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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 05:38

« La gauche n’a-t-elle donc plus de bilan à assumer, comme si le retrait de François Hollande avait tout effacé comme une ardoise magique ? La France n’a-t-elle plus de problème avec le terrorisme islamiste, alors que celui-ci maintient une pression et une menace permanente sur notre pays ? N’y a-t-il plus de problème de chômage, de sécurité, de surendettement, d’excès de fiscalité et de charges, de pouvoir d’achat, d’éducation ? Rien ne me détournera des vrais enjeux de cette élection présidentielle. » (Conférence de presse du 6 février 2017).



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Pendant trois quarts d’heure, le candidat LR à l’élection présidentielle François Fillon a tenu une conférence de presse à Paris ce lundi 6 février 2017 vers 16 heures. Il a accepté de répondre aux questions de ce qu’il a cru être une "meute" de journalistes pendant deux semaines. Il a fallu en effet attendre treize jours pour que sa réponse fût au niveau de l’attaque dont il est l’objet depuis le 24 janvier 2017.

Il y a eu comme un échange croisé d’images au cours de cette précampagne présidentielle entre les deux champions du parti Les Républicains : Alain Juppé, connu pour son autoritarisme entêté "droit dans ses bottes" a perdu la "primaire de la droite et du centre" à cause de son image trop laxiste et trop consensuelle, tandis que François Fillon, considéré comme un second permanent sans colonne vertébrale, a gagné la même primaire par sa solidité intellectuelle et une ténacité en acier inoxydable déjà éprouvée lors de la bataille pour la présidence de l’UMP en novembre 2012.


La reconnaissance que cela choque les Français

Sans parler immédiatement du fond, la communication du candidat pendant une dizaine de jours pendant lesquels l’affaire "PenelopeGate" inondait les médias a été plus que déplorable. D’ailleurs, il l’a reconnu, tant dans sa conférence de presse que dans sa lettre aux Français qu’il vient de publier ce mercredi 8 février 2017 : « C’est vrai, pendant quelques jours, la fureur de forces qui se sont déchaînées contre moi m’a laissé abasourdi. Pourtant, j’ai décidé de ne rien céder aux intimidations et aux pressions. J’ai choisi de me tenir debout face aux Français, face à leur jugement. ».

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Si l’on prend le fond qu’on lui reproche, ce n’est pas sur la légalité mais sur la moralité. Son silence sur ce qui a choqué les Français a été interprété au mieux comme un mépris et au pire comme un aveu. Cette semaine, François Fillon a enfin réagi correctement, en prenant la pleine mesure du choc : « Je le sais, les accusations qui ont été portées contre moi vous ont profondément troublés. Ce trouble, je le comprends parfaitement. J’ai donc souhaité clarifier les choses lundi dernier car je n’ai rien à vous cacher. » (8 février 2017).


La présentation de ses excuses

Pendant sa conférence de presse lundi, François Fillon a en effet présenté ses excuses : « Mesdames et Messieurs, je veux vous le rappeler, tout cela était légal. Mais suis-je pour autant quitte sur le plan moral ? Cette question éthique est si élevée, si essentielle, qu’elle me place face à ma conscience et face aux Français, et à eux seuls. Cela n’est pas au système médiatique de me juger, c’est aux Français de décider. Le premier courage en politique, c’est de reconnaître ses erreurs. Collaborer avec sa famille en politique est une pratique désormais rejetée par les Français. Ce qui était acceptable hier, à défaut d’être accepté, ne l’est plus aujourd’hui. En travaillant avec ma femme et mes enfants, j’ai privilégié cette collaboration de confiance qui aujourd’hui suscite la défiance. ».

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Et d’ajouter, le moment le plus fort de sa conférence de presse : « C’était une erreur. Je le regrette profondément et je présente mes excuses aux Français. ». Ceux qui négligeraient d’un revers de mains cette présentation d’excuses seraient de mauvaise foi. Dans le passé, il n’y a pas eu beaucoup de responsables politiques qui ont présenté leurs excuses pour une affaire qui les ont mis en cause. C’est beaucoup plus fort qu’un remboursement qui, au contraire, aurait fait reconnaître que les sommes n’auraient pas dû être perçues (même si le remboursement aurait été une décision visant à calmer les critiques).


