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21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 18:11

« La mort n’est, en définitive, que le résultat d’un défaut d’éducation puisqu’elle est la conséquence d’un manque de savoir-vivre. » (Pierre Dac, 1972).


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Quel coquin de sort ! ou plutôt quelle coquine sortie ! Quelques heures après l’éclipse de lune, celui que les monarchistes (il en existe encore en France) appellent "monseigneur" s’est éclipsé. Un 21 janvier, comme son lointain cousin Louis XVI, décapité le 21 janvier 1793 à l’âge de 38 ans. Ce matin du lundi 21 janvier 2019, Henri d’Orléans, que j’appellerai encore le comte de Clermont même s’il est devenu entre-temps comte de Paris, vient de mourir à l’âge de 85 ans (il est né le 14 juin 1933). Pour les monarchistes, il s’appelait Henri VII et était le roi de France depuis le 19 juin 1999 à la mort de son père, Henri d’Orléans aussi, que j’appellerai le comte de Paris (titre qu’il a légué à son fils à sa mort).

Avec cette appellation, nous plongeons évidemment dans la grande virtualité et il n’y avait pas besoin d’Internet pour y sombrer, puisque les monarchistes y sont tombés depuis plus d’un siècle et demi.

En fait, la République en France était fort improbable, secouée par dix années de Révolution souvent sanglante, et deux empires napoléoniens pas moins sanglants. Les deux premières républiques furent l’introduction à l’empire. La prospérité, la sécurité, la bonne moralité, la bonne marche du monde, forcément, il fallait retourner en Monarchie.

Le problème, c’est que les monarchistes du XIXe siècle en France n’étaient pas très malins politiquement. La querelle entre légitimistes (partisans du petit-fils de Charles X, le dernier roi absolutiste de France) et orléanistes (partisans du petit-fils de Louis-Philippe Ier, le dernier roi des Français) fut résolue finalement par la pérennité de la …Troisième République.

Rappelons aussi que Philipe Égalité, le père de Louis-Philippe, a voté la mort du roi, Louis XVI. On peut comprendre que la querelle n’est pas qu’une simple querelle dynastique et familiale, elle est beaucoup plus profonde que cela, elle est aussi politique et philosophique, entre le retour d’un roi de droit divin avec des sujets, et le retour d’un roi citoyen, libéral, avec des citoyens pourvu qu’ils paient des impôts (suffrage censitaire).

Comme souvent dans les querelles dynastiques, et ce fut le cas pour la dernière, la mort a joué un rôle naturel essentiel.

Henri d’Artois (1920-1883), duc de Bordeaux, plus connu sous le nom du comte de Chambord, fut le petit-fils du roi Charles X (1757-1836) qui a abdiqué en sa faveur le 2 août 1830 à la suite de la révolution de 1830. Louis Philippe d’Orléans (1838-1894), duc d’Orléans, plus connu sous le nom de comte de Paris, fut le petit-fils du roi Louis-Philippe Ier (1773-1850) qui a abdiqué en sa faveur le 24 février 1848 à la suite de la révolution de 1848.

Après l’effondrement du Second Empire et malgré la proclamation de la République par Léon Gambetta le 4 septembre 1870, l’assemblée démocratiquement élue, qui en est sortie le 8 février 1871, fut majoritairement monarchiste : sur 638 sièges pourvus, les légitimistes en ont obtenu 182, les orléanistes 214, les bonapartistes 20, tandis que les républicains n’ont obtenu que 222 sièges. En fait, il fallait en pourvoir 768, mais beaucoup de leaders ont été élus dans plusieurs départements, ce qui a rendu indispensables des élections complémentaires le 2 juillet 1871 où le rapport de forces fut nettement moins favorable aux monarchistes puisqu’ils ne furent que 12 élus pour 99 républicains élus.

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À l’issue de ces élections complémentaires, les monarchistes avaient 365 sièges sur 759 (dont 202 légitimistes), les bonapartistes 25 sièges, les républicains 285 sièges et les radicaux et l’extrême gauche 72 sièges. Plus que Gambetta, ce fut Thiers qui rendit la république incontournable, mais une république conservatrice et libérale. Ce fut d’ailleurs à cause de cela que Thiers fut renversé le 24 mai 1873, une fois retrouvée la paix négociée avec Bismarck, et fut remplacé par un vrai monarchiste, le maréchal Patrice de Mac-Mahon, élu Président de la République pour sept ans et considéré en quelques sortes comme un régent du futur royaume restauré.

