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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 06:52

« Des pudeurs de gazelles, dit tout d’un coup Mélenchon. Et cela résume ces trois heures d’évitement, où chacun des Cinq aura couru dans son couloir. Surtout, ne pas se frotter aux autres davantage que nécessaire pour faire croire à un match. (…) Chacun aura fait entendre sa note personnelle, bien connue désormais, comme si chacun se contentait finalement, chacun pour ses raisons, du destin que lui assignent aujourd’hui les sondages (…). Sauf que les prophètes ont la main qui tremble, ces temps-ci, et que la seule chose qui est certaine, c’est que rien n’est certain. » (Daniel Schneidermann, "Arrêt sur images", le 21 mars 2017). Première partie.



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Ce lundi 20 mars 2017 sur TF1 a eu lieu l’unique débat télévisé faisant participer pendant trois heures et demi les cinq principaux candidats à l’élection présidentielle : Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Benoît Hamon, Emmanuel Macron et François Fillon. Unique car la chaîne de télévision avait profité de la période d’équité (pas encore finie) pour ne pas faire jouer l’égalité des candidats dont la liste devait être officiellement connue le lendemain. François Fillon a commencé ce débat en exprimant son regret que les six autres "petits candidats" n’aient pas été invités, rappelant qu’avec ce critère des sondages (intentions de vote à plus de 10%), il n’aurait même pas été invité aux débats de la "primaire de la droite et du centre".

Ce débat a été regardé par 9,8 millions de téléspectateurs, soit presque la moitié de part d’audience (47,9%), ce qui est beaucoup si l’on compare avec l’audience du débat télévisé le plus vu de la "primaire de la droite et du centre", à savoir 5,6 millions de téléspectateurs.

Pour terminer avec des considérations télévisuelles, notons pour l’anecdote que sur d’autres chaînes, dans la même soirée, furent diffusés les films "La proie" (sur France 3), "Mort d’un pourri" (sur Arte) puis "L’insoumis" (sur Arte), "Braquage à l’italienne" (sur TMC), "Jamais sans ma fille" (sur 6ter), "La Belle et la Bête" (sur Gulli), "Qu’elle est belle la quarantaine" (sur Chérie 25), "Restons groupés" (sur France Ô), ainsi que l’émission "Cauchemar en cuisine" (sur M6).

Ce débat a été animé par les journalistes Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau. Chacun ne devait parler que brièvement à chaque thème. L’émission fut interminable parce que trop de thèmes ont été abordés (on ne peut pas parler de la prévention des attentats terroristes en soixante secondes !). Pourtant, ce sera le seul débat aussi "percutant", car les prochains avant le premier tour devront se faire avec les onze candidats, ce qui sera forcément beaucoup plus laborieux.

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Dans un premier temps, j’évoquerai les performances générales des cinq candidats, et dans un second temps, les propositions exposées selon les différents thèmes abordés.

Pour les médias, la seule chose qui compte, c’est : qui a gagné le débat ? Pourtant, ce n’était pas là l’enjeu. Il ne s’agit pas d’une course de petits cheveux mais d’une campagne présidentielle, et l’aspect le plus positif de ce débat, c’est justement que les cinq candidats ont réussi à présenter posément leur programme présidentiel sur de nombreux sujets. Enfin, la campagne aborde le fond ! C’est ce qu’attendent les électeurs avant de faire leur choix, pas plus indécis d’ailleurs que lors d’autres campagnes présidentielles (contrairement à ce que les sondeurs ne cessent de répéter sur les chaînes d’information continue).

Globalement, j’aurais tendance à dire que personne n’a véritablement gagné ce débat, mais que Benoît Hamon a fait plutôt une médiocre performance. Les sondages d’après-débat sont toujours influencés par les sondages d’intentions de vote : c’est naturellement "son poulain" qui a été le meilleur, pour les sondés. Chaque soutien n’hésite pas, donc, à dire, comme l’enfant qui dit que sa maman est la plus belle, que son candidat a été le meilleur. Mais cela n’apporte pas grand chose à l’information.

Je ne résiste d’ailleurs pas à montrer ce que Daniel Schneidermann a cité dans sa chronique du 21 mars 2017. La mémoire est toujours courte et il est utile de faire quelques rappels sains à propos des sondages.

Ainsi, le chroniqueur a cité un sondage de mars 2002 qui donnait des intentions de vote totalement en dehors des résultats du 21 avril 2002 : rappelons que Jean-Marie Le Pen a atteint le second tour avec plus de 16%, que Jean-Pierre Chevènement s’était effondré à 5% et que Jacques Chirac n’avait même pas atteint 20% (et Lionel Jospin, lui aussi, s’était effondré à 16%, derrière Jean-Marie Le Pen).

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Plus récemment, il cite un tweet de Guy Birenbaum qui a mis en parallèle un sondage réalisé en fin de soirée juste après le débat titrant : "Macron jugé le plus convaincant" avec le même type de sondage, en novembre 2016, à la fin d’un débat de la primaire LR, titrant de façon équivalente : "Alain Juppé jugé le plus convaincant". On a vu ce que cela a donné…

Prenons donc chaque candidat sans ordre précis.


Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon a été égal à lui-même. Incontestablement, c’est lui qui est le meilleur orateur des cinq, mais il a mis un peu de temps à "se chauffer". Son introduction a été la seule mauvaise, bougeant dans tous les sens, mal à l’aise, préférant manifestement parler à une foule qu’à la télévision. Mais ce malaise a vite laissé place à une grande aisance de communication.

Disons d’ailleurs qu’il était le doyen de cette petite assemblée (pas doyen de tous les candidats, Jacques Cheminade le sera probablement). Ainsi, il s’est permis de parler vrai, de lancer quelques phrases ou expressions humoristiques, plutôt agréable dans son phrasé. Il s’est gardé de s’opposer à Benoît Hamon qui est pourtant le candidat concurrent (mais pas adversaire).


Marine Le Pen

Marine Le Pen, elle, y a gagné en respectabilité. Le seul fait de débattre l’a officiellement introduit dans le paysage politique, mais ce n’était pas nouveau, cela faisait déjà une bonne décennie qu’elle y était. Rappelons que Jacques Chirac avait refusé de débattre avec son père pour le second tour de 2002.

Si elle n’a pas été très combative, elle n’a cependant pas hésité à lancer des petites attaques, essentiellement contre Emmanuel Macron, mais elle n’a pas continué la polémique après la réaction de son adversaire. C’est très étonnant que Marine Le Pen se soit attaqué à Emmanuel Macron car d’une certaine manière, elle aurait tout intérêt à l’avoir face à elle au second tour, si elle-même parvenait au second tour : en s’attaquant à Emmanuel Macron, si ses attaques sont efficaces, elles l’affaibliront et avantageront François Fillon, or, François Fillon sera au second tour un adversaire bien plus redoutable pour elle.

Elle a bénéficié d’une certaine "impunité" (médiatique) quand elle a dit des choses particulièrement délirantes, parfois sans réaction de la part de ses contradicteurs. Emmanuel Macron et aussi François Fillon ont cependant réagi, surtout sur les "rasages gratis" qu’elle a proposés (environ 150 milliards d’euros pas financés !). Chaque fois qu’elle ouvrait la bouche, une dizaine de milliards d’euros étaient distribués !

Ce débat fut la consécration de sa "dédiabolisation". On l’imagine mal "le couteau entre les dents" voulant "manger les petits enfants". En acceptant de débattre avec elle, ses adversaires l’ont d’ailleurs, en quelques sortes, introduite dans une certaine "présidentialité".


Benoît Hamon

Benoît Hamon, comme je l’ai écrit, n’a pas été véritablement convaincant. Il a déroulé son programme, répétant son revenu universel et ses perturbateurs endocriniens sans trop de conviction, sa guerre contre le diesel, mais ses thèmes n’ont pas monopolisés le débat contrairement à la campagne de la primaire socialiste.

D’ailleurs, il a jeté le trouble en disant malgré tout qu’il était aussi le candidat du travail et de fiche de paie, une expression qui ne veut rien dire mais utilisée d’abord par Arnaud Montebourg puis reprise par Manuel Valls. Il a "marqué à la culotte" Jean-Luc Mélenchon, sur la VIe République, sur l’environnement, sur l’euthanasie, sans beaucoup de valeur ajoutée. Très ampoulé, il a proposé un clivage un peu "niais" qui n’a rien de politique : entre le fraternel (lui) et le belliqueux (les autres), entre le bienveillant (lui) et l’autoritaire (les autres), entre la coopération (lui) et la concurrence (les autres), etc.

Benoît Hamon s’est risqué aussi à attaquer Emmanuel Macron qu’il considère comme son voleur d’intentions de vote : il a mis en doute le financement de la campagne de son concurrent, a parlé des lobbies, et Emmanuel Macron a su répondre assez bien à ce sujet. Ce qui me paraît curieux, c’est que le candidat qui prône la transparence et le refus de tous les lobbies industriels a oublié que sa compagne est, elle-même, la responsable du lobbying d’une très grand groupe industriel… Heureusement pour la tenue du débat, personne ne l’a attaqué à ce sujet, mais parfois, il vaut mieux être discret sur certains sujets qui peuvent revenir comme un boomerang.


Emmanuel Macron

Emmanuel Macron était l’inconnu de ce débat. Les quatre autres ont déjà eu l’occasion de participer à de nombreux débats contradictoires depuis des années, sont des animaux politiques chevronnés, et n’avaient rien à prouver dans cet exercice. Lui, si ! Et disons que cette épreuve du feu s’est plutôt bien passée pour lui. Certes, il a eu le ton un peu saccadé, le corps un peu raide, presque trop autoritaire, du moins trop sec, par rapport à un discours qui se voudrait bienveillant, sans doute trop scolaire, mais globalement, il s’en est bien sorti.

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Surtout dans ses interactions avec les autres candidats. Ainsi, il a su répondre aux attaques parfois voilées de Marine Le Pen (et de Benoît Hamon), n’hésitant pas, avec humour, de prendre la parole en disant : ah, je crois qu’il s’agit de moi, là ! Ses réponses étaient musclées, construites, d’une manière alerte et convaincante. On comprend qu’il n’est pas là par hasard, car il a prouvé un grand talent en communication politique.