La transparence et une proposition

Alors qu’il s’était opposé à la publication du patrimoine des ministres en 2013, après l’affaire Cahuzac, François Fillon a voulu montrer une totale transparence sur son patrimoine et sur les salaires de son épouse comme collaboratrice parlementaire. Il a publié ainsi sa déclaration de patrimoine déposée le 16 décembre 2016 (lui n’est pas assujetti à l’ISF, au contraire d’autres candidats), qu’on peut lire ici.

Il va même plus loin puisqu’il a repris sa proposition de réduire le nombre de députés qui serait ainsi confortée par cette polémique : « Comme beaucoup d’autres parlementaires, j’ai agi selon un usage certes légal, mais dont il est clair que nos concitoyens ne veulent plus. J’en ai tiré moi-même les conclusions, il y a plus de trois ans, en cessant toute collaboration avec des membres de ma famille, contrairement à beaucoup de ceux qui, dans le théâtre politique actuel, me font la leçon. S’il faut réformer le système, alors réformons-le dans son ensemble en ouvrant le débat sur les conditions d’exercice du mandat de parlementaire et sur le fonctionnement de ses équipes. Je rappelle au passage que j’ai clairement indiqué, y compris en résistant à de fortes pressions de ma famille politique, que je ne rétablirais pas le cumul des mandats et que je soumettrais à un référendum la réduction du nombre des parlementaires pour leur donner en contrepartie, enfin, un vrai statut. On réclame la transparence ! Je n’ai rien à cacher. » (6 février 2017).

Pour information, il y a actuellement au moins une centaine de parlementaires qui salarieraient un membre de leur famille, sans compter les amis proches et éventuels amants ou maîtresses au patronyme forcément différent. Depuis l’éclatement de "l’affaire", une quinzaine de parlementaires ont d’ailleurs immédiatement mis fin à la collaboration d’un membre de leur famille…


Revenons sur le fond

Un jour après cette conférence de presse, "Le Canard enchaîné", dans le cadre de son auto-promotion, a poursuivi son acharnement contre François Fillon. Cette semaine, il s’agissait des indemnités de licenciement qu’aurait reçues Pénélope Fillon. Peine perdue, ces sommes faisaient déjà partie de la communication de transparence de son mari la veille (visible ici).

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Reprenons néanmoins certaines affirmations évoquées depuis le début de cette "affaire".

La meilleure réflexion provient d’un jeune député LR, Julien Aubert, élu en juin 2012 de justesse à Carpentras, qui, énarque, a commencé sa carrière de haut fonctionnaire comme conseiller référendaire à la première chambre de la Cour des Comptes, chargé des affaires économiques et du contrôle du Ministère des Finances. Conseiller à l’Élysée en 2009, il fut également commissaire aux comptes de l’ONU en 2004 et élu en décembre 2015 vice-président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur chargé des finances et de la rationalisation des dépenses. En outre, il a été attaché parlementaire d’un député RPR lorsqu’il avait 20 ans (pendant ses études).

Ce qu’a écrit Julien Aubert dès le 27 janvier 2017 est donc une parole avisée : « À l’époque des faits, la non-consommation de l’enveloppe collaborateurs revenait de droit au député employeur. Dès lors, si l’idée était d’augmenter son revenu, nul besoin de passer par sa femme : il suffisait de n’employer personne ! C’était tout aussi légal, et encore plus simple, il économisait au passage le coût des cotisations sociales prélevées sur la même enveloppe. En revanche, vu les horaires et la vie particulière que les députés mènent, certains salarient des membres de leur famille tout simplement pour pouvoir les voir. ». Et de constater les "deux poids deux mesures" que peuvent avoir beaucoup de citoyens : « À l’ère du soupçon, un député qui emploie sa femme est forcément coupable, alors que celui qui vous donne un coup de pouce pour placer la vôtre est un mec bien. ».

De son côté, Régis Desmarais, un blogueur du site Mediapart, a fait état de cet argument le 4 février 2017 : « Si madame Fillon n’a pas travaillé pour son mari pendant vingt-quatre ans, alors quelqu’un d’autre a exercé ces fonctions d’attaché parlementaire car il est impossible à un élu national d’exercer son mandat électif sans l’aide d’un attaché. Or, que pouvons-nous observer ? Un grand silence de la presse à ce sujet. Personne ne nous dit qui a réellement travaillé et surtout, qui a travaillé pendant vingt-quatre ans pour les beaux yeux de François Fillon, c’est-à-dire gratuitement puisque l’enveloppe réservée à la rémunération de l’attaché parlementaire de monsieur Fillon servait à rémunérer une femme qui ne faisait rien. ».

