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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 05:32

« Redonner sa place à l’intelligence française, c’est faire de notre pays le centre d’un nouveau projet humaniste pour le monde, le lieu où l’on concevra, créera une société qui retrouve ses équilibres : la production et la distribution plutôt que l’accumulation par quelques-uns, l’alimentation saine et durable, la finance équitable, le numérique au service de l’homme, la fin de l’exploitation des énergies fossiles et la réduction des émissions de polluants. Et nous le ferons non pas parce que c’est à la mode ou pour faire plaisir à quelques-uns, mais parce que c’est ce niveau d’ambition qui a toujours été le nôtre. C’est précisément quand le quotidien est difficile, quand il faut réconcilier tant de contraires et que les égoïsmes court-termistes incitent à l’inaction que nous devons aller de l’avant, définir un cap, le tenir, et inviter le monde à le suivre, car telle est la vocation de la France. » (Emmanuel Macron, le 3 juillet 2017 à Versailles).



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Le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un très long discours (une heure trente) devant le Parlement réuni en congrès à Versailles ce lundi 3 juillet 2017 à 15 heures, après une minute de silence en hommage à Simone Veil. La séance fut présidée par le nouveau Président de l’Assemblée Nationale François de Rugy et a réuni les députés, les sénateurs et les membres du gouvernement.

L’annonce de cet événement, qui devrait ponctuer tous les ans le quinquennat d’Emmanuel Macron, a eu lieu le 28 juin 2017 et a été l’occasion d’une polémique sur le rôle du Président de la République et du Premier Ministre. Les députés proches de Jean-Luc Mélenchon et les parlementaires communistes ont refusé d’y assister.

Cette possibilité du Président de la République de s’adresser directement aux parlementaires a été donnée par la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 alors qu’elle était exclue depuis le départ du Président Adolphe Thiers en 1873 pour renforcer la séparation des pouvoirs. C’est la troisième fois que cet article 18 de la Constitution est mis en pratique, après Nicolas Sarkozy qui s’était exprimé sur le grand emprunt le 22 juin 2009 et François Hollande sur les attentats de Paris le 16 novembre 2015.

Ce type de discours est limité à un par an dans un cadre très solennel et sans qu’un débat puisse s’établir entre les parlementaires et le Président de la République qui quitte l’hémicycle de Versailles avant la réponse des groupes parlementaires.

Je propose ici d’évoquer les critiques et réticences d’avant et d’après discours, de faire un rapide "débriefing" de ce long discours et de conclure. Les lecteurs assidus pourront se plonger dans le texte intégral de ce discours ici.


Un grand discours

Auparavant, je veux juste indiquer que, comme beaucoup d’observateurs, "j’attendais de voir" (ou plutôt, d’écouter) ce discours avant d’avoir une opinion préconçue. Comme beaucoup aussi, je trouvais un peu cavalier de se coller juste avant le Premier Ministre Édouard Philippe pour créer l’événement alors que cette semaine aurait dû être la semaine du gouvernement.

Néanmoins, j’ai été surpris en bien. Bien qu’un peu long, j’ai trouvé ce discours indispensable, et qu’il manquait depuis …1981 ! Parce qu’il n’a apporté aucune proposition concrète, il s’est inséré dans une complémentarité avec le discours de politique générale du lendemain. Le but était de fixer la philosophie générale du quinquennat Macron, de montrer le cap, de montrer les principes qui guident le Président de la République. Bref, d’avoir une véritable vision de là où Emmanuel Macron veut mener la France.

Seuls De Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing avaient adopté ce genre de discours de la vision. Tous leurs successeurs, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ne se sont retrouvés à l’Élysée que par leur ambition de vouloir le pouvoir pour le pouvoir et pas pour agir précisément dans le cadre d’une vision globale de l’avenir de la France et du monde qui l’entourait.


