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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 20:29

« Le renouvellement de notre vie publique s'imposera à tous dès demain. La moralisation de notre vie publique, la reconnaissance du pluralisme seront dès le premier jour le socle de mon action. » (Emmanuel Macron, le dimanche 7 mai 2017 dans la cour du Louvre à Paris).



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Aïe ! On voulait changer les visages et changer les usages, et on s’aperçoit qu’on n’a que l’un des deux. Cela va devenir de plus en plus difficile si vous voulez être ministre. Vous serez passé dans une sorte de scanner pour voir tous les détails de votre vie antérieure, et avec un peu de malchance, un journaliste verra une incartade.

Je déteste le principe du lynchage médiatique. Qu’aurait-on dit si Jérôme Cahuzac s’était suicidé en avril 2013 ? Les médias, ou "l’opinion publique", c’est comme une fosse aux lions. Dès que l’on y jette un nom, il est déchiqueté avant même le début du travail des juges. François Fillon en a été une victime remarquable, ce qui a pourri sa campagne présidentielle, et la campagne présidentielle en général.

L’édition du mercredi 24 mai 2017 du "Canard Enchaîné" est sans pitié pour l’un des ministres les plus en vue du nouveau quinquennat. Richard Ferrand, Ministre de la Cohésion des Territoires (Aménagement du Territoire, Logement, Ville, etc.) n’est pas que cela. Il est aussi depuis 1er octobre 2016 le secrétaire général de La République En Marche (ex-En Marche) et à ce titre, le général en chef des armées du futur Président Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle victorieuse.

Le 19 mai 2017, il expliquait qu’il resterait pleinement le secrétaire général du parti présidentiel, faisant ainsi un cumul d’un ancien temps, l’époque où les chefs de parti pouvaient siéger au gouvernement ès qualités. Ce n’est pas un changement des usages, mais un retour en arrière que cumuler ces deux fonctions, et ce cumul est politiquement bien plus important que le cumul avec un mandat de maire par exemple.

À presque 55 ans, Richard Ferrand est un député sortant du Finistère qui a été rapidement séduit par Emmanuel Macron lorsqu’il était à Bercy au point d’être désigné à l’Assemblée Nationale rapporteur de la loi Macron, après avoir été chargé de la mission de préparer cette loi le 3 octobre 2014. Membre du Parti socialiste de 1980 à 2017, Richard Ferrand a été membre du cabinet d’un sous-ministre du gouvernement d’Édith Cresson. Il a eu un parcours classique d’élu local, élu conseiller général (de 1998 à 2011), conseiller régional (depuis 2010, il l’est encore, cumulant avec son mandat de député) et enfin, depuis 2012, député, mandat qu’il cherche à renouveler (pour ne pas siéger puisqu’il est ministre) aux élections législatives des 11 et 18 juin 2017.

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Le "Canard Enchaîné" l’a épinglé sur un montage immobilier impliquant sa compagne propriétaire d’une SCI qui a loué des locaux aux Mutuelles de Bretagne dont il était le directeur général de 1998 à 2012. Si aucune irrégularité n’a semblé présente dans cette opération, il reste qu’elle aurait été très "juteuse" pour sa famille et pourrait constituer un conflit d'intérêts. Le début de sa défense a été du même acabit que celle de François Fillon lors des premières révélations le 24 janvier 2017, à savoir que rien d’illégal n’avait été commis. Or, le problème de la moralisation de la vie politique, c’est qu’il n’y a pas que la loi, la légalité, il y a aussi la moralité, l’éthique, la déontologie.

Autre reproche, qui peut avoir des conséquences politiques plus graves après quatre mois de tapage contre les emplois familiaux des parlementaires, Richard Ferrand aurait recruté son fils comme collaborateur parlementaire pendant plusieurs mois de janvier 2014 à mai 2014 pour 6 800 euros net. Il faut noter que 2014, c’était bien après la loi de moralisation votée dans l’urgence après l’affaire Cahuzac et que François Fillon avait cessé ses emplois familiaux dès 2013, pressentant le scandale à venir.

La première réaction du cabinet du ministre n’a pas été à la hauteur de l’enjeu, puisque cet emploi a été justifié auprès d'un journaliste de France Info en raison du manque de jeunes personnes compétentes en Bretagne (les Bretons, ses électeurs, apprécieront l’argument) : « Richard Ferrand avait plein de boulot à faire à sa permanence, des choses qu’il n’avait pas eu le temps de faire, comme développer sa lettre de député. Il a demandé à son fils de l’aider à une période où ce dernier n’avait pas de travail. Je vous invite à aller faire un tour en Centre-Bretagne. Ce n’est pas simple de trouver un jeune, volontaire, pour travailler cinq mois, qui sait lire et écrire correctement, aller sur Internet. ». Quelques heures plus tard, le ministre a cependant condamné les propos tenus par son propre cabinet : « Je condamne fermement les propos honteux parus dans un article publié par France Télévisions et qui sont attribués à un membre de mon cabinet. Je m’attache personnellement à vérifier l’exactitude de la citation. Si un membre de mon équipe a effectivement employé de tels mots, des sanctions seront prises immédiatement. ». Le mal est cependant fait.

Là encore, ces faits anciens peuvent être considérés comme mineurs, mais lorsqu’on n’a cessé de donner des leçons de morale pendant toute la campagne présidentielle, c’est plus difficile à assumer d’être pris le doigt dans le pot de confiture. On pourrait imaginer que le Front national bénéficierait d’une nouvelle affaire qui toucherait la garde rapprochée d’Emmanuel Macron, mais le FN est lui-même englué dans des affaires bien plus graves.