Cette durée de sept ans, très arbitraire, devait permettre de résoudre le problème dynastique. Car si le comte de Paris était prêt à reconnaître la légitimité du comte de Chambord (Henri V), ce dernier a refusé de rentrer à Paris sans porter le drapeau blanc. Les orléanistes, qui voulaient préserver les acquis des révolutions, n’ont pas accepté cette condition d’en revenir finalement à l’Ancien Régime. Ils voulaient, eux, l’étendard bleu blanc rouge. Comme le comte de Clermont n’avait pas de descendants, on s’est dit qu’en sept ans, le problème serait résolu naturellement, la mort se chargeant de régler le différend.

Mais la vague républicaine est allée plus vite que la nature : à chaque nouvelle élection législative, les républicains ont progressivement pris le dessus sur les monarchistes, si bien que Mac-Mahon, après avoir voulu imposer un gouvernement de l’ordre moral aux républicains, a été obligé de dissoudre l’assemblée (crise du 16 mai 1877), puis finalement, sur l’injonction de Gambetta (se soumettre ou se démettre), Mac-Mahon fut conduit à donner sa démission le 30 janvier 1879, laissant l’Élysée à un (grand) républicain (Jules Grévy). Au-delà de la bourgeoisie industrielle qui avait adopté la république à l’instar de Thiers, il a fallu encore une dizaine d’années pour que les catholiques fussent "autorisés", par le pape Léon XIII, à voter républicain (encyclique "Rerum novarum").

Et les monarchistes ? Ils ont réglé le problème dynastique par la nature. Le comte de Clermont est mort exilé le 24 août 1883 sans héritier. Ce fut donc le comte de Paris (mort le 8 septembre 1894) qui rassembla légitimistes et orléanistes dans la prétention au trône de France.

Henri d’Orléans, né le 5 juillet 1908 et mort le 19 juin 1999 quelques jours avant ses 91 ans, appelé comte de Paris pendant une cinquantaine d’années, en fut l’un de ses descendants (à la fois un petit-fils et un petit-neveu) et surtout, le prétendant au trône de France à partir du 25 août 1940 sous le nom de Henri VI. Il fut  proche de De Gaulle (puis déçu à partir de 1963, il croyait que De Gaulle l’aurait aidé à restaurer la monarchie), puis proche de François Mitterrand qui célébra à grandes pompes le millénaire des Capétiens à la cathédrale d’Amiens le 3 avril 1987.

Cependant, la légitimité du comte de Paris fut contestée par d’autres légitimistes qui reconnaissaient en Alphonse de Bourbon, duc de Cadix et duc d’Anjou, né le 20 avril 1936, cousin de l’ancien roi d’Espagne Juan Carlos Ier, car il fut à partir du 20 mars 1975 l’aîné par primogéniture mâle des Capétiens, en tant que descendant direct de Philippe V d’Espagne (1683-1746), petit-fils du roi Louis XIV, mais cet aïeul avait renoncé à toute prétention au trône de France dès lors qu’il était l’héritier du royaume d’Espagne (Traités d’Utrecht des 11 avril 1713 et 13 juillet 1713 qui mirent fin à la guerre de succession d’Espagne), afin d’éviter la fusion de la France et de l’Espagne. Pour l’anecdote tragique, Alphonse de Bourbon est mort accidentellement quelques mois avant les célébrations du Bicentenaire de la Révolution française le 30 janvier 1989, décapité par un câble dans une station de ski. Son fils Louis de Bourbon, né le 25 avril 1974, a succédé comme prétendant au trône sous le nom de Louis XX.

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De son côté, en dehors de toute règle dynastique, Henri, comte de Paris, a bouleversé l’ordre de succession à la Couronne de France. Il a ainsi "écarté" son fils aîné, Henri, comte de Clermont, celui qui vient de mourir ce 21 janvier 2019, en raison de son divorce le 3 février 1984 et de son remariage civil le 3 octobre 1984. Le comte de Paris avait auparavant, le 25 septembre 1981, "écarté" son petit-fils aîné, à savoir, le fils aîné du comte de Clermont, François d’Orléans, né le 7 février 1961 en situation de grand handicap mental, au profit de son frère Jean, né le 19 mai 1965, qui, depuis ce 21 janvier 2019, est devenu l’actuel prétendant au trône de France sous le nom de Jean IV. Mais pour ce dernier, ce n’était pas si simple.