Dans un entretien au quotidien "Le Courrier de l’Ouest" le 8 février 2017, une adjointe UDI d’Angers, qui fut en 2005 une attachée parlementaire à la fois du suppléant de François Fillon et d’un sénateur de la Sarthe, a déclaré avoir aussi travaillé pour François Fillon à qui étaient adressées toutes les demandes : « Je travaillais pour ces deux-là, plus François Fillon. Parce que de toute façon, le territoire, c’est François Fillon. Et les demandes, elles arrivaient chez lui. (…) Directement, je n’ai pas travaillé avec elle [Pénélope Fillon], mais ça ne veut pas dire qu’elle ne travaillait pas. Je l’ai côtoyée sur des réceptions, quand j’emmenais des groupes à Paris. En même temps, vu mes fonctions, je n’avais pas à travailler avec elle non plus. ».

Une autre tentative de réponse à cette question (qui aurait donc travaillé à la place de Pénélope Fillon ?) pourrait se lire dans le blog d’un ancien député UMP, Christian Vanneste, qui soutient François Fillon depuis plusieurs mois : « Depuis sa lointaine entrée en politique, [François Fillon] a détenu de multiples mandats dont le foyer était la mairie de Sablé-sur-Sarthe. Ceux-ci lui ont permis de disposer d’un secrétariat, de le dispenser d’une permanence parlementaire. Il a donc pu utiliser le surplus des sommes légalement mises à sa disposition, comme il l’entendait, et notamment au profit des membres de sa famille qui ont accompagné son parcours politique. On peut contester le système qui permet cela. Mais on ne peut transformer en délit ce qui est une pratique tellement courante qu’elle n’induit aucun sentiment de culpabilité chez celui qui en bénéficie. » (7 février 2017).


Un complot contre François Fillon ?

Le complotisme a toujours bon dos. Pourtant, il faut parfois se poser quelques questions. Comment est-il possible, par exemple, que le journal "Le Monde" du 6 février 2017 ait eu connaissance (et ait même publié) les déclarations de Pénélope Fillon faites aux enquêteurs alors que la procédure voudrait que même les avocats n’aient pas accès à cette information.

Christian Vanneste a précisé ce point : « C’est (…), semble-t-il, une violation du secret de l’enquête de la part du personnel de la justice, et un recel de cette violation par les journalistes. Il est assez étonnant de voir le parquet justifier cette dérive en s’appuyant sur l’article 11 du code de procédure pénale. La possibilité de divulguer des informations répond au risque d’informations parcellaires, de trouble à l’ordre public, et ne doit pas nuire aux personnes mises en cause. Manifestement, le journaliste du Monde qui en a bénéficié les utilise pourtant au détriment de François Fillon. Celui qui affirme que les nouvelles révélations ne sont pas favorables à François Fillon et parle d’un "scandale politique majeur" peut-il passer pour neutre ? Le prétendu scandale n’est, en effet, majeur que grâce à ceux qui détiennent le pouvoir de lui donner de l’importance. » (7 février 2017).

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Le blogueur Régis Desmarais y a vu donc une volonté délibrérée d’empêcher un candidat de s’exprimer au cours de la campagne présidentielle : « En clair, François Fillon est une "horreur" pour le système qui, depuis des décennies, est aux commandes. Quel est ce système : celui du monde financier dont le seul dieu est l’argent et dont le moteur est la consommation des masses sans cesse développée grâce à l’endettement. Système dont le rêve est celui d’un monde globalisé où les populations se distinguent par leur indistinction car toutes soumises au diktat de la dépense avec pour finalité à l’existence : consommer pour vivre et vivre pour s’endetter. » (4 février 2017).


Et les autres candidats ?

Non seulement François Fillon s’est défendu clairement, mais il aimerait que ses concurrents à l’élection présidentielle soient aussi transparents que lui sur leurs relations avec l’argent : « Maintenant, la transparence doit s’appliquer à tous. Tout le monde doit être logé à la même enseigne et faire l’objet d’un traitement médiatique identique. » (6 février 2017). Dans sa lettre aux Français, il a répété la même chose : « J’ai souhaité que tout soit mis sur la table, que tout soit vérifiable et consultable. Évidemment, j’attends désormais la même attitude de la part de mes concurrents. Que ceux qui donnent des leçons de démocratie se plient au même exercice de transparence ! » (8 février 2017). Cette contre-attaque pourrait en effrayer plus d’un.

