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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 06:32

Arnaud, Vincent, Sylvia, François et Jean-Luc sont tombés à l’eau. Manuel et Benoît, dans un bateau qui tangue et qui n’est pas loin de couler, cherchent à récupérer la barre. Où il est question de désigner un nouveau capitaine de pédalo. Quatrième show.


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Le dernier débat de la primaire socialiste et seul débat pour le second tour, duel entre Manuel Valls et Benoît Hamon, a eu lieu ce mercredi 25 janvier 2017 sur TF1,  France 2 et France Inter, pendant deux heures. Contrairement aux trois précédents débats faisant intervenir les sept candidats du premier tour, particulièrement ennuyeux, ce duel fut plutôt intéressant et de bonne tenue. Le débat a été animé par Alexandra Bensaïd (France Inter), David Pujadas (France 2) et Gilles Bouleau (TF1). 5,5 millions de téléspectateurs ont regardé ce débat.

C’était un débat "critique". Pas seulement pour 2017 mais historiquement. En ce sens que jamais le PS n’avait encore publiquement débattu de son clivage crucial entre la gauche réaliste au point d’être sociale-libérale et la gauche utopiste. Cela fait plus de quarante ans que ce débat n’a jamais eu lieu, à l’origine le débat entre Michel Rocard et Jean-Pierre Chevènement (François Mitterrand prenant le rôle du grand synthétiseur, comme plus tard François Hollande). Même s’il faut rappeler que les deux candidats ont commencé leur vie politique, tous les deux, comme jeunes rocardiens.

Ceux qui voulaient un gagnant ou ceux qui voulaient du pugilat en ont été pour leurs frais : ce fut match nul, dans un échange de velours même si chacun fut ferme et sans concession pour l’autre. À l’évidence, formés tous les deux à l’école du PS, apparatchiks originaires de la Rocardie, les deux duettistes ont eu une certaine habileté dans un débat particulièrement éprouvant et attendu.

Si Manuel Valls a su montrer une légère supériorité sur la valeur travail, Benoît Hamon, contre toute prévision, a su de son côté montrer une certaine crédibilité sur le terrain du régalien, ce qui a dû déconcerter son adversaire. Quatre thèmes principaux ont été proposés (travail, laïcité, écologie, sécurité), ainsi qu’une "carte blanche" laissée à chaque candidat.


1. Le travail

Évidemment, le principal sujet fut la proposition de "revenu universel" de Benoît Hamon.

Au début de cette discussion, il y avait comme un certain retour en arrière qui illustrait le manque d’originalité des deux candidats : Benoît Hamon prônait une mesure proche de la loi De Robien (qui date du 11 juin 1996), où les baisses de charges (du CICE) seraient conditionnées à une baisse de la durée du temps de travail et à des embauches, et Manuel Valls défendait le retour de la défiscalisation des heures supplémentaires mise en œuvre en 2007 par Nicolas Sarkozy et abrogée en 2012 par François Hollande. Ces deux candidats ont donc dix voire vingt ans de retard…

Benoît Hamon a précisé qu’il ne toucherait pas aux 35 heures mais qu’il encouragerait les entreprises à passer aux 32 heures (reconnaître que ces 32 heures resteraient payées 35 heures a été difficile pour lui). Il ne reviendrait pas non plus à l’âge de 62 ans pour la retraite.

Benoît Hamon a introduit le sujet en disant que sa génération (il va avoir 50 ans) n’avait pas eu de problème, quel que soit le diplôme, pour trouver un emploi à la sortie des études (en gros vers 1990). Ce qui est totalement faux, c’était déjà très difficile, à l’époque, pour les jeunes diplômés, de trouver un emploi durable, mais visiblement, lui qui fut un apparatchik et salarié de la politique (voir son parcours ici) n’a pas semblé s’inquiéter pour son propre avenir alimentaire quand il avait une vingtaine d’années…

Manuel Valls, au contraire, était contre toute idée que le travail serait de plus en plus rare (la réalité, c’est qu’en une cinquantaine d’années, en France, le travail a même augmenté de 35% malgré l’automatisation dans l’industrie). Pour Manuel Valls, la mesure de Benoît Hamon serait un signal fort de l’abdication face aux grandes mutations actuelles et au fait qu’on se satisferait de ne plus travailler alors que, comme l’opposition parlementaire, il a considéré qu’il fallait travailler plus.

