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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 04:17

« L’islam fait partie de notre passé et de notre présent, dans tous les domaines de l’activité humaine. Il a contribué à créer l’Europe moderne. Il fait partie de notre héritage. ».


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Celui qui a prononcé les mots ci-dessus les prononcerait-il encore aujourd’hui, en 2018 ? Ils ont été prononcés il y a déjà longtemps, le 27 octobre 1993 au Sheldonian Theatre, à Oxford, en Angleterre. Il y a vingt-cinq ans. C’est-à-dire, bien avant les attentats du 11 septembre 2001, bien avant les massacres des terroristes de Daech

Précisons le contexte et les phrases qui conduisaient leur auteur à cette conclusion sur l’islam : « L’islam médiéval fut une religion d’une tolérance remarquable pour son temps, permettant aux Juifs et aux chrétiens le droit de pratiquer leur culte, un exemple qui ne fut malheureusement pas suivi en Occident durant des siècles. Ce qui est remarquable, c’est la mesure dans laquelle l’islam fait partie de l’Europe depuis si longtemps, d’abord en Espagne, puis dans les Balkans, et la mesure dans laquelle il a contribué si largement à la civilisation que nous tous considérons trop souvent, à tort, comme occidentale. ».

Chaud, chaud devant ! L’auteur de ces paroles sur l’islam n’était autre que …le dénommé Charles de Galles, à ne pas confondre avec Charles De Gaulle, l’un est britannique, l’autre français, l’un a pour père Philip quand l’autre a pour fils Philippe. Appelé aussi le Prince Charles, parce qu’il est prince de Galles, titre de l’héritier au trône du Royaume-Uni, il fête ce mercredi 14 novembre 2018 son 70e anniversaire. 70 ans et toujours pas l’ombre du trône !

Décrit dans le livre biographique de Tom Bower "Le Prince rebelle" sorti le 22 mars 2018 (éd. William Collins) comme « choyé et irascible », le Prince Charles cumulerait de nombreuses "tares" comme un esprit dépensier, très rancunier et détesté par le personnel qui l’entoure et il ne serait pas non plus en très bons termes avec ses parents (sa mère a écourté sa présence lors de son second mariage, avec Camilla Parker Bowles, le 9 avril 2005, pour ne pas rater une course hippique).

Le Prince Charles a battu le record de longévité du "delphinat" (ou de la "delphinitude" ?), puisqu’il est l’héritier de la couronne depuis plus de soixante-six ans. Il avait en effet seulement 3 ans quand sa mère, Élisabeth II, est devenue reine le 6 février 1952, par la force des choses, parce que son grand- père est mort tôt. S’il y a encore un peu de marges avant d’égaler voire dépasser le long règne de Louis XIV, Élisabeth II a tout de même dépassé le long règne de sa lointaine aïeule Victoria.

C’est parce qu’il n’est pas encore roi que le Prince Charles se permet justement quelques incursions dans la politique ou la religion. Ses engagements sont connus depuis longtemps. Il veut une meilleure prise de conscience des phénomènes écologiques. Il a d’ailleurs développé depuis une trentaine d’années un jardin écologique, bio, et depuis 2008, il publie même son "empreinte écologique annuelle", ce qui pourrait paraître, si cela venait à se généraliser, très intrusif dans la vie privée des Terriens. Et par ailleurs, cela reste très anecdotique par rapport aux énergies en jeu à l’échelle planétaire ! Enfin, anecdotique, oui, mais pas dérisoire cependant, puisque, à chacun de ses déplacements, il fait transporter par camions entiers l’ensemble de sa chambre à coucher, lit compris.

Cette plus ou moins vertueuse attitude ne l’empêche pas d’être mis en cause par le scandale des Paradise Papers publiés le 5 novembre 2017 (du reste, comme sa mère). En effet, également duc de Cornouailles, le Prince Charles est rémunéré notamment par son duché qui a investi dans une société offshore des Bermudes dont l’objet est la vente de crédits carbone… Là où vertu planétaire et intérêt du portefeuille se réunissent sur le thème du changement climatique.

Ce n’est pas cet engagement écolomaraîchère qui pourrait susciter le plus de polémique mais quelques prises de positions qui pourraient mettre la diplomatie britannique en porte-à-faux. L’exemple le plus frappant est chinois, il a refusé tout contact avec un représentant officiel de la Chine populaire. Il n’a pas visité ce pays et a qualifié les dirigeants chinois en 1997 de « momies de cire ». Par ailleurs, il a rencontré plusieurs fois le dalaï-lama, au grand dam de Pékin. Le Prince Charles a également exprimé plusieurs fois son antipathie envers Vladimir Poutine.

Dans une interview publiée le 8 novembre 2018 par la BBC, le Prince Charles a voulu rassurer tous les "sujets" britanniques sur son comportement futur en tant que roi : « Le rôle de monarque et celui de prince de Galles sont totalement différents. Je ne serai pas un roi intrusif. (…) Et l’idée que je puisse continuer à agir de la même façon, si je dois succéder [à la reine], est complètement absurde parce que les deux situations sont complètement différentes. ».

Et d’annoncer qu’il ne continuerait plus à militer : « Non, ça n’arrivera pas. Je ne suis pas aussi stupide. Je me rends compte qu’il s’agit d’un exercice distinct, celui de la souveraineté. Donc, bien sûr, je comprends tout à fait comment cela doit fonctionner. ».

