Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 11:05

« Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s’armer contre elle pour mettre frein à une marée de douleurs ? ».


_yartiActing01

Ce week-end a lieu la dernière représentation, à Paris, de la pièce "Acting", plus précisément le samedi 28 janvier 2017 à 21 heures. Deux autres représentations auparavant, le jeudi 26 janvier et le vendredi 27 janvier 2017 à 21 heures. Le lieu, le Théâtre des Bouffes-Parisiens (2 rue Monsigny à Paris 2e), ce théâtre qui avait été une excuse pour le Président François Hollande par sa présence pour écouter Michel Drucker et ne pas regarder le deuxième débat de la primaire socialiste le 15 janvier 2017… La pièce sera ensuite jouée au théâtre d’Antibes du 2 au 4 février 2017.

_yartiActing02

"Acting" est une pièce écrite et mise en scène par le dramaturge et réalisateur Xavier Durringer, réalisateur notamment du film "La conquête" (sorti le 18 mai 2011) qui raconte l’ascension de Nicolas Sarkozy (joué par Denis Podalydès) de 2002 à 2007. Les décors sont d’Éric Durringer, les lumières d’Orazio Trotta et les costumes de Nathalie Bérard-Benoin.

Écrite en 2012, elle fut d’abord jouée à Bordeaux. Le cadre, c’est une cellule de prison avec trois lits superposés. Le décor très sobre est assez symbolique, on dirait que la cellule est dans une sorte de grotte avec pour seul contact avec l’extérieur une porte au fond de la scène, d’où rentre parfois le surveillant.

_yartiActing04

Dans la cellule, il y a deux prisonniers. L’un s’appelle Horace, le plus ancien dans la cellule, ce qui lui donne le droit de dormir sur le lit le plus haut. Il est muet et a été condamné pour meurtre. Il est insomniaque et regarde la télévision pendant la nuit. L’autre, installé sur le lit du milieu, est Gepetto. Il était expert-comptable et a une personnalité assez misérable. La pièce commence quand Robert est introduit dans la cellule. Il prend donc le lit du bas. Robert est un cinéaste (probablement raté) et a été condamné pour meurtre.

Très vite, Robert explique à Gepetto les rudiments du milieu des acteurs. Par exemple, lorsqu’une actrice se met nue, devant la caméra, en fait, ce n’est pas l’actrice créditée mais une jeune personne qui joue la doublure, souvent plus belle que l’actrice. Il raconte que la vraie vie d’un acteur, c’est surtout attendre devant son téléphone qu’un réalisateur l’appelle pour lui proposer un rôle.

Intrigué et fasciné par le métier d’acteur, Gepetto demande alors à Robert de lui apprendre ce métier. Réticent au départ, Robert y voit d’abord une façon de passer le temps en prison. Ensuite, il y trouve aussi un défit personnel car son élève ne paraît pas le plus performant. On voit donc Robert donner des cours de comédie à Gepetto qui est au départ particulièrement terne et nul. Mais petit à petit, Gepetto devient de plus en plus présent sur la scène.

C’est en fait Shakespeare qui est mis en valeur dans cette pièce assez étonnante. Gepetto déclame la même tirade de Shakespeare (le monologue d’Hamlet) de trente-six manières, en commençant par la récitation scolaire très mauvaise jusqu’à une sorte d’allégorie surmontée d’une cape de rouge royal.

C’étaient évidemment les deux comédiens principaux qui m’ont fait venir à ce théâtre.

Niels Arestup (67 ans) joue le rôle de Robert. Je l’avais vu jouer dans des films au cinéma, campant par exemple excellemment le dircab organisé et lymphatique, Claude Maupas, dans "Quai d’Orsay" (réalisé par Bertrand Tavernier et sorti le 6 novembre 2013) qui lui a valu l’un de ses trois Césars (le calme n’est pourtant pas sa première caractéristique de comédien !) ou encore dans le magistral dialogue entre le général Dietrich von Choltitz et Raoul Nordling sur la destruction de Paris dans "Diplomatie" (réalisé par Volker Schlöndorff et sorti le 5 mars 2014).

Mais sa vie, c’est d’abord le théâtre où il s’épanouit, où il nage avec aisance. Sa voix très puissante, son souffle, sa présence sur la scène sont très impressionnants. C’est à l’évidence le principal personnage de la pièce, qui l’inonde de son charisme incroyable.

_yartiActing05

Kad Merad (52 ans) joue le rôle de Gepetto. L’air assez terne, il est très adapté à ce type de rôle souvent de personnage médiocre et sans envergure. Plus à l’aise au cinéma qu’au théâtre, il a gagné en notoriété avec "Bienvenue chez les Ch’tis" (2008) mais parmi les très nombreux films dans lesquels il a joué, on peut citer par exemple "Un ticket pour l’Espace" (2006) où il joue le spationaute amateur en attente de reconnaissance de son garçon (dans un duo avec la magnifique actrice Marina Foïs), ou encore dans "Le Petit Nicolas" (2009) et "Les vacances du Petit Nicolas" (2014) où il a joué parfaitement le rôle du père du Petit Nicolas (et ce n’était pas évident au départ de l’imaginer excellent pour ce rôle).

Certains critiques ont d’ailleurs estimaient que Kad Merad jouait assez mal dans cette pièce "Acting", mais justement, son rôle était d’être un comédien raté et Shakespeare pouvait l’emporter vers le meilleur, le sublimer. Ces deux comédiens, visiblement, prenaient du plaisir sur scène même si Kad Merad semble moins assuré que son vieux compère.

Kad Merad a expliqué sur France 5 qu’il ne faisait pas toujours la même chose à chaque représentation et qu’il testait certains gestes. Donc, je ne sais pas si c’est systématique ou pour une seule représentation, mais disons pour l’anecdote que Kad Merad s’est beaucoup investi dans ce projet …au point de se mettre complètement nu sur la scène devant un public surpris ! C’est dans cette nudité, éclairée subtilement par Orazio Trotta, que Gepetto récite de manière très incarnée sa tirade de Shakespeare.

Enfin, l’humoriste Patrick Bosso (54 ans), a bien voulu se prêter au jeu d’Horace, au dialogue inexistant. On peut s’interroger sur l’utilité de son personnage, mais sa présence permet de mettre en place discrètement quelques éléments du décor et de donner une ambiance un peu plus glauque dans l’histoire.

_yartiActing03

Le public dans la salle le dimanche était de tout milieu, tout âge, et a semblé captivé du début à la fin avec ce dialogue ininterrompu entre Niels Arestup et Kerad Merad. Nul doute que cette pièce sera rejouée une prochaine saison…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Acting.
Quai d’Orsay.
Shakespeare.

_yartiActing06


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170108-acting.html







 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print






Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).