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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 06:10

« Nous vivons en permanence dans l’illusion présidentialiste. Dès lors que les projecteurs sont braqués par le système médiatique sur des candidats à l’élection présidentielle, s’installe le sentiment que le Président de la République est un être tout puissant, omnipotent, pourvu de tous les pouvoirs. Or, cela est totalement faux. Le chef de l’État a relativement peu de pouvoirs propres en temps ordinaire. Son seul véritable pouvoir qu’il exerce seul en son nom est celui de dissoudre l’Assemblée Nationale. Il ne peut organiser un référendum que sur proposition du Premier Ministre ou conjointe des deux assemblées. Il ne dispose pas du pouvoir réglementaire (prendre des décrets) qui appartient au Premier Ministre, ni celui de déposer des projets de loi qui est celui du conseil des ministres, du gouvernement. Ses actes, par exemple, la nomination d’un haut fonctionnaire, doivent être cosignés par un ministre. Dès lors, le chef de l’État, s’il ne parvient pas à s’entourer d’une équipe ministérielle cohérente et stable, soutenue par l’Assemblée Nationale, sombre inévitablement dans l’impuissance. » (Maxime Tandonnet, historien, le 14 avril 2017 sur Atlantico).


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L’une des premières décisions qu’aura à prendre le nouveau Président de la République élu le 7 mai 2017, ce sera de nommer un nouveau Premier Ministre. Bernard Cazeneuve, intérimaire de la fonction depuis le 6 décembre 2016, sait qu’il doit quitter Matignon après l’élection présidentielle. Il aura à cœur de diriger la campagne du PS aux élections législatives. Je lui souhaite bon courage pour ce challenge !

L’identité du nouveau Premier Ministre dépend bien sûr de celle du nouveau locataire de l’Élysée, et étant donné la grande incertitude dans les sondages, l’incertitude sur le futur gouvernement est encore plus grande.

On peut juste évoquer quelques lignes directrices pour le choix d’un Premier Ministre : une bonne connaissance de la vie parlementaire serait un plus, certains candidats voudraient une femme mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi cette capacité à organiser la majorité parlementaire : à part pour François Fillon, tout reste à faire dans les autres hypothèses, et surtout, ce Premier Ministre doit avoir le potentiel de transformer cette majorité en réalité parlementaire, à savoir, de gagner les élections législatives des 11 et 18 juin 2017.

Le 13 avril 2017, le journal "Ouest France" s’était prêté à ce petit jeu, je mettrai par conséquent une parenthèse pour les hypothèses suggérées exclusivement par ce journal.

Je me concentrerai sur les cinq principaux candidats. Deux d’entre eux, issus soit de partis gouvernementaux, soit d’une nébuleuse d’anciens de partis gouvernementaux, ne devraient pas avoir trop de problème pour trouver une personnalité compétente qui leur convienne, ce serait plutôt le trop plein.

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En revanche, pour deux autres candidats, issus des extrêmes, leur isolement relatif a engendré un vide de compétences qui serait leur première difficulté s’ils arrivaient au pouvoir. L’historien Maxime Tandonnet notait ainsi sur Atlantico le 14 avril 2017 : « Dans un cas comme dans l’autre [Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon], nous avons deux personnalités qui jouent sur une mise en scène de leur personnage, mais qui ne disposent probablement pas de la ressource humaine en compétences et en fidélités, en expérience de l’État pour former un gouvernement et des cabinets ministériels qui assurent l’interface entre les ministres et les administrations. ».


Hypothèse François Fillon

Fort d’une alliance entre Les Républicains et l’UDI, François Fillon pourrait bénéficier d’une majorité parlementaire solide à l’Assemblée Nationale, comme cela a été le cas en 2007, 2002, 1993 et 1986. Cette majorité est donc fortement crédible, la plus crédible de toute l’offre électorale actuelle. Une telle coalition est composée de personnalités ayant une forte expérience et compétence pour diriger le gouvernement.

