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3 décembre 2019 2 03 /12 /décembre /2019 03:03

« Oui, voyez, Soldats, la Nation s’unir dans la diversité des opinions et des croyances, des horizons et des différences, autour de vous, des drapeaux bleu-blanc-rouge qui ornent vos cercueils. Vos couleurs. Nos couleurs. Les couleurs d’une Nation libre, toujours. Et unie autour du sacrifice de ses enfants pour qu’elle vive libre, forte et fière. » (Emmanuel Macron, dans la cour d’honneur des Invalides, le 2 décembre 2019).


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La France pleure dans l’unité nationale ses treize héros morts au combat le 25 novembre 2019 au Mali. L’hommage national rendu à ces treize héros dans la cour d’honneur des Invalides, ce lundi 2 décembre 2019 à 15 heures, pouvait paraître très protocolaire. Elle fut avant tout émouvante. L’ensemble de la nation, représentée par les différents responsables de l’État, a préféré se rassembler, au court de cette courte trêve, au-delà des vaines polémiques, et c’est heureux. Ce n’était pas la première fois, et ce ne sera probablement pas, hélas, la dernière fois.

Lorsque j’avais évoqué l’engagement militaire de la France au Mali annoncé par François Hollande le 11 janvier 2013 au cours d’une allocution télévisée, j’avais insisté sur le fait que lorsqu’on vote à l’élection présidentielle, on vote aussi pour le futur chef des armées et que ses décisions, d’une manière ou d’une autre, par défaut ou en conscience, par inaction ou par volonté, impactent nécessairement sur la vie des personnes. À ce jour, quarante-quatre soldats français sont morts au Mali depuis ce 11 janvier 2013.

Ce nouveau deuil de l’armée française a pourtant été l’occasion pour certains, dont l’émotion ne les étouffe pas, de polémiquer avec une certaine indécence, sans penser à l’effondrement des treize familles qui ont subi l’effroyable choc depuis une semaine. Si la réflexion sur la présence militaire de la France au Sahel a évidemment le droit d’être posée dans le débat public, comme toute autre décision gouvernementale d’ailleurs, la poser juste à ce instant précis de la tragédie ne paraît pas vraiment opportun où l’émotion est encore vive.

Ceux qui considèrent que les événements au Mali leur sont étrangers devraient ouvrir un peu mieux les yeux. Encore vendredi 29 novembre 2019, deux personnes sont mortes assassinées par un terroriste islamiste au London Bridge. Les Européens sont les principaux concernés des évolutions de Daech au Sahel. La construction d’un nouvel État islamique (califat) dans le Sahel aurait une conséquence directe sur la sécurité personnelle des habitants en Europe.

Le Président de la République Emmanuel Macron a abordé de façon très brève dans son hommage aux Invalides (qu’on peut lire dans son intégralité ici), le 2 décembre 2019, les raisons de la présence des soldats français au Mali et plus généralement au Sahel (un territoire aussi vaste que l’Europe !) : « Treize noms qui seront inscrits dès demain à l’encre de pierre sur le monument aux Morts pour la France en opérations extérieures. Comme les noms de l’engagement de nos armées pour notre défense. Comme les noms de la lutte de tout un pays contre ses ennemis. Comme les noms de la guerre de toute une Nation contre le terrorisme. Comme les noms du combat universel de la France pour la liberté. ».

De ceux qui cherchent la polémique, certains en sont à affirmer n’importe quoi, et l’on ne sait pas dans leurs motivations, si prédominent leur opposition systématique à Emmanuel Macron et plus généralement au Président de la République française (car c’était déjà le cas avant Emmanuel Macron), ou plus généralement, le position récurrente contre la France, ses valeurs, ses intérêts. Même si je ne doute pas que ce soit involontaire, ces personnes-là sont les vecteurs de l’anti-France.

Certains ont même osé réduire l’héroïsme des treize soldats morts le 25 novembre 2019 sous prétexte qu’il s’agirait d’un "simple", un "banal" accident d’hélicoptère. C’est odieux de remettre en cause leur héroïsme car ce genre d’accident fatal, il faisait justement partie de leur mission, de leur acte d’engagement. Ils sont avant tout morts au combat. Ils devaient justement enlever toutes les protections de vol de leurs hélicoptères pour faire leur opération.

