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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 06:45

« J’ai honte pour ceux qui refusent de donner une consigne de vote. » (Jacques Attali, le 26 avril 2017 sur LCI).


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Dès le 24 avril 2017, le président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur Christian Estrosi avait proposé l'exclusion de tout responsable de son parti Les Républicains refusant de se prononcer clairement en faveur d'Emmanuel Macron pour le second tour. Valérie Pécresse a demandé ce 28 avril 2017 l'exclusion de Christine Boutin qui a carrément annoncé le 25 avril 2017 qu'elle voterait pour Marine Le Pen.

La phrase pleine d’amertume de Jacques Attali (citée en tête d'article) ne visait donc pas la droite ni le centre qui ont été globalement très clairs dans l’appel à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle, mais …Jean-Luc Mélenchon qui a renoncé à dire ce qu’il ferait le 7 mai 2017. Un mystère un peu à la manière de François Bayrou en 2007 qui avait révélé bien plus tard qu’il avait voté blanc pour (ne pas) départager Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.

Et pourtant, lorsqu’on est un grand responsable politique, "grand" par son nouveau poids électoral (19,58%), il paraît complètement incohérent de refuser d’évoquer un second tour qui serait nécessairement imparfait en cas d’échec dès le premier tour. Dans la tête de Jean-Luc Mélenchon, si l’on reprend son comportement électoral de 2002 et de 2012, Emmanuel Macron équivaut à Marine Le Pen et est pire que Jacques Chirac, et Marine Le Pen est moins catastrophique que Nicolas Sarkozy.

La position de Jean-Luc Mélenchon (que l'intéressé devrait cependant clarifier ce 28 avril 2017 sur Youtube) non seulement n’est pas futée, mais elle est particulièrement honteuse. Le commandeur des croyants insoumis se voulait gourou et n’est même pas capable d’assumer son échec. Pourtant, il savait le faire, dans le passé, pas plus loin qu’il y a cinq ans, le 22 avril 2012, quand il a appelé sans condition à voter pour François Hollande. À l’époque, Mélenchon était déjà Mélenchon. Oserais-je dire qu’il était Méluche et il est devenu Marichon ?

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Si Marine Le Pen venait par malheur à être élue, Jean-Luc Mélenchon et ses sbires de la France insoumise resoumise en porteraient la responsabilité historique qui les enverrait dans les oubliettes de l’archéo-communisme dont ils n’auraient jamais dû ressortir. Je parle d’archéo-communisme car les communistes, fidèles à une certaine éthique, sont clairs sur le front républicain (terme à bannir), comme en 2002, ils voteront pour l’adversaire du second tour de l’extrême droite, donc Emmanuel Macron. Un ancien secrétaire national, Robert Hue, l’avait d’ailleurs soutenu dès le premier tour (dès l’été 2016).

De Gaulle, qui a su prendre des ministres communistes et socialistes, lui aussi, savait faire la différence entre l’extrême droite et le reste de la classe politique. Jean-Luc Mélenchon, visiblement, non, au risque de décevoir les 45% de ses électeurs qui se reporteraient sur Emmanuel Macron (selon le sondage IFOP publié le 27 avril 2017). Notons qu’en comparaison, 55% des électeurs de François Fillon compteraient ne pas voter pour Emmanuel Macron (selon le même sondage, donc même proportion que des électeurs de Jean-Luc Mélenchon), mais cela n’a pas empêché François Fillon, Nicolas Sarkozy, François Baroin et la plupart des leaders LR (sauf Laurent Wauquiez) d’appeler clairement à voter pour Emmanuel Macron. Le courage politique, c’est quand les convictions l’emportent sur la cuisine d’appareil. Jean-Luc Mélenchon s’est complètement fourvoyé…

Peut-être que ces errements proviennent d’une colère sourde, exprimée par exemple par Gérard Filoche qui aurait voulu le retrait de Benoît Hamon qui serait devenu Premier Ministre de Jean-Luc Mélenchon. Il est un doux rêveur, le Gérard, car Jean-Luc Mélenchon veut la mort du PS, il ne voulait pas transiger avec Benoît Hamon, et il ne veut pas plus aider Emmanuel Macron car il a l’intuition que son mouvement En Marche serait la voie de reconversion des socialistes en déroute (et il n’aurait peut-être pas tort sur ce point).