Marine Le Pen a cependant demandé la démission immédiate du ministre, tandis que LR a annoncé qu’il allait saisir le parquet national financier d’habitude plus prompt à réagir à la lecture du "Canard Enchaîné".

Il paraît assez normal que ceux qui prônent la moralisation de la vie politique soient totalement exempts de critique et de reproche sur leur propre conduite morale (on ne parle pas de la légalité). Corinne Lepage se verrait ainsi bien remplacer François Bayrou Place Vendôme.

Donneur de leçon de morale : c’est sans doute ce qui a le plus discrédité François Fillon dont on a reproché finalement pas grand-chose au regard des responsabilités nombreuses et diverses qu’il a eues au cours de sa carrière. Car lui avait placé sa candidature à la primaire LR sous le signe de la probité et de la moralisation de la vite politique pour se donner un avantage concurrentiel tant face à Nicolas Sarkozy que face à son autre concurrent Alain Juppé, avec cette phrase qui lui est revenue en pleine figure : « Qui imagine le Général De Gaulle mis en examen ? » (28 août 2016).

Pour Emmanuel Macron, cela va être très délicat de réagir. S’il décidait de se séparer de son ministre à ce stade encore naissant de la polémique, ce serait très ingrat de sa part, mais il limiterait au mieux les dégâts politiques. S’il attendait, il serait peut-être réduit malgré tout à s’en séparer, mais dans des conditions politiques qui le discréditeraient aux yeux de ses propres électeurs.

Le dernier précédent, ce fut le Ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, qui a dû démissionner le 21 mars 2017, dès le lendemain de la sortie de l’affaire de ses emplois familiaux (dans une émission de TMC). François Hollande ne pouvait pas se permettre de finir son quinquennat déjà largement discrédité dans la torpeur du doute sur la probité de l’un des ministres les plus importants, surtout en période d’état d’urgence et de risque terroriste dont l’attentat de Manchester a rappelé hélas la triste réalité.

Le risque, à vouloir faire des reproches sur les pratiques ordinaires des parlementaires d’avant l’affaire Fillon, c’est de ne retrouver plus personne de moralement nommable. La nomination d’un certain nombre de professionnels non politiques au gouvernement réduit la part du risque mais ne l’annule pas complètement.

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Au-delà de la situation de Richard Ferrand, il serait bon de réfléchir avant de légiférer dans l’urgence comme simple posture électorale. Ce n’est pas la transparence qui est l’essentiel, au contraire, elle peut susciter nécessairement la convoitise, l’envie et l’aigreur de ceux qui ne peuvent pas avoir le même niveau de vie. Ce qui compte, c’est le contrôle, la capacité de vérifier que tout ce qui a été réalisé par un ministre (un parlementaire, un élu en général) est régulier au sens de légal. Personne, aucune instance, ne pourra décider si un acte est "moral" car le niveau de moralité évolue au cours du temps. En revanche, c’est facile de déterminer si l’acte est légal.

L’interdiction d’emplois familiaux (conjoint, enfants) pour les parlementaires serait-elle pertinente ? Pas le moins du monde si cela n’empêche pas des emplois à des personnes très proches qui n’ont aucun lien officiel (maîtresses, amants, etc.). Faudra-t-il vérifier qu’un parlementaire n’ait jamais couché avec son collaborateur ? De plus, les parlementaires pourraient échanger entre eux leurs collaborateurs familiaux. Et pourquoi interdire à un député ce qu’on trouve normal pour un boulanger ou un autre commerçant (la femme à la caisse, la fille qui sert le week-end) ?

Regardons d’ailleurs une décision simple qui semblerait morale : le Président Emmanuel Macron a annoncé que son épouse travaillerait à l’Élysée …bénévolement. Essayez donc cela avec votre propre conjoint, embauchez-le bénévolement pour vous aider dans votre travail, et très rapidement, les contrôleurs de l’URSSAF viendront vous voir pour requalifier le bénévolat de votre conjoint en emploi CDI et vous réclameront …les cotisations sociales associées !

Une autre décision présidentielle, refaire la décoration de l’Élysée : c’était ce que l’on avait (injustement) reproché au président de Radio France le 17 mars 2015 (encore le "Canard Enchaîné") et qui avait (justement) choqué le grand public. Mais d’un autre côté, il vaut mieux que celui qui va consacrer sa vie à son pays pendant cinq ans, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, puisse vivre dans les meilleures conditions matérielles et psychologiques pour prendre les ses décisions dans les meilleures dispositions.

Cette aspiration naturelle et nécessaire à la moralisation de la vie politique n’est pas facile à mettre en œuvre sans faire n’importe quoi. C’est pourquoi un projet de loi supplémentaire sur ce sujet devrait faire l’objet d’une analyse fine des situations sans pour autant bloquer la liberté d’agir des parlementaires. Dans tous les cas, c’est la nouvelle majorité parlementaire qui décidera in fine, et ce seront les électeurs qui l’éliront en juin 2017.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Richard Ferrand.
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
Composition du premier gouvernement d’Édouard Philippe (17 mai 2017).
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170524-richard-ferrand.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/richard-ferrand-comme-les-autres-193500

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/24/35319060.html

 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Politique gouvernementale
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