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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 08:47

« J’ai employé la première un mot nouveau, la vulgarité, trouvant qu’il n’existait pas encore assez de termes pour proscrire à jamais toutes les formes qui supposent peu d’élégance dans les images et peu de délicatesse dans l’expression. » (Madame de Staël, 1800).


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Glauque Saint-Valentin. Dans une vidéo dépouillée de condamné à mort donnée à l’AFP, l’ancien secrétaire d’État Benjamin Griveaux a annoncé ce vendredi 14 février 2020 son abandon dans la conquête de la mairie de Paris. À un mois du premier tour des élections municipales, c’est une véritable catastrophe pour la majorité LREM alors qu’elle croyait avoir acquis virtuellement la ville de Paris après les beaux résultats des élections européennes de mai 2019.

C’est aussi quasiment sans précédent pour un candidat de cette importance politique, ou du moins, à l'exception de l’abandon européen de Philippe Séguin en 1999 (et de celui d'Alain Lipietz à l'élection présidentielle de 2002). Benjamin Griveaux a semble-t-il été victime dans la nuit précédant sa renonciation de la diffusion d’une sextape l’impliquant. C’est la première fois qu’un tel procédé, très courant en Russie pour discréditer certains candidats, est utilisé en France et laisse entrevoir un futur très nauséeux pour la vie politique. Ce n’est pas un poisson d’avril, mais ce n’est pas non plus une rose de la Saint-Valentin. C’est d’ailleurs surtout pour des raisons familiales que Benjamin Griveaux a jeté l’éponge, ne voulant pas que ses proches soient traînés dans la boue sur son sillage.

Comme pour les Balkany, peut-être Benjamin Griveaux bénéficiera d’une empathie qu’il n’a jamais eue pour l’instant. Un non-candidat est de toute façon toujours préféré au candidat. C’était le cas de Jacques Chirac après 2007. Benjamin Griveaux représentait à merveille l’arrogance du "nouveau monde" macronien. En fait, il était très typique de "l’ancien monde", celui des ambitions perdues.

À l’origine, Benjamin Griveaux, né quelques jours après Emmanuel Macron, IEP Paris, HEC mais pas ENA (dont il a raté le concours), était un jeune cadre plein d’espoir du Parti socialiste, proche de Dominique Strauss-Kahn et de Marisol Touraine, qui n’avait pas obtenu d’investiture aux élections législatives socialistes en 2017. Élu local (conseiller municipal de Chalon-sur-Saône et vice-président du conseil général de Saône-et-Loire présidé par Arnaud Montebourg), il aurait voulu être député PS à Paris.

Lié par son mariage à la famille du chef d’orchestre Marc Minkowski, Benjamin Griveaux a trouvé son salut avec la candidature d’Emmanuel Macron qu’il a soutenu dès 2015, le futur Président représentait pour lui le meilleur moyen d’assouvir sa grande ambition, tant sur le plan personnel que sur le plan des idées sociales-libérales. Pendant la dernière campagne présidentielle, il a fait partie du très peu nombreux staff des lieutenants d’Emmanuel Macron, aux côtés de Richard Ferrand et de Christophe Castaner, d’ailleurs, on ne voyait que ces trois seconds couteaux dans les médias pour défendre les idées du fondateur d’En Marche.

Avec l’élection d’Emmanuel Macron, ce fut la consécration. Élu député de Paris, il fut nommé le 21 juin 2017 Secrétaire d’État dans le second gouvernement du Premier Ministre Édouard Philippe, d’abord auprès de Bruno Le Maire à Bercy, puis, le 24 novembre 2017, Porte-Parole du gouvernement quand Christophe Castaner quitta ce poste pour diriger LREM (tout en restant cependant au gouvernement mais à un autre poste moins exposé).

Exprimant régulièrement son "envie" de la mairie de Paris, et suscitant beaucoup de rejet à cause des ambitions de concurrents internes et externes, Benjamin Griveaux a quitté le gouvernement le 27 mars 2019 pour se consacrer totalement à sa candidature à Paris. Désigné candidat officiel de LREM le 10 juillet 2019 face à de nombreux autres candidats (Cédric Villani, Hugues Renson, Mounir Mahjoubi, etc.), il n’a pas réussi à faire l’unité autour de lui avec le maintien persistant de la candidature de Cédric Villani qui s’est éloigné de LREM le 26 janvier 2020 après son entrevue à l’Élysée. Benjamin Griveaux avait pourtant réussi à faire l’union avec l’UDI et Agir, l’aile macroniste de LR, avec le désistement et ralliement du jeune député Pierre-Yves Bournazel.

Même s’il a essayé d’adopter une attitude décontractée et proche des gens durant ses premières semaines de campagne sur le terrain, la mayonnaise n’a jamais prise : il restait victime de son image nationale d’arrogant et d’ambitieux prêt à vendre père et mère pour atteindre ses objectifs. Le fait qu’il quitte aujourd’hui l’arène parisienne pour protéger sa famille a finalement de quoi rassurer sur son humanité (qui, du reste, n’aurait jamais dû être mise en doute).