En effet, si son grand-père, le comte de Paris, l’a avantagé, notamment en le faisant duc de Vendôme, ainsi que son frère Eudes, né le 18 mars 1968, duc d’Angoulême, lors d’une grande cérémonie le 27 septembre 1987 au château d’Amboise, personne n’a cependant la capacité de bouleverser le droit dynastique. Ainsi, lorsque Henri, comte de Paris, est mort, le 19 juin 1999 (le même jour que le mariage de son petit-fils Eudes), son fils aîné Henri, comte de Clermont, est devenu le prétendant au trône de France sous le nom d’Henri VII sans que cette décision fût contestée par le reste de la famille.

Puis, Henri, comte de Clermont (devenu, depuis 1999, comte de Paris) est revenu le 6 mars 2003 sur la décision dynastique contestable de son père concernant son fils aîné François, en lui redonnant sa pleine place comme dauphin, malgré son lourd handicap : « Le fait que mon fils aîné, le dauphin François, soit handicapé n’est pas une raison suffisante pour l’écarter de ses droits. Un tel acte arbitraire ouvrirait la porte à toutes sortes d’abus ultérieurs. C’est pourquoi mon fils Jean, duc de Vendôme, assume la charge de son frère aîné en tant que régent du dauphin. ».

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Contestant cette remise en cause de la décision d’Henri, comte de Paris, de 1981, le prince Jean a publié un communiqué le 1er août 2016 réaffirmant qu’il serait le prétendant au trône à la mort de son père, qui, du coup, lui a répondu par un autre communiqué le 15 août 2016 : « Les lois fondamentales du royaume sont, par essence, supérieures à l’autorité royale et forment le socle même de sa légitimité. Nul ne peut s’en écarter ni les bafouer par caprices ou autres motifs, sauf à y porter atteinte. ».

Et de quelles lois parlait-il ? « La succession dans la Maison de France obéit à des règles bien précises : c’est le plus proche parent mâle qui hérite de la Couronne à la mort du roi précédent. Ces mêmes lois ont aussi prévu de désigner son plus proche parent comme régent entouré d’un conseil de régence lorsque le roi est dans l’impossibilité de régner, du fait de sa minorité, de son absence ou d’un handicap, que ceux-ci soient d’ailleurs temporaires ou définitifs. Ces règles n’ont jamais souffert d’exception. ».

On voit ainsi que la bataille dynastique entre Henri VII et son père Henri VI s’est poursuivie avec son fils Jean. Cependant, la bataille ne fut que théorique car la nature a empêché le conflit familial. En effet, François d’Orléans est mort le 31 décembre 2017 à Nantes et fut enterré le 6 janvier 2018 à Dreux. Ainsi, la triste mort de François avant celle de son père a laissé à son seul frère Jean l’héritage de la Couronne de France.

C’est ainsi que ce lundi 21 janvier 2019, Jean, duc de Vendôme, devient le prétendant au trône de France, héritier des Capétiens. Sa mère allemande, Marie-Thérèse de Wurtemberg, née le 12 novembre 1934, s’est mariée avec Henri, comte de Clermont, le 5 juillet 1957 (le mariage a été annulé religieusement le 13 novembre 2008). Par sa mère, Jean est descendant également de Louis XIV, Charles X, Louis-Philippe Ier et aussi de l’empereur Charles-Quint.

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Après des études de philosophie (1989), de droit (1992) et un MBA en Californie (1994), l’ancien prince Jean s’est marié le 19 mars 2009 à la mairie du septième arrondissement de Paris (Rachida Dati officiait, elle était encore Ministre de la Justice) avec Philomena de Tornos, née le 19 juin 1977 (le mariage religieux a été célébré le 2 mai 2009 à Senlis). Le couple a cinq enfants à ce jour, dont l’aîné, Gaston, né le 19 novembre 2009 à Paris, qui devient désormais le dauphin, l’héritier du trône de France.

Le roi est mort, vive le roi !
(mais aussi : vive la République, vive la France !).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Henri VII : le roi de France est mort un 21 janvier.
Institutions : attention aux mirages, aux chimères et aux sirènes !
Gilets jaunes : un référendum sur l’ISF ? Chiche !
Ne cassons pas nos institutions !
Non à la représentation proportionnelle aux élections législatives !
Vive la Cinquième République !
Concini.
Henri IV.
Philippe V.
François Ier.
Louis XIV.
Lully.
Les Rois maudits.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190121-henri-vii-comte-clermont.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/henri-vii-le-roi-de-france-est-211892

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/21/37036913.html


 

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commentaires

Sébastien Chervaz 25/01/2019 09:49

Super article ! Merci

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