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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 06:06

« Quelles que soient, ces derniers temps, les tentatives de "dédiabolisation" des dirigeants du FN ou leurs danses du ventre à l’intention de l’extrême gauche (ce qui est là une constante historique), la vérité est criante : l’histoire, l’idéologie, les hommes et les femmes qui ont fondé ou animent ce parti, bref, le monde FN est depuis toujours aux antipodes du nôtre ; son antigaullisme a été constant depuis 1940. De façon récurrente, les déclarations de ses chefs nous rappellent que nos valeurs n’ont rien à voir avec sa vulgate. » (Alain Juppé, le 29 avril 2017).


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Qui a pu être déçu par Nicolas Dupont-Aignan ? Dominique Jamet, Éric Anceau, et un autre, "ses" trois vice-présidents (de Debout la France) qui viennent de démissionner ? Ceux qui ont suivi un peu la carrière de Nicolas Dupont-Aignan avaient déjà renoncé depuis longtemps à tout espoir sur cet homme pourtant bien comme il fallait.

Contre toute attente, Nicolas Dupont-Aignan a annoncé sur France 2 le 28 avril 2017 son ralliement à la candidature de Marine Le Pen. Le lendemain, le 29 avril 2017, ils ont tenu une conférence de presse commune. Peu respectueuse des électeurs qui n’ont encore rien décidé et de l’esprit des institutions qui veut que le Président de la République reste libre de toutes ses décisions souveraines, Marine Le Pen a affirmé que si elle était élue, elle nommerait Nicolas Dupont-Aignan à Matignon. Faire-valoir, assurément, Nicolas Dupont-Aignan l’a été pour Marine Le Pen en participant à son meeting à Villepinte le 1er mai 2017.

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Petit rappel de l’élection précédente : dans "Le Figaro Magazine", Nicolas Dupont-Aignan avait envisagé, lui-même, le 10 mars 2012, de nommer Marine Le Pen Premier Ministre en cas d’élection. Il avait amèrement regretté cet excès de sincérité.

Ce renvoi d’ascenseur n’est donc pas seulement que le député-maire de Yerres va à la soupe, puisqu’il a trouvé un bel intérêt à son ralliement (à chacun son prix), mais il voudrait donner le signal fort que Marine Le Pen est en capacité de rassembler un électorat plus large que le sien.

Pourtant, il y a aussi une forme de suicide de la part de cet homme, car en cas d’échec au second tour, Nicolas Dupont-Aignan aura tout perdu, et d’abord la morale. Il sait qu’il a franchi un Rubicon sans retour. Tous ceux qui ont fait comme lui dans le passé sont tombés dans les oubliettes du paysage politique : Charles Million, Jean-Pierre Soisson, Jean-Marie Rausch, Charles Baur, etc.

Car c’est bien beau d’avoir voulu, avant le premier tour, racoler les voix des électeurs de François Fillon (à mon avis sans beaucoup d’effet) sur des thèmes de la moralisation de vie publique quand soi-même, on emploie son épouse comme collaboratrice parlementaire (depuis vingt ans) et surtout, quand soi-même, on s’allie à une candidate et à un parti qui ont créé un véritable système de récupération d’argent public (notamment européen) doublé d'un népotisme de boutiquier.

Mais on pourrait peut-être comprendre les motivations par une autre facette. Le président de Debout la France avait un véritable problème financier : il lui manquait 300 000 euros pour solder le coût de sa campagne présidentielle, pas remboursée car il n’a pas atteint le seuil des 5%. Probablement que dans l’accord avec le FN, une petite aide serait la bienvenue pour renflouer les caisses. Rappelons aussi que lors d’une ancienne campagne nationale, Philippe de Villiers avait eu, lui aussi, de graves soucis financiers pour payer sa campagne.

Nicolas Dupont-Aignan, c’est l’histoire d’un naufrage. Du naufrage d’un grand talent de la politique. C’est en quelques sortes un des échecs de la méritocratie républicaine. Ce genre d’énarques qui crachent contre l’ENA, ces HEC-ENA qui crachent contre le "système" dont ils sont les meilleurs représentants (je pense à Jacques Cheminade et François Asselineau).

Nicolas Dupont-Aignan est relativement jeune. C’est une façon de penser car 56 ans, c’est plus que senior dans la vraie vie, celle de vie économique d’une entreprise. Mais en France, cela peut être considéré comme jeune pour l’Élysée.

