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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 06:30

« Je ne me défilerai pas. » aurait affirmé le 3 mars 2017 selon "Le Parisien" celui qui est maintenant prêt à remplacer le candidat François Fillon.



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Après la séquence judiciaire, voici la séquence psychologique. Ou plutôt, après le drame politique, voici le drame psychologique. Avant le drame judiciaire, car les retombées médiatiques du 15 mars 2017 auraient de très fâcheuses conséquences politiques, après une convocation chez un juge et éventuellement une mise en examen (imagine-t-on… ?). Hésitant entre le vaudeville et le policier, le film pourrait tourner dans la tragédie grecque.

Une sorte d’enfermement psychologique : « Abandonner une course, pour un pilote, ce n’est pas naturel. J’ai parlé avec [Nicolas Sarkozy et Alain Juppé] et avec tous ceux qui me soutiennent. J’ai écouté les prudents, j’ai senti le soutien des courageux. J’ai pris ma décision en conscience. Et je  m’y tiendrai avec le soutien de tous les Français qui ne veulent pas se laisser voler l’élection présidentielle. » ("Midi Libre", le 2 mars 2017). Il faut être particulièrement fort pour vouloir s’accrocher encore à une candidature qui emmène désormais inéluctablement son parti dans le mur alors que l’élection était réputée imperdable. Les jours sont désormais comptés. La nouveauté, ce sont les nombreuses défections de ses "amis" politiques (appelés "traîtres" pour l’occasion).

Comme il le disait lui-même au cours d’un débat de la primaire LR en novembre 2016, c’est injuste, mais il n’est plus politiquement tenable de poursuivre. Tous ses soutiens s’en vont depuis trois jours. Un candidat qui doit tenir un calendrier judiciaire ne peut plus ni faire campagne ni, dans le cas improbable d’élection, gouverner avec la sérénité nécessaire. La concomitance des dates entre les échéances judiciaires et l’élection présidentielle est trop forte, à propos des faits reprochés qui étaient connus de toute la classe politique depuis trente ans, en tout cas, de tous ceux qui avaient accès aux données fiscales et aux emplois de l’Assemblée Nationale, pour ne pas y voir un moyen d’empêcher un candidat de se présenter. La réalité, c’est que c’est devenu politiquement ingérable.

Deux coups de grâce ce vendredi 3 mars 2017, parmi la centaine de "grands" élus (maires de grandes villes, parlementaires, etc.) qui ont retiré leur soutien à François Fillon : Thierry Solère, porte-parole du candidat qui fut l’organisateur de la primaire LR, et aussi Patrick Stefanini, son directeur de campagne, rapidement remplacé par Vincent Chriqui.

La candidature de François Fillon s’effondre comme dans l’éboulement d’une falaise. Quelques cailloux au début, des pans entiers à la fin. Comment rassembler les Français si l’on n’est plus capable de garder le soutien de ses plus proches amis politiques ? Pendant la matinée "dramatique" du 1er mars 2017, Gérard Larcher et Bernard Accoyer lui auraient conseillé de renoncer, tout en affichant leur fidélité à l’homme.

Le 3 mars 2017 est sans doute la date du début de la fin puisque même ses plus proches amis le quittent. Alain Juppé, qui était resté parfaitement loyal jusqu’à maintenant, a fait (enfin) savoir qu’il serait prêt si le candidat François Fillon lui demandait de le remplacer.

On peut imaginer aussi que ce délitement massif de la candidature de François Fillon a été provoqué par un sondage particulièrement cruel. Depuis le début de l’affaire, fin janvier 2017, s’il a réussi à préserver un "noyau dur" d’intentions de vote autour de 20% dans les sondages, François Fillon est maintenant systématiquement renvoyé en troisième position derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

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Et depuis le début de la semaine, Emmanuel Macron l’a même distancé, dans la plupart des sondages (certains diraient l’effet Bayrou, ce qui n’est pas le cas, c’est simplement que François Bayrou ne fait plus partie des candidats testés et donc, cela donne un effet mécanique de répartition de ses propres intentions de vote), au point que dans le sondage réalisé par Odoxa publié le 3 mars 2017 (réalisé les 1er et 2 mars 2017), Emmanuel Macron se hisserait en tête des intentions de vote avec 27%, devant Marine Le Pen qui aurait 25,5% et François Fillon 19%.

Ce ne sont que des sondages, mais il est intéressant de voir que les tendances ne sont plus favorables à François Fillon en raison d’un rebond d’Emmanuel Macron.

Le sondage a aussi testé la candidature d’Alain Juppé, et le résultat bouleverserait complètement la donne actuelle : Alain Juppé obtiendrait 26,5% et se classerait premier, devant Emmanuel Macron à 25% et Marine Le Pen à 24%. En clair, la candidature d’Alain Juppé pourrait éliminer dès le premier tour Marine Le Pen dont l’actualité judiciaire ne lui est pas non plus favorable dans la suite de la campagne (elle refuse toujours d’honorer la convocation d’un juge pour une mise en examen, mais ne peut pas être obligée de venir tant que son immunité parlementaire n’est pas levée pour cette affaire-là).