Critiques d’avant discours

J’ai formulé précédemment la principale critique, en évoquant mes réticences personnelles, le risque d’une hyperprésidentialisation et d’un manque de considération du Premier Ministre. Mais c’est toujours une pure vue de l’esprit, un problème de perspective : pas un Président de la Ve République n’a considéré son Premier Ministre autrement que son "collaborateur". Et c’est bien normal dès lors que le Président de la République est élu au suffrage universel direct : on ne mobilise pas près de 50 millions d’électeurs pour élire quelqu’un qui ne ferait qu’inaugurer les chrysanthèmes.

De Gaulle avait tellement peu de considération pour la fonction qu’il l’a appelé "Premier Ministre" (il n’est que le premier des ministres) au lieu de Président du Conseil des ministres (qu’il était dans les deux Républiques précédentes) et il demandait même à ses Premiers Ministres de lui signer une démission sans date pour pouvoir les renvoyer quand il le voudrait (ce que la Constitution ne lui permet pas).

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Sur LCI le matin du 3 juillet 2017, Jean-Louis Debré, devenu très macroniste, a rappelé qu’à partir du moment où la Constitution permet au Président de la République de s’exprimer devant le Parlement réuni en congrès, il n’y a aucune raison d’être scandalisé s’il le fait, ce n’est que l’application de la Constitution.

D’ailleurs, avant que cette possibilité ne fût offerte par la révision de 2008, les Présidents de la République communiquaient formellement avec les parlementaires par le moyen de messages lus par les présidents des assemblée, et cela se faisait parfois juste avant un discours de politique générale du Premier Ministre. Il n’y a donc rien de vraiment nouveau ni de choquant dans les relations entre Élysée et Matignon.

Comme l’a dit François de Rugy, c’est effectivement une marque de respect et d’honneur adressée aux parlementaires de la part du Président de la République de leur réserver son premier discours politique d’après sa prise de fonction il y a un mois et demi, et s’adressant à eux, il s’est adressé au peuple français.

L’autre critique souvent formulée avant et encore après ce discours, c’était que cela apportait une marque monarchique à Emmanuel Macron, on parle de Louis XIV quand on ne parle pas de Jupiter, on parle de Roi-Soleil, on parle de majesté…

Les journalistes pourraient quand même avoir quelques notions historiques un peu plus étoffées, tout comme les parlementaires récalcitrants qui se targuent d’avoir un peu de culture française : Versailles n’est pas seulement le symbole de la monarchie absolue, c’est aussi le symbole de la République qui s’est créée.

C’était précisément à Versailles le 20 juin 1789 que l’Assemblée Nationale est née, avec le Serment du Jeu de Paume. De plus, tous les Présidents de la IIIe République et de la IVe République ont été élu à Versailles par les parlementaires réunis en congrès. Versailles a donc une tradition républicaine séculaire qui n’a rien à envier au Palais-Bourbon ou au Palais du Luxembourg.


Critiques d’après discours

J’ai eu l’impression que beaucoup de commentateurs (politiques ou journalistes) ont exprimé leurs réactions sans avoir écouté le même discours que moi, ou alors, en les ayant écrites avant le discours !

Je reviens sur l’aspect monarchique : Emmanuel Macron, qui, certes, a fait du théâtre et cela s’est vu surtout lorsqu’il a parlé de son amour pour l’Europe, à la fin, a parlé comme il a toujours parlé. Je voudrais qu’on m’explique comment, sur la forme, Emmanuel Macron aurait pu s’exprimer "plus républicainement" ou moins "monarchiquement". Chaque Président et même chaque orateur politique a son style, sa manière de parler, c’est justement leur spécificité, leur particularité qui apporte la richesse à la vie politique.

Donc, je n’ai pas trouvé Emmanuel Macron plus monarchique qu’un autre. C’est sûr qu’il a voulu prendre de la hauteur, et c’est justement ce qu’attendaient les Français depuis deux quinquennats. C’était plutôt la carence de communication de François Hollande, petit frimeur devant des journalistes alléchés par des anecdotes croustillantes, qui n’avait rien de républicain.