Alors, répondons aussi à cette question : le maintien de Benoît Hamon a-t-elle empêché la qualification de Jean-Luc Mélenchon pour le second tour ? Je pense que non, comme je pense que Nicolas Dupont-Aignan n’a pas eu beaucoup d’influence sur François Fillon, ni Christiane Taubira et Jean-Pierre Chevènement sur Lionel Jospin en 2002.

Pourquoi ? Pour deux raisons. D’une part, le programme de Benoît Hamon était très différent de celui de Jean-Luc Mélenchon (sur l’Europe, sur la Syrie, sur les relations avec la Russie, sur le lien entre travail et fiscalité, etc.). D’autre part, parce qu’un électeur de Benoît Hamon, qui sait que son vote ne serait pas très "utile" (en se fiant aux sondages), savait que Jean-Luc Mélenchon était sur la ligne de crête, donc, s’il avait voulu le voir au second tour, il aurait voté pour lui dès le premier tour. Cela signifie que Jean-Luc Mélenchon, de toute façon, avait fait le plein de ses voix potentiel (comme François Fillon, du reste).

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Parlons de Benoît Hamon : Manuel Valls est prêt à casser le Parti socialiste et verrait bien une formation sociale-démocrate alliée à la formation sociale-libérale En Marche. Benoît Hamon a fait à peine mieux que Gaston Defferre en 1969. Il a fallu cet effondrement politique pour une refondation du PS par François Mitterrand en 1971 au congrès d’Épinay et dix ans de traversée du désert… Autre comparaison qui fait mal : le score de Benoît Hamon n'est pas si éloigné de celui d'Arlette Laguiller, la candidate de Lutte ouvrière, en 2002 (5,72%).

Emmanuel Macron non seulement n’est pas assuré de sa victoire le 7 mai 2017, mais il n’a cessé, pendant les deux ou trois jours après le scrutin du premier tour, de commettre des maladresses qui pourraient lui être fatales. Il est faux de dire qu’il a commencé sa campagne du second tour en favori, dans un rapport 60/40 comme sembleraient l’indiquer les sondages. Car ce qu’il faudrait mettre en avant, ce sont les voix du premier tour. Et le rapport change. Si l’on ne reprenait en votants que les électeurs des deux candidats arrivés en tête, Emmanuel Macron aurait 53,0% et Marine Le Pen 47,0%. Tout consiste donc pour Marine Le Pen à encourager principalement l’abstention ou le vote blanc des électeurs des neuf autres candidats et de convaincre une partie infime de cet électorat pour atteindre la barre magique des 50%.

Par ailleurs, Marine Le Pen s’est sentie obligée de démissionner de la présidence du FN le 25 avril 2017 parce qu’elle était candidate à l’élection présidentielle (comme si elle n’avait pas été candidate auparavant, encore une posture imposture !). Et à qui a-t-elle laissé la présidence par intérim ? à son premier vice-président, Jean-François Jalkh, grand ami de feu Jean-Pierre Stirbois et de Bruno Gollnisch, l’un des trente-deux députés FN élus grâce à la proportionnelle en 1986 (le benjamin même, il n’avait que 28 ans), et député européen depuis 2014.