Il est aussi intéressant de constater qu’il y aurait à peu près le même "socle" d’électeurs d’Alain Juppé (68% des 26,5% sûrs de leur vote, soit 18%) que d’électeurs de François Fillon (84% des 19% sûrs de leur vote, soit 16%). On peut imaginer qu’en cas de candidature, Alain Juppé ferait sa campagne sur sa droite pour se confronter à Emmanuel Macron, d’autant plus que François Bayrou a précisé le 3 mars 2017 qu’il resterait allié à Emmanuel Macron quoi qu’il arrive.

C’est le seul sondage, à ce jour, qui donne cet ordre d’arrivée. La bonne campagne d’Emmanuel Macron pourrait donc être un danger pour Marine Le Pen. Encore une fois, répétons que rien n’est joué puisque finalement, ces trois candidats (Alain Juppé, Emmanuel Macron et Marine Le Pen) seraient dans un mouchoir de poche (rappelons que l’intervalle d’incertitude est d’environ 5%, ce qui est plus grand que les écarts entre ces trois candidats).

Quant à Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, les frères Dupont de la gauche française, leur campagne patine tellement qu’à eux deux, ils ne feraient que 24% dans le cas Fillon et seulement 19% dans le cas Juppé. Leur éventuelle union n’aurait alors aucune conséquence sur leur capacité à atteindre le second tour.

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Au-delà de la prudence statistique, il faut évidemment rajouter la prudence politique : Alain Juppé n’a pas encore fait campagne et la manière de la faire pourrait influencer les électeurs dans un sens ou un autre. Quel programme ? quelle équipe ? On imagine mal qu’il reprenne ceux de François Fillon.

Un tel sondage confirmerait cependant que le remplacement de François Fillon par Alain Juppé renouvellerait considérablement le contexte politique. Comme l’a expliqué l’ancien ministre socialiste François Loncle, soutien d’Emmanuel Macron, le staff de ce dernier avait craint, dans la matinée du 1er mars 2017, un tel remplacement qui remettrait en cause la certitude de la présence du candidat marcheur au second tour.

À 71 ans, Alain Juppé n’a plus beaucoup à prouver. Il s’était préparé à cette campagne depuis plusieurs années et pourrait donc être "opérationnel" très rapidement. D’ailleurs, son âge l’aurait incité à faire une campagne courte, il n’aurait pas le choix de faire autrement maintenant. François Mitterrand avait aussi 71 ans lorsqu’il a décidé de solliciter un second septennat. Il a annoncé sa candidature le 22 mars 1988, pour un premier tour le 24 avril 1988.

Il y a évidemment deux obstacles techniques pour être candidat.

Le premier est de recueillir 500 parrainages avant le 17 mars 2017. À la mise à jour du 3 mars 2017, Alain Juppé a un seul parrainage valide mais il est probable que les jours prochains voient arriver des dizaines voire des centaines de parrainages pour Alain Juppé, d’autant plus facilement que François Fillon en a obtenu largement assez pour être candidat lui-même, avec 1 155 signatures (Emmanuel Macron en a obtenu 464, Benoît Hamon 334, Nathalie Arthaud 314, Nicolas Dupont-Aignan 205, Jacques Cheminade 163, Jean-Luc Mélenchon 136, Marine Le Pen 84).

Le second obstacle est financier. C’est François Fillon qui a collecté le financement de la campagne électorale. Alain Juppé ne peut concevoir sa candidature que dans le cadre d’un remplacement volontaire, avec l’accord de François Fillon, pas à l’arraché en l’obligeant.

La candidature d’Alain Juppé provoquerait à la fois un (nouveau) bouleversement politique mais aussi un soulagement pour une grande partie de l’électorat de la droite et du centre. La multiplication des erreurs de communication de François Fillon, sa solitude voulue pour gérer cette crise majeure pour lui et sa famille, mais mineure pour le pays, son manquement à la parole donnée (retrait en cas de mise en examen), et l’effondrement de son image de marque de probité et de sobriété, ont apporté de nombreux doutes sur son aptitude à diriger la France.

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Aussi injuste soit cette mise en cause, non seulement le PenelopeGate pollue la campagne de François Fillon mais l’affaire pollue toute la campagne présidentielle, y compris celle des autres candidats (Benoît Hamon a crié sur BFM-TV le 3 mars 2017 qu’il en avait assez de cette affaire !).

Si d’aventure Marine Le Pen finissait par être élue le 7 mai 2017, les livres d’histoire n’auraient aucun mal, dans quelques années, à présenter les choses comme une suite logique d’événements aboutissant à cette élection jugée ainsi "inéluctable". Mais ce serait toujours a posteriori, tellement l’histoire immédiate est difficilement analysable. L’élection de Donald Trump aux États-Unis s’est déroulée aussi dans le même genre de processus de scandales qui ont véritablement pourri la campagne d’Hillary Clinton.

