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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 06:00

« L’élection présidentielle est un moment formidable de rencontres avec les gens. En fait, c’est le seul moment en politique où l’on vous écoute vraiment. C’est le moment où des millions de gens viennent dans le secret de l’isoloir, ayant réfléchi en conscience et interrogé leurs idées et attentes, peut-être même le côté affectif de ce qu’ils sont, mettre votre nom dans une urne. (…) C’est un moment de rencontre extraordinaire avec la France, quelque chose de profondément passionnant. » (LCI le 3 janvier 2017).


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Nous sommes déjà à la fin du mois de janvier 2017 et à moins de trois mois du premier tour de l’élection présidentielle. Tous les acteurs se mettent en place pour la campagne présidentielle. Depuis le 29 janvier 2017, le nom du candidat du PS est connu, il n’est pas François Hollande, pas plus Manuel Valls, mais Benoît Hamon qui jouit, en ce mois de janvier, d’un petit frisson favorable (largement insuffisant pour pouvoir l’emporter à l’heure actuelle).

François Fillon et Benoît Hamon, les deux candidats ignorés des médias, qui ont beaucoup travaillé sur le fond, sur leur programme,qui ont beaucoup rencontré de Français et qui étaient "invisibles" ou "inaudibles" tant que les grands "ténors" restaient dans la course : Nicolas Sarkozy et Alain Juppé pour l’un, François Hollande et Manuel Valls pour l’autre.

Il reste néanmoins une dernière inconnue. François Bayrou va-t-il se présenter à l’élection présidentielle de 2017 ? Si l’on en croit le sondage publié le 29 janvier 2017 par Kantar-Sofres pour "Le Figaro", LCI et RTL, réalisé les 26 et 27 janvier 2017, cette question n’aurait plus beaucoup d’importance : sa présence ou son absence changerait peu l’ordre d’arrivée au premier tour et surtout, son audience se serait complètement effritée jusqu’à 5% d’intentions de vote.

Il ne faut évidemment pas prendre les sondages pour argent comptant puisque les sondés, généralement, ne vont pas imaginer voter pour quelqu’un dont ils ne sont pas sûrs de la candidature. Résultat, Benoît Hamon, parti initialement autour de 7 à 8% lorsque son nom était juste mis en hypothèse, peu vraisemblable, parmi d’autres, a "bondi" dès que sa candidature apparaît presque assurée, il a doublé ses intentions de vote avant même de commencer sa campagne.


Contretemps

Le vrai adversaire de François Bayrou, c’est le temps. Il a laissé filer le temps bien trop longtemps et sa candidature apparaît donc de moins en moins probable. Il a été abusé, comme d’autres, par les sondages. Il a soutenu la candidature d’Alain Juppé à la "primaire de la droite et du centre" en novembre 2016 et comptait donc ainsi faire barrage à la candidature de Nicolas Sarkozy. Il n’avait pas vu arriver François Fillon, avec lequel il s’entend bien sur le plan personnel (il est un ami, ils avaient bataillé ensemble lors de leur "audace" des rénovateurs au printemps 1989 !), mais le programme considéré comme trop libéral rend compliqué son soutien.

Pendant ce temps, pendant le temps de la réflexion, un autre candidat s’est introduit sur le marché du centrisme et du refus du clivage droite/gauche, Emmanuel Macron et plus sa candidature est attrayante, moins la candidature de François Bayrou est crédible. Il y a une génération entre les deux hommes. L’un pourrait avantageusement représenter la nouvelle génération sur les thèmes de l’autre.


La caravane passe

L’éviction sans ambiguïté de Manuel Valls à la primaire socialiste et la désignation du représentant de l’aile gauche, pourtant nourri au biberon rocardien, Benoît Hamon, ainsi que le positionnement à droite de François Fillon, qui vient toutefois de recevoir le 29 janvier 2017 le soutien enthousiaste des centristes de l’UDI présidé par Jean-Christophe Lagarde, laissent les centristes un peu orphelins. Emmanuel Macron se nourrit de ce manque, et François Bayrou se pose donc encore la question de sa présence, de sa pertinence.

Lors de sa meilleure campagne présidentielle, celle de 2007, c’était en début février 2007 qu’il fut au sommet des intentions de vote. À son sommet, atteignant même, dans un sondage (considéré ensuite comme contestable), 20% des intentions de vote. Il a finalement obtenu le 22 avril 2007 le même score que les intentions de vote de début février 2007, à savoir dans les 18%. Il lui avait manqué, en mars 2007, un rebond pour dépasser Ségolène Royal et passer de 18 à 23% voire 25%.

