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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 06:22

« Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas, plus rationnel et plus démocratique. » (Guy Debord, "La Société du spectacle"). Débat à onze : première partie.


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Faire débattre onze candidats à l’élection présidentielle en distribuant le même temps de parole n’était pas facile. Et c’était une première historique. Ce mardi 4 avril 2017 sur BFM-TV et CNews, pour la première fois, tous les candidats au premier tour d’une élection présidentielle ont pu débattre devant 6,3 millions de Français. Résultat, près de quatre heures de débat pour environ dix-huit minutes de temps de parole chacun. Animée par Laurence Ferrari et Ruth Elkrief, cette émission a connu quelques ratés, confusions, et surtout quelques passes d’armes très recherchées par les médias.

La soirée a donc été forcément très positive pour les "petits candidats", ceux qu’on voit peu dans les médias car considérés comme part négligeable du gâteau électoral. Les "grands candidats", eux, qui avaient déjà débattu le 20 mars 2017, avaient sans doute plus à perdre car il est difficile d’être certain de savoir, à dix-huit jours de l’élection, qui, de ces cinq, pourra finalement atteindre le second tour.

Plébiscité par les sondages d’après-débat, Jean-Luc Mélenchon a été considéré comme ayant fait la meilleure prestation. Il y a maintenant une "mode" Mélenchon. Le personnage est intéressant, son éloquence exceptionnelle (par rapport à ses concurrents), et il est parvenu, comme dans le précédent débat, d’éviter toute poussée de colère pour tenter la bienveillance, et cela le réussit.

Sur le fond, c’est-à-dire, sur ce que les candidats proposent, il n’y a eu que deux candidats qui se sont distingués nettement des neuf autres sur leur sérieux, leur réalisme et aussi leur motivation (leur argumentaire), François Fillon et Emmanuel Macron.

François Fillon, égal à lui-même, s’est montré peu combatif, comme dans tous les débats auxquels il a participé, sans se refuser quelques répliques néanmoins (voir plus loin), pour se concentrer sur le fond, pour présenter clairement et en quelques mots, son programme sur différents sujets, et à l’occasion, en rouspétant contre l’une des journalistes qui l’interrompait sans cesse. Refuser justement que ce débat fût un spectacle, ce n’était pas facile mais son objectif en ce qui le concernait.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’ont pas été au mieux de leur forme respective. Ils étaient les favoris des sondages et avaient donc beaucoup à perdre. Emmanuel Macron réagissait au quart de tour à la moindre provocation contre lui, ce qui a révélé un manque d’autorité ou d’expérience dans cet exercice de communication très particulier.

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Marine Le Pen, contrairement au précédent débat à cinq, n’a pas eu beaucoup d’altercations avec d’autres candidats qui, pourtant, ne se sont pas privés de la mettre en cause. Elle a en revanche estimé que la soirée était une victoire idéologique du FN puisque le débat a longtemps porté sur la sortie de la France de l’Europe ou sur la préférence nationale. En cela, elle a raison, et quand on voit ensuite les journalistes affectés au lieu où se réunissaient les sbires du FN après le débat, sympathiser avec les lieutenants de Marine Le Pen, on se dit que non seulement elle fait partie complètement du système, mais aussi que les médias ont été complètement lepénisés.

Quant à Benoît Hamon, contrairement au précédent débat, il a montré sa combativité et n’a pas hésité à attaquer… François Fillon et Marine Le Pen, comme s’il était le second couteau venant au secours de Jean-Luc Mélenchon. En l’écoutant, j’avais l’impression de me retrouver en 2012 quand François Hollande refusait d’admettre qu’il y ait eu en 2008 la plus grave crise financière mondiale depuis 1929 pour critiquer l’aggravation de la dette publique alors que les socialistes à l’époque avaient eux-mêmes critiqué Nicolas Sarkozy de ne pas avoir mis assez d’argent public pour compenser la crise !

Décidément, Benoît Hamon, pourtant ministre de François Hollande, n’aura rien appris et se trompe de film. L’idée, pour cette élection de 2017, c’est de donner sa vision de la France des années 2020, pas de parler des années 2000 ! C’est ce qu’a fait très clairement François Fillon en se donnant pour objectif que la France devienne la première puissance économique de l’Europe dans dix ans, et donc, par ce redressement, qu’elle puisse retrouver toute sa souveraineté nationale par son influence européenne et internationale.