Après cela, j’ai entendu deux autres critiques qui sont à peu près à même finalité : cela aurait été un discours long et creux, et un discours sans actes, sans proposition. Cela me fait un peu sourire car on voit bien ici que le but reste de critiquer, dans un sens ou dans un autre.

Si Emmanuel Macron avait énuméré tous les projets du gouvernement, on n’aurait pas manqué de dire qu’il aurait volé le travail d’Édouard Philippe (critique d’avant discours) et on l’aurait blâmé. Au contraire, ici, il s’agissait de donner un cadre à l’action concrète, un cadre politique voire historique et philosophique.

Emmanuel Macron a été très intellectuel. Il a cité Georges Bataille, Fernand Braudel, Simone Weil (la philosophe), même Mirabeau et Sieyès pour critiquer l’absence des méluchistes : « Tous les ans, je reviendrai donc devant vous pour vous rendre compte. Si la considération et la bienveillance que cela traduit à l’égard du parlement apparaissent à certains comme une dérive condamnable, c’est sans doute qu’ils ont de leur rôle de parlementaire et du rôle du Président de la République une conception vague qui masquent mal l’arrogance doctrinaire ou le sectarisme. Il est toujours préoccupant que des représentants du peuple se soustraient aux règles de la Constitution qui les a fait élire. Sieyès et Mirabeau ne désertèrent pas si promptement, je crois, le mandat que leur avait confié le peuple. ».

Cela m’a fait sourire d’entendre Nicolas Dupont-Aignan dire qu’on perdait du temps et qu’il faut que le gouvernement se mette enfin au travail : l’agenda ne pouvait pas être plus serré. On avait reproché à Emmanuel Macron de s’être exprimé au congrès la même semaine que le discours de politique général. C’était justement pour aller au plus vite dans l’action.

Les nouveaux députés ont été élus le 18 juin 2017, ils ont pris leurs fonctions du 19 au 26 juin, la XVe Législature s’est ouverte le 27 juin 2017, le bureau et les commissions ont fini d’être nommés le 29 juin 2017. C’était un jeudi. Lundi qui a suivi, c’était ce discours au congrès, le lendemain, mardi 4 juillet, le discours de politique générale, et le lendemain encore, mercredi 5 juillet, la première séance de questions au gouvernement : franchement, comment aurait-on pu aller plus vite ?

Oui, on pouvait critiquer la méthode du Premier Ministre Lionel Jospin élu début juin 1997 et qui n’a bossé qu’à la fin de l’été, perdant trois précieux mois d’état de grâce. Mais pour 2017, on ne pouvait pas aller plus vite. En raison de la "séquence" électorale de l’élection présidentielle et des élections législatives. Il fallait bien prendre le temps d’installer les nouveaux députés (et les élire auparavant !). C’est le calendrier démocratique qui veut cela.

Là où j’ai encore plus souri en écoutant la réaction de Nicolas Dupont-Aignan (je le cite car il a repris les critiques fréquemment entendues après le discours), c’est lorsqu’il a dit que c’était bien joli d’entendre des phrases générales et creuses avec lesquelles tout le monde peut être d’accord, mais on aimerait avoir des actes maintenant. Cela me faisait alors plaisir de savoir que Nicolas Dupont-Aignan s’était enfin converti à l’Europe.

Car voici des phrases que je ne considère pas creuses ni plates et qui me paraissent essentielles à tenir, que peu de Président de la République française avaient tenu dans le passé car peu étaient vraiment partisans de la construction européenne : « Pour réussir à tenir ce cap, nous avons besoin d’une Europe plus forte et refondée. Plus que jamais nous avons besoin de l’Europe ; or, là aussi, plus que jamais, elle est affaiblie par les divisions et par le doute qui s’est installé dans notre peuple. Pourtant, l’Europe est chez nous autant que nous sommes en Europe, parce qu’il est impossible de penser notre destinée continentale autrement qu’au travers du projet européen. L’Europe, c’est nous ; c’est un projet de paix, de liberté, de progrès, qui a été pensé et mis en œuvre avec courage par des générations qui nous ont précédés et ont vécu la guerre. Et nous voudrions aujourd’hui oublier tout cela, considérer que, face aux divisions, face au Brexit et à tant de soubresauts de l’histoire, la réponse résiderait dans une diminution encore plus grande, dans une forme d’abandon, dans un bégaiement de l’histoire. ».

