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14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 03:39

« Nous sommes en train de vivre des jours difficiles. Nous ressentons tous en ce moment la peur, l’angoisse pour nos parents, pour nous-mêmes face à ce virus redoutable, invisible, imprévisible. La fatigue et la lassitude pour certains, le deuil et le chagrin pour d’autres. » (Emmanuel Macron, le 13 avril 2020).


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La troisième allocution télévisée du Président Emmanuel Macron depuis la pandémie de coronavirus était très attendue (la lire ou la voir ici), comme les précédentes (36,7 millions de téléspectateurs, un record !). En effet, ce lundi 13 avril 2020, le Président de la République devait indiquer un horizon sur le confinement que son gouvernement a décidé depuis le 17 mars 2020. Depuis trois à quatre jours, le nombre de personnes qui rentrent dans un service de réanimation commence à devenir plus petit que le nombre de personnes qui sortent d’un service de réanimation. Ce sont les premiers effets du confinement et il faudra attendre sans doute encore une ou deux semaines pour voir un effet sur le nombre de décès.

Emmanuel Macron est apparu plus humain et plus humble dans cette (très longue) allocution télévisée. Humain car il a tenu à indiquer qu’il comprenait l’effort des Français en période de confinement. Un effort gigantesque. Et inégalement réparti, évidemment. C’est plus facile de vivre confiné dans son jardin ensoleillé qu’à cinq dans un petit appartement d’un immeuble sans lumière. Humain en ce sens qu’il souhaite donner la possibilité aux familles de venir visiter leur parent en fin de vie dans les EHPAD ou hôpitaux, avec toutes les conditions et précautions. Il est apparu aussi plus humble et a reconnu qu’il pouvait y avoir des erreurs. Il a eu aussi l’intelligence politique de ne plus évoquer les "instances scientifiques" qui guidaient ses choix politiques : non, la science n’a rien à voir avec les décisions gouvernementales.

La responsabilité est tout entière dans le politique, et Emmanuel Macron est prêt à l’assumer. Le politique, c’est de faire l’équilibre entre le maintien d’une économie nationale et la sauvegarde de vies humaines. Si on écoutait les soignants, il faudrait rester toujours confinés jusqu’à l’arrivée d’un vaccin ou de traitements efficaces. Mais socialement et politiquement, ce n’est pas possible. La politique, c’est l’art du possible entre deux voies idéales aux logiques parfois contradictoires.

Le problème du confinement, c’est l’économie, mais aussi le social. Huit millions de personnes sont actuellement en chômage partiel. En gros, la population active se répartit en trois parties à peu près équivalentes : le premier tiers travaille comme avant, le deuxième tiers fait du télétravail à la maison, et le troisième tiers ne travaille plus, est au chômage le cas échéant. Jamais un gouvernement n’a été aussi loin dans les aides aux salariés et aux entreprises, en soutenant le chômage partiel, en voulant aussi aider les familles aux petits revenus. L’effort est considérable et il faut saluer l’anticipation des conséquences économiques du confinement.

Évidemment, la crise du coronavirus n’a pas été prévue, et même, personne ne l’a prévue : « Alors, étions-nous préparés à cette crise ? À l’évidence, pas assez mais nous avons fait face en France comme partout ailleurs. (…) Le moment, soyons honnêtes, a révélé des failles, des insuffisances. Comme tous les pays du monde, nous avons manqué de blouses, de gants, de gel hydroalcoolique. Nous n’avons pas pu distribuer autant de masques que nous l’aurions voulu pour nos soignants, pour les personnes s’occupant de nos aînés, pour les infirmières et les aides à domiciles. Dès l’instant où ces problèmes ont été identifiés, nous nous sommes mobilisés (…) pour produire et acquérir le matériel nécessaire. Mais je mesure pleinement que, lorsque l’on est au front, il est difficile d’entendre qu’une pénurie mondiale empêche les livraisons. ».

Ceux qui critiquent le gouvernement et Emmanuel Macron sont des infectés du virus de la mauvaise foi et de l’esprit partisan : au début, ils critiquaient le pouvoir sous prétexte qu’il en faisait trop avec le coronavirus ; maintenant, ils le critiquent parce qu’il n’en ferait pas assez. La réalité, c’est que tout est toujours bon pour faire de l’antimacronisme primaire.

Qu’Emmanuel Macro n’en soit pas personnellement affecté : cela aurait pu être de l’antihollandisme primaire, de l’antisarkozysme primaire et même de l’antichiraquisme primaire si la crise était survenue plus tôt dans l’histoire de notre République. Ce sont des critiquailleurs qui n’ont aucun sens de l’intérêt général, car il faut bien dire les choses : que font-ils pour sauver les vies humaines ? Car nous en sommes là. Près de 15 000 morts. On est loin de la "grippette" car hélas, le calvaire est loin d’être terminé (sans compter que mondialement, c’est déjà 120 000 morts). Jamais les hôpitaux n’ont été autant en surtension, plus de 60 000 malades du covid ont été hospitalisés depuis le début de la crise sanitaire, il y a six semaines, et plus de 7 000 ont été en permanence en service de réanimation.