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Jean-François Jalkh a la particularité de célébrer la mémoire de Pétain dans une église intégriste, et de considérer comme sérieux le révionniste Robert Faurisson. C’est ce qu’a retrouvé Laurent de Boissieu : l’apparatchik du FN avait répondu le 14 avril 2000 au siège même du FN à une interview enregistrée (dommage pour lui que la preuve existe !) à la demande de Magali Boumaza, doctorante en science politique : « Le problème des chambres à gaz, mais moi, je dis qu’on doit pouvoir discuter même de ce problème. (…) Dans les travaux d’un négationniste ou d’un révisionniste sérieux, ce qui justement m’a surpris, c’est le sérieux et la rigueur, je dirais, de l’argumentation. (…) Je crois qu’on ne peut pas avoir de position sur le sujet sans avoir lu le pour, le contre. ». Au moins, c’est clair. Le FN est dans de "bonnes" mains ! D'autant plus clair que Marine Le Pen a été honteuse de cette devanture pas très valorisante et elle a réagi en limogeant Jean-François Jalkh ce 28 avril 2017 au profit de son très proche Steeve Briois, confirmant que l'odeur était assez nauséabonde (c'était pourtant le numéro deux du FN depuis le 12 juillet 2012 et il le reste encore, d'ailleurs).

Beaucoup de journalistes qu’on pourrait qualifier de "gauchiste" sans être certains qu’ils le revendiqueraient (on resterait alors sur "journaliste de gauche"), et qui n’apprécient pas beaucoup Emmanuel Macron (pour le moins qu’on puisse dire), commencent à s’inquiéter de cet élan du "Sans moi", du genre : pas question de voter Macron, même si je ne veux pas de Le Pen !

Dans une tribune à Mediapart publiée le 26 avril 2017 et intitulée "Parce que le pire n’est plus exclu", Fabrice Arfi a insisté : « L’accident est désormais envisageable. Un mauvais alignement de planètes peut rendre possible l’inconcevable. C’est-à-dire l’avènement du post-fascisme au pays des Lumières. Il n’y a qu’une chose à faire, le 7 mai, pour étonner la catastrophe. ».

Et de rappeler la réalité du FN : « Quelque que puisse être la répulsion provoquée par le candidat Macron, l’urgence n’est pas là. L’extrême droite, héritière de l’anti-républicanisme et amie des haines, peut par la voie de la démocratie prendre le pouvoir. Ce simple énoncé (…) ne suffit plus à considérer que face à la catastrophe possible, l’unique façon de l’étonner est de voter pour son seul adversaire encore en lice, Emmanuel Macron. (…) Le FN demeure un parti, et sa candidate avec lui, profondément xénophobe, anti-démocratique, affairiste, cerné par la justice anti-corruption, anti-social, ami des dictatures. Un mouvement qui n’a rien coupé avec ses racines révisionnistes, violentes et factieuses. Voilà pourquoi derrière le masque de la respectabilité crypto-gaulliste brandi par Florian Philippot, s’ébroue la bête immonde des anciens du GUD, les Chatillon et les Loustau, qui n’ont rien renié de leurs sympathies pro-nazies passées et à qui Marine Le Pen a donné les clefs de son parti morbide. ». Et j’ajoute aussi la présidence nouvelle de Jean-François Jalkh.

Un "mauvais alignement des planètes" pourrait favoriser la victoire de l’extrême droite : « Aujourd’hui, l’accident n’est pas exclu. Un Macron mauvais comme un âne, une Le Pen roublarde et menteuse, un Mélenchon irresponsable et aigri (qui a le "dégagisme" sélectif), une abstention de gauche possible, des reports de voix de droite à l’extrême droite, une barbouzerie poutinienne, un attentat… ».

Et Frabrice Arfi de s’alarmer ainsi : « À gauche (…), j’entends depuis dimanche monter toutes sortes d’arguments funestes pour justifier l’abstention ou le vote blanc le 7 mai : "Je ne choisis pas mes bourreaux", "Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron", "Le libéralisme de Macron nourrit le fascisme de Le Pen"… ».

Daniel Schneidermann, de son côté, a lâché en conclusion de son éditorial du 27 avril 2017 ceci : « En ces instants de débâcle, la réaction de ceux d’entre nous, dans l’équipe, qui sont fermement décidés à s’abstenir le 7 mai, cette réaction instinctive et catastrophique fut celle-ci : "il est tellement mauvais qu’on va finalement être obligés de voter pour lui". De grâce, Macron, ne sois pas si mauvais que tu l’es depuis dimanche, avec ta Rotonde et ton anecdotique Attali ! De grâce, sois assez efficace, assez brillant, pour nous permettre de ne pas nous salir les mains avec un bulletin de vote à ton nom ! Ce n’est pas pour nous jeter des fleurs, mais dans l’ébouriffant paradoxe de ce réflexe, il y a tout le génie électoral du peuple français. ».

