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16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 03:29

« La charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l’Église. Toute responsabilité et tout engagement définis par cette doctrine sont imprégnés de l’amour qui (…) est la synthèse de toute la Loi. L’amour donne une substance authentique à la relation personnelle avec Dieu et avec le prochain. Il est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques. » (Benoît XVI, 29 juin 2009).



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Le pape émérite Benoît XVI (Joseph Ratzinger) fête ses 93 ans ce jeudi 16 avril 2020. Pape intellectuel, théologien allemand, profondément réformateur et à la pointe du concile Vatican II, Benoît XVI, dont on a parlé souvent du conservatisme mais qui n’est qu’une question de génération (celle d’avoir connu la guerre, et de s’opposer au nazisme avec les difficultés des adolescents de son époque et de son pays), marquera sans doute l’histoire du Vatican pour un acte finalement mineur mais fondateur : sa renonciation à être pape le 28 février 2013, peu avant d’atteindre l’âge de 86 ans, parce qu’épuisé par la charge.

Lorsqu’il fut élu pape le 19 avril 2005, personne n’imaginait un autre que lui pour prendre la très lourde succession de saint Jean-Paul II (eh oui, c’est un saint maintenant). Lui-même, cardinal Ratzinger, s’imaginait plutôt prendre une retraite paisible à 78 ans, après avoir servi auprès de Jean-Paul II comme une éminence grise, un penseur philosophe, un préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (du 25 novembre 1981 au 13 mai 2005), sorte de super-ministère chargé de la doctrine sociale de l’Église et qui fut la successeure de la très sinistre "Sacrée congrégation de l’inquisition romaine et universelle".

Impossible de ne pas revoir dans ces conditions "Habemus papam", excellent film réalisé par Nanni Moretti (sorti en France le 7 septembre 2011, avant 2013 donc), où Michel Piccoli joue le rôle du pape élu mais dépressif. Mgr Joseph Ratzinger pouvait-il honnêtement refuser la charge de pape alors qu’il était le plus ancien du collège des cardinaux ? C’était impossible. Il l’a accepté mais il n’a jamais été fait pour gérer les affaires de l’Église, il est fait pour penser, réfléchir, étudier, proposer. D’ailleurs, jamais un pape n’a autant écrit durant son pontificat que lui. Mais sans doute s’était-il laissé cette solution ultime de pouvoir démissionner si la fatigue l’envahissait trop. Il a tenu jusqu’à peu près l’âge de Jean-Paul II.

Cet acte historique, la renonciation, va faciliter la vie de ses successeurs, et renforcer leur humilité. Jean-Paul II refusait de démissionner car il préférait laisser à Dieu le choix de la fin, le choix de la date, mais Benoît XVI, trop fatigué, n’en pouvait tout simplement plus. Au lieu de se la jouer gérontocratie soviétique de l’époque Leonid Brejnev, il est parti à temps. Pas très loin d’ailleurs. Dans une résidence de repos des papes. Le pape François n’a d’ailleurs pas exclu qu’il choisirait aussi cette possibilité si d’aventure il se sentait trop fatigué lui-même.

Le dernier pape qui a renoncé avant Benoît XVI, ce fut Grégoire XII (1325-1417) qui a démissionné le 4 juillet 1415 à l’âge de 90 ans (il est mort deux ans plus  tard). Benoît XVI pourrait cependant détenir dans 140 jours un autre record : celui du pape qui aura vécu le plus longtemps, puisque le très long Léon XIII est mort à 93 ans et 140 jours, un record de vieillesse, après un quart de siècle de pontificat, si l’on exclut du tableau Agathon, pape du 27 juin 678 au 10 janvier 681 et qui aurait été élu pape à plus de 100 ans (mais rien n’a attesté cet âge). Avant Grégoire XII, le moine-pape saint Célestin V (1209-1296) a renoncé aussi à la charge papale le 13 décembre 1294, quelques mois après son élection, à l’âge de 85 ans.

