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3 janvier 2020 5 03 /01 /janvier /2020 03:23

« Ce qui vient après la mort est futile et quelle longue suite de jours pour qui sait être vivant ! » (Albert Camus, le 16 octobre 1942).



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L’écrivain et philosophe Albert Camus est mort il y a soixante ans, le 4 janvier 1960, à l’âge de 46 ans (il est né le 7 novembre 1913 en Algérie). Amoureux de la vie, il est mort stupidement, comme des milliers d’autres chaque année, d’un accident de la route. À l’époque, on était encore loin des préoccupations de la sécurité routière (il a fallu attendre le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas et les 17 000 morts par an, à une période où le parc automobile et le réseau routier étaient beaucoup moins développés que maintenant).

J’ai écrit "stupidement" mais on pourrait plutôt écrire "absurdement", tant l’Absurde a été la première partie de son "œuvre" tant littéraire que philosophique. De retour des fêtes du nouvel an, Albert Camus, qui était assis à la place avant droit (la place du mort !), parce qu’il avait des grandes jambes, avait dans sa poche le billet de train pour revenir de la Provence à Paris, mais il avait finalement accepté un retour avec son ami éditeur Michel Gallimard (qui est mort à 43 ans quelques jours après l’accident) au volant d’une belle voiture (une Facel Vega type FV3B) accompagné de la femme de l’éditeur et leur fille (qui, elles, installées à l’arrière, ont survécu à l’accident dont on peut connaître les détails ici).

Très tristement, la mort d’Albert Camus révèle elle-même sa vie : amoureux de la vie, penseur de la mort. Il avait acheté une belle maison dans le Sud (à Lourmarin) grâce à l’argent du Prix Nobel (qu’il considérait ne pas mériter tant que son mentor, celui qui l’a fait éditer chez Gallimard, ne l’avait pas : André Malraux).

Aujourd’hui, et depuis plusieurs décennies, la lecture d’Albert Camus semble "ringarde". Pourtant, il est toujours lu et étudié à l’école et son nom est celui de très nombreux établissements scolaires en France. Mais on ne parle plus beaucoup de lui dans les médias, sinon pour des effets de bords, comme un éventuel transfert au Panthéon (refusé le 20 novembre 2009 par la famille lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy).

Il était malade (tuberculose) quand il a fait ses études, ce qui l’a empêché de préparer le concours de Normale Sup. Qu’importe, il n’avait pas besoin de cela pour se faire connaître et reconnaître. Albert Camus a publié ses deux premiers livres chez Gallimard en 1942 (il avait déjà publié quelques ouvrages entre 1936 et 1939, chez un petit éditeur à très faibles tirages). Camus était résistant (en 1943), journaliste et écrivain (depuis 1934). Il avait alors 28 ans. Deux livres majeurs, qui ont "ouvert" son "cycle" sur l’Absurde. Dans les deux, il commence promptement sur le seul sujet qui compte, la mort.

"L’Étranger", roman sorti le 15 juin 1942 : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : "Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués". Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. ». Michel Houellebecq a d’ailleurs commencé un peu de cette manière son œuvre littéraire…

"Le Mythe de Sisyphe", essai philosophique sorti 16 octobre 1942 : « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. (…) Si je me demande à quoi juger que telle question est plus pressante que telle autre, je réponds que c’est aux actions qu’elle engage. Je n’ai jamais vu personne mourir pour l’argument ontologique. Galilée, qui tenait une vérité scientifique d’importance, l’abjura le plus aisément du monde dès qu’elle mit sa vie en péril. Dans un certain sens, il fit bien. Cette vérité ne valait pas le bûcher. Qui de la Terre ou du Soleil tourne autour de l’autre, cela est profondément indifférent. Pour tout dire, c’est une question futile. En revanche, je vois que beaucoup de gens meurent parce qu’ils estiment que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. J’en vois d’autres qui se font paradoxalement tuer pour les idées ou les illusions qui leur donnent une raison de vivre (ce qu’on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir). Je juge donc que le sens de la vie est la plus pressante des questions. ».

Ces deux débuts d’œuvre son très connus et sont souvent cités. Ils montrent à quel point la mort est dans la pensée de Camus, mais pas la mort dans le sens lamentation, plutôt dans le sens interrogation pour mieux envisager …la vie.