Les mêmes se sont moqués pendant dix ans de la grande prudence anticipatrice de Roselyne Bachelot avec la grippe A(H1N1). Oui, il valait mieux prendre trop de précaution que pas assez. Mais même sans réduction des dépenses publiques depuis dix ou vingt ans, nous aurions été surpris par l’agressivité et la rapidité de la crise sanitaire. Il n’était pas possible d’avoir, à froid, hors crise, tous les équipements, d’avoir tous les médicaments, d’avoir tous les respirateurs, d’avoir des services de réanimation surdimensionnés pour une hypothétique crise comme celle-ci. Du reste, on ne peut pas critiquer la baisse du nombre de lits d’hôpital et vouloir promouvoir des soins en ambulatoire. En revanche, il fallait être prêt à se donner les moyens de lutter efficacement dès que l’hypothèse d’une crise d’une telle ampleur commençait à naître sérieusement. Et Emmanuel Macron a salué justement cette réactivité : celle de pouvoir doubler la capacité en réanimation, celle de transférer des malades dans d’autres hôpitaux pour désaturer ceux des régions les plus atteintes (voir plus bas sur cette reconnaissance).

On critique le gouvernement sur la pénurie de masques, mais la focalisation du gouvernement a été de privilégier les équipes soignantes. Pour celui qui n’est ni malade ni au contact avec des malades, le masque n’est pas forcément utile si on respecte correctement les gestes barrières. On peut plus justement critiquer le gouvernement sur les tests de dépistage mais là encore, lorsque le test est négatif, cela ne signifie pas que la personne testée ne sera pas contaminée le lendemain (et les examens cliniques en médecine de ville sont aussi efficaces que les tests pour diagnostiquer le covid).

Je pense que le grand manquement de la France, je parle en termes de pays car le gouvernement n’est pas directement responsable de cela, et Emmanuel Macron n’en a pas parlé, c’est l’hécatombe dans les EHPAD. Un tiers des victimes du covid en France étaient résidents dans un EHPAD (ou assimilé). Là encore cessons de dire que cette hécatombe est voulue. Rappelons simplement que l’intérêt économique de ces établissements, c’est d’une part leur réputation (si on y meurt trop, la réputation s’effondre très vite), et d’autre part, c’est d’occuper les chambres, donc, quel serait l’intérêt de laisser mourir ses résidents ? Je n’en vois aucun, d’un point de vue économique (et aucun évidemment, d’un point de vue humain). Probablement que les autorités sanitaires auraient dû mieux encadrer ceux qui ont dû gérer la crise du coronavirus dans leur EHPAD, leur donner des méthodes plus efficaces de dépistage systématique et d’isolement des malades (soignants ou résidents).

D’ailleurs, comment peut-on être aussi stupide en disant que la crise sanitaire est la conséquence du capitalisme ? Le coronavirus, jusqu’à nouvel ordre, se moque bien des régimes politiques ou économiques des territoires qu’il envahit. Bêtise aussi de dire que le confinement est un moyen capitaliste pour exploiter le peuple (quelle stupidité d’entendre ou lire ce genre d’arguments) : l’intérêt économique des possédants, de ceux qui sont à la tête des grandes entreprises, ce n’est pas la crise sanitaire, ce n’est pas le confinement, ce n’est pas les avions cloués au sol, ce n’est pas la fermeture des frontières, ce n’est pas la récession, c’est tout le contraire. C’est de laisser les gens travailler, circuler, échanger, consommer, faire du tourisme.

C’est cela qu’il faut marteler : l’intérêt économique serait de laisser un pourcentage non négligeable de la population se faire tuer par le coronavirus au nom d’un soutien à l’emploi et au commerce. En clair, si Emmanuel Macron a décidé le confinement, s’est donc résolu à un début de récession, c’était contre l’intérêt économique, contre le système capitaliste, et allons plus loin, car c’est démontré désormais, c’est pour sauver des vies. Alors, ceux qui critiquent le principe même du confinement, ce sont eux, les "sales" capitalistes, ce sont eux qui préfèrent maintenir un niveau économique au détriment, j’insiste bien, au détriment de vies humaines. Qui sont les vrais humanistes, dans cette crise ? Ceux qui s’attachent à critiquer ou ceux qui font tout pour sauver les vies ? Il y a les humanistes en théorie et les humanistes en pratique. J’ai toujours une tendance à vouloir préférer les seconds.

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La principale information de cette allocution, c’était le prolongement du confinement jusqu’au 11 mai 2020. Emmanuel Macron a fait de cette date le départ d’une nouvelle période, mais il a bien insisté au début que cette date était soumise à condition, condition que le risque d’une seconde vague ne submerge pas plus gravement encore les hôpitaux. Il faut bien sûr montrer le bout du tunnel, pour maintenir l’effort. Comment accepter l’effort si on ne sait pas pendant combien de temps il faut le faire ? Mais ce 11 mai 2020 est probablement trop tôt. Trop tôt en tout cas pour rouvrir les écoles. Pourquoi les universités resteraient-elles fermées jusqu’en septembre et pas les crèches, écoles, collèges et lycées ? Juste maintenir un semblant de normalité scolaire ? Permettre aux parents de reprendre la route du travail ? Cela reste casse-cou à mon sens, et il aurait mieux fallu abandonner toute ambition scolaire pour cette année, en trouvant un dispositif pour que les élèves ne soient pas injustement désavantagés par rapport aux autres années.