Ceux qui n’en sont pas convaincus devraient écouter l’interview du général François Lecointre, le chef d’état-major des armées, sur France Inter le mercredi 27 novembre 2019. Il expliquait très bien que les risques étaient calculés mais bien réels. Qu’il ne s’agissait pas d’un "banal" accident mais bien d’une décision tactique du mode opératoire, exactement comme la mort des deux soldats du Commando Hubert venus libérer deux otages au Bénin et au Burkinabé Faso le 10 mai 2019, se mettant volontairement à découvert (et donc bien conscients de ce que cela signifiait comme danger de mort) car il n’y avait pas d’autres moyens pour prendre d’assaut les lieux.

Il disait ainsi : « Une opération militaire, en particulier au Sahel, c’est un exercice de très haute couture. Cette coordination extrêmement fine se fait toujours dans des conditions difficiles, en général la nuit ; et elle se fait dans des conditions de combat, avec un stress de combat. (…) Il y a une part de risque assumée dans le fait de rentrer dans cette coordination très fine. (…) Je considère que ces hommes sont morts au combat. ».

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D’autres ont le réflexe idéologique, complètement passéiste et anachronique, d’invoquer le supposé "néocolonialisme" de la France pour vouloir être présente au Sahel. Hélas, s’ils avaient raison, la situation serait bien plus simple pour la France. Le problème (et Emmanuel Macron l’a rappelé encore récemment) est que quasiment personne d’autre que la France (à part un peu le Royaume-Uni et l’Estonie) ne veut faire le "sale boulot" de lutte (très difficile) contre les terroristes islamistes (très coriaces et parfois très jeunes).

Or, il est impératif d’empêcher la mise en place d’un nouveau califat terroriste, rendu militairement possible par la faiblesse des États du Sahel et en particulier du Mali (dont l’éventuelle ingratitude de certains habitants n’est de toute façon pas un critère pour définir une politique géostratégique : « Des théories du complot fleurissent partout. Bientôt, on accusera la France d’être responsable des inondations. Alors que c’est l’inertie de nos propres dirigeants qui est d’abord en cause. Lesquels se contentent de réactions d’indignation sans que rien ne change. » a expliqué un ancien ministre malien à "Libération" le 13 juin 2019).

La guerre actuelle, dite asymétrique, est de combattre tout foyer terroriste où qu’il soit (surtout lorsqu’il peut bénéficier de la profonde désorganisation institutionnelle de la Libye et de l’incertitude politique de l’Algérie), et l’historique de Daech, en Syrie et en Irak, montre bien qu’il ne faut pas recommencer les mêmes erreurs.

Et quels intérêts la France peut-elle défendre au Mali si ce n’est pas effectivement d’empêcher l’extension du cancer islamiste ? Visiblement, il ne s’agit pas de stratégie économique puisque notre pays n’est présent que depuis 2013 et nous n’avons pas changé d’industrie entre-temps. Et si c’étaient des intérêts économiques, la France serait bien stupide car, sans compter les pertes de dizaines de vies humaines (à une époque où heureusement les autorités essaient de faire tout pour respecter la vie humaine), les opérations extérieures, en particulier au Sahel, ont des coûts budgétaires énormes qui ne seraient certainement pas compensés par l’éventuel bénéfice qu’elle aurait à y gagner, selon les détracteurs de la France. Ces coûts sont évalués à 600 millions d’euros par an par le journal "Le Monde" du 30 juin 2017. Soit plus de 4 milliards d’euros à ce jour.

Dans le rapport du Sénat du projet de loi de finances pour 2019, les coûts des opérations extérieures au Mali étaient indiqués à 693,1 millions d’euros pour l’année 2017 avec un effectif de 4 666 soldats et l’ensemble des opérations extérieures à 1 329,6 millions d’euros pour un effectif de 7 677 soldats (selon les réponses apportées du gouvernement français). Ce rapport, qui a été enregistré le 22 novembre 2018 (il date d’un an), a été rédigé notamment par le sénateur radical Jean-Marie Bockel, ancien ministre (rapporteur du budget de la défense au Sénat), qui fut particulièrement touché par la tragédie du 25 novembre 2019 puisqu’il y a perdu un fils, le (devenu) capitaine Pierre Bockel.

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Le général François Lecointre, dans la même interview sur France Inter le 27 novembre 2019, a rappelé que chaque soldat français au Sahel était évidemment un engagé volontaire, et c’est la grande différence du cas de la mobilisation générale lors d’une guerre : chaque soldat peut démissionner et renoncer à son engagement, alors qu’en cas de mobilisation, ce serait considéré comme une désertion. C’est pour cela que chaque soldat, surtout avant chaque mission périlleuse, doit avoir la conviction que sa présence dans ces lieux a un sens et si jamais il concluait qu’elle n’a pas de sens, il ne mettrait pas sa vie en danger et ferait autre chose. Car chaque soldat, qui a souvent une famille et n’est donc pas seul, est une personne responsable.

