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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 03:14

« Le totalitarisme veut atteindre la racine même de la pensée et de la sensibilité, tuer la source de l’indépendance intellectuelle et morale en chaque individu. (…) Il veut se substituer à nous en chacun de nous, régner en maître à l’intérieur des consciences. » (Jean-François Revel).


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Il y a exactement vingt-cinq ans, le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev, Président de l’Union Soviétique, a remis sa démission. Pas de successeur. L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) était devenue une coquille vide d’où étaient parties toutes ces républiques qui avaient été englouties par la Révolution russe.

Je dois dire que lorsque j’ai appris la nouvelle, je ne l’aurais jamais crue seulement trente mois auparavant. Je croyais que l’URSS aurait encore duré au moins deux ou trois générations supplémentaires. Et quasiment sans coup de feu, sans effusion de sang (il y en a eu mais indirectement), l’empire des Soviets s’est disloqué aussi facilement qu’un château de cartes.

Pourtant, le communisme fut un totalitarisme aussi inquiétant que ne le fut le nazisme, comme l’a proposé Françoise Thom, professeure d’histoire à la Sorbonne : « Les deux systèmes n’acceptent pas la nature humaine telle qu’elle est, les deux systèmes sont en guerre avec la nature humaine. C’est la racine du totalitarisme. Le nazisme est basé sur une fausse biologie, le communisme est basé sur une fausse sociologie. Mais les deux systèmes prétendent avoir une base scientifique. ».

Ce que disait aussi la philosophe Hannah Arendt, spécialiste des régimes totalitaires : « Le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus. Le pouvoir total ne peut être achevé que dans un monde de réflexes conditionnés, de marionnettes ne présentant pas la moindre trace de spontanéité. ».

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Un des livres de Vladimir Fédorovski, écrivain français, ancien diplomate russe et docteur en histoire, a pour titre : "De Raspoutine à Poutine" (éd. Perrin, 2001). C’était un peu cela, l’Union Soviétique, née dans la douleur de la guerre civile, peu après l’assassinat de Raspoutine, et partie sans acharnement thérapeutique, avec une piqûre d’anti-douleur pour que "tout" se passât bien.

Car l’Union Soviétique, c’était à la fois un État et un regroupement d’États. Staline avait réussi à convaincre les Alliés de lui faire attribuer à l’ONU trois sièges et pas seulement un siège, en laissant croire que l’Ukraine et la Biélorussie étaient également des États souverains, ce qu’elles n’étaient pas.

Entre parenthèses, pour les europhobes de pacotille, l’Union Européenne d’aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec l’URSS de 1922 à 1991. Chaque État a adhéré à l’Union Européenne selon ses volontés, et la volonté de son peuple, et aussi la volonté des membres d’origine. La preuve par l’absurde, c’est qu’un peuple, s’il le voulait, pourrait partir, le Brexit l’a démontré récemment. Enfin, l’Union Européenne rassemble librement 500 millions de citoyens sur les valeurs communes de liberté, d’égalité et de droits de l’Homme, tout le contraire de l’URSS avec son goulag, ses dissidents, ses purges, ses invasions étrangères…

C’est peut-être Milton Friedman qui a donné la bonne différenciation : « Il n’y a fondamentalement que deux manières de coordonner les activités économiques de millions de personnes. La première est la direction centralisée, qui implique l’usage de la coercition : c’est la technique de l’armée et de l’État totalitaire moderne. La seconde est la coopération volontaire des individus : c’est la technique du marché. ». Je ne m’étendrai pas plus ici sur ce sujet car ce n’est pas l’objet de cet article mais de temps en temps, il faut savoir rappeler quelques évidences pour des personnes qui auraient la mémoire un peu trop courte.

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La dislocation est venue du délitement et le délitement de ce vent de liberté des peuples qui a soufflé sur l’Europe en 1989. Tous les régimes communistes satellites de l’URSS se sont libérés de la tutelle de Moscou. La raison ? Au contraire de Nikita Khrouchtchev en 1956, au contraire de Léonid Brejnev en 1968, en 1970, en 1981, Mikhaïl Gorbatchev avait décidé une fois pour toutes de ne pas utiliser son armée pour réprimer les peuples. Quand les Allemands de l’Est l’ont compris, quand les Hongrois l’ont compris, et même quand les Polonais l’ont compris, les révolutions ont eu lieu, en douceur, de velours, sauf dans un pays, la Roumanie, où la guerre civile fut courte mais sanglante.

Entre l’été 1989 et la fin 1991, il y a eu à peine trente mois. Trente mois qui ont montré au grand jour que l’URSS était un paquebot beaucoup trop lourd pour pouvoir être dirigé correctement et efficacement en période de tempête. Mikhaïl Gorbatchev l’avait compris dès qu’il est arrivé au pouvoir en mars 1985. Il devait prendre la succession d’une série de gérontocrates qui avaient laissé leur pays dans un état économique catastrophique, ruiné par la course aux armements. C’est lui qui remarqua et promut Boris Eltsine, de la même génération (un mois d’écart en âge), pour avoir un allié au sein du Parti communiste d’Union Soviétique (PCUS) et faire ses réformes.

Mais à la différence de Mikhaïl Gorbatchev qui croyait que le système soviétique était transformable et amendable, Boris Eltsine a compris assez vite, et dès 1989, que l’Union Soviétique n’était plus viable. En effet, dès le printemps 1990, les pays baltes ont proclamé leur indépendance : la Lituanie le 11 mars 1990, l’Estonie le 30 mars 1990, et la Lettonie le 4 mai 1990. À eux se sont ajoutées l’Arménie le 23 août 1990 et la Géorgie le 9 avril 1991.