Il a fallu donner des perspectives positives : « Je mesure pleinement, en vous le disant, l’effort que je vous demande. Durant les quatre semaines à venir, les règles prévues par le gouvernement devront continuer d’être respectées. Elles sont en train de montrer leur efficacité et ne doivent être ni renforcées ni allégées, mais pleinement appliquées. ». Oui, rester chez soi, c’est sauver des vies humaines, peut-être celle de nos proches, peut-être la nôtre.

Dès le début de son intervention, Emmanuel Macron a tenu a remercié tous ceux qui se battaient sur le front avec efficacité et bravoure : « Nos fonctionnaires et personnels de santé, médecins, infirmiers, aides-soignants, ambulanciers, secouristes, nos militaires, nos pompiers, nos pharmaciens ont donné dans cette première ligne toute leur énergie pour sauver des vies et soigner. Ils ont tenu. Les hôpitaux français ont réussi à soigner tous ceux qui s’y présentaient. Ces journées, ces semaines ont été et resteront l’honneur de nos soignants, en ville comme à l’hôpital. ». J’insiste sur l’élément clef : tous ceux qui ont eu besoin d’être soignés ont été soignés. Il n’y a pas eu "sélection" ni "tri", du moins en raison d’une supposée saturation des places en réanimation. Il est là, l’exploit depuis quatre semaines.

Un peu plus tard, il est revenu sur cette reconnaissance : « Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. "Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune". Ces mots, les Français les ont écrits il y a plus de deux cents ans. Nous devons aujourd’hui reprendre le flambeau et donner toute sa force à ce principe. ».

Emmanuel Macron a terminé en exprimant sa fierté du peuple français : « Notre Nation se tient debout, solidaire, dans un but commun. On disait que nous étions un peuple indiscipliné, et voilà que nous respectons des règles, des disciplines parmi les plus rigoureuses jamais imposées à notre peuple en temps de paix. On disait que nous étions un peuple épuisé, routinier, bien loin de l’élan des fondations, et voilà que tant d’entre vous rivalisent de dévouement, d’engagement  face à l’inattendu de cette menace. Nous voilà tous solidaires, fraternels, unis, concitoyens d’un pays qui fait face. Concitoyen d’un pays qui débat, qui discute, qui continue de vivre sa vie démocratique, mais qui reste uni. Et je veux ce soir partager avec vous, au cœur de l’épreuve, cette fierté. Cette certaine idée qui a fait la France est bien là, vivante et créatrice. Et cela doit nous remplir d’espoir. ».

Définir un cap, expliquer en toute transparence, maintenir une vie parlementaire malgré l’urgence sanitaire, redonner espoir à ceux qui pourraient l’avoir perdu, oui, ce sont toutes les missions des hommes d’État face à l’adversité. À l’évidence, Emmanuel Macron en est un.

Et probablement que la fin de son allocution sera désormais répétée et répétée, comme elle l’est déjà dans les nombreux échanges privés entre citoyens : « Prenez soin de vous, prenons soin les uns des autres. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Allocution du Président Emmanuel Macron le 13 avril 2020 à la télévision (texte intégral).
Emmanuel Macron : plus humain et plus humble.
Confinement 2.0.
Attestation de déplacement dérogatoire obligatoire à chaque déplacement en France (à télécharger).
Le coronavirus Covid-19 expliqué aux enfants (plaquette à télécharger).
Tout savoir sur le covid-19 et les mesures de confinement en France (mis à jour).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 16 mars 2020 à la télévision (texte intégral).
Toutes les mesures de restriction pour réduire la propagation du coronavirus en France (14 mars 2020).
Allocution du Président Emmanuel Macron le 12 mars 2020 au Palais de l’Élysée (texte intégral).
Les institutions à l’épreuve du coronavirus Covid-19.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
La 5e Conférence nationale du handicap le 11 février 2020 à Paris.
Emmanuel Macron et la France de 2020 en effervescence.

_yartiMacron2020041303



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200413-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/emmanuel-macron-plus-humain-et-223285

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/04/13/38195839.html



 

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commentaires

M
On ne parlera pas du grnombre de chirurgiens incompétents qui conservent leur emploi après un très grand nombre de désastres sur des patients qui se retrouvent handicapés à vie.
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M
Encore du M. Macron et les 40 mensonges car depuis combien d’années la réduction du personnel hospitalier, effectifs divisé par trois ou quatre dans tous les services, malades chassés des hôpitaux publics, fait aux détriment des malades, et surtout du personnel hospitalier lassés, mais obligés de courir des marathons en permanence toute la journée pour un salaire réduit aux fils des ans. Je ne peux que vous faire part de mon expérience après quinze interventions chirurgicales et autant d’hospitalisations dans H.P. de Paris pour avoir été soigné comme un déchet gênant.
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