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31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 03:30

« C’était sûrement ça le pire, devoir annoncer aux autres son drame, et pousser parfois cette situation jusqu’au comble de son ironie en devant les rassurer. » (David Foenkinos, "Je vais mieux", 2013, éd. Gallimard).


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Ce jeudi 31 octobre 2019 ne sera donc pas une date historique pour le Royaume-Uni et pour l’Europe. Le Premier Ministre britannique Boris Johnson a en effet accepté, la mort dans l’âme (mais pas "au fond d'un fossé"), le troisième report du Brexit au 31 janvier 2020, accordé le 28 octobre 2019 par l’Union Européenne malgré quelques tensions. Il était tenu de demander le report à cause de la loi britannique refusant tout Brexit sans accord.

Ce qui aurait dû être une défaite politique complète pour celui qui avait martelé pendant trois mois qu’il ne laisserait jamais le Brexit se faire au-delà de cette date limite est cependant l’amorce d‘une victoire en puissance. C’est toujours l’effet psychologique, le contexte, qui priment sur la réalité parfois obstinée des choses et les paroles maladroitement définitives. La politique, c’est l’art du souhaitable avec l’équilibre du possible.

Le 28 octobre 2019 était une double défaite pour Boris Johnson : d’abord parce que l’Union Européenne s’est accordée sur le report, alors qu’il rêvait en cachette que l’un des États membres refusât, ouvrant la voie au Brexit sans accord (préférant le sans accord au sans Brexit), ensuite parce que dans la soirée, il a échoué pour la troisième fois dans sa demande d’organiser de nouvelles élections avant Noël.

Effectivement, l’abstention des travaillistes a fait que la motion pour de nouvelles élections n’a obtenu que 299 voix alors qu’il lui fallait une large majorité, 434 voix. La raison de l’abstention des travaillistes, c’était que Jeremy Corbyn refusait de voter pour la dissolution tant qu’il n’était pas sûr du report du Brexit. Boris Johnson a alors tonné : « Nous ne permettrons pas que cette paralysie continue. Cette Chambre ne peut pas retenir plus longtemps en otage notre pays ! ».

Ce report, les Européens l’ont accepté, mais du bout des lèvres, et pour l’instant, seulement de manière informelle : un report écrit devrait être signé dans les prochains jours. Si la France, très réticente, a accepté, c’est pour deux raisons : d’une part, le report est au 31 janvier 2020, ou à une date antérieure, le 30 novembre 2019 ou le 31 décembre 2019 éventuellement, si les Britanniques le veulent, d’autre part, il est accordé sous la condition écrite que le nouvel accord ne serait pas renégocié. Or, Jeremy Corbyn va focaliser sa campagne électorale justement sur une renégociation de l’accord du 17 octobre 2019.

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Là encore, il y a eu une alliance tacite entre Emmanuel Macron et Boris Johnson qui ont demandé tous les deux qu’il soit bien spécifié également que ce report sera le dernier report définitif du Brexit.

Conséquence directe du report : comme la nouvelle Commission Européenne présidée par Ursula von der Leyen entre en fonction ce vendredi 1er novembre 2019, les institutions européennes imposent que tous les États membres y soient représentés, y compris le Royaume-Uni qui a alors encore quelques heures pour désigner son commissaire européen (dans sa logique, Boris Johnson avait refusé l’hypothèse d’avoir à le faire). De quoi chambouler le savant équilibre des attributions au sein de la Commission Européenne.

Mais pourquoi les députés travaillistes ont-ils refusé d’approuver de nouvelles élections ? Ils trouvent d’abord que la date du 12 décembre 2019 est trop proche de Noël et certains électeurs pourraient être en vacances. De plus, ils voudraient empêcher Boris Johnson d’aborder les élections en position de force : car ce dernier a bien l’intention, quand même, de faire approuver l’accord du 17 octobre 2019 avant le scrutin, ce qui ferait de lui le véritable auteur du Brexit. Les travaillistes ne veulent pas que le Brexit ait lieu avant le scrutin.

Cette gloire du brexiter en chef, Boris Johnson ne pourra donc pas obtenir, car le principe de nouvelles élections législatives pour le 12 décembre 2019 a finalement été approuvé par la Chambre des Communes le soir du 29 octobre 2019, le lendemain. La différence, c’était que Boris Johnson a accepté de mettre noir sur blanc que le nouvel accord ne sera plus en demande de ratification avant les élections. La motion fut enfin adoptée par 438 voix pour et 20 contre. Il reste encore à la Chambre des Lords d’approuver cette motion. Ce succès n’était pas sans obstacles, puisqu’il a fallu rejeter deux amendements très polémiques sur le droit de vote, un permettant aux jeunes de 16 à 18 ans de voter et un autre permettant aux résidents européens au Royaume-Uni de prendre aussi part au vote, deux dispositions qui auraient renforcé le camp du Remain (maintien dans l’UE).

