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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 03:27

« Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. » (George Orwell).


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Il y a exactement dix ans, j’ai inauguré mon blog avec un premier article intitulé "Il y aura bien rupture" sur la montée irrésistible de François Bayrou. Il était en train de casser le clivage gauche/droite en imposant une "troisième voie". Enfin, je l’espérais : « Et c’est la bonne surprise de janvier 2007 : l’émergence d’un candidat dont tout le monde moquait la rugosité et la mollesse, François Bayrou. En fait de mollesse, voici un homme qui a des convictions dures comme le roc. Et qui a prouvé que son courage les servait. ». Bon, évidemment, on connaît la suite. Il a fait un bon score le 22 avril 2007, mais insuffisant pour arriver jusqu’au second tour.

François Bayrou n’a pas été élu, mais 2007 a marqué une réelle rupture dans l’histoire institutionnelle des Français. Après la très longue double présidence des septuagénaires François Mitterrand et Jacques Chirac (vingt-six ans de 1981 à 2007), le temps s’est accéléré. Les deux successeurs furent des quinquagénaires incapables de se faire réélire et très rapidement impopulaires.

À cela, trois raisons.

La première correspond à la conjoncture économique internationale particulièrement difficile pour un pays comme la France, difficile à réformer et à adapter aux évolutions du monde, en particulier aux conséquences de la grave crise financière de 2008 et du processus de globalisation du commerce qui, bien que pas nouveau, s’est amplifié ces dernières années.

La deuxième correspond à l’évolution institutionnelle de la Ve République. Ce n’est vraiment qu’à partir de 2007 qu’on a pu voir les effets pervers de l’instauration du quinquennat (je fus parmi les électeurs très peu nombreux, 6,8% des inscrits, qui ont voté "non" au référendum du 24 septembre 2000) et de la concomitance de l’élection présidentielle et des élections législatives, rendait chaque député de la majorité directement dépendant du Président élu, bien plus qu’auparavant, car le député est désormais élu grâce à la dynamique de l’élection présidentielle (ou malgré cette dynamique lorsqu’il est dans l’opposition). La mise en place d’un système de primaire renforce évidemment le poids du temps court, réduisant le temps utile du quinquennat par un rallongement du temps des campagnes (au point qu’on pourrait même envisager supprimer l’élection présidentielle).

Enfin, la troisième raison est l’avancée technologique qui a considérablement bouleversé le rapport entre administrés et administrateurs. Les réseaux sociaux, le Web plus généralement, permettent assez rapidement et même immédiatement, grâce aux smartphones, d’avoir la confirmation d’une information ou son infirmation, au point de démasquer les menteurs parmi les responsables politiques. Cela permet aussi de surréagir, surtout lorsqu’il n’est question que de cent quarante caractères, empêchant le développement de toute idée complexe et nuancée. La présence de caméra ou d’appareil photographique sur les téléphones mobiles rend aussi possible le témoignage en temps réel d’un incident, d’une erreur, d’une maladresse, ou d’un énervement (le plus connu au Salon de l’Agriculture, Nicolas Sarkozy insultant un opposant). Cela signifie que chaque personnalité politique est maintenant surveillée en permanence, et donc, doit rester vigilante à chaque moment de sa vie, même lorsqu’il s’exprime à titre privé.

Aujourd’hui, ce sont deux candidats qui prétendent être anti-système qui seraient en tête dans les sondages. Pourtant, ce sont au contraire des candidats en plein dans le système. Marine Le Pen profite tellement du système politique actuel que la justice la poursuit pour des rémunérations contestées au Parlement Européen. Emmanuel Macron est lui aussi complètement dans le système, faisant partie de l’élite et à l’origine de la politique économique du quinquennat sortant. La rupture de 2017, ce serait peut-être d’en finir avec la bipolarisation et d’en revenir à un système quadripolaire, comme c’était justement le cas en 1981 (RPR, UDF, PS, PCF). Aujourd’hui, ce serait FN, LR, EM et PS.