À propos du "traitement médiatique", il serait intéressant de savoir auprès du CSA, puisque la comptabilisation du temps de parole et de sujet commence ce 1er février 2017, dans quelle case serait porté le temps de parole sur "l’affaire" concernant François Fillon : sera-t-il compté dans son propre temps de parole ?

Oui, les autres, sont-ils si irréprochables que cela en aurait l’air ? Je vais citer principalement Wikipédia pour rester dans le factuel (sauf indication contraire).

Ayant prévenu qu’une mise en examen ne la ferait pas renoncer à se présenter, Marine Le Pen « devait rembourser près de 300 000 euros avant le 31 janvier 2017 [au Parlement Européen], indûment perçus par elle pour avoir "rémunérer des cadres du Front national avec l’argent public". L’Office européen de lutte antifraude considère qu’elle a en effet rémunéré deux emplois d’assistants parlementaires fictifs. ». Notons que ce constat d’emplois fictifs n’est pas l’affirmation d’un journal mais provient d’un organe anti-fraude très officiel. Elle a refusé de payer et veut faire de sa bataille contre le Parlement Européen une bataille contre l’Europe alors qu’elle et ses amis du FN se "gavent" sur le dos des contribuables européens et de l’Europe qu’elle prétend combattre. Par ailleurs, elle « est suspectée d’avoir sous-évalué de deux tiers la valeur de ses parts dans la société civile immobilière qui détient [la] demeure familiale (…) lors de sa déclaration de patrimoine de députée européen remise en 2014 ».

Comme députée européenne, Marine Le Pen a recruté son propre compagnon comme attaché parlementaire avant que celui-ci ne soit élu lui-même député européen. Son compagnon fut ainsi « [attaché] parlementaire en circonscription Nord-Ouest (alors qu’il était par ailleurs élu local à Perpignan). [Il] percevait 5 006 euros par mois pour un mi-temps. Le Parlement Européen interdit de salarier des conjoints de députés ou de leurs partenaires stables non matrimoniaux. Marine Le Pen refusant de [le] considérer comme un "conjoint" ou "partenaire stable non matrimonial", a procédé à ce recrutement en juillet 2011, malgré les interrogations des services du Parlement Européen. ».

Emmanuel Macron aurait dépensé de l’argent public du ministère en frais de bouches assez élevés : « Dans leur ouvrage intitulé "Dans l’enfer de Bercy", les journalistes Marion L’Hour et Frédéric Says relèvent qu’Emmanuel Macron a utilisé à lui seul 80% de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordée à son ministère, soit plus de 120 000 euros en huit mois. (…) S’il confirme les dépenses, son successeur au Ministère de l’Économie Michel Sapin n’y voit quant à lui rien d’illégal (…). ». Cela ferait en moyenne tous les soirs, un dîner à 500 euros ! Si l’on voulait comparer l’ordre de grandeur avec la polémique contre François Fillon, sur une période de seulement dix ans, cela atteindrait près de 2 millions d’euros !

Benoît Hamon, lui non plus, n’est pas un nouveau dans la vie politique. Cela fait plus de vingt ans qu’il vit au crochet de la politique, d’abord comme attaché parlementaire d’un député rocardien : « Il entre ensuite au cabinet de Martine Aubry (…), comme conseiller chargé des affaires politiques (1998-2000). Il est directeur du planning stratégique de l’institut de sondages Ipsos de 2001 à 2004. » etc. On pourrait être tenté de vouloir connaître la nature réelle de ces emplois. Sa compagne est « major de sa promotion de l’IEP de Paris et diplômée du Collège de Bruges, responsable des affaires publiques chez LVMH depuis 2014 (…). Elle [travaillait] pour la Commission Européenne comme spécialiste des réglementations culturelles. ». En langage plus simple, elle est donc chargée de faire du "lobbying" au profit du groupe leader mondial du luxe. On comprendrait donc mieux pourquoi Benoît Hamon voulait préserver sa vie privée auprès du grand public. Ronan Tésorière, du journal "Le Parisien", a évoqué le 29 janvier 2017 le refus de participer à l’émission "Une ambition intime" : « Karine Le Marchand avait même décrié cette décision sur l’autel des fonctions chez LVMH pour l’animatrice. "Insinuation scandaleuse", avait alors précisé l’équipe de campagne du candidat socialiste. ».