Au départ, ce fut un brillant démarrage : une passion dès l’adolescence pour la vie politique nationale (il a même collé des affiches pour Jacques Chaban-Delmas en 1974, à l’âge de 13 ans !), puis de belles études à l’IEP de Paris, un DESS à Dauphine et bien sûr l’ENA (dans sa promo, on peut retrouver Jean-François Copé, Renaud Dutreil, Sylvie Goulard, Dominique Méda et David Kessler).

De là, la voie royale du haut fonctionnaire, directeur adjoint du préfet Christian Sautter (futur ministre socialiste), puis chef de cabinet de François Bayrou, Ministre de l’Éducation nationale (comme l’a rappelé François Fillon le 4 avril 2017), puis conseiller technique de Michel Barnier, Ministre de l’Environnement.

Contrairement à ce qu’il clame à longueur de tribunes, Nicolas Dupont-Aignan a été biberonné à l’Europe : ses patrons sont de fervents partisans de la construction européenne, plutôt du centre droit ou centre gauche, et lorsqu’il était à l’ENA, il hésitait même à rejoindre dans l'Essonne le camp de Michel Rocard ou celui de Laurent Fabius. Le supposé gaullisme souverainiste n’est venu que bien plus tard.

Ce fut en 1995 que Nicolas Dupont-Aignan s’engagea dans la vie politique au sein du RPR. Comme son ancien camarade de promo, Jean-François Copé à Meaux, lui s’est implanté à Yerres, commune socialiste ultra-endettée qu’il a sauvée et dont il fut élu et réélu maire très largement depuis vingt-deux ans. Ceux qui ont un peu visité la ville ne peuvent qu’approuver ce choix des électeurs locaux car il a fait de sa ville un agréable lieu de qualité de vie, notamment en rouvrant au public le domaine de l’exceptionnel peintre Caillebotte.

À partir de juin 1997, il fut également élu sans arrêt député de l’Essonne, bénéficiant d’une bienveillance de son parti d’origine (devenu l’UMP) malgré le choix de l’autonomie qu’il a fait le 31 mars 2007 en créant Debout le France (initialement son courant Debout la République depuis le 13 juin 1999). Auparavant, il s’était présenté sans succès au sein de l’UMP d’abord à la présidence de l’UMP le 17 novembre 2002 (contre Alain Juppé) et le 28 novembre 2004 (contre Nicolas Sarkozy), puis à la candidature présidentielle contre Nicolas Sarkozy auquel il s’opposa à cause du Traité de Lisbonne (comme Charles Pasqua, il s’était aussi opposé au Traité d’Amsterdam).

Il y a une dizaine d’années, il était donc un député-maire francilien classique, de grand talent, "de droite", ayant un avenir probable au sein d’un gouvernement. Tout ce capital, il l’a dilapidé en quelques heures en raison d’une voie soit narcissique soit paranoïaque. En fait, il avait réussi à trouver une voie pour le souverainiste qui ne fût pas entachée par les excès de l’extrême droite. C’était un pari difficile. Jean-Pierre Chevènement et quelques autres souverainistes ont pu, à une époque, lui donner crédit de ce choix (Nicolas Dupont-Aignan s’était rapproché de Jean-Pierre Chevènement lors de la candidature de ce dernier dans "Le Figaro" le 24 octobre 2001). En termes de tradition politique, il reprenait les flambeaux de Philippe de Villiers, mais avec moins d’outrance. En 2007, il a même choisi de soutenir son ancien patron François Bayrou.

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Après son échec à l’élection présidentielle de 2012 (il n’a eu que 1,8%), il a présenté des listes aux élections européennes de mai 2014 qui ont obtenu 3,8% sur le plan national, score amplifié par la forte abstention (57,6%). Enfin, durant cette campagne de premier tour de l’élection présidentielle de 2017, Nicolas Dupont-Aignan n’a cessé de sortir des outrances démagogiques, s’en prenant aux médias (le 18 mars 2017, il a même quitté brutalement le plateau de TF1, la vidéo a fait le buzz), mais aussi à ceux qu’il a appelé des "assistés" (« Il mettra aussi fin aux abus de l’assistanat et réclamera un travail d’intérêt général pour toute aide perçue de l’État. »), à l’élite bien sûr (« Il (…) mettra un terme aux privilèges de l’oligarchie et à l’impunité de certaines élites. ») et à la construction (« Il renégociera un nouveau traité. »).