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Et la suite est encore plus forte : « Négliger l’Europe, s’habituer à la conchier, à en faire le coupable de tous nos maux, c’est trahir ces générations qui nous ont précédées, c’est trahir ce qui fait qu’aujourd’hui, là où nous sommes, nous pouvons librement débattre de l’Europe, pour l’aimer ou pas. Mais négliger l’Europe, s’habituer à n’en faire qu’un objet de négociations techniques, c’est aussi, en quelque sorte, abdiquer notre histoire et diminuer la France. ».

Si ces paroles sont convenues et consensuelles, alors je m’en réjouis ! Cela veut dire que beaucoup de souverainistes et déclinistes ont fait un pas essentiel dans l’acceptation de la réalité et l’amour de leur patrie

De toute façon, il faut savoir critiquer avec cohérence : soit Emmanuel Macron vole la place de son Premier Ministre, et dans ce cas, c’est un discours d’action ; soit il ne la vole pas, et forcément, le discours intervient sur un autre registre, en prenant de la hauteur. Et c’était effectivement le cas. C’était un discours très dense, très intellectuel (de quoi rendre jaloux Jean-Luc Mélenchon !), et si "intello" signifie dans la tête de certains "ennuyeux", eh bien, vas-y pour ennuyeux !

Autres réactions, certains journalistes disent qu’Emmanuel Macron est revenu aux fondamentaux de la Ve République. Ben non ! De Gaulle n’a jamais parlé aux parlementaires en tant que Président de la République. Je crois au contraire qu’Emmanuel Macron a cherché à "innover" dans le sens que jusqu’à maintenant, les Présidents de la République n’ont pas vraiment "réfléchi" à leur pratique institutionnelle depuis 2000 et l’adoption du quinquennat, complétée par la révision de 2008 qui donne plus de pouvoirs au parlement et modernise la fonction présidentielle.

La pratique Macron fera donc peut-être date comme une pratique étudiée pour préserver les équilibres institutionnels tant au sein de l’exécutif qu’entre l’exécutif et le législatif. Mais c’est encore un peu tôt pour en parler, il faudra plutôt y revenir à la fin du quinquennat.


Rapide "débriefing" du discours

J’ai apprécié le discours du congrès sur le fond car il a donné un cadre intellectuel à l’action. Or, il vaut toujours mieux réfléchir avant d’agir, mais à condition évidemment d’agir, et ce sera le rôle du gouvernement.

Si François Hollande s’était contraint à cet exercice (pas forcément devant le congrès, cela aurait pu être à la télévision mais en tout cas, adressé aux Français, pas aux journalistes), peut-être qu’il y aurait eu une meilleure compréhension de son action. Le problème de François Hollande, c’est que lui-même n’en avait pas une bonne compréhension, de son action, car il n’avait aucune vision, il était toujours dans la gestion à court terme, sans prendre de la hauteur. Nicolas Sarkozy, c’était un peu différent, car s’il était aussi sur de la gestion quotidienne, il a pris à deux reprises de la hauteur, lorsqu’il a initié en 2007 le Traité de Lisbonne (indispensable pour éviter l’enlisement irrémédiable de l’Europe élargie) et lorsqu’il a réagi à la grave crise financière mondiale de septembre 2008.

Mais revenons à Emmanuel Macron.


1. Trois éthiques

Emmanuel Macron a proposé trois éthiques dans l’action qu’il entendait prendre en compte systématiquement : l’efficacité, la représentativité et la responsabilité.