François Lecointre a ainsi expliqué que les soldats étaient « très exigeants sur les conditions et sur le sens de leur engagement parce qu’ils mesurent bien que (…) cette mission peut leur donner la mort au risque de leur propre vie ». Autrement dit : « Ce qui est important, c’est de mesurer cet enthousiasme, cet enthousiasme de tous ces  jeunes gens, qui est accompagné par une gravité très profonde, la gravité de ce sens de la mission, (…) du fait qu’on va porter les armes de la France, et qu’à chaque fois, il faudra qu’on questionne le sens de cet engagement. ».

Et d’ajouter sur la politique française : « Ce n’est pas parce qu’il y a des morts, que notre action n’a pas de sens. (…) On a des résultats. Il faut être patient et persévérant. Une crise transfrontalière, qui peut s’étendre à toutes l’Afrique de l’Ouest, nécessite des objectifs à long terme : ce qu’on évite, c’est que cette hydre continue de produire un effet de contagion dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et qu’on arrive à de vrais dangers pour nos pays européens. (…) J’ai toujours la crainte d’une forme d’indifférence de la Nation. Une admiration, mais une admiration de loin. (…) Je crois que nous n’atteindrons jamais une victoire définitive. Contrairement aux grands conflits du XXe siècle, jamais les armées françaises ne défileront en vainqueurs sous l’Arc de Triomphe. ».

Selon le bilan rendu public le 20 février 2019 par la Ministre de la Défense Florence Parly, 600 djihadistes auraient été "neutralisés" (tués ou capturés) par les forces françaises depuis 2014 dont 200 en 2018, sur environ 3 000 djihadistes au total présents au Mali. Dans un récent sondage de l’IFOP publié le 2 décembre 2019, 58% des sondés étaient favorables à la présence de l’armée française au Sahel (les moins favorables étaient des sympathisants du RN et de FI).

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Rendons surtout hommage au courage et à la bravoure de ces treize soldats morts sur le champ d’honneur. Et saluons leurs noms : le chef d’escadron Nicolas Mégard (35 ans), le chef de bataillon Benjamin Gireud (32 ans), le chef de bataillon Clément Frison-Roche (27 ans), le chef d’escadron Romain Chomel de Jarnieu (34 ans), le capitaine Pierre Bockel (28 ans), le capitaine Alex Morisse (30 ans), le major Julien Carette (35 ans), l’adjudant Jérémy Leusie (33 ans), l’adjudant Andreï Jouk (43 ans), l’adjudant Alexandre Prottin (33 ans), le maréchal des logis-chef Valentin Duval (24 ans), le maréchal des logis-chef Antoine Serre (22 ans) et le maréchal des logis Romain Salles de Saint-Paul (35 ans). À leurs familles, à leurs amis, les Français et les Européens sont reconnaissants et je leur adresse mes sincères condoléances.

« Vous étiez treize soldats, treize engagés volontaires. Engagés pour une idée de la France qui vaut d’être servie partout où il faut défendre la liberté des hommes et où la Nation le décide. Un engagement profond, modeste et discret, qui n’est rendu public que par le sacrifice ultime. Loin du fracas des mots inutiles. Volontaires, car chacun avait choisi, seul, exerçant son libre arbitre, de parcourir tout le chemin de la force et de l’honneur d’être homme. Ainsi, ce que nous saluons aujourd’hui, c’est (…) l’acceptation lucide et profonde de ce devoir, qui fait du soldat français un citoyen d’autant plus admirable. » (Emmanuel Macron, le 2 décembre 2019).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du Président Emmanuel Macron le 2 décembre 2019 aux Invalides pour rendre hommage aux treize soldats tués au Mali le 25 novembre 2019 (texte intégral).
Interview de François Lecointre sur France Inter le 27 novembre 2019 (à télécharger).
Pourquoi mourir au Mali ?
L’engagement militaire de la France au Mali le 11 janvier 2013.
Daech.
Commando Hubert : la France dans l’unité nationale autour de ses deux héros.
Bénin : le courage et le sacrifice de deux vies pour en sauver d’autres.
Niger : le prix d’un message.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Nos soldats à Beyrouth, il y a trente-cinq ans…
Hommage des quatre soldats tués le 24 janvier 2012 en Afghanistan.
Ils ne sont pas des numéros.
Chasseurs alpins en Afghanistan.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191202-mali.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/pourquoi-mourir-au-mali-219677

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/12/02/37834484.html





 

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