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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 12:42

« L’aisance mentale, une fois de plus, est primordiale. Elle élimine la nécessité de se concentrer. Elle permet de jongler avec le problème. Elle permet de voir (…) des données lointaines qui se rapportent à lui. De plus, l’aisance évite la fatigue, puisqu’elle laisse ouvert un très large champ de conscience ! De très nombreux messages peuvent donc toucher un cerveau très éveillé, dont la lucidité s’étend parfois jusqu’à l’infini. » (Pierre Daco, "Les prodigieuses victoires de la psychologie").


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On pouvait s’y attendre, ce lundi 6 mars 2017 peu avant 10 heures 30, dès lors qu’il avait décidé de s’exprimer depuis Bordeaux et pas Paris. Le début de la déclaration fut cependant tellement à charge contre François Fillon qui avait un "boulevard" devant lui, qu’on pouvait aussi imaginer, sur le moment, que les hésitations l’avaient retourné : « Le déclenchement des investigations de la justice à son encontre, et son système de défense fondé sur la dénonciation d’un prétendu complot et d’une volonté d’assassinat politique l’ont conduit dans une impasse. ».

Non, pas de retournement. Alain Juppé a décidé qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle : « Je confirme ce matin, et une bonne fois pour toutes, que je ne serai pas candidat à la Présidence de la République. Je mesure la déception que provoquera cette décision chez beaucoup. Et les reproches qu’elle me vaudra sans doute. (…) Mais il est trop tard ! ».

Le refus d’Alain Juppé, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce n’est pas son orgueil ni son arrogance agacée qui l’ont motivé, mais sa très grande lucidité, avec trois raisons essentielles.

La première, c’est qu’il est bien en peine de faire l’unité autour de son parti Les Républicains. Le problème, ce ne sont pas ses amis, mais l’obstination de François Fillon (il a employé ce mot très fort, "obstination"), et par conséquent, il ne se voyait pas batailler contre le candidat investi par la primaire sans autre légitimité que quelques fragiles sondages : « Je n’ai pas l’intention de m’engager dans des tractations partisanes ni des marchandages de postes. Pour un gaulliste, ce n’est pas l’esprit de l’élection présidentielle. ».

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La deuxième raison, c’est qu’il a senti, à juste titre, un réel besoin de renouvellement de la classe politique qui s’est illustré notamment par les candidatures de Benoît Hamon et Emmanuel Macron. C’est très lucide de sa part : « À l’évidence, je n’incarne pas ce renouvellement. Cette aspiration de l’opinion me semble plus forte que le besoin de solidité et d’expérience. ».

Enfin, la troisième raison relève d’une plus grande lucidité encore. Pourquoi serait-il candidat ? Pour remplacer François Fillon parce qu’il serait impliqué dans une affaire judiciaire. Quelle est sa légitimité à prôner la moralisation de la vie politique ? Aucune, puisqu’il a été déjà condamné lui-même : « Les récentes péripéties ont encore accrue l’exigence d’exemplarité des Français vis-à-vis de leurs femmes et hommes politiques. Ici encore, je ne peux répondre pleinement à cette exigence même si la justice qui m’a condamné m’a exonéré de tout enrichissement personnel. ».

Et il a poursuivi en donnant la clef de sa non-candidature : « Je ne veux pas livrer mon honneur et la paix de ma famille en pâture aux démolisseurs de réputation. ». Cette réflexion devra être étudiée avec profondeur : si les "meilleurs-d’entre-nous" renoncent à l’élection principale de notre République, il faudra songer à réviser quelques conditions de cette élection, sinon, ce qui semble le cas en 2017, on risque de n’avoir que des "moins disant politique"…

Alain Juppé a décrit les forces et faiblesses de la France : « Notre pays est malade. Rétif aux réformes qu’il sait nécessaires, en colère contre ses élites politiques, mais sensible aux promesses démagogiques, il vit aujourd’hui une terrible crise de confiance [il a buté sur le mot en prononçant d’abord "crise de conscience"]. Mais il a  aussi de formidables capacités de rebond. Ses jeunes, dont une partie est hélàs ! en grande souffrance, seront le ferment d’une renaissance française. ».

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L’élément très négatif de cette déclaration, c’est donc qu’Alain Juppé a eu beau dire : « Pour moi, il est trop tard. Il n’est évidemment pas trop tard pour la France. », il n’a donné aucune clef pour sortir de la crise, en annonçant simplement qu’il s’est mis en retrait à Bordeaux et qu’il se garderait le droit de distribuer des bonnes ou mauvaises notes : « Je ne me priverai pas d’exprimer mon point de vue sur les grandes questions d’avenir ». Mais un peu à la manière d’un sage dont la parole serait d’or et porterait, mais sans capacité d’agir.

Comparé ce 6 mars 2017 sur LCP à un « canard sans tête » par Patrick Appel-Muller, directeur de la rédaction de "L’Humanité", François Fillon peut évidemment se réjouir d’une telle décision qui lui supprime la principale concurrence de remplacement. Néanmoins, d’autres solutions pourraient voir le jour ces prochaiens heures ou journées, avec François Baroin ou encore Valérie Pécresse. Nicolas Sarkozy semble à la manœuvre et c’est ce qui a dû définitivement dégoûter Alain Juppé qui n’a pas oublié les centristes : « Une partie du centre que certains d’entre nous ont rudement stigmatisé nous a quittés. ».

Avant cette déclaration, Dominique de Villepin, invité de BFM-TV chez Jean-Jacques Bourdin, a exprimé sa grande colère contre François Fillon : « On ne joue pas avec les institutions. On ne joue pas avec la rue ! » a-t-il tonné, se faisant le défenseur des institutions d’autant plus que le risque d’absence de majorité parlementaire du prochain Président de la République devient de plus en plus grand.

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Dominique de Villepin n’a d’ailleurs pas mâché ses mots : si François Fillon persistait dans sa candidature, il n’hésiterait pas à voter pour Emmanuel Macron, un ami, et aussi un « républicain ».

Seul, un « noyau des militants et sympathisants [qui] s’est radicalisé » resterait aux côtés de François Fillon pendant que les autres risqueraient de partir vers Marine Le Pen ou vers Emmanuel Macron. Un véritable désastre pour la famille politique qui devait gagner cette élection "imperdable" les mains dans les poches. Un véritable « gâchis », pour reprendre un terme juppéien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Juppé l’utralucide.
Déclaration d’Alain Juppé le 6 mars 2017 à Bordeaux (texte intégral).
François Fillon l’obstiné.
Le grand remplacement.
Liste des parrainages des candidats à l’élection présidentielle au 3 mars 2017.
Le programme d’Alain Juppé.
Alain Juppé peut-il encore gagner ?
Alain Juppé et le terrorisme.
L’envie d’Alain Juppé.
Alain Juppé, la solution pour 2017 ?
En débat avec François Hollande.
Au Sénat ?
Virginie Calmels.
Second tour de la primaire LR du 27 novembre 2016.
Quatrième débat de la primaire LR 2016 (24 novembre 2016).
Premier tour de la primaire LR du 20 novembre 2016.
Troisième débat de la primaire LR 2016 (17 novembre 2016).
Deuxième débat de la primaire LR 2016 (3 novembre 2016).
Premier débat de la primaire LR 2016 (13 octobre 2016).
L’élection présidentielle 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170306-juppe.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/alain-juppe-l-ultralucide-190433

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/03/06/35016111.html


 

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