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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 06:13

« Vincent Peillon, c’est une espèce de bouffonnerie permanente sur la morale. Vous savez comment Hollande, qui parfois peut être encore plus cruel qu’avec moi, le surnomme, et tout le monde le surnomme ? Le serpent. » (Éric Besson, sur France 5 le 9 mai 2011).


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Il avait disparu de la vie politique nationale le 31 mars 2014 avec le désastre des municipales laissant un Parti socialiste en ruines et achevant le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. Au lieu d’assumer sa politique ministérielle, il avait quitté le navire bien avant les autres et avait préféré se réfugier au Parlement Européen. En octobre 2016 encore, il avait confirmé n’avoir aucune envie ni volonté de revenir dans le jeu national… Et puis le revoilà ! Les rumeurs ont couru le 7 décembre 2016 et il a confirmé le dimanche 11 décembre 2016 très solennellement dans le journal de 20 heures sur France 2, avec un "oui" qu’on pourrait qualifier de mitterrandien : Vincent Peillon est candidat à l’élection présidentielle de 2017, dans le cadre de la primaire socialiste.

D’abord, Vincent Peillon est-il déjà assez connu des Français ? Pas sûr que tout le monde le situe. Il est un peu plus connu que Jean-Frédéric Poisson, certes, mais en disparaissant des écrans radars depuis près de trois ans, en étant totalement absent du débat public pendant tant d’années, on peut être étonné de cette envie soudaine de devenir Président de la République. Comprenant que la primaire socialiste n’allait être qu’un bal des ego, Marie-Noëlle Lienemann s’est empressée de déclarer forfait le 9 décembre 2016 : pas la peine de jouer à une téléréalité complètement bidonnée. Manuel Valls a fait remarquer, lui, avec raison : on ne s’improvise pas candidat à l’élection présidentielle, et j’ajouterais : si l’on veut respecter un minimum les électeurs.

Ensuite, personne ne pourra faire croire que cette candidature impromptue n’ait pas été téléguidée dans le but de torpiller la candidature de Manuel Valls. Il suffit d’ailleurs de voir ses soutiens : Anne Hidalgo, Patrick Mennucci, Patrick Bloche, David Assouline, Kader Arif, Karine Berger, Pervenche Berès, Eduardo Rihan Cypel, etc. Ce sont essentiellement des hollandistes qui voudraient s’épargner le vote en faveur de Manuel Valls.

Tout le parcours de Vincent Peillon aurait plutôt milité pour ne pas se présenter et surtout, se faire oublier, se faire tout petit. Car Vincent Peillon est à la fois un apparatchik et un idéologue. Un apparatchik prêt à en découdre sur les fronts partisans des courants et des chapelles, lors des congrès, prêt en novembre 2009 à voler le mouvement de Ségolène Royal. Et aussi un idéologue. Certains journalistes disent de lui qu’il est un "intellectuel". Non, pas intellectuel, car intellectuel nécessite un peu d’honnêteté et de recul. Il est un doctrinaire, fort de sa culture philosophique qu’il a évidemment plus que d’autres responsables politiques par son métier : professeur certifié puis agrégé, docteur en philosophie, il a enseigné la philosophie dans les lycées à partir de 1984 pendant quelques années.

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Né le 7 juillet 1960 à Suresnes, fils d’un banquier communiste et d’une biologiste alsacienne d’origine juive, neveu du co-inventeur de la pilule abortive, neveu de la belle-fille de l’auteur de Babar et frère d’un journaliste d’investigation, Vincent Peillon a même délaissé ses études à la Sorbonne pendant sa jeunesse pour faire de l’import-export de saumon fumé pour les comités d’entreprises !

Plus sérieusement, il n’a pas enseigné longtemps car dès 1992, il fut en détachement pour travailler dans le cabinet d’Henri Emmanuelli, Président de l’Assemblée Nationale, à l’hôtel de Lassay (il rédigeait ses discours), mais il a dû reprendre l’enseignement après la lourde défaite du PS en mars 1993.

Il a été élu une seule fois sur son nom propre, aux élections législatives de juin 1997 : il siégea alors au Palais-Bourbon pendant cinq ans, durant le gouvernement de Lionel Jospin. Parmi ses activités de parlementaire national, il a présidé la mission sur les obstacles au contrôle et à la répression de la délinquance financière et du blanchiment des capitaux en Europe, mission dont Arnaud Montebourg fut le rapporteur (tous les deux issus du même parti que …Jérôme Cahuzac !). Ce rapport a été présenté le 30 mars 2000.

Il a ensuite été battu aux législatives de juin 2002, et il ne fut jamais réélu sur son nom propre. On lui a alors trouvé un poste de directeur de recherches au CNRS avant de lui donner un strapontin au Parlement Européen (élu sur une liste) : il fut ainsi élu et réélu député européen de juin 2004 à mai 2012 puis de mai 2014 à maintenant.

Lorsque Vincent Peillon a mis en avant l’éthique comme à peu près seul argument de campagne pour cette élection présidentielle, on aimerait qu’il l’appliquât d’abord à lui-même. Lorsqu’on est élu député européen, on fait le travail d’un député européen. Or, Vincent Peillon fait partie de ces parlementaires qui vont très rarement faire ce travail. Il préfère rédiger des romans policiers. C’est son droit, mais qu’il laisse alors son siège à une personne réellement prête à s’investir dans le travail parlementaire européen : l’Europe se meurt de ces faux élus qui ne le sont que pour des raisons purement alimentaires et grâce aux combinaisons des appareils de partis… Rien d’éthique, en tout cas, dans ce comportement-là.