Jean-Luc Mélenchon, lui, a été élu sénateur socialiste dès septembre 1986 et constamment réélu grâce aux élus socialistes de l’Essonne, jusqu’en janvier 2010. Il a donné sa démission du PS en novembre 2008 et a été élu et réélu sur son nom (hors du PS) député européen en juin 2009 et mai 2014. Il a par ailleurs été ministre délégué de mars 2000 à mai 2002 dans le gouvernement de Lionel Jospin. Lui aussi non seulement fait partie du système, mais en a profité abondamment pendant plus de trente ans (également comme conseiller général pendant treize ans), même s’il a fait la proposition (sans lendemain) de réduire l’indemnité parlementaire. Comme François Fillon, il s’est opposé à la publication des déclarations de patrimoine des parlementaires.

Comme on le voit, chacun a sa part d’ombres et de lumières, et sur le terrain de la probité, on pourrait toujours trouver à y redire, en termes de "morale publique". Le déversement d’arguments trash concernant la candidature de François Fillon pourrait donc se poursuivre contre d’autres candidats (déjà certains médias russes sembleraient maintenant cibler Emmanuel Macron). Ce ne serait pas un avantage pour un débat démocratique sain.


L’enjeu présidentiel

Car là est l’essentiel. La campagne présidentielle s’est comme arrêtée pendant quinze jours, certes, en partie à cause de François Fillon lui-même qui n’a pas su couper court la polémique dans l’œuf, dès le début, et qui a donc laissé se propager rumeurs et désinformations. Mais il est temps que la campagne reprenne son cours pour qu’il y ait un véritable débat projet contre projet. Ou contre non-projet.

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François Fillon a ainsi conclu sa conférence de presse : « Maintenant, le débat doit porter sur mon action politique et sur le projet que je porte. Tout le reste est une opération destinée à détourner l’attention de nos concitoyens des véritables enjeux. Le but de cette opération est d’effacer le choix des électeurs de la primaire qui se sont affranchis du système en me plaçant en tête parce que je porte un programme de rupture et que je suis le seul à pouvoir le mettre en œuvre. Je voudrais dire aux millions de Français qui m’ont choisi, au terme d’une campagne loyale, qu’on ne pourra pas voler leur choix. On ne les fera pas taire. Le système veut, comme pendant la primaire, décider du résultat à la place des électeurs. Mon programme dérange le désordre établi. Il est qualifié de conservateur, alors qu’il est le seul en rupture ; on parle de casse sociale, alors qu’il est le seul à pouvoir redresser la France et redonner fierté aux Français. » (6 février 2017).

Et de donner les autres voies possibles : « Le vrai danger est de voir confier notre avenir aux dérives d’une extrême droite portée par cette famille d’intouchables du domaine de Montretout, ou à l’aventure d’une politique sans programme depuis des mois, composée d’un agrégat de personnalités fascinées par un gourou issu du système qu’il dénonce aujourd’hui. Ce que nous vivons aujourd’hui est une tentative désespérée d’organiser un face-à-face entre ces deux forces en présence. (…) Rien ne me détournera de ma volonté de redonner son rang à la France, et aux Français, des raisons d’espérer. Rien ne me détournera de mon devoir d’être candidat à l’élection présidentielle. J’ai été choisi par des millions de Français. Je ne suis pas le candidat d’un parti. Aucune instance n’a la légitimité pour remettre en cause le vote de la primaire. ».

Dans sa lettre aux Français, il a fait le même diagnostic : « Trois voies s’offrent à [la France]. Les deux premières ne sont en réalité que deux impasses. C’est l’impasse du déclassement économique et de la désunion nationale dans laquelle Marine Le Pen entraînerait le peuple français. Mais c’est aussi l’impasse du vide programmatique, celle qu’a choisie Emmanuel Macron. Ce dernier vient d’affirmer qu’il n’existe pas de culture française. Eh bien, moi, je considère qu’il existe une culture française. (…) C’est la voie de cet avenir que je vous propose d’emprunter ensemble. La voie de la liberté pour lutter contre le chômage de masse, pour redresser une économie asphyxiée par le poids des taxes et des normes. La voie de la fierté également, pour rassembler le peuple français et réaffirmer ce que nous sommes face aux grandes puissances du monde, face au totalitarisme islamique. » (8 février 2017).


