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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 05:15

« Ma décision est simple, solide, inébranlable. Oui, je suis candidat à la Présidence. » (Vesoul, le 23 février 2016).



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Le nouveau Ministre de l’Économie Bruno Le Maire rêvait de Bercy en juin 2011 sous Nicolas Sarkozy, il l’a obtenu en mai 2017 sous Emmanuel Macron. Un petit retour sur sa trajectoire.

Bruno Le Maire aurait pu s’imaginer à la place d’Emmanuel Macron. Un peu comme Manuel Valls. Ce dernier s’était voulu le modernisateur du socialisme réaliste et pragmatique assumé et c’est Emmanuel Macron qui l’a concrétisé. Sur la forme, Bruno Le Maire a adopté les mêmes thèmes de campagne qu’Emmanuel Macron, pas sur le fond mais sur la forme : le renouvellement, l’attaque contre le système en étant pourtant l’un de ses plus brillants représentants.

Comme Emmanuel Macron, avec huit ans de décalage, Bruno Le Maire est un homme brillant intellectuellement, rayonnant même, qui a tout de suite ébloui ses interlocuteurs au Quai d’Orsay.

Revenons très rapidement sur son CV : normalien (et agrégé de lettres modernes), IEP Paris et énarque (Emmanuel Macron n’est pas normalien). Bruno Le Maire est un spécialiste de Proust. Il a ensuite commencé sa carrière de haut fonctionnaire dans la diplomatie et très rapidement, au début des années 2000, il a rejoint le staff de Dominique de Villepin, d’abord à l’Élysée (ce dernier était Secrétaire Général de la Présidence de la République), puis au Ministère des Affaires étrangères, puis au Ministère de l’Intérieur, et enfin, à Matignon. Il a alors atteint la plus haute responsabilité comme directeur de cabinet du Premier Ministre de juin 2006 à mai 2007.

C’est en début 2007 qu’il décida de franchir l’autre côté du rideau, l’engagement politique. Cela tombait bien : Jean-Louis Debré, Président de l’Assemblée Nationale, venait d’être nommé Président du Conseil Constitutionnel par le Président Jacques Chirac. Il lui laissa sa circonscription à Évreux (première circonscription de l’Eure). Il fut élu largement en juin 2007 face à la candidate socialiste. Ce fut un parachutage réussi (il n’était jamais encore allé dans ces lieux). Il a adopté le ton décontracté au cours de sa campagne sur le terrain. Il a été réélu en juin 2012 et cherche maintenant à se faire réélire en juin 2017 (son épouse fut sa collaboratrice parlementaire de 2007 à 2013, selon Mediapart le 8 octobre 2013).

Comme on le constate, ses deux mentors en politique sont Dominique de Villepin et Jean-Louis Debré, deux chiraquiens fidèles et loyaux. Comme François Baroin, Bruno Le Maire n’est donc pas du tout "sarkozyste". Il ne faisait aucun doute cependant que Bruno Le Maire, très ambitieux, se voyait déjà ministre avec la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Comme François Baroin, il a dû attendre.

Nommé Secrétaire d’État aux Affaires européennes le 12 décembre 2008 à l’âge de 39 ans, ce qui n’était qu’un strapontin peu à sa mesure mais qui était un poste qui convenait bien à sa compétence diplomatique, il fut promu Ministre de l’Agriculture et de la Pêche le 23 juin 2009. L’Agriculture est réservé aux marathoniens de Bruxelles ! On loua alors sa germanophonie comme atout dans les négociations européennes.

Ministre, il pouvait devenir un leader national, or, pas de leadership durable sans fief local. En mars 2010, il tenta de ravir la présidence du conseil régional de Haute-Normandie, sans succès face au président socialiste sortant Alain Le Vern. Il était également présent aux élections municipales en mars 2008 sur la liste UMP qui a échoué, puis en mars 2014 (liste qui a gagné). Ainsi, en plus de son mandat parlementaire, Bruno Le Maire a cumulé celui de conseiller régional de mars 2010 à décembre 2015 et de conseiller municipal d’Évreux de 2008 à 2017.

Pendant plusieurs mois, le Président Nicolas Sarkozy mit la pression sur ses ministres en annonçant un changement de gouvernement. Jean-Louis Borloo était donné à Matignon mais déjà, parmi les autres hypothèses, celle de Bruno Le Maire s’esquissait. De toutes les hypothèses, cette dernière était sans doute la plus farfelue pour le grand public qui ne connaissait pas encore très bien Bruno Le Maire. Le voici donc célèbre d’abord pour son …ambition.