Le seul domaine où il a été assez précis (et encore !) était dans ses intentions de réforme institutionnelle qui vont de la simple modification du règlement des assemblées à la révision constitutionnelle qu’il serait prêt à mener jusqu’au référendum en cas de désaccord avec les parlementaires (il lui faut une majorité des trois cinquièmes, ce qui rappelle l’importance stratégique des élections sénatoriales du 24 septembre 2017). Je me permettrais de donner également mon point de vue, le cas échéant.


1.1. Efficacité

L’objectif, c’est la priorité aux résultats. On peut le critiquer dans le sens où cet objectif est plus celui d’un chef d’entreprise que d’un chef d’État, mais la France se meurt d’avoir été présidée par de bons candidats qui savaient faire de belles campagnes électorales mais ne savaient plus quoi faire une fois élus ! La culture du résultat rehaussera nécessairement la considération que les Français portent sur leur classe politique.

Emmanuel Macron a proposé que des lois consensuelles (qui ne font pas débat) puissent être adoptées seulement en commission et sans besoin de vote en séance plénière : je trouve cela un peu hasardeux que des députés qui ne sont pas membres de la commission ne puissent pas se prononcer sur une loi qui peut être importante pour eux malgré tout (on ne peut pas être membre de toutes les commissions !).

Il a très justement fustigé la prolifération législative qui affaiblit la loi (trop de lois tuent la loi, pourrais-je ajouter !). C’était l’un des combats de Jean-Louis Debré lorsqu’il était au perchoir. Faire moins de lois mais mieux, c’est-à-dire, surtout, en faire des évaluations après deux ans de pratique (il n’y a jamais aucune évaluation faite en général, à part des cas très spécifiques et rares, comme la loi Leonetti). Emmanuel Macron veut donc instaurer un contrôle systématique des (grandes) lois deux ans après leur adoption : cela me paraît très pertinent.

Toujours pour l’efficacité, il veut réduire d’un tiers le nombre de députés, de sénateurs (et également de membres du Conseil Économique, Social et Environnemental, le CESE). L’idée est de donner plus de moyens matériels et humains à chaque député.

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Sur ce sujet, je suis doublement dubitatif : c’est une mesure très populiste, du moins très populaire (mais de toute façon, pour certains, il y aura toujours trop de députés), populaire aussi dans la classe politique (étrangement mais tant mieux dans ce cas-là, cela dénote que certains parlementaires ont des idées qui ne vont pas forcément dans le sens de leur propre intérêt), mais surtout, je doute que ce soit le meilleur moyen de renforcer la fonction de contrôle des parlementaires, qui nécessite beaucoup de temps et d’investissement personnel.

Beaucoup évoque l’exemple des États-Unis où il y a très peu de parlementaires nationaux (il y a l’histoire qui voulait cela) mais personne ne propose cependant d’avoir des institutions américaines (la mode est plutôt à l’antiaméricanisme, d’ailleurs), et personne non plus n’évoque par exemple le Royaume-Uni malgré la proximité des élections législatives (britanniques et françaises), ce pays qui a à peu près la même population que la France compte …650 "députés", donc, plus nombreux qu’en France.

Le nombre de parlementaires n’est évidemment pas écrit sur le marbre et peut évoluer. Si l’on en est à 577 députés, c’est à cause de la réforme de François Mitterrand en avril 1985 qui avait augmenté de 86 le nombre de députés (dans sa lancée politicienne), nombre qui est resté après le changement de scrutin mené par Jacques Chirac après les élections du 16 mars 1986. Au début de la Ve République, il y avait d’ailleurs bien plus de députés que maintenant en raison des représentants de l’Algérie et des autres colonies françaises.

La réduction du nombre de députés risque aussi de rendre difficile la représentation de la population des territoires peu peuplés (c’est le principal argument formulé par les parlementaires qui sont opposés à cette réduction du nombre).