Proche d’Henri Emmanuelli, Vincent Peillon lança le 9 octobre 2002, avec Arnaud Montebourg, Julien Dray, Benoît Hamon et Christian Paul, un nouveau courant au sein du PS, appelé "Nouveau parti socialiste" (NPS) dans le cadre du congrès de Dijon, en mai 2003, où ce courant a recueilli 16,9% des délégués.

Il faut donc bien comprendre que la primaire socialiste de 2017 va faire concourir trois des protagonistes du NPS de 2002, reprenant de vieilles querelles d’appareil (trois, ou même quatre, car Gérard Filoche a été aussi membre ou allié du NPS). Le NPS, en effet, ballotté par des rivalités entre Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, arriva divisé au congrès du Mans, en novembre 2005. Certes, la motion a recueilli 23,6%, mais les conséquences ont été interprétées très diversement : alors qu’Arnaud Montebourg refusa la synthèse, Vincent Peillon, au contraire, a rejoint François Hollande. Le NPS n’existait plus.

En 2006, Vincent Peillon retrouva Arnaud Montebourg pour soutenir la candidature de Ségolène Royal (les deux furent porte-parole de la candidate) tandis qu’Henri Emmanuelli préférait plutôt celle de François Hollande. Au congrès de Reims, en novembre 2008, Vincent Peillon rallia le courant de Ségolène Royal tandis que Benoît Hamon, candidat au poste de premier secrétaire, et Henri Emmanuelli créèrent un nouveau courant à l’aile gauche du PS.

La complexité du jeu interne au sein d’un parti socialiste qui ne représente aujourd’hui plus grand chose de populaire est proportionnelle à la multiplication des ambitions individuelles des membres de ce parti…

Vincent Peillon est réélu député européen en juin 2009 mais sa liste, arrivée en troisième position, a été largement dépassée par la liste écologiste de Michèle Rivasi. Déjà à l’issue de son premier mandat européen, en 2009, Vincent Peillon avait été pas mal contesté sur son travail parlementaire… inexistant : "n’a strictement joué aucun rôle au sein du Parlement Européen au cours de la législature écoulée" (Jean Quatremer le 27 mars 2009), "champion de l’absentéisme", "eurodéputé plutôt touriste" (Rue89 le 28 novembre 2013).

Le 14 janvier 2010, Vincent Peillon aurait dû participer à l’émission "À vous de juger" sur France 2 pour servir de contradicteur à l’invitée principale, Marine Le Pen. Mais au tout dernier moment, prenant son courage à deux mains, il a décommandé, laissant la chaîne de télévision dans l’expectative. Martine Aubry, première secrétaire du PS, a beaucoup apprécié !

En 2011, après avoir soutenu Henri Emmanuelli, puis Arnaud Montebourg, puis François Hollande, puis Ségolène Royal, Vincent Peillon s’est tourné naturellement …vers Dominique Strauss-Kahn et est devenu, finalement, membre de l’équipe de campagne de …François Hollande.

Cette dernière fidélité lui a été bénéfique puisque dès l’élection de François Hollande, Vincent Peillon est nommé Ministre de l’Éducation nationale, du 16 mai 2012 au 31 mars 2014. Dans ces fonctions, il a montré une nouvelle fois l’idéologue coupé complètement de la réalité du terrain.

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Il a initié notamment deux grandes réformes qui ont été une catastrophe pour les enfants : la réforme des rythmes scolaires à l’école primaire, qui a supprimé le jour de repos du mercredi, nécessaire pour les enfants, et la "refondation de l’école" (pompeuse expression) dont la scandaleuse réforme du collège qui a supprimé les classes bilangues et l’enseignement du latin et du grec ("au nom de l’égalité" !). Ce furent ses successeurs, le bref Benoît Hamon puis Najat Vallaud-Belkacem qui ont mis concrètement en application ces deux réformes stupides.

Après sa réélection de député européen en mai 2014 (sur une liste qui n’a même pas atteint les 12% !), Vincent Peillon, toujours député européen fainéant, fut nommé professeur associé à l’Université de Neuchâtel, en Suisse (c’est plus près que le Québec). Député européen fainéant mais aussi radin, élu sur la liste du PS à qui il doit tous ses mandats à la proportionnelle, il n’avait pas payé ses cotisations au PS depuis longtemps, si bien qu’il aurait cumulé auprès du PS une dette de près de 20 000 euros !

Aujourd’hui, Vincent Peillon s’est dit candidat à l’élection présidentielle pour défendre le bilan de François Hollande malgré son départ du gouvernement dès mars 2014. Poussé par des hollandistes désabusés, par des anti-vallsistes non montebourgeois, par des aubryistes aigris, par des moscovicistes frustrés, Vincent Peillon l’idéologue n’a aucune idée à apporter à ce débat public, n’a aucun projet, ne parle que du bilan d’actions qu’il n’a même pas faites. En clair, au contraire de Manuel Valls et d’Arnaud Montebourg dont les clivages sont "relativement" clairs, Vincent Peillon ne représente aucune tendance politique concrètement identifiable.

Avec de tels handicaps, je lui souhaite du plaisir pendant les débats télévisés (trois avant le premier tour de la primaire PS : le 12 janvier 2017 sur TF1, le 15 janvier sur BFM-TV et le 19 janvier sur France 2) qui ont pour effet très bénéfique de dégonfler quelques belles baudruches (comme celle-ci).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 décembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vincent Peillon le dilettante, candidat hors sol.
Un Ministre de l’Éducation nationale hors sol.
La réforme du collège.
La primaire socialiste de 2017.
François Hollande.
Manuel Valls.
Emmanuel Macron.
Arnaud Montebourg.
Benoît Hamon.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161207-vincent-peillon.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/vincent-peillon-le-dilettante-187599

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/12/17/34696663.html



 

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