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Comme je l’ai écrit plus haut, Benoît XVI a cette réputation de pape conservateur alors qu’il était également moderne, au point même d’ouvrir un compte Twitter le 12 décembre 2012. Le temps de ces phrases est difficile à employer puisque le pape est au passé mais la personne est toujours au présent, bien sûr. Sa position, pendant un quart de siècle a été certes la préservation du dogme catholique, mais ses prises de positions ont montré également beaucoup d’ouverture notamment dans le domaine économique, social et environnemental.

Ce n’est pas un hasard si sa dernière encyclique est un hommage appuyé à son grand prédécesseur saint Paul VI (oui, lui aussi est devenu un saint) qui avait publié l’encyclique "Populorum progressio" le 26 mars 1967. La dernière encyclique de Benoît XVI a pris un titre très "ambitieux" et probablement assez énigmatique pour parler des affaires contemporaines : "Caritas in veritate" (l’amour dans la vérité), le mot "caritas" en latin est l’un des trois sens du mot "amour", celui qu’on peut traduire en français par "charité" mais qui a une certaine connotation. Elle a été signée le 29 juin 2009 et publiée le 7 juillet 2009. Elle est la suite de la précédente encyclique sociale qui date de "Centesimus annus" (la centième année) publiée le 1er mai 1991 par Jean-Paul II pour célébrer le centenaire de la fameuse encyclique de Léon XIII "Rerum novarum" sur la doctrine sociale de l’Église.

Benoît XVI résume assez bien la raison du son choix pour le titre (Caritas in veritate) en rappelant l’inséparabilité de la foi et de la raison (la foi sans la raison, et la raison sans la foi créent toujours un manque) : « Cette doctrine est un service de la charité, mais dans la vérité. La vérité préserve et exprime la force de libération de la charité dans les événements toujours nouveaux de l’histoire. Elle est, en même temps, une vérité de la foi et de la raison, dans la distinction comme dans la synergie de ces deux modes de connaissance. Le développement, le bien-être social, ainsi qu’une solution adaptée aux graves problèmes socio-économiques qui affligent l’humanité, ont besoin de cette vérité. Plus encore, il est nécessaire que cette vérité soit aimée et qu’il lui soit rendu témoignage. Sans vérité, sans confiance et sans amour du vrai, il n’y a pas de conscience ni de responsabilité sociale, et l’agir social devient la proie d’intérêts privés et de logiques de pouvoir, qui ont pour effet d’entraîner la désagrégation de la société, et cela d’autant plus dans une société en voie de mondialisation et dans les moments difficiles comme ceux que nous connaissons actuellement. ».

Comme on le voit, cette réflexion est loin d’être pour l’ordre établi. Au contraire, elle décoiffe, au risque d’être utopique : imposer la vérité dans l’économie et dans la politique, cela pourrait paraître utopique, mais depuis une dizaine d’années, c’est une demande encore plus forte et pressante des peuples. Lorsqu’il parle de "moments difficiles comme ceux que nous connaissons actuellement", ce n’est évidemment pas de la crise sanitaire actuelle, mais de la crise mondiale de 2008.

Cette volonté de réforme est permanente dans l’Église : « "Populorum progressio" souligne (…) à plusieurs reprises l’urgence des réformes et demande que, face aux grands problèmes de l’injustice dans le développement des peuples, on agisse avec courage et sans retard. Cette urgence est dictée aussi par l’amour dans la vérité. (…) L’urgence n’est pas seulement inscrite dans les choses ; elle ne découle pas uniquement de la pression des événements et des problèmes, mais aussi de ce qui est proprement en jeu : la réalisation d’une authentique fraternité. L’importance de cet objectif est telle qu’elle exige que nous la comprenions pleinement et que nous nous mobilisions concrètement avec le "cœur", pour faire évoluer les processus économiques et sociaux actuels vers des formes pleinement humaines. ». Où est le conservatisme dans ces phrases si fortes ?