Parmi les premiers-ministrables récurrents de François Fillon, François Baroin, sénateur-maire de Troyes et président de l’Association des maires de France, ancien Ministre de l’Économie et des Finances et ancien Ministre de l’Intérieur, serait sans doute le plus apte à succéder à Bernard Cazeneuve. Sa position de modéré, tout en ayant le soutien de Nicolas Sarkozy, lui apporterait une forte capacité de rassemblement de toute la droite et du centre.

Parmi les autres noms qui circulent, il y a Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, qui est un très proche de François Fillon, mais aussi des parlementaires qui furent le noyau dur de ses soutiens en 2012 lors de la bataille de l’UMP, en particulier Valérie Pécresse, Gérard Larcher (qui serait plutôt candidat à sa succession à la Présidence du Sénat), ou encore Xavier Bertrand.


Hypothèse Benoît Hamon

L’un des principaux candidats qui a sans doute le moins de probabilité d’être élu, Benoît Hamon n’en a pas moins beaucoup de personnalités potentielles pour Matignon. La première serait Christiane Taubira, très populaire et très combative pendant la campagne en faveur de Benoît Hamon. Son expérience, sa charge symbolique lorsqu’elle était ministre (une des rares bonnes surprises du casting de François Hollande avec Bernard Cazeneuve), lui donneraient tous les atouts pour mobiliser derrière elle une nouvelle majorité, plus à gauche que l’actuelle.

Les autres noms qui peuvent circuler seraient Vincent Peillon ("Ouest France") qui est resté loyal au PS malgré son échec à la primaire de janvier 2017, Aurélie Filippetti ("Ouest France"). J’ajouterais aussi Martine Aubry qui, promise à Matignon dès l’arrivée au pouvoir de Lionel Jospin en 1997 (il y a vingt ans !), pourrait faire un rééquilibrage institutionnelle en faveur de Matignon comme le souhaiterait Benoît Hamon. Mais aujourd’hui, malgré son implication personnelle dans la campagne, Martine Aubry en aurait-elle seulement l’envie sinon l’énergie ?


Hypothèse Emmanuel Macron

Quoi qu’on en dise, Emmanuel Macron reste le favori de l’élection présidentielle. Son arrivée dans le paysage politique reste totalement inattendue et ses soutiens sont très disparates et hétéroclites. Il lui serait donc très difficile de bâtir une majorité parlementaire qui lui soit cohérente car il ne s’agirait pas seulement d’élire des candidats étiquetés En Marche, encore faudrait-il que ces candidats aillent dans la même direction, ce qui est encore moins probable que la majorité socialiste sortante avec ses frondeurs. De plus, la volonté de renouvellement voulu par Emmanuel Macron pourrait lui ôter le concours de personnalités indispensables.

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Je les compterais au nombre de trois au moins, qui seraient loin d’être des symboles de renouvellement : François Bayrou, le seul avec qui Emmanuel Macron a eu des égards pour son soutien, Jean-Yves Le Drian, mais il aurait déjà refusé Matignon en avril 2014, et Bertrand Delanoë. On pourrait rajouter, pour les vieux routards : Gérard Collomb (sénateur-maire de Lyon), Serge Lepeltier (ancien Ministre de l’Environnement), Jean Arthuis (ancien Ministre des Finances) et Jean-Paul Delevoye (ancien Président du Conseil Économique, Social et Environnemental, ancien Médiateur de la République). Parmi les plus "opérationnels" plus "renouvelés", on pourrait aussi imaginer Richard Ferrand, député socialiste qui est le secrétaire général d’En Marche, ou encore Philipe Douste-Blazy (ancien Ministre des Affaires étrangères), Renaud Dutreil (ancien ministre) et même l’ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot ("Ouest France")…


Hypothèse Marine Le Pen

L’isolement du FN dans les compétences gouvernementales laisserait un boulevard à Florian Philippot, unique énarque lepeniste grâce à qui Marine Le Pen a réussi sa dédiabolisation. Néanmoins, personnalité contestée à l’intérieur même du FN, Florian Philippot ne ferait probablement pas l’unanimité au sein des dirigeants du FN et se satisferait plutôt d’un grand ministère (Intérieur, Éducation, etc.).

