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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 03:31

« Je prends ce soir devant vous l’engagement de consacrer toute mon énergie à transformer notre pays pour le rendre plus fort, plus juste, plus humain. » (Emmanuel Macron, le 31 décembre 2019).



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Il est des années où la France est en effervescence. On a parlé de mai 1968, aussi de décembre 1995, on peut citer aussi novembre 2005 (émeutes dans les "banlieues"), mars 2006 (CPE), le printemps 2013 (mariage pour tous), on peut même remonter plus loin, au printemps 1984 (projet Savary) et même jusqu’à l’été 1953 (on l’oublie trop souvent) où un mouvement de grève général a fait reculer le gouvernement de Joseph Laniel (probablement la première "reculade" significative de l’histoire politique contemporaine). La France du Président Emmanuel Macron, elle, est en plein désarroi et en pleine paralysie avec la réforme des retraites.

Ceux qui critiquent le plus les vœux qu’Emmanuel Macron a adressés aux Français le mardi 31 décembre 2019 à 20 heures (dont on peut lire le texte intégral ici) sont paradoxalement ceux qui en attendaient le moins. Ils ne devraient donc pas être déçus. D’ailleurs, l’allocution présidentielle des vœux n’a jamais été un exercice politique mais plutôt de courtoisie et de politesse, voire d’affection pour l’ensemble des Français. Heureusement qu’on puisse se souhaiter bonne année et surtout, bonne santé, même entre adversaires politiques.

Emmanuel Macron est apparu un peu crispé et debout. Il a rappelé quelques émotions fortes de l’année, l’attentat de la Préfecture de police de Paris, la mort des soldats français au Mali, les violences parallèles aux manifestations des gilets jaunes, les catastrophes naturelles qui ont secoué le pays, la mort du Président Jacques Chirac et même, deux fois, l’incendie de Notre-Dame de Paris.

Emmanuel Macron a aussi fait un bilan optimiste de son action, regardant la première moitié de son quinquennat avec une fragile satisfaction : « Avec le grand débat national (…), nous avons su instaurer un dialogue respectueux et républicain, sans précédent dans une démocratie (…). Nous avons commencé à percevoir, dans le concret de nos vies, les premiers résultats de l’effort de transformation engagé depuis deux ans et demi. Plus de 500 000 emplois ont été créés depuis mai 2017 et bénéficient souvent à des personnes éloignées du monde du travail depuis longtemps ; des créations d’entreprises toujours plus nombreuses ; des investissements internationaux dans notre économie supérieurs à ceux qu’enregistrent nos voisins ; des usines qui rouvrent et permettent à des territoires en difficulté de renouer avec l’espoir : la France n’avait pas connu un tel élan depuis des années. ».

Parmi les dossiers de l’année 2020, Emmanuel Macron en a cité notamment trois essentiels : l’aide aux personnes en situation de handicap ou de dépendance (« des décisions essentielles ») ; le "déploiement" d’un « nouveau modèle écologique ». Il faut rappeler que lors du Conseil européen à Bruxelles le 13 décembre 2019, l’Union Européenne a défini l’objectif d’être le premier continent neutre en carbone et a fait des avancées sur le Green Deal, la taxe carbone aux frontières et la solidarité européenne pour la transition écologique. Le sujet est très sensible puisqu’il a provoqué la crise des gilets jaunes en 2018. L’actualité dans ce domaine pourrait ainsi redevenir très brûlante : « Il nous reviendra au printemps prochain d’affirmer des choix nouveaux et forts, une stratégie sur plusieurs années pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi pour œuvrer en faveur de la biodiversité. Cette stratégie nationale doit être écologique et économique : c’est-à-dire que nous devons préserver la planète en créant des emplois nouveaux. ». Et troisième dossier important, « l’unité retrouvée » pour évoquer la laïcité : « Je vois trop de divisions au nom des origines, des religions, des intérêts. Je lutterai avec détermination contre les forces qui minent l’unité nationale et dans les prochaines semaines, je prendrai de nouvelles décisions sur ce sujet. ».

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Évidemment, Emmanuel Macron était le plus attendu surtout sur la réforme des retraites, et je dois reconnaître qu’il n’a exprimé aucune idée nouvelle qui aurait pu apaiser le courroux des grévistes. Certes, il a rappelé l’importance de réconciliation et de l’unité, mais il ne peut pas apaiser en disant : « L’apaisement toujours doit primer sur l’affrontement. Apaiser ne veut pas dire renoncer mais nous respecter dans nos désaccords. ».

En fait, Emmanuel Macron n’a jamais eu l’intention de céder sur la réforme des retraites : « Ce sont les troisièmes vœux que je vous adresse. D’habitude, c’est le moment du mandat où on renonce à agir avec vigueur, pour ne surtout plus mécontenter personne à l’approche des futures échéances électorales (…). Nous n’avons pas le droit de céder à cette fatalité. C’est l’inverse qui doit se produire. (…) J’ai conscience que les changements bousculent souvent. Mais les inquiétudes ne sauraient pousser à l’inaction. Car il y a trop à faire. Je mesure aussi combien les décisions prises peuvent parfois heurter, susciter des craintes et des oppositions. Faut-il pourtant renoncer à changer notre pays et notre quotidien ? Non. Car ce serait abandonner ceux que le système a déjà abandonnés, ce serait trahir nos enfants, leurs enfants après eux, qui alors auraient à payer le prix de nos renoncements. ».

Aussi : « Nous changeons les choses, mais il faut rattraper parfois beaucoup de retard. Cela ne se fait pas en un jour. Alors, à l’aube de cette nouvelle décennie, je veux assurer que je ne cèderai pas au pessimisme, ou à l’immobilisme. (…) Nous n’avons pas à nous adapter au cours des choses, ce n’est pas la France !, mais à rester fidèles à ce que nous sommes en bâtissant une société nouvelle qui répond selon nos choix aux bouleversements en cours. ».