C’est pourquoi Albert Camus me paraît être le philosophe majeur du XXe siècle, d’autant plus majeur que son siècle, qu’il a à peine parcouru, était le siècle des deux plus cruelles et meurtrières guerres de l’humanité. Il se sentait d’ailleurs de la génération qui ne pouvait pas refaire le monde, juste tenter de le maintenir en paix instable, tellement elle était traumatisée par les deux conflits mondiaux.

Il était opposé à toutes les idéologies. Le nazisme mais aussi le communisme. Qui se sont soldées par des dizaines de millions de morts (faut-il désigner une gagnante ?). Son humanisme le guidait sans aveuglément, à l’opposé de tous les diktats intellectuels.

Il y a six ans, dans un autre article, j’expliquais (je n’aime pas trop me citer mais c’est plus honnête que de le recopier sans le dire) : « Albert Camus a (…) été mon prêtre répondant. Mon médecin de famille. Mon psychologue de service. Mon précepteur personnel. Mon conseiller ultime. Mon confident discret et toujours présent. Quand la vie s’endeuille. Quand la vie doute. Quand la vie inquiète. ». Et j’ajoutais déjà : « Depuis Camus, j’aurais tendance à dire que la société de consommation l’a emporté sur la société de réflexion et de méditation. (…) Ce n’est pas l’émotion ni la réaction qui empêchent la réflexion, mais la rapidité et surtout, le nombre. » sans imaginer que la transformation de la société de l’information, avec l’Internet, les réseaux sociaux mais aussi les chaînes d’information continue, allait encore plus s’accélérer dans la non-pensée, dans l’immédiateté, dans la multiplicité, et finalement, dans son côté absurde (le like débordant de nombrilisme de facebook, le tweet inutilement polémique et chronophage, etc.).

Alors, je refais une petite piqûre de rappel avec "Le Mythe de Sisyphe". C’est le premier livre qui m’a "introduit" dans la pensée de Camus. Je ne l’ai pas étudié au lycée, fort heureusement, car la maturité aurait pu ne pas être au rendez-vous (hypothèse hautement probable). Quand je l’ai lu, j’étais obsédé par la mort, malgré mes vingt ans, pour des raisons personnelles que je qualifierais d’accidentelles. Camus m’a simplement aidé à penser. Se rappeler que tout le monde est mortel (c’est la traumatisante égalité de tous les êtres vivants), mais que, puisque l’échéance arrivera, il vaut mieux en profiter pour vivre un peu auparavant.

Albert Camus écrit dans son essai : « Il est décent de se garder du pathétique. On ne s’étonnera cependant jamais assez de ce que tout le monde vive comme si personne "ne savait". C’est qu’en réalité, il n’y a pas d’expérience de la mort. Au sens propre, n’est expérimenté que ce qui a été vécu et rendu conscient. Ici, c’est tout juste s’il est possible de parler de l’expérience de la mort des autres. C’est un succédané, une vue de l’esprit et nous n’en sommes jamais très convaincus. ».

Et cet effroyable constat : « De ce corps inerte où une gifle ne marque plus, l’âme a disparu. Ce côté élémentaire et définitif de l’aventure fait le contenu du sentiment absurde. Sous l’éclairage mortel de cette destinée, l’inutilité apparaît. Aucune morale, ni aucun effort ne sont a priori justifiables devant les sanglantes mathématiques qui ordonnent notre condition. ». Et de s’interroger crûment : « Faudra-t-il mourir volontairement, ou espérer malgré tout ? ».

Avant cette réflexion, il analyse la question du suicide ainsi : « Se tuer, dans un sens (…), c’est avouer. C’est avouer qu’on est dépassé par la vie ou qu’on ne la comprend pas. (…) Mourir volontairement suppose qu’on a reconnu, même instinctivement, le caractère dérisoire de cette habitude, l’absence de toute raison profonde de vivre, le caractère insensé de cette agitation quotidienne et l’inutilité de la souffrance. (…) Faut-il (…) croire qu’il n’y a aucun rapport entre l’opinion qu’on peut avoir sur la vie et le geste qu’on fait pour la quitter ? (…) Le jugement du corps vaut bien celui de l’esprit et le corps recule devant l’anéantissement. Nous prenons l’habitude de vivre avant d’acquérir celle de penser. Dans cette course qui nous précipite tous les jours un peu plus vers la mort, le corps garde cette avance irréparable. ».

