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12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 20:09

« Le véritable génie de Boris Johnson a été de rassembler derrière lui les Leavers, 78% d’entre eux avaient dit qu’ils voteraient pour lui. » (Sara Hobolt, professeure de sciences politique à la London School of Economics, cité par "Libération" le 13 décembre 2019).


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L'image de la promenade du chien pour aller voter va probablement rester dans les livres d'histoire. Les élections législatives qui ont eu lieu au Royaume-Uni ce jeudi 12 décembre 2019 ont donné une très large victoire aux conservateurs menés par le Premier Ministre Boris Johnson. Les conservateurs n’avaient plus eu une si belle victoire depuis Margaret Thatcher le 11 juin 1987. C’est une très belle victoire électorale qui montre, pour ceux qui n’auraient pas encore saisi, que le chef du gouvernement britannique est un homme intelligent, habile et très doué. Auteur d’une biographie de Winston Churchill qui fait plus ou moins référence, Boris Johnson connaît bien l’histoire et a enfin les coudées franches pour achever le travail démarré par le référendum du 23 juin 2016 sur le Brexit.

J’écris "enfin" malgré mon regret de ce Brexit incontournable, car cette belle victoire de Boris Johnson va soulager tout le monde, tant les pro-européens et que les anti-européens. Les pro-européens car il fallait en finir avec l’incertitude qui planait depuis un an, et c’est un soulagement parce que l’idée d’un Brexit sans accord est définitivement écartée. Les anti-européens aussi car le Brexit aura bien lieu. Tout le monde devrait donc se réjouir de cette indispensable clarification qui provient de la dissolution de cette Chambre des Communes précédente totalement ubuesque, loufoque, absurde, qui repoussait tout et son contraire.

Qu’on l’apprécie ou qu’on le déteste, la réalité est que Boris Johnson, loin d’être un "populiste" ou un bluffeur, a été un "constructeur" (il a négocié effectivement un nouvel accord avec l’Union Européenne) et surtout, a su, au contraire de Theresa May, sa prédécesseure, probablement trop courtoise, se dégager de ce panier de crabes qu’étaient les députés sortants. En outre, cette large victoire donnera à Boris Johnson une grande liberté vis-à-vis des "hard brexiters" intransigeants. Il n’aura plus besoin de leur soutien parlementaire au sein des conservateurs.

C’est vrai que j’exagère un peu quand je dis que tout le monde devrait être content de cette victoire des conservateurs, car bien sûr, les oppositions nationales ont de quoi être très déçues.

Il n’y a pas eu un sursaut travailliste, mais avec les propositions gauchistes de Jeremy Corbyn, qui a enfin annoncé sa démission du leadership du Labour (jamais un leader de l’opposition n’a été aussi impopulaire à la veille des élections), comment pouvait-il rassembler une majorité d’électeurs, et surtout conserver ou attirer les électeurs de centre gauche inquiets par son programme ?

Il n’y a pas eu non plus de sursaut politique en faveur du Bremain (se maintenir au sein de l’Union Européenne, au besoin par un second référendum), principalement incarné les libéraux-démocrates (les libdems), un peu trop européens pour se permettre de vouloir annuler le Brexit sans nouveau référendum.

Enfin, il n’y a pas eu la confirmation du scrutin européen très particulier, qui avait donné au Parti du Brexit un très imposant bataillon d’élus à Strasbourg : les partisans du Brexit sans accord, défendu par le Parti du Brexit et l’UKIP, ont été effectivement balayés.

Quant aux conservateurs, les candidats ont été des candidats de Boris Johnson et leur engagement était assez clair pendant la campagne électorale : ratifier l’accord avec l’Union Européenne et sortir dès que possible de l’Europe, au plus tard le 31 janvier 2020. Leur slogan : « Get Brexit Done ! ». Theresa May, qui probablement n’a pas su gérer efficacement les investitures de son parti pour les élections législatives du 8 juin 2017, n’avait pas eu la possibilité d’avoir des députés conservateurs disciplinés et obéissants.

Ces élections législatives du 12 décembre 2019 ont été le résultat du vote d’une loi avançant la date de la fin de la législature précédente du 5 mai 2022 au 12 décembre 2019. Elle fut votée par la Chambre des Communes le 29 octobre 2019 par 438 voix pour et 20 contre, par la Chambre des Lords le 30 octobre 2019 et a reçu la "sanction royale" (promulgation) de la reine Élisabeth II le 31 octobre 2019.

Comme on le voit sur les courbes d’intentions de vote mesurées par les instituts de sondage, l’effet des élections européennes est resté très éphémère (entre février et octobre 2019) et dès que la date des nouvelles élections a été officialisée et confirmée, la bipolarisation s’est redéployée. C’est très étrange et sans doute un peu injuste tant pour les libdems que pour les écologistes (Verts) qui, pour cette raison, ont échoué à transformer leurs scores des élections européennes aux élections nationales. De même, le Parti du Brexit ne semblait plus avoir d’utilité électorale dès lors que les électeurs brexiters étaient convaincus que l’élection de députés conservateurs accélérerait la fin du processus pour aboutir au Brexit.

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47 587 254 électeurs du Royaume-Uni ont été convoqués le jeudi 12 décembre 2019 pour élire 650 députés parmi les 3 429 candidats qui se sont présentés à leurs suffrages. La participation a été équivalente à celle de 2017, avec un taux de 67,2%.