Depuis un mois, Benjamin Griveaux était dépassé dans les sondages d’intentions de vote par la candidate LR Rachida Dati. Ses propositions complètement stupides pour Paris, comme déplacer la gare de l’Est pour construire un parc d’attraction, sans prendre en compte les conséquences désastreuses dans les transports pour les Franciliens et aussi les provinciaux venant de l’est de Paris, ont montré une absence inquiétantes de la connaissance des réalités économiques et sociales et n’ont pas pour autant suffi à remonter la pente.

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Le retrait de Benjamin Griveaux va provoquer un véritable séisme dans la classe politique. Un double séisme.

Le premier est purement parisien et circonstanciel pour les élections de mars 2020, il sera vite oublié. Les listes de Benjamin Griveaux poursuivront-elles leur aventure mais avec une autre tête de liste, peut-être Pierre-Yves Bournazel ? Olivia Grégoire ? Peut-être Marlène Schiappa ? Agnès Buzyn ? Delphine Bürkli, la maire du neuvième arrondissement ? Ou au contraire, serait-ce l’occasion de retrouver l’unité perdue avec une fusion des listes de Cédric Villani ? Il ne faut pas négliger le fait qu’il est déjà très tard, chaque candidat a déjà formé ses listes, ses équipes, et le dépôt des listes est déjà ouvert depuis la veille, le 13 février 2020, si bien que certain dépôt ont pu être déjà réalisé (même si l’intérêt politique commande de déposer au dernier moment ses listes, pour laisser la possibilité d’une ultime modification).

Dans tous les cas, la confirmation d’un duel au sommet entre Anne Hidalgo et Rachida Dati est confirmée, car il sera toujours très difficile de reprendre une campagne en main au dernier moment, c’était le problème du retrait de Philippe Séguin de la tête de liste RPR aux élections européennes de juin 1999 et la difficulté, en quelques semaines, de reprendre le flambeau avec un autre candidat, Nicolas Sarkozy. Les électeurs penseront dans tous les cas que le meilleur candidat pour vaincre la maire sortante est Rachida Dati. Dans les faits, Benjamin Griveaux a montré qu’il n’était pas le meilleur candidat LREM.

Le second séisme est plus grave, national et plus durable. Car si Benjamin Griveaux s’est senti obligé de se retirer, c’est qu’il est d’abord une victime d’une attaque ignoble sur Internet. Et ce niveau d’attaque n’avait jamais été atteint. Il y a bien eu des calomnies qui ont été médiatisées dans le passé, je rappelle par exemple Dominique Baudis accusé à tort à Toulouse par une prostituée dans une affaire sordide, mais la nouveauté technologique qui permet avec Internet et les réseaux sociaux de diffuser très rapidement (même si très provisoirement) des images de caractère pornographique pour discréditer un candidat à une élection politique, disons-le clairement, c’est dégueulasse, et c’est très inquiétant.

Les auteurs de cette attaque n’avaient peut-être pas imaginé que quelques heures seulement après leur forfait, le candidat attaqué démissionnerait. Je ne veux pas savoir à quoi fait allusion cette attaque car je sais qu’il ne s’agit que d’affaires personnelles qui ne regardent qui sa vie privée, mais je mets en garde sur ce climat réellement délétère, les mœurs des uns et des autres ne doivent pas entrer dans le débat politique ni même public dès lors qu’elles respectent la loi. Il faut marteler que la transparence qu’on doit attendre des élus doit se limiter aux frontières de l’intimité.

Je ne vais pas inscrire "Je suis Benjamin Griveaux" parce qu’il y a des causes plus graves et urgentes, mais même si je doutais qu’il ferait un bon maire de Paris, j’apporte aujourd’hui tout mon soutien à Benjamin Griveaux et à sa famille pour l’épreuve qu’ils traversent, et espère surtout qu’il n’y aura pas d’autre victime politique de ces procédés, répétons-le, odieux et dégueulasses.

NB. Il est possible que la diffusion de cette vidéo soit plus un moyen de se faire de la publicité de la part d'un soi-disant artiste russe apparemment déjanté que d'attaquer un responsable de la classe politique. Cela ne retire rien aux réflexions et conclusions.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 février 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Benjamin Griveaux.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Les élections municipales de mars 2014.
Les élections municipales de mars 2008.
Scrutins locaux : ce qui a changé.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Les ambitieux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200214-benjamin-griveaux.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/benjamin-griveaux-ne-sera-pas-le-221502

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/14/38022664.html

 

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commentaires

fangeux8889 16/02/2020 00:29

« L’américanisation des élites politiques » est effectivement en marche :MM.Trump & Griveaux paraissent si oisifs et si peu préoccupés du bien commun qu’ils consacrent une part non négligeable de leur temps à des activités fort peu reluisantes.C’est à croire qu’ils n’ont rien à faire…Il est vrai que le travail a longtemps été réservé aux masses serviles & prolétarisées.Cela semble toujours être le cas quand on constate que nos « élites dirigeantes » sont strictement incapables de prendre les mesures adéquates pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés :inégalités sociales,dérèglement climatique,délitement du lien social,extrémisme religieux,pourrissement de l’esprit public…etc. Mais peut-on encore parler d’ « élites » ? Ils représentent eux-mêmes avant tout. « Roulons-nous dans la fange tant que le loup n’y est pas…. »pourrait-on dire.En France comme aux Etats-Unis les élites dirigeantes touchent le fond où la misère le dispute au sordide.Les populismes trumpien & macronien risquent fort de s’achever en farce tragique.Vivement que cela change !

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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