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Pour l’élection de 2017, il n’est toujours pas parti, fin janvier. Il faut être Président de la République sortant, comme De Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy pour se permettre d’attendre février ou mars pour concourir à l’élection d’avril. Et encore ! On a pu comprendre que Nicolas Sarkozy était parti un mois trop tard, et il avait pourtant avancé sa déclaration de candidature de quinze jours. Plus on attend, plus les adversaires gagnent du terrain. Emmanuel Macron, finalement, est celui qui est parti le premier et a gagné beaucoup de terrain là où on ne l’attendait pas.

François Bayrou a dit qu’il attendrait le milieu du mois de février 2017 pour annoncer sa décision. Son éventuelle déclaration serait pourtant très tardive ! Pourquoi pas ? Une campagne présidentielle est épuisante et à 65 ans, il peut imaginer réduire la durée de sa campagne. Par ailleurs, ce mercredi 1er février 2017, son nouveau livre devrait sortir (aux éditions de l’Observatoire). Son titre, "Résolution française", n’est pas sans rappeler le livre d’Emmanuel Macron paru le 24 novembre 2016 avec ce titre assez trompeur : "Révolution". Un clin d’œil malicieux, probablement.


Trois possibilités et un choix

Ce n’est pas la peine de tourner autour du "pot" : François Bayrou a trois options possibles. Le 15 janvier 2017, le "Journal du dimanche" l’a d’ailleurs entendu se confier : « J’ai trois portes devant moi, et je n’en ferme aucune. ». En effet, il peut soit soutenir François Fillon, soit soutenir Emmanuel Macron, soit enfin, se présenter lui-même à l’élection présidentielle avec le risque d’obtenir moins de voix qu’en 2002.

À "L’Opinion", il confiait également : « Emmanuel veut grimper l’Himalaya sans jamais avoir enfilé de chaussures de marche. Existe-t-il vraiment ? A-t-il les épaules ? On verra. ». Guy Birenbaum a analysé succinctement la situation sur France Info le 26 janvier 2017 : « Les soucis de François Fillon (…) et le succès (…) de Benoît Hamon (…) sont deux bonnes raisons pour que Bayrou se lance pour la quatrième fois à la présidentielle. À moins qu’il ne s’allie avec Macron. Tout est possible ! ».

Reprenons ces trois cas possibles :


1. Soutien à François Fillon

L’objectif de François Bayrou pour la "primaire de la droite et du centre" a été atteint dès le 20 novembre 2016, à savoir l’élimination de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle 2017. Même s’il préférait Alain Juppé, la désignation de François Fillon n’a pas inquiété François Bayrou : les valeurs chrétiennes et une vieille amitié sont partagées entre les deux hommes.

En revanche, la "radicalité" de son programme de réformes, notamment sur la sécurité sociale et le nombre de fonctionnaires, interroge beaucoup François Bayrou qui fut pourtant le premier candidat à l’élection présidentielle à avoir mis sur le tapis le grave problème du déficit public et de l’endettement de l’État, dès 2002 !

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Les soupçons portés sur l’emploi de l’épouse de François Fillon pourrait achever de convaincre François Bayrou que le candidat LR pourrait exploser en pleine campagne, sachant que la tactique du "Canard enchaîné" est de distiller de nouvelles petites bombes chaque semaine, histoire de faire vendre.


2. Soutien à Emmanuel Macron

Au début de l’automne 2016, François Bayrou ne croyait pas du tout à la "bulle Macron" et n’hésitait pas à parler du "banquier Macron" pour mieux l’enfoncer. Il refusait toute idée d’alliance avec lui.

Pourtant, les thèmes de campagne d’Emmanuel Macron ne sont pas si éloignés de ceux que François Bayrou a toujours soutenus depuis une quinzaine d’années : casser le clivage gauche/droite (anachronique), miser sur le renforcement de l’Europe, rester une société ouverte malgré les peurs et les tentations de repli sur soi, favoriser l’économie "made in France" en mettant tout en œuvre pour encourager le développement des entreprises et la réindustrialisation des territoires.

Le président de l’UDI avait tenté, à la fin de l’été 2016, un rapprochement avec Emmanuel Macron. Mais Jean-Christophe Lagarde avait vite compris qu’un ralliement au candidat d’En Marche devait se faire par reddition sans négociation. Or, on ne peut rassembler sans concertation, sans discussion, sans travail en groupe. C’est le hic de la démarche d’Emmanuel Macron : on adhère à 100% ou tant pis. Drôle de rassembleur !