Les résultats sont les suivants, sur 649 circonscriptions sur 650, selon la BBC le 13 décembre 2019 à 12 heures.

Les 635 candidats conservateurs menés par Boris Johnson ont obtenu 43,6% des voix et 364 sièges, soit largement la majorité absolue qui est de 326. En voix, il y a une faible progression (+1,3 point), mais en sièges, c’est très important : +47 sièges. L’écart avec les travaillistes est maintenant de 161 sièges, c’est énorme. Certains quartiers populaires ont délaissé les travaillistes au profit des conservateurs. Non seulement Boris Johnson a rassemblé la grande majorité des partisans du Brexit (78% selon un sondage), mais il a aussi su attirer, par son côté populaire, un électorat souvent défavorisé dans des régions industrielles, ce qui est très nouveau.

Les 631 candidats travaillistes menés par Jeremy Corbyn ont obtenu 32,2% des voix et 203 sièges. Ce qui est, en voix (effondrement de 8,1 points) et en sièges (-59 sièges), est une écrasante défaite (la pire depuis le 14 novembre 1935 !). Jeremy Corbyn a annoncé sa démission prochaine de la tête des travaillistes. Les électeurs ont probablement sanctionné à la fois les positions très à gauche de Jeremy Corbyn et son incapacité à prendre une position claire sur le Brexit. "The Guardian" a rappelé sans pitié : « En plus d’un siècle, aucun parti n’a perdu autant de sièges après autant de temps passé dans l’opposition. ». Les réflexions des médias en France ne sont pas plus élogieuses. "Libération" : « La bataille sur le repositionnement du Labour sera probablement sanglante. ». France Info : « Maintenir sa ligne gauchisante (…) ou revenir à la social-démocratie triomphante des années Tony Blair. ».

Les 611 candidats libdems menés par Jo Swinson ont obtenu 11,5% des voix et 11 sièges. En voix, les libdems sont ceux qui ont le plus progressé à ces élections (+4,3 points) mais ils ont perdu un siège au total, alors que les sondages, entre le 10 et 12 décembre 2019, prévoyaient plutôt entre 13 et 19 sièges. Pire, la députée sortante Jo Swinson, qui a été élue à leur tête le 22 juillet 2019 après le retrait de Vince Cable et leurs bonnes performances aux élections européennes, a été battue dans sa propre circonscription au bénéfice du candidat nationaliste écossais. Jo Swinson a immédiatement démissionné de la tête des libdems. La position de revenir sur le Brexit sans nouveau référendum a souvent été perçue comme très antidémocratique, même par les électeurs europhiles.

Également europhiles, les 59 candidats nationalistes écossais (SNP) de Nicola Sturgeon ont obtenu 3,9% des voix et 48 sièges, soit 13 sièges de plus (et un gain de 0,9 point en voix, sur l’ensemble du Royaume-Uni). C’est une grande victoire des nationalistes écossais, si bien que leur leader Nicola Sturgeon, la Première Ministre d’Écosse depuis le 20 novembre 2014, forte de cette victoire, a annoncé le 13 décembre 2019 son intention d’organiser un nouveau référendum d’indépendance.

Pour le reste, les unionistes irlandais ont obtenu 8 sièges, le Sinn Féin 7 sièges, les travaillistes irlandais 2 sièges, l’Alliance (nationalistes irlandais) 1 siège (en Irlande du Nord, Alliance et les travaillistes irlandais n’étaient pas représentés en 2017 et les unionsites ont perdu 2 sièges, ils étaient parmi ceux qui ont bloqué le processus du Brexit ; c’est la première fois qu’il y a, aux Communes, plus de députés nationalistes qu’unionistes en Irlande du Nord). Les nationalistes gallois ont gardé leurs 4 sièges.

Quant à l’UKIP (44 candidats) et à son petit frère Parti du Brexit (275 candidats), mené par Nigel Farage, ils n’ont obtenu aucun siège à la Chambre des Communes.

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Plébiscité par les électeurs, Boris Johnson a donc toutes les raisons d’être satisfait. Non seulement il s’est délivré d’une Chambre des Communes impossible, mais il est assuré maintenant d’entrer dans l’histoire en faisant le Brexit. Il devra alors en assumer l’entière responsabilité dans ses conséquences économiques et politiques. Mais les relations entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne n’auront pas pour autant fini de poser des problèmes : d’ici à la fin de l’année 2020, des négociations devraient finaliser la relation future entre les deux entités. Le commissaire européen Thierry Breton est prêt à ouvrir les négociations commerciales le plus rapidement possible, même si le calendrier prévu est aujourd’hui de moins en moins crédible.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La très belle victoire de Boris Johnson.
Les élections législatives britanniques du 12 décembre 2019.
Brexit : et en avant pour un nouveau tour (électoral) !
Brexit : Boris Johnson et Emmanuel Macron sur le même front commun.
Document : les trois lettres adressées le 19 octobre 2019 à l’Union Européenne.
Document : quel est l’accord UK-EU du 17 octobre 2019 ? (à télécharger).
Brexit : le nouveau deal, enfin, in extremis !
8 contresens sur le Brexit.
Boris Johnson, apprenti dictateur ?
Boris Johnson, le jour de gloire.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Theresa May : Game over.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191212-legislatives-uk.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/12/13/37862890.html



 

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