C’est un vrai clivage philosophique : croire que le travail est ce qu’il est et qu’il faut partager la misère et lé pénurie, c’est le principe du partage du temps de travail. Mais Manuel Valls, à part proclamer qu’il croyait à la valeur travail (rappelons que son ancien ministre Emmanuel Macron s’est proclamé le candidat du travail), a mal argumenté. Il aurait fallu dire que le raisonnement de Benoît Hamon ne tiendrait que si l’on considérait qu’il n’y aurait pas de création d’activités nouvelles, qu’il n’y aurait plus d’innovation, d’emplois nouveaux. C’est la grande faille du raisonnement de Benoît Hamon, peu exploitée par Manuel Valls.

L’autre grande faille du "revenu universel", ce fut l’incapacité de Benoît Hamon à donner un début de piste sur son financement. Ce n’était vraiment pas sérieux et respectueux des électeurs. 450 milliards d’euros d’ici à dix ans, et 45 milliards d’euros la première année. Il voudrait taxer les robots, ce qui serait particulièrement anti-économique, et Manuel Valls a rappelé un argument de Vincent Peillon qui affirmait que c’était dans les pays où il y avait le plus de robots (comme en Allemagne) que le chômage était le plus bas.

Ce qui a fait dire à Manuel Valls que lui était le « candidat de la feuille de paie » (volant d’ailleurs la formule à Arnaud Montebourg) et que son concurrent était le « candidat de la feuille d’impôt ». Mais Benoît Hamon, justement, a assuré qu’il n’augmenterait pas les impôts (mais qu’il ne les baisserait pas). En clair, il a laissé entendre qu’il laisserait s’enflammer les déficits publics.

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Benoît Hamon a néanmoins été très habile car il a attaqué Manuel Valls sur une mesure de son gouvernement, la défiscalisation des actions d’entreprise qui a profité surtout aux dirigeants des grandes entreprises du CAC40 alors qu’elle était destinée aux start-up.

Autre belle habileté qui lui vaudra certainement des voix supplémentaires (et à mon avis, c’est une excellente mesure), Benoît Hamon a proposé un grand plan sport santé pour encourager l’exercice physique et prévenir ainsi les maladies.


2. La laïcité

Là encore, Benoît Hamon a brillé et a montré encore son habileté. C’était un sujet sur lequel Manuel Valls avait des raisons de vouloir attaquer Benoît Hamon en raison de sa supposée tolérance de l’islamisme. Principale erreur de Benoît Hamon dans une ancienne émission télévisée (sur France 2), c’était de parler de "tradition ouvrière" pour expliquer avec une boutade l’interdiction faite aux femmes d’entrer dans certains cafés à Sevran. Comme c’était Benoît Hamon qui a parlé en premier lieu de ce thème, il a carrément abordé ce sujet en disant qu’il fallait que les femmes puissent avoir accès à tous les lieux publics sans discrimination. Ainsi, cela a désamorcé l’attaque que voulait faire son adversaire.

Encore plus malin, Benoît Hamon n’a pas hésité à se comparer à Alain Juppé qui, comme lui (et maintenant, comme François Fillon), est insulté sur les réseaux sociaux avec son nom associé à un prénom d’origine maghrébine. Il s’en est pris surtout à l’extrême droite mais aussi, implicitement, à certains adversaires socialistes qui ont utilisé les mêmes arguments (Manuel Valls a fait mine de s’en étonner !).