Ces ralliements inconditionnels se sont d’ailleurs multipliés avec la primaire socialiste au point qu’Emmanuel Macron est devenu réellement un candidat de l’aile droite du Parti socialiste, malgré les quelques rares anciens ministres "de droite" qui n’avait plus beaucoup d’avenir devant eux. Entrer dans une succursale pour recyclage… Ce n’est pas le genre de François Bayrou !


3. Sa propre candidature

L’ego bien sûr titille le leader centriste pour s’engager dans une nouvelle campagne présidentielle. François Bayrou sait qu’elle sera dure et peut-être humiliante s’il n’est pas capable de "décoller" dans les sondages. Il devra alors construire ses arguments de campagne dans la différenciation de la campagne d’Emmanuel Macron.

Il pourra toujours parler d’un manque de programme d’Emmanuel Macron, d’une absence d’expérience politique (notamment électorale et parlementaire), d’une faible aptitude à être crédible sur le registre régalien (qu’il partage avec Benoît Hamon).

Mais la réalité, c’est qu’on se posera alors la question de son propre programme : quel proposera-t-il de nouveau par rapport à 2012, 2007 et 2002 ? et avec qui ? Car ses troupes sont éparses. Le seul député du MoDem élu en juin 2012, Jean Lassalle, l’a même quitté pour tenter lui-même l’aventure présidentielle sur un coup de tête (mécontent d’une alliance entre son ancien "chef" et Alain Juppé dans sa région).

L’électorat étant très mouvant, les retournements de situation peuvent surgir très rapidement voire très brutalement. François Bayrou peut parier sur son talent de persuasion pour expliquer que ses propositions auraient évité de trouver la France au bord du précipice, avec un FN durablement à plus de 25%.


Seul contre tous ?

Guy Birenbaum a plaisanté à propos de certains portraits de François Bayrou parus récemment dans la presse : « On le connaît depuis longtemps, Bayrou, mais on apprend quand même deux choses étonnantes dans l’article que lui consacre Nathalie Schuck dans "Le Parisien" : "Il adore les meetings, la foule, qu’il compare volontiers au contact amoureux". Alors pardon. Mais le "contact amoureux" dans une foule, ça s’appelle partouze. Surtout que Bayrou dit : "Je ne déteste pas être seul contre tous, c’est même un vice". Humm… Bayrou "seul contre tous", "la foule", un "vice"… ce n’est plus une candidature, c’est un film de boules ! » (France Info, le 26 janvier 2017).

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L’un des arguments peut-être les plus forts depuis une semaine, porte sur l’hypothèse selon laquelle François Fillon serait obligé de renoncer à sa candidature à cause d’une mise en examen. L’hypothèse est peut-être très improbable mais si cela devait arriver, ce pourrait être catastrophique pour "Les Républicains" (qui correspondent à au moins un cinquième si ce n’est un quart de l’électorat), surtout si cela intervenait après le dépôt des candidatures et des parrainages. François Bayrou serait alors le seul candidat capable de représenter "cette droite et ce centre" qui fut jusqu’à maintenant plus à droite qu’au centre. L’absence d’offre électorale entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen poserait en effet un véritable problème démocratique.

La présence de François Bayrou rassurerait alors pour proposer un "plan B" aux électeurs LR et surtout, il serait un pôle d’attraction pour des électeurs susceptibles de voter Emmanuel Macron. La bataille de la qualification au second tour se joue donc nettement autour de la décision de François Bayrou d’y aller ou pas.

La logique voudrait néanmoins que l’analogie de l’ascension dans l’Himalaya s’applique aussi à lui-même. Aujourd’hui, François Bayrou est pieds nus.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résolution nationale.
Et si… ?
L’élection en début janvier 2017.
Un rude adversaire.
L'élu du 7 mai 2017 ?
Pataquès chez les centristes.
Chevalier du vivre ensemble.
Fais-moi peur !
Le vrai clivage.
Soutien à Alain Juppé.
Bayrou et Delors, l’acte manqué.
La clairvoyance de François Bayrou.
L’auto-enfermement de Manuel Valls.
La proportionnelle aux législatives ?
Changement de paradigme.
Mathématiques militantes.
2017, tout est possible…
Bayrou et l'affaire Merah.
Le soldat Bayrou à sauver.
Pourquoi Bayrou ?
Bayrou a refusé des valises pleines de billets.
Moralisation de la vie politique.
Bayrou 2007.
L’homme de Gourette.

_yartiBayrou2017A05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170130-bayrou.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-en-pleine-189169

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/31/34873454.html


 

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