Dans l’histoire récente, François Fillon ne serait pas le seul à être empêché d’être candidat à cause de la justice. En effet, Dominique Strauss-Kahn, chouchou des sondages, a été lui aussi empêché, à cause de l’affaire du Sofitel, et rappelons qu’après avoir été écroué puis placé en résidence surveillée par un procureur américain, Dominique Strauss-Kahn a quitté les États-Unis libre, sans condamnation. Son empêchement fut donc "judiciairement" injuste mais "moralement" justifié.

Cependant, l’état d’esprit de François Fillon semble tout autre qu’un renoncement. Sa candidature semble être en état de fin de vie où chaque minute compte, chaque jour qui passe est une petite victoire. Il voudrait pouvoir présenter son programme si bien préparé à Aubervilliers ce samedi 4 mars 2017, et enfin, connaître la portée de son combat devenu solitaire ce dimanche 5 mars 2017 sur le parvis des droits de l’homme au Trocadéro.

Le 3 mars 2017, il sollicitait ses soutiens au Trocadéro ainsi : « Avec la force calme et assurée de ceux qui respectent nos institutions démocratiques, vous ferez entendre votre voix. ». Il joue avec le feu, inutilement d’ailleurs, car que ce soit le nombre de participants à ce rassemblement (10 000 inscrits pour l’instant), ou même le nombre de ses électeurs à la primaire LR (2,9 millions de voix), ce sont des nombres très petits par rapport aux objectifs électoraux.

En effet, les 23 avril et 7 mai 2017, il devrait y avoir un corps électoral d’au moins 46 millions d’inscrits, le taux de participation n’aurait aucune raison d’être plus faible qu’en 2012 (malgré les sondages qui disent le contraire), soit de l’ordre de 80% (79,5% le 22 avril 2012 et 80,4% le 6 mai 2012). Donc, pour être élu au second tour, il lui faudrait convaincre au moins 17 voire 18 millions d’électeurs (Nicolas Sarkozy avait échoué le 6 mai 2012 avec 16,9 millions d’électeurs). On est loin des 3 millions de la primaire.

Cela me fait penser à l’extrait d’une bande dessinée de Peyo, l’auteur des célèbres Schtroumpfs, que j’avais déjà "utilisé" pour parodier François Hollande à la fin de 2016. La scène se situe à la fin de l’album "Le Schtroumpfissime" qui perd tous ses fidèles en raison d’une conduite aux responsabilités trop personnelle et pas assez empathique.

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À propos du rassemblement du Trocadéro, il faut toutefois noter que pour éviter tout débordement et toute violence, un contrôle sévère sera opéré à l’arrivée des lieux. Les consignes sont notamment : « Afin de faciliter le passage des filtres de sécurité, évitez dans la mesure du possible de venir avec un sac à dos ou un sac à main. Évitez également tout objet pouvant être assimilé à un projectile. Enfin, seuls les drapeaux tricolores seront acceptés. Aucune banderole ni panneau ne sera autorisé. ».

Cela pour éviter un nouveau 6 février 1934 comme certains le craignent, notamment François Hollande lui-même qui a dit, le 2 mars 2017 en Corse : « Ce n’est plus acceptable. Je déplore profondément cette mise en cause insupportable de la vie démocratique de notre pays. ».

Cette centaine d’élus majeurs qui se sont désolidarisés de François Fillon seulement maintenant, mais qui piaffaient d’envie de le faire il y a déjà plus d’un mois sans l’avoir osé, reconnaît cependant que la seule décision appartient en conscience au candidat désigné par la primaire lui-même. Au-delà de sa logique de vouloir retrouver son honneur perdu par les urnes, le sens des responsabilités devrait primer, car l’issue de l’élection présidentielle ne concerne pas un seul homme mais une nation entière, actuellement gravement menacée avec ses plus de 2 000 milliards d’euros de dette publique, ses plus de 6 millions de demandeurs d’emploi et ses plus de 8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, sans compter la menace terroriste.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le grand remplacement.
Liste des parrainages des candidats à l’élection présidentielle au 3 mars 2017.
Sondage Odoxa du 3 mars 2017 : Juppé devant Macron et Le Pen éliminée !
Campagne en état d’urgence.
Autorité et liberté.
Liste des collaborateurs parlementaires des députés français (à télécharger).
Deux sondages du 24 février 2017 (à télécharger).
Sondages rolling IFOP du 17 février 2017.
Comptes à débours.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
François Fillon.
François Bayrou.
Emmanuel Macron.
Benoît Hamon.
Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen.
François Hollande.
Manuel Valls.
Nicolas Sarkozy.
Alain Juppé.
Primaire de la droite et du centre (novembre 2016).
Primaire des socialistes (janvier 2017).
Primaire des écologistes (novembre 2016).

_yartiPresidentielle2017AM05




http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170303-presidentielle2017-am.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-grand-remplacement-190355

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/03/04/35005624.html

 

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