Mais revenons sur le principe du blog.
J’en ai déjà fait un rapide petit "bilan" il y a cinq ans.

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Pour moi, ce n’était pas nouveau d’écrire avant l'Internet, mais à l’époque, la diffusion était plutôt ciblée car sur un support matériel coûteux. Sur Internet, il y a à la fois un très large écho et en même temps, une absence de ciblage, si bien que tout le monde peut lire, ce qui est très avantageux. J’insiste d’ailleurs sur ce point : tout le monde peut lire, cela signifie aussi que personne n’est obligé de lire, heureusement.

Les rares informations que j’ai eues concernant l’audience du blog n’ont pas beaucoup d’intérêt et sont à mon avis trop égocentrées. Je peux juste remarquer mon étonnement par certaines statistiques. Par exemple, le million de vues a été dépassé depuis longtemps, mais je n’ai pas forcément idée des motivations certainement multiples.

En fait, les informations qui m’ont intéressé concernent plutôt le choix relatif entre tels et tels articles. J’ai appris parfois certains "pics" de "clics" sur des sujets que je n’imaginais pas. Une analyse assez fine pourrait même indiquer certaines tendances de fond que les sondages évaluent avec un léger retard. Par exemple, je pouvais deviner le succès de Benoît Hamon assez tôt en raison de l’intérêt porté à son programme et du désintérêt total des programmes de ses deux concurrents sérieux, que ce soient Manuel Valls ou Arnaud Montebourg.

Quels furent les principaux "pics" de "clics" dont j’ai eu connaissance et dont je me souvienne ?

Il y a eu beaucoup d’attente et d’enthousiasme pendant la campagne électorale de 2007, et étrangement, pas seulement pour l’élection présidentielle en mai 2007 mais aussi pour les élections législatives de juin 2007. Cette attente a pu se traduire assez rapidement par de la déception, logiquement.

Il y a eu ensuite mon poisson d’avril de 2008. J’avais envisagé dans un "papier" qui se voulait sérieux l’éclatement de l’UMP, et je dois dire que j’ai reçu des messages de quelques "collaborateurs" de parlementaires venus me demander inquiets si l’information était vraie, tellement elle était vraisemblable (ce sont ces réactions qui étaient significatives : l’UMP était bien au bord de l’explosion).

Également un article dans lequel j’avais relevé une "inexactitude" du Président Nicolas Sarkozy lors de sa prestation télévisée du 5 février 2009, une inexactitude qui n’avait alors été relevée par aucun média à mon grand étonnement.

L’arrestation rocambolesque de Dominique Strauss-Kahn fut également une autre source d’intérêt. Il faut se rappeler que les médias avaient déjà donné l’Élysée sur un plateau d’argent au directeur général du FMI qu’il était à l’époque. L’intérêt était au moins triple : politique, judiciaire et sexuel. La convergence du people et du populaire.

L’élection présidentielle de 2012 fut nettement moins enthousiaste et passionnelle qu’en 2007. Il est clair que l’élection de François Hollande a été acquise par défaut, pour "dégager" son prédécesseur, mais sans une grande adhésion pour le candidat lui-même.

La campagne de 2017 semble passionner un peu plus qu’en 2012 mais moins qu’en 2007. L’arrivée sur le "marché" de la candidature de nouvelles personnalités non seulement efface les anciennes mais apporte un intérêt nouveau sur l’idée que rien n’est joué d’avance et que tout peut encore évoluer dans un sens ou un autre.

Les candidats qui ont eu beaucoup d’attention sur mon blog correspondent en fait aux candidats qu’on n’attendait pas, que les sondages n’attendaient pas, et ils sont nombreux : d’abord François Fillon qui a nettement mobilisé la curiosité d’Internet, ensuite Benoît Hamon, comme j’ai expliqué plus haut, et enfin Emmanuel Macron, inconnu il y a deux ans et demi.