L’efficacité, c’est aussi dans la pratique, sans besoin de loi ou de révision : ainsi, réduire le nombre de collaborateurs dans les cabinets ministériels (à dix), mais changer les directeurs des administrations centrales pour que les administrations soient en accord avec la politique du gouvernement et directement opérationnelles. Là aussi, pourquoi pas ? Mais il faut avoir conscience que c’est une américanisation de notre pratique gouvernementale (le partage des dépouilles).


1.2. Représentativité

Emmanuel Macron propose aussi d’introduire une "dose" de proportionnelle. Je suis absolument contre cette mesure, je l’avais déjà évoqué précédemment et j’en reparlerai dans quelque temps. On sait ce qu’advient le mot "dose". Chez François Mitterrand, c’était devenu "intégral". Ce serait une erreur institutionnelle fondamentale. Je ne m’étends pas trop sur le sujet ici pour ne pas alourdir le "débriefing" mais je remarque seulement avec surprise que des anciens responsables LR opposé à la proportionnelle se retrouvent favorables parce qu’ils sont passés dans la majorité En Marche. Étonnante transformation des convictions…

Autre mesure pour une meilleure représentativité : la limitation du mandat parlementaire dans le temps. Comme pour la réduction du nombre de parlementaires, on serait tenté de dire : pourquoi pas ? Mais je doute que cela en fasse du renouvellement sociologique pour autant.

L’idée est concevable : on n’est pas député pour en faire un métier, pour avoir une carrière, mais pour agir, pour faire quelque chose, et au bout de X mandats (ce serait probablement trois), on n’aurait plus grand chose à faire de nouveau… C’est valable à la tête d’un exécutif local (mairie etc.) mais comme parlementaire, c’est différent, c’est surtout le gouvernement qui agit, pas les parlementaires. Un député qui sera toujours dans l’opposition ne pourra jamais réaliser ses projets politiques même au bout de vingt mandats, pour des raisons politiques, pas pour des raisons de personnes.

Emmanuel Macron veut aussi réformer en profondeur le CESE (Conseil Économique, Social et Environnemental). Jean-Louis Debré avait proposé de le supprimer car il est inutile, c’est juste un palais doré pour recaser d’anciens députés et autres courtisans. C’est le premier Président de la République qui évoque le CESE. Normal, sa proximité avec un ancien président, Jean-Paul Delevoye (chargé des investitures LREM aux législatives et donc principal directeur des ressources humaines du PDG Macron), peut l’expliquer.

Le Président de la République voudrait faire du CESE un forum démocratique moderne, une chambre du futur, le carrefour des consultations publiques. Car pour élaborer les lois, il y a parfois besoin de la création de comité pour certains sujets. Emmanuel Macron voudrait ainsi que le CESE soit l’instance unique de consultations publiques. Là aussi, je reste dubitatif : il n’y aura pas au sein du CESE, surtout si l’on réduit d’un tiers ses membres, des représentants qualifiés pour aider à l’élaboration de certaines lois très techniques (je pense en particulier à la bioéthique). Il m’aurait paru plus pertinent de carrément supprimer le CESE (comme le propose Jean-Louis Debra) et de proposer un cadre rigoureux de comités pour consultation publique selon certains thèmes, comités qui seraient systématiquement limités dans le temps (trop de comités résistent au temps et coûtent cher).

Enfin, toujours pour renforcer la représentativité, Emmanuel Macron souhaite réformer le droit de pétition (qui oblige les parlementaires à se saisir d’un sujet) pour qu’il soit plus facilement applicable. C’est une bonne chose de renforcer l’action des citoyens.


1.3. Responsabilité

Il propose ce que beaucoup proposent déjà, la suppression de la Cour de Justice de la République, seule habilitée à juger des ministres (composée de parlementaires). Là aussi, il me paraît pertinent d’étudier en profondeur les risques que cela pourrait encourir sur la responsabilité des ministres qui pourraient ainsi être mis en cause sans justification et ne seraient plus protégés dans l’exercice de leurs fonctions.