Dans "Le Point" du 8 novembre 2018, Linda Colley, professeure d’histoire britannique à l’Université de Princeton, a expliqué pourquoi le Prince Charles aurait du mal à régner : « En plaçant des limites au pouvoir royal, le système monarchique émascule les rois qui ne peuvent plus mener leurs troupes au combat ou intervenir dans le jeu politique. Comme le montre le succès des règnes de Victoria et d’Élisabeth II, ce régime convient mieux aux femmes qu’aux hommes. ».

Comme l’écrit le correspondant à Londres de l’hebdomadaire "Le Point", Marc Roche, le 8 novembre 2018 : « Après cette mise au point, le Prince Charles va désormais se cantonner au rôle traditionnel de l’héritier au trône : attendre. ».

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Le 20 avril 2018, lors de la réunion des chefs d’État et de gouvernement des cinquante-trois États membres du Commonwealth, il a été décidé unanimement que le Prince Charles serait le prochain chef du Commonwealth après la mort de sa mère Élisabeth II. Cette fonction, créée le 28 avril 1949 et purement honorifique (de représentation), si elle n’a été occupée pour l’instant que par les différents souverains britanniques, n’est cependant pas héréditaire. Rien, dans les textes, ne l’y oblige et notamment, rien n’oblige les différents dirigeants de ces États qui sont seuls habilités à désigner ce successeur.

Il s’agit d’un consensus officiellement, mais Tom Bower, l’auteur du livre polémique sur le Prince Charles, a laissé entendre qu’au moins un dirigeant aurait désapprouvé ce choix. La reine avait déclaré à ces dirigeants : « Je souhaite sincèrement que le Commonwealth continue d’offrir stabilité et continuité pour les générations futures et décide qu’un jour, le prince de Galles poursuive cet important travail. ». Le Prince Charles est en tout cas soutenu pour ce futur titre par la Premier Ministre britannique Theresa May et par le Premier Ministre canadien Justin Trudeau. En revanche, le leader de l’opposition à Londres, Jeremy Corbyn (travailliste), a déclaré le 15 avril 2018 qu’il souhaiterait une présidence tournante.

Le Prince Charles pourra-t-il cependant succéder à sa mère ? Élisabeth II a plus de 92 ans et demi, mais pourtant, malgré son âge, elle est encore en bonne santé et garde une forme exceptionnelle, tant intellectuelle que physique, elle est même capable de soutenir plusieurs conversations en même temps dans un dîner mondain. Sa propre mère Elizabeth Bowes-Lyon est morte quatre mois avant son 102e anniversaire, le 30 mars 2002. Si Élisabeth II décédait au même âge, le Prince Charles aurait alors… 79 ans !

Son appellation ne serait d’ailleurs pas évidente. Charles III serait déconseillé en raison du destin funeste de Charles Ier (1600-1649), décapité, et de celui du fils de celui-ci, Charles II (1630-1685), en exil pendant une dizaine d’années à cause du pouvoir de Cromwell (1599-1658). Il pourrait donc choisir George VII en mémoire de son grand-père George VI, qui a aussi donné le prénom à son petit-fils aîné.

Après l’exemple de l’Espagne, de la Belgique et d’autres pays européens, l’hypothèse d’une abdication de la reine à partir d’un certain âge, par exemple 95 ans, pourrait être imaginable. Ou alors, la mise en place d’une régence où le Prince Charles remplacerait progressivement sa mère. Pourtant, d’après une "amie intime de la reine" qui en a fait état au quotidien "The Mirror", Élisabeth II ne semblerait pas du tout disposée à lâcher la couronne avant sa mort. Lors de la renonciation du pape Benoît XVI en février 2013, elle lui aurait lâché : « Jamais je ne ferai une chose pareille. ». Cheffe de l’Église anglicane, elle serait plutôt de l’école de Jean-Paul II.

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En fait, le Prince Charles pourrait faire les frais de la longévité de sa mère. En effet, aujourd’hui, celui qui représente l’avenir de la couronne britannique serait plutôt son fils aîné William, duc de Cambridge, né le 21 juin 1982 (fils aussi de Lady Di), qui a tout du dauphin exemplaire, avec sa femme Kate et leurs trois enfants George (né le 22 juillet 2013), Charlotte (née le 2 mai 2015) et Louis (né le 23 avril 2018). Si l’idée de sauter une génération pourrait venir dans l’esprit des Britanniques, le Prince Charles, lui, ne semble pas du tout prêt à laisser passer son tour…

Peut-être parce que je suis un indécrottable républicain, je reste toujours dubitatif sur le principe héréditaire des monarchies, qui me paraît d’autant plus anachronique qu’irrationnel. En effet, comment une nation peut-elle dépendre de la vie privée et affective de ses souverains successifs et de leur fécondité ? En quoi l’hérédité confère-t-elle une capacité à représenter un peuple ? Et maintenant que l’espérance de vie est élevée, le principe héréditaire impose désormais systématiquement des monarques vieillissants. À moins de souhaiter la mort rapide du souverain pour laisser la place à la génération plus jeune, ce qui, dans tous les cas, laisserait un goût amer sinon malsain durant le règne. Curieusement, ce n’est pas cet esprit qui se dégage avec l’interminable règne d’Élisabeth II, probablement parce que sa stature, sa tenue et aussi son intelligence lui ont toujours apporté un respect unanime et durable. Un respect que le Prince Charles devra, en revanche, imposer avec un peu plus de difficulté…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 novembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Prince Charles.
Winston Churchill.
Lord Louis Mountbatten.
Harry, un mari qui vous veut du bien.
Philip Mountbatten.
Lady Di.
Édouard VIII et George VI.
Élisabeth II.
Un règne plus long que celui de Victoria.
Vive la République !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181114-prince-charles.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-prince-charles-sera-t-il-un-209521

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/11/09/36853381.html


 

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