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Envisageant très rapidement une solution de dislocation (imaginant le transfert de la majeure partie des pouvoirs de l’URSS vers la Russie elle-même), Boris Eltsine s’est fait élire Président du Praesidium du Soviet Suprême de la République socialiste fédérative soviétique de Russie le 29 mai 1990, poste qui s’est transformé en Président de la République socialiste fédérative soviétique de Russie le 10 juillet 1991 après son élection au suffrage universel direct le 12 juin 1991, puis en Président de la Fédération de Russie le 25 décembre 1991, réélu le 3 juillet 1996.

Mikhaïl Gorbatchev a fait réformes constitutionnelles sur réformes constitutionnelles, évoluant entre les libéraux qui trouvaient qu’il n’en faisait pas assez et les conservateurs qui trouvaient qu’au contraire, il en faisait trop. Il a même instauré des élections pluralistes, timidement. Les premières et seules élections législatives de l’URSS ont eu lieu les 26 mars 1989 et 9 avril 1989.

Face aux peuples qui se révoltaient, Mikhaïl Gorbatchev a tenté de reprendre l’initiative en organisant le seul référendum de l’histoire soviétique, le 17 mars 1991. Ce référendum était voulu par les députés par leur vote du 24 décembre 1990. La question fut : « Pensez-vous qu’il est essentiel de préserver l’URSS sous forme d’une fédération renouvelée de républiques souveraines et égales où les droits et les libertés de chacun, quelle que soit la nationalité, seront pleinement garantis ? ».

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Malgré le boycott des pays baltes, de l’Arménie, de la Géorgie et aussi de la Moldavie (qui se considère comme roumaine), le résultat fut un "succès" (très provisoire) : 77,8% ont répondu "oui" (113 512 812 électeurs) avec une participation de 80,0%. Les plus forts taux se retrouvaient parmi les États d’Asie centrale autour de 95% de "oui".

Il faut replacer dans le contexte historique. Le 3 octobre 1990, six mois auparavant, Helmut Kohl avait réussi à réaliser la Réunification de l’Allemagne. Tout était mouvant en Europe de l’Est. En janvier 1991, Mikhaïl Gorbatchev a employé la méthode forte en envoyant les chars soviétiques à Vilnius pour empêcher l’indépendance de la Lituanie et préserver la population russophone.

Fort de cette approbation par référendum, Mikhaïl Gorbatchev allait donc signer le 20 août 1991 le traité instituant une nouvelle URSS, l’Union des États souverains avec une plus grande autonomie des républiques membres, tout en préservant le poste de Président fédéral.

Le 19 août 1991, le putsch de Moscou empêcha la tenue de cette signature. Le putsch n’a pas tourné en faveur des putschistes grâce au courage et à la volonté de Boris Eltsine qui s’était hissé sur un char soviétique au centre de Moscou pour les empêcher de prendre position. Le 21 août 1991, Mikhaïl Gorbatchev retourna au Kremlin sans aucune légitimité, accompagné d’un Boris Eltsine qui avait été élu démocratiquement deux mois auparavant.

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Ce fut Boris Eltsine qui mena la politique soviétique entre août et décembre 1991, d'une manière presque autoritaire face à Mikhaïl Gorbatchev. Pendant cette période, toutes les autres républiques de l’URSS ont fait sécession et ont proclamé leur indépendance (autres que celles qui avaient déjà proclamé leur indépendance) : l’Ukraine le 24 août 1991, la Biélorussie le 25 août 1991, la Moldavie le 27 août 1991, le Kirghizistan le 31 août 1991, l’Ouzbékistan le 1er septembre 1991, le Tadjikistan le 9 septembre 1991, l’Azerbaïdjan le 18 octobre 1991, le Turkménistan le 27 octobre 1991, et le Kazakhstan le 16 décembre 1991. Même la Russie a proclamé son indépendance le 12 décembre 1991 !

À la place de l’URSS ou même de la nouvelle fédération qu’avait proposée Mikhaïl Gorbatchev, Boris Eltsine (Russie), Léonid Kravtchouk (Ukraine) et Stanislaw Chouchkievitch (Biélorussie) se sont réunis lors d’un sommet à Minsk le 8 décembre 1991 pour instaurer une Communauté des États indépendants, puis les Présidents des onze républiques restantes de l’encore URSS se rencontrèrent lors d’un nouveau sommet à Alma-Ata le 21 décembre 1991 pour confirmer l’accord à trois de Minsk.

Président d’une Union d’aucune république socialiste soviétique, Mikhaïl Gorbatchev remit sa démission le 25 décembre 1991. L’URSS et toutes les institutions qui dépendaient de l’URSS furent dissoutes. Concentrant tous les pouvoirs anciennement soviétiques, Boris Eltsine resta Président de la Fédération de Russie jusqu’au 31 décembre 1999, jour où il confia les pouvoirs à son jeune et nouveau Premier Ministre Vladimir Poutine. En décembre 2016, Vladimir Poutine est toujours à la tête de la Russie. Dans un an, il dépassera la longévité de Léonid Brejnev…

Joyeux Noël !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 décembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Raspoutine.
Léonid Brejnev.
La fin de l’URSS.
La catastrophe de Tchernobyl.
Trofim Lyssenko.
Anna Politkovskaia.
Vladimir Poutine.
L’élection présidentielle de mars 2008.
Mikhail Gorbatchev.
Boris Eltsine.
Andrei Sakharov.
L’Afghanistan.
Boris Nemtsov.
Staline.
Ronald Reagan.
Margaret Thatcher.
François Mitterrand.
La transition démocratique en Pologne.
La chute du mur de Berlin.
La Réunification allemande.
Un nouveau monde.
L’Europe et la paix.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161225-urss.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/rip-cccp-a-noel-187602

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/12/24/34696692.html






 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Russie et pays de l'ex-URSS
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