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Et les autres candidats ? On voyait souvent qu’ils s’opposaient aux "grands candidats" qui étaient dans leur cœur de cible. Ainsi, François Asselineau s’en prenait à Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan à François Fillon et Marine Le Pen, Nathalie Arthaud à Jean-Luc Mélenchon, etc.

Nicolas Dupont-Aignan et Nathalie Arthaud furent sans doute les plus percutants des "petits candidats". Nicolas Dupont-Aignan avait beaucoup à gagner car il serait le seul "petit" à pouvoir "grandir" dans les sondages. Il a surtout attaqué François Fillon, notamment sur le Traité de Lisbonne, mais François Fillon, au-delà de l’argument factuel (en 2007, Nicolas Sarkozy a fait campagne en faveur du futur Traité de Lisbonne et il a été élu en connaissance de cause), il a rappelé malicieusement que la première fois qu’il avait rencontré le jeune Nicolas Dupont-Aignan (énarque), c’était comme chef de cabinet du ministre …François Bayrou, largement connu pour son adhésion à la construction européenne !

Des deux candidats trotskistes, Nathalie Arthaud était sans doute la plus intellectuelle mais aussi la plus respectueuse des électeurs. Elle s’était habillée convenablement et si elle parlait avec un certain ton des faubourgs, elle le faisait poliment et correctement, préférant se focaliser sur les idées (ou non idées) plutôt que sur les personnes. Elle a par exemple répété que les ennemis des ouvriers, c’étaient avant tout les méchants patrons.

Philippe Poutou, au contraire, a laissé un sentiment contrasté. Certes, sa spontanéité et son sourire sonnaient comme une fraîcheur de personnes normales au milieu de "politiciens" aguerris, mais ses vêtements particulièrement négligés et surtout, son langage vulgaire et malpoli, non seulement en utilisant des "gros mots" à chaque phrase, mais aussi en interpellant très cavalièrement certains candidats, n’étaient pas forcément très respectueux des téléspectateurs sinon des électeurs.

Pour interpeller Marine Le Pen qui avait refusé de se rendre à la convocation d’un juge, chose qu’elle pouvait faire puisqu’elle bénéficiait de l’immunité parlementaire (on ne pouvait donc pas la forcer à aller chez le juge tant que son immunité n’était pas levée), Philippe Poutou avait ainsi fait applaudir tout le plateau (au grand dam des deux journalistes) en disant que les ouvriers qui se faisaient convoquer par un juge, n’avaient pas, eux, d’immunité ouvrière. Marine Le Pen lui a répondu que les salariés ayant un mandat social étaient cependant protégés. Philippe Poutou a dû papoter avec ses proches derrière lui pour lui rétorquer que ce type de protection ne leur empêchait pas de pouvoir être licenciés (il faut une autorisation administrative de licenciement par l’inspecteur du travail).

Philippe Poutou était l’un des deux candidats qui étaient venus avec ce qu’ils avaient à dire sans se préoccuper des questions ou des thèmes abordés (Philippe Poutou ne cessant de dire : "On pense que" au lieu de parler à la première personne).

L’autre candidat, c’est ce qu’on penserait être un "illuminé", Jean Lassalle, député (anciennement MoDem) et maire d’une petite commune depuis l’âge de 21 ans. Il a l’accent rocailleux des champs mais l’enthousiasme souriant des prêcheurs aux belles paroles. Lui était un "petit joueur" : là où un Benoît Hamon promettait un million d’emplois nouveaux, lui, il proposait plus modestement 15 000 emplois pour l’été ; là où un Jacques Cheminade promettait 100 milliards d’euros par an, lui, il proposait plus modestement de dégager 4 milliards d’euros avec l’électricité que la France vend à l’Allemagne.

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Enfin, deux autres "petits candidats" improbables : Jacques Cheminade dont les envolées lyriques (il a fait beaucoup de citations littéraires) laissaient craindre une crise cardiaque (il a un certain âge, c’est le doyen), habitué des élections présidentielles (1995 et 2012), et François Asselineau qui affichait une "tête de vieux" alors qu’il est à peine plus âgé que Nicolas Dupont-Aignan, énarques l’un comme l’autre.