Cette campagne lui a permis de convaincre presque 1,7 million d’électeurs, soit 4,7%. C’est insuffisant pour être remboursé par l’État mais c’est déjà important pour avoir une certaine audience dans les médias. Ce qui fait que sa parole est évidemment bien plus forte que deux autres recrues du Front national, également anciennes candidates à l’élection présidentielle, à savoir Marie-France Garaud (1,3% en 1981) et Christine Boutin (1,2%).

Durant toute sa campagne, Nicolas Dupont-Aignan avait insisté sur l’humanisme qui le guidait et surtout, sur le gaullisme dont il se référait.

C’est sur ces deux bases (humanisme et gaullisme) que son ralliement à l’extrême droite et à un parti qui a historiquement contesté systématiquement l’action du Général De Gaulle a déclenché une vague d’indignations justifiées. Beaucoup de ses électeurs se sont sentis trahis par celui qui, jusqu’à maintenant, n’avait jamais été ambigu avec l’extrême droite. Ses électeurs de Yerres risquent d’ailleurs de lui faire payer cher ce retournement dans l’antigaullisme historique. Parmi les réactions, il y a eu aussi des outrances scandaleuses, comme ce soi-disant humoriste cherchant le buzz pour sa petite personne, Stéphane Guillon, qui n'a pas hésité à salir la mémoire de la mère de Nicolas Dupont-Aignan qui venait de mourir la veille du ralliement après une très douloureuse maladie : une manière détournée finalement d'aider un peu Marine Le Pen.

Sans doute que la réaction la plus vive et la plus forte est celle de Daniel Cordier. Je l’avais présenté il y a déjà quelque temps. Il va bientôt avoir 97 ans, cet été. Il est l’un des rares compagnons de la Libération encore en vie (Alain Gayet, le grand-père de Julie Gayet, lui aussi compagnon de la Libération, est mort récemment, le 20 avril 2017, à 94 ans). Il s’était engagé à 19 ans auprès de De Gaulle, à Londres, sans beaucoup réfléchir sinon à l’idée qu’il s’était faite de la nation. D’ailleurs, à l’époque, il était maurassien, nationaliste, mais il avait été écœuré par le collaborationnisme de Charles Maurras qui préférait l’Allemagne nazie et antisémite à la France indépendante. Il a réagi à cette conférence de presse commune de Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen et à leurs allusions au gaullisme : « Dans leur bouche, ce ne sont que des mots. De simples mots creux qui ne disent rien. Ces gens-là parlent sans savoir ce qu’a été le gaullisme de 40. Quand je les entends revendiquer cet héritage, je le ressens comme une imposture. » ("Journal du dimanche", le 30 avril 2017).

Alain Juppé, lui aussi, est inquiet et l’a exprimé sur son blog le 29 avril 2017 : « La trahison de M. Dupont-Aignan, l’attitude ambiguë de J.-L. Mélenchon, l’effondrement du PS, les finasseries de certains de mes propres "amis" politiques ajoutent à la confusion générale sur laquelle prospère le FN. ». Et d’ajouter : « Certains invoquent les mânes du Général De Gaulle pour conforter leur europhobie. Quelle falsification historique ! C’est De Gaulle qui a voulu nous faire entrer dans la Communauté Européenne en 1958, en activant le Traité de Rome qui n’était encore qu’un papier ; c’est De Gaulle qui a imposé la politique agricole commune ; c’est De  Gaulle qui a fait de l’entente franco-allemande la pierre angulaire de la construction européenne et du redressement français. Je suis gaulliste et européen et j’en suis fier ! ».

L’imposture, c’est d’opérer cet inversement des valeurs qui fait que les nationalistes seraient des gaullistes alors qu’ils étaient ses derniers opposants. Le premier qui a fait justement un front républicain contre l’ennemi national-socialiste, ce fut De Gaulle qui rassembla toutes les tendances politiques jusqu’aux communistes. À l’époque du CNR, il n’était pas question d’abstention ni de vote blanc, il était question de combattre les nazis au péril de sa propre vie. En opérant ce ralliement honteux, Nicolas Dupont-Aignan est devenu le grand prêtre de cette imposture. La famille Le Pen se frotte les mains, le père, la fille, et surtout, la nièce


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nicolas Dupont-Aignan en 2017.
Nicolas Dupont-Aignan en 2012.
Ensemble pour sauver la République.
Le patriotisme.
Marine Le Pen.
Stéphane Guillon.

_yartiNDA2017042902



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170429-dupont-aignan.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/dupont-aignan-plonge-dans-la-soupe-192718

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/03/35241680.html

 

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