Finalement, François Fillon fut reconduit à Matignon et Bruno Le Maire resta à son poste le 14 novembre 2010, élargissant ses responsabilités ministérielles à la Ruralité et à l’Aménagement du Territoire. Ce fut probablement une déception pour lui qui commençait à s’ennuyer à l’Agriculture et qui aurait souhaité un portefeuille plus prestigieux.

Durant cette année 2010, Bruno Le Maire faisait partie de la petite "bande" des quadras UMP du gouvernement avec Luc Chatel, Valérie Pécresse, François Baroin (qui a rejoint le gouvernement en 2010) auquel il faut rajouter Laurent Wauquiez (trentenaire) et Jean-François Copé qui a pris la direction de l’UMP (son secrétariat général). Il serait cependant très abusif de parler de "bande à Copé" (comme on parlait dans les années 1980 de la "bande à Léo" avec François Léotard, Alain Madelin, Gérard Longuet et Philippe de Villiers) car tous ces membres, ambitieux, roulaient déjà pour eux-mêmes et pas pour …celui qui croyait en être le chef !

Cette "bande" s’est de toute façon désintégrée dès juin 2011 dès qu’il a fallu trouver un successeur de Christine Lagarde à l’influent Ministère de l’Économie et des Finances. Après beaucoup d’hésitation, Nicolas Sarkozy avait choisi Bruno Le Maire, notamment parce qu’il savait parler allemand (cette germanophobie a été aussi évoquée pour Jean-Marc Ayrault quand il est arrivé au Quai d’Orsay en février 2016). Finalement, François Baroin fut nommé au lieu de Bruno Le Maire, Valérie Pécresse succéda à François Baroin au Budget et Comptes publics, et Laurent Wauquiez succéda à Valérie Pécresse à la Recherche et aux Universités. Bruno Le Maire, lui, n’évoluait pas.

L’échec de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012 changea la donne : il fallait désigner un nouveau président de l’UMP (poste mis en jachère sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy) et ce nouveau président aurait toutes les chances de devenir le candidat UMP à l’élection présidentielle de 2017, ce qui devait forcément entraîner bien des convoitises.

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Ce fut à partir de 2012 que Bruno Le Maire mit en place sa posture de l’homme du renouveau et de l’homme contre le système. Une posture qui, quatre ans plus tard, a fort bien réussi à Emmanuel Macron. Bruno Le Maire chercha à se présenter à la présidence de l’UMP mais n’a pas réussi à obtenir les parrainages nécessaires. Il refusa, comme Nathalie Kosciusko-Morizet et Xavier Bertrand, de s’engager dans le duel fratricide entre François Fillon et Jean-François Copé : sa neutralité l’a grandi car le combat était assez déplorable.

Cette virginité lui donna un argument supplémentaire dans sa promotion du renouvellement des pratiques politiques. Dans le même ordre d’idée, il a voulu mettre en pratique ses idées, ce qui l’a conduit à démissionner de la fonction publique le 3 octobre 2012 (Emmanuel Macron en a fait de même le 16 novembre 2016) et à fustiger le cumul des mandats en mars 2016 (après avoir lui-même cumulé la région et l’Assemblée Nationale). Par ailleurs, il s’est dit partisan de la limitation à trois mandats parlementaires dans le temps en annonçant qu’il ne se représenterait pas en 2022.

Dès qu’une occasion se présenta à lui pour servir son ambition, il n’a pas hésité à avancer. Ainsi, après la démission forcée de Jean-François Copé de la présidence de l’UMP, il s’est présenté le 11 juin 2014 à sa succession et n’avait qu’Hervé Mariton comme concurrent durant l’été 2014 au cours duquel il a fait une campagne méthodique et efficace. C’est à cette époque que j’ai compris que l’ambition l’avait emporté sur les convictions chez lui : il affirmait alors des positions très droitières sur l’immigration, considérant qu’on ne conquérait l’UMP que par sa droite, lui qui, au départ, était considéré comme un "modéré".