Le choix de Marine Le Pen donnerait le choix du rassemblement qu’elle souhaiterait aux législatives : soit elle chercherait à obtenir une majorité purement FN, et dans ce cas, l’hypothèse Philippot serait malgré tout pertinente ; soit, par réalisme, elle considérerait qu’une majorité FN serait impossible à conquérir face à la conjugaison des oppositions LR et PS, et dans ce cas, elle opterait pour tenter la scission de LR en proposant à certains élus LR proches des thèses du FN de venir la rejoindre.

Dans une telle configuration, le Premier Ministre devrait être la passerelle entre FN et la droite dure. "Ouest France" a proposé Nicolas Dupont-Aignan, ce qui serait peu crédible dans la mesure où ce dernier visait l’Élysée et pas Matignon (rappelons que le 10 mars 2012 dans "Le Figaro Magazine", Nicolas Dupont-Aignan avait envisagé de nommer Marine Le Pen à Matignon !). D’autres personnalités pourraient se retrouver dans ce rôle de passerelle, et la plus connue et ambitieuse est probablement Laurent Wauquiez qui n’avait pas hésité, il y a quelques années, à reconnaître qu’il avait les mêmes positions que Marion Maréchal-Le Pen sur certains sujets majeurs.


Hypothèse Jean-Luc Mélenchon

Là encore, comme pour le cas précédent, le contour de la majorité parlementaire serait très incertain. Voudrait-il rassembler toute la gauche ou tenter une OPA de la France insoumise sur toute la gauche ? Toujours est-il que les communistes seraient sans doute peu servis dans l’hypothèse d’une victoire de Jean-Luc Mélenchon.

"Ouest France" cite deux personnalités possibles. L’une en raison de sa fidélité, Alexis Corbière, mais peu connu du grand public et surtout, sans expérience parlementaire, et l’autre, Arnaud Montebourg, dans le rôle de passeur entre France insoumise et PS dont l’appareil resterait essentiel dans l’organisation d’une future majorité. L’hypothèse Christiane Taubira ne serait pas non plus à écarter d’emblée. Selon la vision institutionnelle de Jean-Luc Mélenchon, il serait clair que son futur Premier Ministre serait une personnalité cruciale dans la définition de la politique nationale. On imaginerait mal par ailleurs que ce soit …Benoît Hamon.


L’incertitude dans l’incertitude

Comme on le voit, le flou entoure chaque candidat sur ses perspectives de formation du futur gouvernement. Seul, François Fillon a défini très clairement le contour de la majorité parlementaire sur laquelle il voudrait faire reposer l’action de son gouvernement, et le choix de son Premier Ministre serait sans doute le moins inattendu. Pour les autres, ce serait la grande inconnue.

Un gouvernement français pleinement opérationnel est d’autant plus nécessaire que la situation internationale est très tendue : au-delà de la guerre en Syrie, Donald Trump serait prêt à faire une guerre avec la Corée du Nord devenue puissance nucléaire…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 avril 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Matignon en 2017.
Matignon en 2012.
Matignon en 2010.
Matignon en 2007.
Emmanuel Macron.
François Fillon.
Marine Le Pen.
Jean-Luc Mélenchon.
Benoît Hamon.
Fillon ou Macron pour redresser l’économie française ?
Marine Mélenchon et Jean-Luc Le Pen.
L’autorité et la liberté.
Défendre la Ve République.
Interview de François Fillon dans le journal "Le Figaro" le 20 avril 2017 (texte intégral).
Interview de François Fillon dans le journal "Le Parisien" le 19 avril 2017 (texte intégral).
Discours de François Fillon le 15 avril 2017 au Puy-en-Velay (texte intégral).
Discours de François Fillon le 14 avril 2017 à Montpellier (texte intégral).
Discours de François Fillon le 13 avril 2017 à Toulouse (texte intégral).
Tribune de François Fillon le 13 avril 2017 dans "Les Échos" (texte intégral).
Discours de François Fillon le 12 avril 2017 à Lyon (texte intégral).
Discours de François Fillon le 11 avril 2017 à Marseille (texte intégral).

_yartiMatignon2017A04


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170413-matignon.html


http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/04/21/35179849.html
 

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