Ce à quoi répondrait parfaitement la conclusion de Fabrice Arfi qui a cité Jean-Luc Mélenchon, version 2002 : « Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l’essentiel parce que l’effort lui paraît indigne de soi ? ». À l’époque, Jean-Luc Mélenchon était un "vrai" républicain.

Jean-Marie Le Pen a dit le 25 avril 2017 qu’il avait de quoi être fier de sa fille. Cela donne une idée de la réalité de la brouille entre le père et la fille, qui a eu le mérite, pour elle, de se dire "modérée" face à un père à l’expression un peu trop exubérante.

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C’est sûr que la situation actuelle, où les deux grands partis de gouvernement (LR et PS) ont été disqualifiés du second tour, est le résultat de deux quinquennats qui n’ont pas su prendre suffisamment au sérieux le besoin d’écoute d’une partie de la population inquiète ou en colère (Nicolas Sarkozy et François Hollande). Mais il est encore trop tôt pour établir correctement les responsabilités. Il y a un incendie à la République et il ne reste que quelques jours pour l’éteindre.

Cet incendie, on ne l’éteindra jamais avec l’indifférence, comme Ponce Pilate, en se lavant les mains, en s’abstenant ou en votant blanc. Il faut avant tout éviter l’inconcevable. Trop de monde croit encore à cette théorie fumeuse du plafond de verre. Le plafond de verre a déjà été franchi depuis très longtemps, depuis que les médias ne cessent d’inviter dans leurs émissions Marine Le Pen et Florian Philippot pour les rendre "normaux" aux yeux de leurs auditeurs. J’entends des gens dire : "Mais Marine Le Pen ne peut pas être élu par le peuple français". C’étaient les mêmes qui me disaient en fin octobre 2016 : "Mais Donald Trump ne peut pas être élu par le peuple américain".

L’objectif du 7 mai 2017 doit rester le même que l’objectif du 5 mai 2002 : non seulement, il faut empêcher la victoire de l’extrême droite, mais il faut que la victoire d’Emmanuel Macron s’approche le plus possible de l’ensemble des voix qui ne sont pas allées sur le FN au premier tour, c’est-à-dire 78,7%. Ce n’est pas pour Emmanuel Macron, c’est pour la France, pour l’image de la France dans le monde, pour sa réputation comme l’un des phares des libertés et de la démocratie pour de nombreux pays qui se cherchent encore une voie démocratique. En 2002, le peuple français avait réussi à étouffer cet incendie. Quinze ans plus tard, il faut qu’il réagisse avec la même vigueur pour défendre les valeurs républicaines qui n’ont rien à voir avec cette PME familiale de délitement de la cohésion sociale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 avril 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Choisis ton camp, camarade !
Pourquoi Mélenchon est-il si confus pour le second tour ?
Résultats officiels du premier tour du 23 avril 2017.
Premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 2017.
Les derniers sondages avant les urnes depuis 1965.
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
La Ve République.
L'autorité et la liberté.
Un Président exemplaire, c’est…
Deuxième débat télévisé du premier tour de l’élection présidentielle (4 avril 2017).
Les propositions des cinq grands candidats (20 mars 2017).
Programme 2017 de François Fillon (à télécharger).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Programme 2017 de Benoît Hamon (à télécharger).
Programme 2017 de Jean-Luc Mélenchon (à télécharger).
Programme 2017 de Marine Le Pen (à télécharger).
Le bilan comptable du quinquennat Hollande.
François Fillon.
Emmanuel Macron.
Benoît Hamon.
Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170424-presidentielle2017-av.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/choisis-ton-camp-camarade-192496

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/04/28/35221826.html


 

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