Le raisonnement de Benoît Hamon, c’était de dire que la loi du 9 décembre 1905 était excellente et qu’il fallait l’appliquer complètement, mettant en lumière en particulier son article 31 qui fait condamner tous ceux qui empêchent ou obligent la pratique d’un culte : « ceux qui, soit par voies de fait, violences ou menaces contre un individu, soit en lui faisant craindre de perdre son emploi ou d’exposer à un dommage sa personne, sa famille ou sa fortune, l’auront déterminé à exercer ou à s’abstenir d’exercer un culte, à faire partie ou à cesser de faire partie d’une association cultuelle, à contribuer ou à s’abstenir de contribuer aux frais d’un culte. ».

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Manuel Valls a dû se retrancher sur d’autres arguments, comme le vote de loi du 11 octobre 2010 contre la burqa : Benoît Hamon, alors porte-parole du PS, avait annoncé à l’époque qu’il était contre alors que Manuel Valls avait voté cette loi. Le journaliste Gilles Bouleau a voulu alors savoir s’il avait voté la loi contre la burqa, et Benoît Hamon a simplement répondu qu’il ne pouvait pas voter puisqu’il n’était pas député !… Gilles Bouleau avait perdu une occasion de se taire (je reste toujours stupéfait par l’ignorance des journalistes politiques en France). À la burqa, Benoît Hamon a renvoyé à Manul Valls la décision du Conseil d’État annulant les arrêtés municipaux contre le burkini.

Là où la réflexion a eu une faille chez Benoît Hamon, c’était qu’il faisait la différence, chez une femme qui porterait le voile, selon lui, entre ce qui est de la contrainte et ce qui est de la liberté, mais en définitive, c’est  toujours un asservissement pour la femme, même si elle assure que c’est sa propre volonté de le porter (rappelons aussi le nombre de femmes battues qui veulent rester auprès de leur mari violent).

Le dernier argument de Manuel Valls a concerné le CICF, structure qui lutte contre l’islamophobie, en évoquant un proche de Benoît Hamon, le député Alexis Bachelay qui, selon lui, « organise une réunion avec le CICF sur la sortie de l’état d’urgence ».  Puis, en parlant de collusion entre l’extrême droite et l’extrême gauche sur l’antisémitisme, Manuel Valls a fait un lapsus très intrigant, en disant : « Dieudonné, que j’ai convaincu » pour dire « que j’ai combattu » !


Autres sujets

Sur l’environnement et la sécurité, les échanges ont été très pauvres. J’ai été étonné que Manuel Valls n’ait pas abordé la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim qui a été décidée par le conseil d’administration d’EDF le 24 janvier 2017. Sans surprise, Benoît Hamon s’est déclaré opposé à la poursuite du projet de Notre-Dame-des-Landes tandis que Manuel Valls voudrait faire appliquer la loi d’autant plus que la population et les élus seraient d’accord avec ce nouvel aéroport (contrairement à Ségolène Royal !).

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Dans les "cartes blanches", Manuel Valls a parlé de l’Afrique, en pleine croissance démographique et qui serait un partenaire essentiel de l’Europe dans les prochaines décennies et il a proposé un mécanisme de type Erasmus pour l’Afrique, qui pourrait s’appeler "Senghor". Benoît Hamon, lui, a voulu promouvoir la politique culturelle et encourager les spectacles vivants, en assurant une meilleure rémunération des artistes, par un véritable statut d’artiste et des droits d’auteur protégés face aux grands groupes (il n’a rien précisé concernant les droits sur Internet).

Sur la politique extérieure, Benoît Hamon a exposé une certaine vision de la situation actuelle en affirmant que l’arrivée de Donald Trump et l’agressivité de Vladimir Poutine devaient convaincre les pays européens de se ressouder pour décider eux-mêmes de leur avenir et pour renforcer leur indépendance énergétique.


Match nul, vraiment ?