Conséquences pratiques

Quelques minutes après sa conférence de presse, François Fillon a réuni pour la première fois son nouveau comité stratégique de campagne composé de vingt-trois membres (certains ont fait remarquer avec raison que la composition était très peu féminisée avec seulement 2 femmes sur 23), dans l’ordre alphabétique : Bernard Accoyer, François Baroin, Xavier Bertrand, Dominique Buissereau, Jérôme Chartier, Luc Chatel, Éric Ciotti, Jean-François Copé, Gérald Darmanin, Brice Hortefeux, Christian Jacob, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Christophe Lagarde, Gérard Larcher, Bruno Le Maire, Gérard Longuet, Hervé Mariton, Valérie Pécresse, Jean-Pierre Raffarin, Bruno Retailleau, Thierry Solère, Laurent Wauquiez et Éric Woerth (dont 8 sarkozystes, 4 juppéistes et 5 fillonistes).

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Le premier effet de cette conférence de presse, immédiat, fut que plus personne, au sein de LR, n’a continué à contester la candidature de François Fillon. Cela a expliqué aussi pourquoi, le matin même, malgré des rumeurs contradictoires, Alain Juppé avait fermement démenti toutes les hypothèses le remettant candidat. Même le député Georges Fenech, le premier à avoir demandé à François Fillon de se retirer, est rentré dans le rang.

C’était un premier effet essentiel : s’il n’avait plus le soutien de sa base, parfois ébranlée au cours des jours précédents, François Fillon ne pouvait plus continuer à faire campagne. Non seulement cette communication lui a permis de ressouder ses soutiens, mais cela lui a dynamisé sa campagne. Il voulait faire une campagne minimaliste, juste quelques déplacements (ce qui aurait été une erreur), et finalement, il a décidé d’être très présent sur le terrain tous les jours : le 7 février 2017 avec François Baroin à Romilly-sur-Seine et à Troyes, le 8 février 2017, à Juvisy-sur-Orge, le 9 février 2017 avec Jean-Pierre Raffarin à Poitiers, le 10 février 2017, à la Réunion, puis à Limoges la semaine suivante, etc.

Même dans les médias, parmi les journalistes, cela s’est divisé en deux parties : ceux qui, plutôt de droite, sont plutôt soulagés et veulent passer à autre chose, et ceux qui, plutôt de gauche, ne sont pas convaincus et veulent continuer l’acharnement dans cette polémique, au risque de lasser leur lectorat et de faire monter l’antiparlementarisme et le populisme.

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Est-ce que l’effet sera plus important ? Pour l’instant, il n’est plus le favori dans les sondages, il serait troisième dans les intentions de vote derrière "l’intouchable" et "le gourou". Mais il a reconquis son droit de faire campagne, et les évolutions peuvent être très rapides. Il a conservé son socle électoral.

De son côté, François Bayrou s’est encore un peu plus éloigné de la candidature de François Fillon en l’accusant le 8 février 2017 d’être à la solde du grand capital, après avoir déclaré sur BFM-TV le 5 février 2017 que François Fillon n’avait d’autre solution que se retirer. François Bayrou, qui n’a pour l’instant ni troupes, ni programme ni trésor de guerre, est pourtant bien tenté par une quatrième aventure présidentielle. Et paradoxalement, elle ferait probablement le jeu de …François Fillon en minant la candidature d’Emmanuel Macron.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Même pas mal ?
Lettre aux Français de François Fillon le 8 février 2017 (texte intégral).
François Fillon se met à nu : transparence des données financières (à télécharger).
Conférence de presse de François Fillon le 6 février 2017 (texte intégral).
Sondage Elabe du 1er février 2017 (à télécharger).
PenelopeGate : la valse des François.
Discours de François Fillon à la Villette le 29 janvier 2017 (texte intégral).
François Fillon combatif.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
Boule puante.
François Fillon, gaulliste et chrétien.
Qu'est-ce que le fillonisme ?
Programme de François Fillon pour 2017 (à télécharger).
Discours de François Fillon à Sablé le 28 août 2016 (texte intégral).
Discours de François Fillon à Paris le 18 novembre 2016 (texte intégral).
François Fillon, pourquoi est-il (encore) candidat en 2016 ?
Débat avec Manuel Valls.
Force républicaine.
Discours du 30 mai 2015 à la Villette.
Philippe Séguin.

_yartiFillon2017012906



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170206-fillon.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-fillon-meme-pas-mal-189545

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/09/34910392.html


 

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