Autre déclinaison de responsabilité : revenir tous les ans au congrès pour faire le bilan de l’année passée et la perspective de l’année suivante. C’est très entrepreneurial comme méthode mais pertinent, car c’est du domaine de la culture du résultat. De même, chaque ministre sera évalué en fonction des objectifs qu’il a atteints, ou pas. Nicolas Sarkozy avait tenté d’initier cette pratique annoncée dès le 29 mai 2007, mais c’était resté lettre morte…

Emmanuel Macron demandera aux présidents des deux assemblées de faire leurs propositions sur ce qu’il vient d’exposer en matière de réforme institutionnelle pour septembre 2017 et l’objectif est de finaliser la réforme en un an.



2. Quatre principes d’action

Ensuite, Emmanuel Macron a évoqué les quatre principes qui gouverneraient son action sur le fond : le principe de liberté (ne pas subir sa vie), où il inclut la sécurité (lever l’état d’urgence mais adopter une loi renforçant les moyens d’investigation pour prévenir de nouveaux attentats terroristes), le principe de fraternité (la solidarité), le troisième principe formulé ainsi : « redonner toute sa place à l’intelligence française », qui comprend la recherche, la culture et l’éducation, et enfin, le quatrième principe : « construire la paix » (diplomatie, défense et refondation de l’Europe).

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L’intelligence. l en a profité pour chanter un véritable hymne aux scientifiques : « Par intelligence, j’entends évidemment les grandes découvertes, les chercheurs, nos grands physiciens, nos grands médecins, les inventeurs, les innovateurs, tout ce qui et a fait et fait encore la fierté de notre pays. (…) Il nous faut la reconnaître, la montrer ; il nous faut savoir la célébrer là où trop de fois nous avons préféré jalouser. Je pense aux écrivains, aux philosophes, aux historiens, aux cinéastes qui continuent d’apporter au monde ce regard libre de préjugés qui fait notre force ; je pense aux peintres et aux musiciens qui remettent, au fond, la politique à sa juste place en nous faisant entrevoir un au-delà de l’existence immédiate qui rend à la condition humaine sa grandeur, sa beauté, souvent son tragique. ».

La paix. Emmanuel Macron a donné ainsi la clef de sa politique extérieure : « Partout où les libertés ne sont pas respectées, nous œuvrerons, à travers notre diplomatie et nos actions de développement, afin d’aider les minorités ; nous travaillerons au service des sociétés pour le respect des droits. Cela suppose un travail exigeant, parfois long et ingrat, qui impose de replacer la France au cœur du dialogue entre les nations. (…) La France doit partout contribuer à bâtir ou rebâtir des équilibres multiples, même si parfois ils demeurent fragiles. ».


3. Respecter les Français

Enfin, je finis sur cette réflexion essentielle : pour Emmanuel Macron, le principal est de respecter les Français. C’est le seul moyen pour qu’ils acceptent les réformes indispensables.

Il l’a dit lorsqu’il a exposé son "libéralisme" : « C’est comprendre que les Français sont, précisément, assez intelligents pour faire leur chemin tout seuls. Il faudrait désintoxiquer de l’interventionnisme public non pas les Français, mais l’État lui-même. Il faut évidemment protéger les plus faibles, en particulier dans le droit du travail. Il faut bien entendu reconnaître la part essentielle de nos services publics et de tous nos fonctionnaires qui, jour et nuit, sans ménager leur énergie, font justement la force de notre pays. Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’État, de ses mécanismes de vérification et de contrôle. C’est au contraire leur redonner les moyens de peser efficacement, et seuls, sur leur destin. ».

Il l’a redit lorsqu’il a reconnu que la France était un pays qui est difficile à réformer : « La France est un pays qui résiste aussi longtemps qu’il est possible de ne pas réformer, un pays qui se cabre quand on lui parle mal, quand on ne lui explique pas, quand on ne le respecte pas, quand on ne parle pas à sa dignité et à son intelligence. Mais c’est un pays qui, face à chacun des défis qui auraient dû l’abattre, s’est profondément transformé, a su trouver en lui-même ce sens de l’histoire de l’humanité qu’il l’a fait. Tel est aujourd’hui votre défi, notre défi. ».