Refusant de nourrir des vaines polémiques, il fut aussi l’un des rares candidats, dans l’histoire, à être d’accord avec certaines propositions de ses adversaires, au point de rendre troubles ses convictions. Par exemple, pour les 35 heures, il est contre mais il ne veut pas changer la loi. Cette ambiguïté, généralisée dans son programme, va être son principal talon d’Achille. C’est normal : c’était son seul moyen pour réunir droite et gauche derrière lui, mais ses soutiens sont-ils vraiment d’accord sur tout ?

Martelant tant à l’introduction qu’à son excellente conclusion que les Français avaient besoin de nouveaux visages et de nouveaux usages, Emmanuel Macron a fait dire à certains commentateurs qu’il n’avait pas parlé de …nouvelles idées, et il est vrai que peu d’idées nouvelles (à part sa réforme sur la taxe d’habitation qui conduirait à une nationalisation des communes) qui n’avaient pas été déjà exprimées depuis une quarantaine d’années déjà.


François Fillon

Enfin, François Fillon. Pour lui, la mission a été remplie : on n’a pas parlé d’affaire, mais de programme, là où il excelle. Il a refusé de polémiquer, comme lors de la primaire LR, se contentant de présenter son programme.

Il a toutefois réagi aux propos de Marine Le Pen particulièrement démagogiques et clientélistes, en soulignant que le programme économique ou social du FN était le même que celui de Jean-Luc Mélenchon. Notamment, les mesures sur les retraites de Marine Le Pen sont celles proposées par François Mitterrand en 1981 !

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François Fillon a été cependant trop peu combatif dans la première partie du débat, très effacé, ne s’exprimant pas toujours sur un thème abordé, souvent en retard de temps de parole. Mais lorsque les sujets économiques ont été abordés, il était très à l’aise et a montré une parfaite cohérence entre les objectifs fixés, les moyens pour les atteindre, leur financement, etc.

Deux grands atouts ont été présentés par François Fillon et qui resteront ses points forts : son programme est crédible et réalisable (si l’on propose des mesures trop coûteuses, cela veut dire qu’on ne les réalisera jamais), et il est le seul candidat à pouvoir entraîner derrière lui une véritable majorité parlementaire (cet argument surtout en direction d’Emmanuel Macron qui n’a pas de parti et dont les soutiens viennent de la droite et de la gauche pouvait l’être aussi en direction de… François Hollande !).


Entre les rêveurs hors-sol et les réformateurs

Au fil de la soirée, il est apparu une certaine ligne de démarcation entre les candidats qui vendent du rêve, certes sympathique mais irréalisable (ils sont quatre) et les candidats pragmatiques qui veulent proposer un changement concrètement possible car partant de la réalité (François Fillon et Emmanuel Macron). D’ailleurs, sur les questions économiques, malgré quelques différences, ces deux candidats ont admis une certaine proximité d’approche (Emmanuel Macron plus flou et moins clair que François Fillon) qui sera essentielle si l’un des deux parvient au second tour (et pas les deux en même temps) puisqu’il faudra bien ensuite prendre position l’un pour l’autre et peut-être même construire ensemble une majorité parlementaire.

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Dans la journée, un conseiller en communication expliquait doctement que lorsque la voix est aiguë, cela signifie que la personne est dans la posture et la représentation, et que lorsque la voix est grave, elle est dans la sincérité et la conviction. Avec ce guide très discutable (qui dépend quand même des cordes vocales des débatteurs), Emmanuel Macron et Benoît Hamon seraient plutôt dans la posture, alors que Jean-Luc Mélenchon et François Fillon inspireraient la sincérité. Quant à Marine Le Pen, bien que femme, elle a la chance d’avoir une voix assez grave pour, également, inspirer la sincérité.

Au-delà des performances des protagonistes, ce qui compte reste ce qu’ils proposent. Avec deux questions essentielles : ce qu’ils proposent réussira-t-il à réduire drastiquement le chômage ? et si oui, réussiront-ils alors à réaliser ce qu’ils proposent, dans le contexte économique, financier, social mais aussi institutionnel d’aujourd’hui ?

C’est donc sur les programmes que je poursuivrai le compte-rendu de ce débat unique dans les annales des élections présidentielles françaises.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Premier débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (20 mars 2017).
Les 500 parrainages.
Liste des parrainages des candidats à l’élection présidentielle au 18 mars 2017.
Le grand remplacement.
Campagne en état d’urgence.
Autorité et liberté.
Comptes à débours.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
François Fillon.
Emmanuel Macron.
Benoît Hamon.
Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen.
François Hollande.
Manuel Valls.
François Bayrou.
Nicolas Sarkozy.
Alain Juppé.
Primaire de la droite et du centre (novembre 2016).
Primaire des socialistes (janvier 2017).
Primaire des écologistes (novembre 2016).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170320-presidentielle2017-ao.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/presidentielle-2017-l-unique-debat-190958

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/03/21/35074780.html


 

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