiers acteurs de la démocratie. ».

Dominique de Villepin pense que cet électrochoc, qu’est l’élection de Donald Trump, va « [introduire] une dose de réalisme et de réalité dans la vie politique française, où la vie politique politicienne a occulté la réalité de ce que vivent les Français ».

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Alors qu’il va avoir 63 ans le 14 novembre 2016, Dominique de Villepin est-il prêt à relever le défi démocratique de 2017 ? Pas vraiment. Il n’a jamais été élu, jamais été candidat (il a tenté mais n’a pas obtenu les parrainages en 2012), et il ne semble pas en avoir vraiment envie. Il comptait surtout succéder à Jacques Chirac en 2007, avec Matignon pour tremplin mais il n’en a pas eu l’occasion.

Refusant de participer à la primaire LR qu’il considère comme contraire à l’esprit des institutions gaulliennes, il a refusé aussi de se prêter au jeu des soutiens. Bruno Le Maire, qui fut son directeur de cabinet lorsqu’il était à Matignon, aurait pu en bénéficier, tout comme Alain Juppé dont il a été jaloux de la proximité chiraquienne.

À quoi peut donc aujourd’hui servir Dominique de Villepin ? À rien si ce n’est à jouer les Cassandre, ce qui est, pour une personnalité aussi talentueuse et aussi éprise de culture littéraire et historique, un véritable gâchis…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Trump élu.
Cassandre ?
Mais où est donc Dominique de Villepin ?
Assurancetourix ?
République solidaire et le revenu universel.
Les moulins de l’UMP.
Le gaullisme politique.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161109-dominique-de-villepin.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/dominique-de-villepin-craint-la-186372

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/11/10/34546604.html

 

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