Camus explique le but de son raisonnement sur le "suicide philosophique" (autrement dit : "l’attitude existentielle") : « Son but (…), c’est d’éclairer la démarche de l’esprit lorsque, parti d’une philosophie de la non-signification du monde, il finit par lui trouver un sens et une profondeur. La plus pathétique de ces démarches est d’essence religieuse ; elle s’illustre dans le thème de l’irrationnel. Mais la plus paradoxale et la plus significative est bien celle qui donne ses raisons raisonnantes à un monde qu’elle imaginait tout d’abord sans principe directeur. On ne saurait en tout cas venir aux conséquences qui nous intéressent sans avoir donné une idée de cette nouvelle acquisition de l’esprit de nostalgie. ».

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Je propose ici quelques autres extraits qui me paraissent destinés à enrichir les réflexions personnelles.

Ambivalence entre fortes rationalité et irrationalité : « La nostalgie est plus forte ici que la science. Il est significatif que la pensée de l’époque soit à la fois l’une des plus pénétrées d’une philosophie de la non-signification du monde et l’une des plus déchirées dans ses conclusions. Elle ne cesse d’osciller entre l’extrême rationalisation du réel qui pousse à la fragmenter en raisons-types et son extrême irrationalisation qui pousse à le diviniser. Mais ce divorce n’est qu’apparent. Il s’agit de se réconcilier et, dans les deux cas, le saut y suffit. On croit toujours à tort que la notion de raison est à sens unique. (…) La raison porte un visage tout humain, mais elle sait aussi se tourner vers le divin. (…) Elle est un instrument de pensée et non la pensée elle-même. La pensée d’un homme est avant tout sa nostalgie. ».

Sens du monde et cohésion personnelle : « Je peux tout nier de cette partie de moi qui vit de nostalgies incertaines, sauf ce désir d’unité, cet appétit de résoudre, cette exigence de clarté et de cohésion. Je peux tout réfuter dans ce monde qui m’entoure, me heurte ou me transporte, sauf ce chaos, ce hasard roi et cette divine équivalence qui naît de l’anarchie. Je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse. Mais je sais que je ne connais pas ce sens et qu’il m’est impossible pour le moment de le connaître. ».

Innocence de "l’homme absurde" : « Insistons encore sur la méthode : il s’agit de s’obstiner. À un certain point de son chemin, l’homme est sollicité. L’histoire ne manque ni de religions, ni de prophètes, même sans dieux. On lui demande de sauter. Tout ce qu’il peut répondre, c’est qu’il ne comprend pas bien, que cela n’est pas évident. Il ne veut faire justement que ce qu’il comprend bien. On lui assure que c’est péché d’orgueil, mais il n’entend pas la notion de péché ; que peut-être l’enfer est au bout, mais il n’a pas assez d’imagination pour se représenter cet étrange avenir ; qu’il perd la vie immortelle, mais cela lui paraît futile. On voudrait lui faire reconnaître sa culpabilité. Lui se sent innocent. À vrai dire, il ne sent que cela, son innocence irréparable. C’est elle qui lui permet tout. ».

Dans son œuvre, Camus répond finalement à l’homme absurde par "L’Homme révolté" (sorti le 3 novembre 1951 chez Gallimard), mais on pouvait déjà le comprendre à la lecture du "Mythe de Sisyphe". En effet, Camus y écrit : « L’une des seules positions philosophiques cohérentes, c’est ainsi la révolte. Elle est un confrontement perpétuel de l’homme et de sa propre obscurité. (…) Elle n’est pas aspiration, elle est sans espoir. Cette révolte n’est que l’assurance d’un destin écrasant, moins la résignation qui devrait l’accompagner. ».

Ce qui rend injustifié le suicide : « C’est ici qu’on voit à quel point l’expérience absurde s’éloigne du suicide. On peut croire que le suicide suit la révolte. Mais à tort. Car il ne figure pas son aboutissement logique. Il est exactement son contraire, par le consentement qu’il suppose. Le suicide, comme le saut, est l’acceptation à sa limite. (…) Le contraire du suicidé, précisément, c’est le condamné à mort. Cette révolte donne son prix à la vie. Étendue sur toute la longueur d’une existence, elle lui restitue sa grandeur. ».