La Chambre des Communes sera formellement dissoute le 6 novembre 2019, ce qui permettra d’ouvrir la campagne électorale. En somme, malgré la "paralysie", les députés britanniques auront réussi à se maintenir quand même pendant la moitié de leur mandat de cinq ans.

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Les sondages donnent actuellement une petite avance pour les conservateurs avec 36% d’intentions de vote contre 25% d’intentions de vote pour les travaillistes. Cependant, la situation est très incertaine et l’électorat très fluctuant, comme on a pu le voir avec les résultats des élections européennes le 23 mai 2019.

Boris Johnson veut réunir maintenant les conservateurs et a proposé à certains de ceux, modérés, qui avaient quitté le parti de revenir. Le chef des travaillistes, Jeremy Corbyn, croit à sa bonne étoile, à mon avis de façon complètement illusoire. La position des travaillistes sur le Brexit était non seulement inaudible et incompréhensible, mais également très changeant, du vrai sable mouvant. La campagne des travaillistes devrait tourner autour d’une renégociation de l’accord du 17 octobre 2019 (diplomatiquement totalement exclu !) et d’un second référendum sur ce nouvel accord renégocié. Quant aux mesures économiques et sociales, le programme des travaillistes ressemble plus à un retour des vieilles recettes du Royaume-Uni du début des années 1970, celles de la ruine économique et de l’effondrement des finances publiques.

Les libdems (libéraux démocrates), qui ont rassemblé presque un cinquième de l’électorat aux élections européennes, comptent bénéficier de l’effet Brexit pour conquérir de nouveaux sièges. Rappelons que le scrutin majoritaire à un tour nécessite d’être en première place dans les circonscriptions, ce qui encourage les coalitions et les alliances. Les libdems sont les seuls à avoir pris une position claire sur le Brexit : ils sont contre le Brexit et ils feront tout pour que leur pays reste arrimé à l’Union Européenne. C’est un fort potentiel électoral puisque, au référendum de 2016, 48% des électeurs étaient favorables au maintien dans l’Union. Ils envisagent donc une alliance avec les écologistes, ainsi qu’avec les Écossais qui ne veulent pas quitter l’Europe et qui préféreraient quitter plutôt le Royaume-Uni. La chance des libdems est la gauchisation du discours travailliste qui fait repousser tout l’électorat de centre gauche.

Enfin, il reste le principal, celui qui a eu le plus de voix au scrutin du 23 mai 2019, à savoir le Brexit Party de Nigel Farage. Ce dernier est fermement contre tout accord de Brexit. Mais Boris Johnson pourrait quand même s’allier à ce parti pour tenter de gagner des sièges sur les sortants travaillistes.

L’objectif de Boris Johnson, c’est non seulement d’avoir une majorité pour soutenir son gouvernement, mais également une majorité pour ratifier l’accord du Brexit. Comme je l’ai écrit plus haut, Boris Johnson devrait être déconfit avec l’obligation du report, mais la situation est complètement différente tant de l’époque où il venait d’être nommé Premier Ministre (l’été dernier) que de l’époque où le précédent report a eu lieu (le printemps dernier).

Effectivement, quand il est arrivé au pouvoir, Boris Johnson était contre l’Union Européenne alors que depuis le 17 octobre 2019, il est soutenu par l’Union Européenne grâce à son nouvel accord. C’est une situation qui aurait pu le "theresamayïser", mais en fait, la personnalité de Boris Johnson est telle qui a cherché toutes les possibilités même cachées de l’actuelle Chambre des Communes pour sortir de la paralysie, ce qu’il a réussi puisqu’il a obtenu des élections anticipées (le risque était de naviguer dans ce brouillard jusqu’en juin 2022).

Selon le "Courrier International", Boris Johnson mènera une campagne populiste du genre : le peuple contre les parlementaires, et cette idée pourrait être très prospère électoralement, car les députés britanniques depuis décembre 2018 ont été particulièrement mauvais et irresponsables. Tout le monde ne peut que se réjouir que la solution démocratique soit aujourd’hui choisie, mais cela ne résoudra pas encore immédiatement le nœud brexitien : rien ne prouve que les prochains députés seront plus responsables que les sortants… (Quant à l’Union Européenne, elle n’a pas que cela à faire, regarder impuissante un interminable coucher du soleil dans des lamentations envahissantes !).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191029-brexit.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/brexit-et-en-avant-pour-un-nouveau-218945

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/10/30/37750134.html



 

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