Nicolas Sarkozy est revenu dans le paysage politique le 19 septembre 2014 en se présentant lui aussi à la présidence de l’UMP qu’il a retrouvée le 29 novembre 2014 avec seulement 64,5% des voix. La cause de ce score médiocre : Bruno Le Maire, qui avait refusé de s’effacer malgré le retour de l’ancien Président de la République, et qui a obtenu un score honorable de 29,2%. Face aux autres rivaux de sa génération, il a réussi ainsi à se prévaloir d’une certaine forme de courage. Ce fut en revanche au prix de quelques concessions à la ligne Buisson

S’il n’a pas gagné cette élection interne, Bruno Le Maire en est ressorti très largement crédité d’une véritable force militante, et surtout, il a pu tisser un réseau interne précieux pour les échéances ultérieures, ayant obtenu le soutien d’une soixantaine de parlementaires UMP (dont Édouard Philippe, Jean Leonetti, Thierry Solère, Arnaud Robinet, Jean-François Lamour, Damien Abad, Julien Aubert, Jérôme Chartier, Laure de La Raudière, Éric Straumann, Charles de la Verpillère, Jérôme Bignon, Fabienne Keller, Arnaud Danjean, etc.).

Si ces parlementaires ne l’ont pas forcément soutenu lors de la primaire LR de novembre 2016, on en retrouve certains qui sont désormais sur la même ligne politique macronisée en mai 2017…

Avec cette force de frappe nouvelle, il n’y a eu guère de doute que Bruno Le Maire allait être candidat à la primaire LR. Il se déclara sans surprise le 23 février 2016 à Vesoul. Parmi ses soutiens, certains déjà à la présidence de l’UMP et aussi Yves Jégo, Hervé Maurey, Michel Barnier, Sébastien Lecornu (ancien conseiller de Bruno Le Maire devenu maire de Vernon le 30 mars 2014 puis président du conseil départemental de l’Eure le 29 mars 2015), Hervé Morin (qui avait été soutenu très activement par Bruno Le Maire pour conquérir le conseil régional de la Normandie réunifiée en décembre 2015), etc.

Sa campagne, au début, a eu des signes très prometteurs. Dans les sondages, il fut même classé parfois en troisième position, devançant François Fillon. Cela au prix d’une forte dose de démagogie comme la suppression de l’ENA, la construction de nouvelles prisons, la baisse de la CSG à 6% (Emmanuel Macron préconise une hausse de la CSG), la baisse massive des charges des entreprises, la revalorisation des petites retraites, etc. Il a un programme de "révolution libérale" basée sur du "jeunisme" (son seul argument pour l’élire était qu’il représentait le renouveau de la classe politique).

Le 17 septembre 2016, il a présenté son programme détaillé, un pavé de plus de mille pages, donnant ses propositions sur de très nombreux sujets à l’importance parfois dérisoire face aux grands enjeux nationaux (c’est d’ailleurs étrange qu’un revendiqué libéral veuille s’immiscer dans toutes les affaires même les plus petites). Le 20 octobre 2016 sur France 2, il proposa la fin du monopole des syndicats à représenter les salariés, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, une baisse drastique des indemnités chômage et l’institution de "petits boulots" payés 5 euros par heure, etc.

Bruno Le Maire s’est cependant beaucoup discrédité le 13 octobre 2016 au cours du premier débat télévisé de la primaire LR, objet de ricanement des "vieux briscards" de la politique, Nicolas Sarkozy et François Fillon, lorsqu’il a confondu postes de fonctionnaire et emplois aidés et lorsqu’il s’est trouvé assez démuni pour approfondir ses arguments. Son arrogance a tourné court. Le 20 novembre 2016, il s’est retrouvé relégué en cinquième position, avec seulement 2,4%, devancé par Nathalie Kosciusko-Morizet (l’autre non-alignée de la bataille de l’UMP de novembre 2012).

Alors qu’il se voyait déjà désigné, Bruno Le Maire a dû revoir ses ambitions à la baisse. Il a immédiatement apporté son soutien au candidat le mieux placé, François Fillon, alors que son origine "chiraquienne" aurait pu l’inciter à choisir Alain Juppé (en fait, pendant sa campagne, tellement sûr de lui, il avait martelé qu’il ne prendrait pas position au second tour, pensant y être présent lui-même). Résultat, il s’est retrouvé dans le camp des vainqueurs le 27 novembre 2016, lors de la victoire de François Fillon, devenu le favori de l’élection présidentielle de 2017.