Et il poursuit : « Pour un homme sans œillères, il n’est pas de plus beau spectacle que celui de l’intelligence aux prises avec une réalité qui le dépasse. Le spectacle de l’orgueil humain est inégalable. Toutes les dépréciations n’y feront rien. Cette discipline que l’esprit se dicte à lui-même, cette volonté forgée de toutes pièces, ce face-à-face, ont quelque chose de puissant et de singulier. Appauvrir cette réalité dont l’inhumanité fait la grandeur de l’homme, c’est du même coup l’appauvrir lui-même. Je comprends alors pourquoi les doctrines qui m’expliquent tout m’affaiblissent en même temps. Elles me déchargent du poids de ma propre vie et il faut bien pourtant que je le porte seul. À ce tournant, je ne puis concevoir qu’une métaphysique sceptique aille s’allier à une morale du renoncement. Conscience et révolte, ces refus sont le contraire du renoncement. (…) Le suicide est une méconnaissance. L’homme absurde ne peut que tout épuiser, et s’épuiser. L’absurde est sa tension la plus extrême (…). ».

L’esprit du conquérant : « J’installe ma lucidité au milieu de ce qui la nie. J’exalte l’homme devant ce qui l’écrase et ma liberté, ma révolte et ma passion se rejoignent alors dans cette tension, cette clairvoyance et cette répétition démesurée. Oui, l’homme est sa propre fin. Et il est sa seule fin. S’il veut être quelque chose, c’est dans cette vie. ».

À la fin du livre, Camus raconte l’histoire mythologique de Sisyphe sur son île, puni par les dieux à remonter une pierre qui retombe sans cesse : « Tout au bout de ce long effort mesuré par l’espace sans ciel et le temps sans profondeur, le but est atteint. Sisyphe regarde alors la pierre dévaler en quelques instants vers ce monde inférieur d’où il faudra la remonter vers les sommets. Il redescend dans la plaine. C’est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m’intéresse. Un visage qui peine si près des pierres est déjà pierre lui-même ! Je vois cet homme redescendre d’un pas lourd mais égal vers le tourment dont il ne connaîtra pas la fin. Cette heure qui est comme une respiration et qui revient aussi sûrement que son malheur, cette heure est celle de la conscience. À chacun de ces instants, où il quitte les sommets et s’enfonce peu à peu vers les tanières des dieux, il est supérieur à son destin. Il est plus fort que son rocher. Si ce mythe est tragique, c’est que son héros est conscient. Où serait en effet sa peine, si à chaque pas, l’espoir de réussir le soutenait ? (…) Il n’est pas de destin qui ne se surmonte par le mépris. ».

Et la conclusion qui tombe comme un couperet : « Dans l’univers soudain rendu à son silence, les mille petites voix émerveillées de la Terre s’élèvent. Appels inconscients et secrets, invitations de tous les visages, ils sont l’envers nécessaire et le prix de la victoire. Il n’y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit. (…) Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. ». Ce sont les derniers mots de la première édition, eux aussi très marquants et très forts.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Albert Camus et "Le Mythe de Sisyphe".
La dépêche annonçant la mort d’Albert Camus.
Un homme libre.
L’humilité de la distinction.
Alors naît la joie étrange qui aide à vivre et mourir.
Philippe Bouvard.
Daniel Pennac.
Alain Peyrefitte.
"Les Misérables" de Victor Hugo.
André Gide, l’Immoraliste ?
Je t’enseignerai la ferveur.
Lucette Destouches, Madame Céline pour les intimes…
René de Obaldia.
Trotski.
Le peuple d’Astérix.
David Foenkinos.
Anne Frank.
Érasme.
Antoine Sfeir.
"Demain les chats" de Bernard Werber.
Bernard Werber.
Freud.
"Soumission" de Michel Houellebecq.
Vivons tristes en attendant la mort !
"Sérotonine" de Michel Houellebecq.
Sérotonine, c’est ma copine !
Françoise Sagan.
Jean d’Ormesson.
Les 90 ans de Jean d’O.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200104-albert-camus.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/albert-camus-penseur-majeur-du-xxe-220434

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/12/31/37904853.html



 

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