Le titre officiel de l’encyclique évoque, du reste, le "développement humain intégral" : « Lettre encyclique Caritas in veritate du souverain pontife Benoît XVI aux évêques, aux prêtres et aux diacres, aux personnes consacrées, aux fidèles laïcs et à tous les hommes de bonne volonté sur le développement humain intégral dans la charité et dans la vérité ».

En introduction, Benoît XVI rappelle aussi que la "charité" peut avoir une connotation particulière : « Je suis conscient des dévoiements et des pertes de sens qui ont marqué et qui marquent encore la charité, avec le risque conséquent de la comprendre de manière erronée, de l’exclure de la vie morale et, dans tous les cas, d’en empêcher la juste mise en valeur. Dans les domaines social, juridique, culturel, politique, économique, c’est-à-dire dans les contextes les plus exposés à ce danger, il n’est pas rare qu’elle soit déclarée incapable d’interpréter et d’orienter les responsabilités morales. ».

Ce qui explique le titre de l’encyclique : « De là, découle la nécessité de conjuguer l’amour avec la vérité non seulement selon la direction indiquée par saint Paul : celle de la "veritas in caritate", mais aussi, dans celle, inverse et complémentaire, de la "caritas in veritate". La vérité doit être cherchée, découverte et exprimée dans "l’économie" de l’amour, mais l’amour à son tour doit être compris, vérifié et pratiqué à la lumière de la vérité. Nous aurons ainsi non seulement rendu service à l’amour, illuminé par la vérité, mais nous aurons aussi contribué à rendre crédible la vérité en en montrant le pouvoir d’authentification et de persuasion dans le concret de la vie sociale. Ce qui, aujourd’hui, n’est pas rien compte tenu du contexte social et culturel présent qui relativise la vérité, s’en désintéresse souvent ou s’y montre réticent. ».

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Benoît XVI en restitue le principe général : « "Caritas in veritate" est un principe sur lequel se fonde la doctrine sociale de l’Église, un principe qui prend une forme opératoire par des critères d’orientation de l’action morale. Je désire en rappeler deux de manière particulière ; ils sont dictés principalement par l’engagement en faveur du développement dans une société en voie de mondialisation : la justice et le bien commun. ».

La justice : « Qui aime les autres avec charité est d’abord juste envers eux. Non seulement la justice n’est pas étrangère à la charité, non seulement elle n’est pas une voie alternative ou parallèle à la charité : la charité est "inséparable de la charité", elle lui est intrinsèque. La justice est la première voie de la charité ou, comme le disait Paul VI, son "minimum", une partie intégrante de cet amour "en actes et en vérité" (…). D’une part, la charité exige la justice ; la reconnaissance et le respect des droits légitimes des individus et des peuples. Elle s’efforce de construire la cité de l’homme selon le droit et la justice. D’autre part, la charité dépasse la justice et la complète dans la logique du don et du pardon. ». Et je souligne la suite : « La cité de l’homme n’est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d’abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion. ».

Le bien commun : « Œuvrer en vue du bien commun signifie d’une part, prendre soin et, d’autre part, se servir de l’ensemble des institutions qui structurent juridiquement, civilement, et culturellement la vie sociale qui prend ainsi la forme de la polis, de la cité. On aime d’autant plus efficacement son prochain que l’on travaille davantage en faveur du bien commun qui répond également à ses besoins réels. (…) Dans une société en voie de mondialisation, le bien commun et l’engagement en sa faveur ne peuvent pas ne pas assumer les dimensions de la famille humaine tout entière, c’est-à-dire de la communauté des peuples et des Nations, au point de donner forme d’unité et de paix à la cité des hommes, et d’en faire, en quelque sorte, la préfiguration anticipée de la cité sans frontières de Dieu. ».