Renonçant à un populisme droitier qu’il avait adopté de l’été 2014 à l’automne 2016, Bruno Le Maire est redevenu le technicien sérieux et solide, posé et modéré, au service d’un autre, à savoir François Fillon qui l’a pressenti pour devenir son futur Ministre des Affaires étrangères. Ce fut dans ce cadre que le 11 janvier 2017, Bruno Le Maire s’est rendu à Berlin pour préparer la rencontre entre François Fillon et Angela Merkel le 23 janvier 2017 à Berlin (Emmanuel Macron n’a fait le voyage que le 16 mars 2017). Cette rencontre Fillon/Merkel pourtant stratégique est restée quasi-confidentielle dans les médias. Pourquoi ? Parce que le lendemain, l’affaire Fillon a éclaté et les médias n’ont plus que tourné autour de ce sujet pendant trois mois.

Lorsque François Fillon a annoncé le 1er mars 2017 qu’il serait mis en examen mais qu’il resterait quand même candidat, le premier de ses fidèles à l’avoir quitté fut Bruno Le Maire, convaincu qu’il mènerait son parti à la défaite. Il sortit de sa discrétion le 8 avril 2017 pour confirmer qu’il voterait quand même pour François Fillon mais du bout des lèvres. Malgré ses critiques contre Emmanuel Macron (du reste, pas moins sévères que celles d’Édouard Philippe), il apporta clairement son soutien à Emmanuel Macron dès la nouvelle connue de la défaite de François Fillon.

Enfin, toujours le premier à prendre position, dès le soir du second tour, le 7 mai 2017, Bruno Le Maire l’impatient s’est déclaré prêt à dépasser les clivages avec le nouveau Président Macron pour redresser le pays : « Qu’est-ce qu’on attend pour travailler ensemble ? ». Cette offre de service, pas très glorieuse pour son honneur et susceptible d’être qualifiée de trahison par ses (anciens) amis politiques, conforta Emmanuel Macron dans l’idée qu’il lui serait possible, après avoir fait éclater le PS, de faire exploser Les Républicains. Ce dernier était ainsi sûr qu’il aurait au moins un responsable LR, et pas des moindres, un ancien candidat à la primaire, qui accepterait d’intégrer le gouvernement qu’il nommerait prochainement.

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Personne ne pouvait imaginer qu’Emmanuel Macron cherchait à nommer un LR à Matignon. Son but était en effet de concéder tout le secteur économique et budgétaire à des ralliés LR. Si toutes les personnes LR pressenties pour Matignon refusaient son offre, Emmanuel Macron savait que Bruno Le Maire accepterait.

Finalement, Bruno Le Maire s’est retrouvé nommé Ministre de l’Économie le 17 mai 2017, et somme toute, pas à une place très élevée dans la hiérarchie gouvernementale. Il aurait pu négocier un titre de Ministre d’État.

Le secrétaire général de LR Bernard Accoyer a constaté l’exclusion de facto de Bruno Le Maire, mais aucune procédure disciplinaire n’a été engagée à son encontre (au contraire de Manuel Valls que le PS voudrait exclure).

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C’est une adjointe au maire d’Évreux qui est la candidate LR opposée à Bruno Le Maire aux élections législatives du 11 juin 2017, ce dernier étant désormais le candidat de La République En Marche, qui fut soutenu activement par le Premier Ministre Édouard Philippe à Pacy-sur-Eure le 28 mai 2017. Un sondage Ifop-Fiducial publié par le "Journal du dimanche" le 28 mai 2017 donnerait à Bruno Le Maire une large avance au premier tour (laminant cette candidate LR) et une large victoire au second tour.

Le nouveau ministre fait partie des six membres du gouvernement à être candidats aux élections législatives. Il paraîtrait que ses électeurs accepteraient ces retournements de postures depuis 2012, comme ce fut le cas avec les ministres d’ouverture de 1988, en particulier Jean-Pierre Soisson et Jean-Marie Rausch.

Qu’importe la locomotive, pourvu qu’elle tire les wagons…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bruno Le Maire, le brillant ambitieux.
Ministre de l’Économie le 17 mai 2017.
Les confusions du projet de Bruno Le Maire.
Bruno Le Maire et le Brexit.
Débat Bruno Le Maire vs Pierre Moscovici (14 novembre 2011).
Nouveaux leaders ?
Premier tour de la primaire LR du 20 novembre 2016.
Troisième débat de la primaire LR 2016 (17 novembre 2016).
Deuxième débat de la primaire LR 2016 (3 novembre 2016).
Premier débat de la primaire LR 2016 (13 octobre 2016).
Dominique de Villepin.
Jean-Louis Debré.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170517-bruno-le-maire.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/bruno-le-maire-le-brillant-193781

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/03/35332514.html


 

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