Manuel Valls et Benoît Hamon étaient tous les deux assez bons dans ce débat, chacun d’eux a maîtrisé ses sujets, et a su aborder avec avantage tous les thèmes, même ceux pour lesquels ils étaient considérés comme "faibles". En ce sens, si cela paraissait "normal" pour Manuel Valls, ce l’était beaucoup moins pour Benoît Hamon qui a ainsi gagné en stature, certes pas présidentielle, mais au moins comme leader politique de premier plan.

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Je pense que Manuel Valls s’est trompé de stratégie pour sa campagne du second tour en attaquant le "revenu universel" de Benoît Hamon, comme Alain Juppé s’était trompé en attaquant le programme de François Fillon à la "primaire de la droite et du centre". En effet, entre le "revenu universel" de 750 euros réservé aux jeunes et le "revenu décent" de 800 euros que propose Manuel Valls, finalement, il n’y a pas de très grande différence.

Manuel Valls aurait plutôt dû trouver un autre angle d’attaque. Comme il est considéré comme trop autoritaire, il aurait dû jouer à David contre Goliath. David, le challenger, qui aurait contre lui tous les dirigeants du Parti socialiste, ceux qui tiennent l’appareil, ceux qui ne veulent absolument pas de lui. Il y aurait alors eu en sa faveur un côté "base" (lui, homme solitaire) contre "l’élite" du PS (tous réunis derrière Benoît Hamon).

Au lieu de cela, il a voulu attaquer sur des sujets qui étaient facilement désamorçables pour Benoît Hamon à qui les électeurs ne semblent pas reprocher l’absence totale de financement d’une mesure qui coûte plusieurs centaines de milliards d’euros !

Parce qu’il avait le plus à perdre, Benoît Hamon a peut-être mieux réussi sa prestation que Manuel Valls, généralement à l’aise dans ce genre de confrontation. Benoît Hamon s’est payé aussi le luxe de remettre en place plusieurs fois les journalistes… un peu à l’instar de François Fillon. Aucun des deux n’a osé aborder les soupçons de tripatouillages du PS sur les résultats du premier tour car chacun compte gagner le second tour. Le vote aura lieu dimanche 29 janvier 2017 de 9 heures à 19 heurs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Second tour de la primaire socialiste du 29 janvier 2017.
Résultats du second tour de la primaire socialiste du 29 janvier 2017.
Quatrième débat de la primaire socialiste du 25 janvier 2017.
Premier tour de la primaire socialiste du 22 janvier 2017.
Communiqué du PS du 25 janvier 2017 sur les résultats du premier tour de la primaire PS.
Communiqué du PS du 23 janvier 2017 sur les résultats du premier tour de la primaire PS.
Résultats du premier tour de la primaire socialiste du 22 janvier 2017.
Comment voter à la primaire socialiste de janvier 2017 ?
Troisième débat de la primaire socialiste du 19 janvier 2017.
Deuxième débat de la primaire socialiste du 15 janvier 2017.
Premier débat de la primaire socialiste du 12 janvier 2017.
Jean-Christophe Cambadélis.
La primaire socialiste de janvier 2017.
L’élection présidentielle vue en janvier 2017.
Congrès de Reims de novembre 2008.
François Hollande.
Jean-Marc Ayrault.
Bernard Cazeneuve.
Emmanuel Macron.
Jean-Luc Mélenchon.
Manuel Valls.
Benoît Hamon.
Arnaud Montebourg.
Benoît Hamon.
Vincent Peillon.
Programme de Manuel Valls (à télécharger).
Programme de Benoît Hamon (à télécharger).
Programme d’Arnaud Montebourg (à télécharger).
Programme de Vincent Peillon (à télécharger).
Programme de François de Rugy (à télécharger).
Programme de Jean-Luc Bennahmias.
Programme de Sylvia Pinel (à télécharger).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170125-primaire-ps.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/primaire-ps-manuel-valls-vs-benoit-188986

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/26/34848285.html



 

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