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Enfin, pour terminer mes "pics", sans être exhaustif, sans forcément avoir beaucoup d’explication, et cela m’a fait un peu plaisir car j’aime beaucoup ce dessinateur, la mort de l’ami Gotlib a tristement mobilisé aussi la petite boule du net pour en savoir un peu plus sur son œuvre graphique. Ce qui est mérité pour l’un des plus grands humoristes contemporains.

L’idée ici n’était donc pas de parler trop de moi, mais de ce que cette décennie 2007-2017 a porté en intérêt dans l’actualité. Curieusement, je n’ai pas senti un intérêt très fou pour ce qu’on appelle le "PenelopeGate" qui n’a pas eu la même attention que l’affaire DSK alors qu’elle était pourtant du même ordre : le candidat favori à l’élection présidentielle serait en passe de ne même plus être candidat.

Je n’évoquerai ici qu'à peine les commentaires suscités, parfois aimables et courtois, d’autres moins respectueux pour rester dans l’euphémisme. Mais qu’importe, chacun a le droit de s’exprimer et si cela devient un exutoire, c’est regrettable mais pas très grave. Certains d’ailleurs nie mon droit à m’exprimer sans se rendre compte qu’ils en profitent pour s’exprimer eux-mêmes. Paille, poutre.

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Je noterai seulement au passage que certaines personnes qui se croient de grands patriotes devraient d’abord apprendre à écrire correctement leur langue si elles tiennent vraiment à leur pays. Je considère que ceux qui massacrent la belle langue française font beaucoup plus de tort à la France que bien des étrangers qui parlent avec un français soutenu car appris de manière classique et qui, par conséquent, défendent nettement mieux que les premiers l’avenir de la France et des Français.

Cela ne m’empêchera d’ailleurs pas de faire moi-même des fautes, soit par inattention soit pour d’autres raisons, car comme tout humain, je suis faillible et j’ai droit à l’erreur, même après relecture (cela ne m’empêche pas d’en frémir quand j’en découvre). J’ai d’ailleurs observé que ce ne sont pas les mêmes parties de mon cerveau qui réagissent lorsque j’écris à la main ou lorsque j’écris avec un clavier et un écran d’ordinateur, où certaines fautes s’infiltrent beaucoup plus facilement (et sournoisement) dans le second cas.

On aurait pu croire d’ailleurs que le développement d’Internet, des messageries électroniques, des réseaux sociaux, des sites participatifs, etc., qui a véritablement assassiné l’envoi des cartes postales souvent laconiques et des longues lettres enflammées (quel dommage !) aurait apporté un renouveau du français écrit. Hélas, il semblerait que ce français écrit soit surtout du français oral retranscrit par écrit, et j’exprime cela sans aller jusqu’à la caricature du langage sms.

Mais qu’importe, l’important, c’est de pouvoir s’exprimer, et si possible, d’être compris par ceux qui prennent le temps de lire. J’en viens donc très naturellement à cette conclusion : la liberté d’expression ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Alors, il ne faut pas hésiter à s’en servir !

L’écrivain britannique Thomas Paine (1737-1809) avait d’ailleurs donné sa propre définition de la liberté d’expression qui me paraît très pertinente : « J’ai toujours vigoureusement défendu le droit de chaque homme à sa propre opinion, aussi différente qu’elle puisse être de la mienne. Celui qui refuse à un autre ce droit se rend lui-même esclave de son opinion présente car il se prive du droit d’en changer. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ruptures (7 février 2017).
Blog mis en abyme (7 février 2012).
Les aboyeurs citoyens de l’Internet (25 mars 2009).
Les corbeaux citoyens de l’Internet (19 septembre 2008).
Il y aura bien rupture (7 février 2007).
L’éclatement attendu de l’UMP (1er avril 2008).
L’inexactitude de Nicolas Sarkozy (7 février 2009).

_yartiBlogSR201704



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170207-blog.html

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/ruptures-189405

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/07/34899080.html

 

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