Enfin, sa dernière phrase aussi est symbole de grand respect : « Nous resterons fidèles à cette promesse de nos commencements, cette promesse que nous tiendrons parce qu’elle est la plus grande, la plus belle qui soit : faire à l’homme, enfin, un pays digne de lui. ». Reste à savoir ce qu’il y a dans le "nous", est-ce un nous olympien ou un nous d’équipe, ou encore un nous du peuple français ?


La complémentarité institutionnelle

Ce qui m’a frappé dans ce discours au congrès, c’est la complémentarité du Président Emmanuel Macron et du Premier Ministre Édouard Philippe. L’un apporte un cadre quasi-philosophique, la réflexion avant l’action, et l’autre donne le programme d’activité. C’est une complémentarité très réfléchie, très étudiée, qui résulte de ce qu’Emmanuel Macron avait observé lorsqu’il avait travaillé à l’Élysée auprès de François Hollande : le Président de la République ne doit pas s’occuper des actes du gouvernement, des arbitrages parfois sur des enjeux mineurs, mais doit brosser une perspective, doit donner un cadre, doit structurer la politique de la nation.

Emmanuel Macron l’a exprimé très clairement : « Le Président de la République doit fixer le sens du quinquennat ; c’est ce que je suis venu faire devant vous. Il revient au Premier Ministre, qui dirige l’action du gouvernement, de lui donner corps. C’est à lui qu’incombe la lourde tâche d’assurer la cohérence des actions, de conduire les transformations, de rendre les arbitrages et, avec les ministres, de vous les présenter. Je souhaite que cette responsabilité ait un sens. C’est pourquoi je demanderai au Premier Ministre d’assigner à chacun des objectifs clairs dont, annuellement, il lui rendra compte. ».

Nous verrons donc quel sera le discours de politique générale d’Édouard Philippe ce mardi 4 juillet 2017, car ce sera son grand oral, la première occasion de montrer son autorité tant face aux Français qu’aux députés de sa majorité et notamment face à l’imposant président du groupe LREM Richard Ferrand, groupe dont il n’est pas lui-même issu.

Mais le meilleur institutionnel n’est pas à exclure : comme la tentation médiatique est très maîtrisée, tout est pour l’instant sous contrôle dans ce couple de l’exécutif qui pourrait donner le modèle d’une pratique institutionnelle nouvelle et raisonnable depuis l’adoption du quinquennat. À moins qu’Édouard Philippe, comme tout Premier Ministre un peu ambitieux, ne considère qu’il devrait avoir lui-même …un destin national !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 3 juillet 2017 à Versailles (document).
Discours de politique générale d’Édouard Philippe le 4 juillet 2017.
Discours d’Emmanuel Macron au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017.
Discours de François Hollande au Congrès de Versailles le 16 novembre 2015.
Discours de Nicolas Sarkozy au Congrès de Versailles le 22 juin 2009.
La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008.
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Portrait officiel du maître des horloges.
François de Rugy au perchoir.
François Bayrou sycophanté.
Édouard Macron II : bientôt la fin de l’indétermination quantique.
Les Langoliers.
Forza Francia.
La Ve République.
La campagne des élections législatives de juin 2017.
Loi de moralisation de la vie politique (1er juin 2017).
Emmanuel Macron et la fierté nouvelle d’être Français ?
Richard Ferrand, comme les autres ?
Édouard Macron : d’abord l’Europe !
Édouard Philippe, nouveau Premier Ministre.
L’investiture d’Emmanuel Macron (14 mai 2017).
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Qui sera nommé Premier Ministre en mai et juin 2017 ?
L’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017.
Macronités.
Ensemble pour sauver la République.
Débat du second tour du 3 mai 2017.

_yartiMacron2017070306



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170703-macron.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/versailles-a-l-heure-de-la-194742

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/04/35445077.html


 

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