Sa détermination sur les retraites reste donc très claire : « C’est pour cela que la réforme des retraites à laquelle je me suis engagé devant vous et qui est portée par le gouvernement sera menée à son terme. (…) Ma seule boussole est et sera l’intérêt de notre pays, notre capacité à assurer la meilleure retraite possible à nos aînés, la défense de ceux qui n’ont pas toujours la faculté de s’exprimer, c’est-à-dire nos enfants. », tout en donnant une explication des oppositions : « Ne vous y trompez pas, j’entends sur ce sujet si important, qui tient au cœur même de l’identité française, les peurs, les angoisses qui se font jour. J’entends aussi beaucoup de mensonges et de manipulations. ».

L’argument principal de ce projet de réforme des retraites est le suivant : « Il repose sur un principe de responsabilité : il s’agit de garantir l’équilibre du système par répartition qui est le nôtre depuis le Conseil National de la Résistance, et donc sa solidité à travers le temps. C’est la base de la solidarité entre générations. Cela veut dire s’assurer que ceux qui travaillent soient en mesure de payer à nos aînés leur juste retraite, dans un monde, et c’est une chance, où l’on étudie plus longtemps et où l’on voit de plus en plus longtemps. ». Cette explication justifie l’âge d’équilibre mais pas le système à points qui prend en compte l’ensemble de la carrière professionnelle et pas les vingt-cinq meilleures années.

La seule petite ouverture, probablement à destination de la CFDT, c’est de rester prêt à améliorer le projet de réforme sur la pénibilité : « Plus d‘équité : nous prendrons en compte les tâches difficiles pour permettre à ceux qui les exercent de partir plus tôt sans que pour autant cela soit lié à un statut ou une entreprise. ».

Je reviendrai bien sûr sur ce sujet "brûlant" de la réforme des retraites, mais il faut constater que dans l’allocution présidentielle, aucun argument nouveau n’a été développé pour essayer de convaincre les non convaincus. Cette situation ne peut que renforcer la détermination des grévistes. Et la paralysie de l’économie nationale au détriment d’une image internationale pourtant favorable depuis quelques années.

Je termine ce compte-rendu des vœux présidentiels par une réflexion anecdotique. Il est assez dérisoire (et risible) que les opposants à Emmanuel Macron (qui ont bien sûr le droit de s’opposer, fort heureusement) s’en prennent jusqu’à des arguments sans aucun intérêt mais comme je suis aussi pinailleur qu’eux, j’en pêche un pour le plaisir.

À plusieurs reprises, Emmanuel Macron a évoqué 2020 comme le début de "la nouvelle décennie". Par exemple : « Mes chers compatriotes, dans quelques heures, une nouvelle décennie s’ouvrira. ».

Et certains disent que non, la nouvelle décennie commencera le 1er janvier 2021 et pas le 1er janvier 2020. Certes, moi aussi, cela m’a agacé quand on disait que le 1er janvier 2000 ouvrait un nouveau siècle et un nouveau millénaire. C’est évidemment le 1er janvier 2001 qui a ouvert à la fois le XXIe siècle et le IIIe millénaire, il n’y a aucun doute sur cela et pour s’en convaincre, il suffit juste de savoir compter et de se rappeler qu’il n’y a pas d’année zéro, on passe directement de l’an 1 avant Jésus-Christ à l’an 1 après Jésus-Christ, au même titre qu’on passe du Ier siècle avant Jésus-Christ au Ier siècle après Jésus-Christ (en sachant aujourd’hui que Jésus-Christ serait en fait né plutôt à l’an 4 avant Jésus-Christ !). Ces siècles et ces millénaires sont particuliers, ils ont bien un nom, leur numéro et ils sont effectivement régis par la comptabilité voulue par le calendrier julien (puis grégorien).

Mais depuis quand les décennies ont-elles un nom ou un numéro ? Une décennie correspond à une période de dix années ("decade" en anglais, faux ami puisqu’en français, une décade est une période de dix jours et pas de dix ans), et donc, la période 2005-2014 correspond bien, elle aussi, à une décennie. Pour plus de commodité, comme on aime dire "les années 2010", ou "les années 2020", la décennie 2020-2029 garde donc toute sa rigueur dans sa définition. Définition du Petit Larousse de la décennie : « Période de dix ans. ». Définition du Petit Larousse du siècle : « Durée de cent années. Période de cent années numérotées de 1 à 100, de 101 à 200, etc., comptée à partir d’une origine chronologique appelée ère. ».

Mais après tout, à chacun son vocabulaire et bonne année à tous !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron et la France de 2020 en effervescence.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 31 décembre 2019 à l’Élysée (texte intégral).
L'Odyssée de l'Espoir.
Édouard Philippe sur les retraites : déterminé mais pas fermé.
Emmanuel Macron prône la société de vigilance.
Pourquoi mourir au Mali ?
Les gilets jaunes, alibi à la violence haineuse ?
G7 à Biarritz : Emmanuel Macron consacré prince du multilatéralisme.
L’ardeur diplomatique d’Emmanuel Macron.
Le Sommet du G7 à Biarritz du 24 au 26 août 2019.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 24 août 2019 à Biarritz.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
La Simone Veil d'Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron, deux ans après.
Emmanuel Macron et l’art d’être Français.
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron du 25 avril 2019 (vidéo et texte intégral).
Allocution du Président Emmanuel Macron du 16 avril 2019 (texte intégral).
Emmanuel Macron à la conquête des peuples européens.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191231-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-et-la-france-de-220424

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/01/02/37907913.html


 

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