François Asselineau était durant cette soirée une sorte de grand prêtre qui chantait plus qu’il ne parlait. Comme s’il avait appris par cœur ou comme s’il faisait la voix off d’un documentaire vidéo. Le moins souriant des candidats, le moins engageant aussi, François Asselineau n’a cessé de répéter la même chose, à savoir qu’il fallait quitter l’Europe comme les Britanniques, sans consultation référendaire, au contraire de ce que proposait Marine Le Pen. Chaque intervention commençait par un article d’un traité ou de la Constitution, ce qui n’avait pas beaucoup d’intérêt puisqu’il revenait en boucle à son obsession. Je pense qu’il pourrait être caricaturé comme un huissier : "En vertu de l’article 106 du Traité de…" etc.

La présence de "petits candidats" comme François Asselineau était très précieuse pour Marine Le Pen. Pourquoi ? Parce qu’avec les stupidités qu’on a pu entendre, Marine Le Pen était hissée au rang de candidate modérée, de candidate raisonnable, ce qu’elle n’est pourtant pas malgré ses expressions comme "protectionnisme intelligent" (qui ne veut rien dire) ou encore "solidarité nationale" (La France ne l’a pas attendue pour mettre "nationale" à côté de la "solidarité" et François Mitterrand en a même fait un grand ministère d’État en mai 1981 sous la houlette de Nicole Questiaux). C’était aussi le but de son éloignement de son père Jean-Marie Le Pen ou de sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, se mettre en position quasi-centriste (on croit rêver !). Cette stratégie Florian Philippot lui vaut un quart de l’électorat dans les sondages.

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De plus, la position de Marine Le Pen sur le plateau était la meilleure (était-ce le hasard ou a-t-on aidé ce hasard ?), car elle se retrouvait juste en dessous de l'indication "Élysée 2017".

Qu’en est-il resté de ce débat ? Beaucoup de confusion. Sans doute y a-t-il eu beaucoup de téléspectateurs attirés par le spectacle, et c’en était un, effectivement, sans précédent pour une élection présidentielle (le premier débat à plusieurs candidats eut lieu lors de la campagne des élections européennes en juin 1999 où toutes les têtes de liste, nationale, furent invités).

Il en reste, à mon sens, que les cinq "grands candidats" ont tous une chance d’atteindre le second tour. Les deux favoris ont été médiocres et peuvent toujours dévisser en cours de route ; François Fillon, qui jouit de sa réputation d’homme expérimenté et sérieux pour le programme, a rappelé les fondamentaux en disant qu’un Président exemplaire, c’était d’abord un Président qui donnait du travail à tous les Français ; Jean-Luc Mélenchon a séduit de plus en plus d’électeurs par son empathie et son éloquence ; Benoît Hamon a montré qu’il restait encore dans la course et qu’il ne s’avouait pas perdu.

Dans le prochain article, je reprendrai plus précisément quelques propositions ou réflexions des candidats durant ce très long débat.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 avril 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Les propositions des cinq grands candidats (20 mars 2017).
Programme 2017 de François Fillon (à télécharger).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Programme 2017 de Benoît Hamon (à télécharger).
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Programme 2017 de Marine Le Pen (à télécharger).
Le bilan comptable du quinquennat Hollande.
La déclaration de patrimoine des candidats (à télécharger).
Liste des parrainages des candidats à l’élection présidentielle au 18 mars 2017.
Liste officielle des onze candidats à l’élection présidentielle (21 mars 2017).
Premier débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (20 mars 2017).
Les 500 parrainages.
Liste des parrainages des candidats à l’élection présidentielle au 18 mars 2017.
Le grand remplacement.
Campagne en état d’urgence.
Autorité et liberté.
Comptes à débours.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
François Fillon.
Emmanuel Macron.
Benoît Hamon.
Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen.
Nicolas Dupont-Aignan.
Nathalie Arthaud.
Philippe Poutou.
François Hollande.
Manuel Valls.
François Bayrou.
Nicolas Sarkozy.
Alain Juppé.
Primaire de la droite et du centre (novembre 2016).
Primaire des socialistes (janvier 2017).
Primaire des écologistes (novembre 2016).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170404-presidentielle2017-ar.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/debat-a-onze-entre-confusion-et-191484

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/04/05/35122177.html

 

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