Benoît XVI explique et justifie la vision de Paul VI : « Dans la quête du développement, il faut "des sages de réflexion profonde, à la recherche d’un humanisme nouveau, qui permette à l’homme moderne de se retrouver lui-même". Mais ce n’est pas tout. Le sous-développement a une cause encore plus profonde que le déficit de réflexion : c’est "le manque de fraternité entre les hommes et les peuples". Cette fraternité, les hommes pourront-ils jamais la réaliser par eux seuls ? La société toujours plus mondialisée nous rapproche, mais elle ne nous rend pas frères. La raison, à elle seule, est capable de comprendre l’égalité entre les hommes et d’établir une communauté de vie civique, mais elle ne parvient pas à créer la fraternité. Celle-ci naît d’une vocation transcendante de Dieu Père, qui nous a aimés en premier, nous enseignant par l’intermédiaire du Fils ce qu’est la charité fraternelle. Dans sa présentation des différents niveaux du processus de développement de l’homme, Paul VI, après avoir mentionné la foi, mettait au sommet "l’unité dans la charité du Christ qui nous appelle tous à participer en fils à la vie du Dieu vivant, Père de tous les hommes". ».

Et d’ajouter pour comprendre le mot "développement" : « Par le terme "développement, [Paul VI] voulait désigner avant tout l’objectif de faire sortir les peuples de la faim, de la misère, des maladies endémiques et de l’analphabétisme. D’un point de vue économique, cela signifiait leur participation active, dans des conditions de parité, à la vie économique internationale ; du point de vue sociale, leur évolution vers des sociétés instruites et solidaires ; du point de vue politique, la consolidation de régimes démocratiques capables d’assurer la paix et la liberté. ». Tout un programme politique !

Le profit : « Le profit est utile si, en tant que moyen, il est orienté vers un but qui lui donne un sens relatif aussi bien quant à la façon de le créer que de l’utiliser. La visée exclusive du profit, s‘il est produit de façon mauvaise ou s’il n’a pas le bien commun pour but ultime, risque de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté. (…) Les forces techniques employées, les échanges planétaires, les effets délétères sur l’économie réelle d’une activité financière mal utilisée et, qui plus est, spéculative, les énormes flux migratoires, souvent provoqués et ensuite gérés de façon inappropriée, l’exploitation anarchique des ressources de la terre, nous conduisent aujourd’hui à réfléchir sur les mesures nécessaires pour résoudre des problèmes qui (…) ont (…) un impact décisif sur le bien présent et futur de l’humanité. ». En clair, le profit, nécessaire pour l’activité humaine, ne doit pas se faire au détriment de l’humain et au détriment de la nature.

L’encyclique fait ensuite un bilan très noir de la mondialisation, notamment sur le plan de la protection sociale et sur la culture et la santé : « L’accueil de la vie trempe les énergies morales et nous rend capables de nous aider mutuellement. En cultivant l’ouverture à la vie, les peuples riches peuvent mieux percevoir les besoins de ceux qui sont pauvres, éviter d’employer d’importantes ressources économiques et intellectuelles pour satisfaire les désirs égoïstes de leurs citoyens et promouvoir, en revanche, des actions bénéfiques en vue d’une production moralement saine et solidaire, dans le respect du droit fondamental de tout peuple et de toute personne à la vie. ».

Le développement humain : « Dans cette perspective, le thème du développement humain intégral revêt une portée encore plus complexe : la corrélation entre ses multiples composantes exige qu’on s’efforce de faire interagir les divers niveaux du savoir humain en vue de la promotion d’un vrai développement des peuples. (…) Compte tenu de la complexité des problèmes, il est évident que les différentes disciplines scientifiques doivent collaborer dans une interdisciplinarité ordonnée. La charité n’exclut pas le savoir, mais le réclame, le promeut et l’anime de l’intérieur. Le savoir n’est jamais seulement l’œuvre de l’intelligence. (…) Il veut être une sagesse capable de guider l’homme à la lumière des principes premiers et de ses fins dernières, il doit être "relevé" avec le "sel" de la charité. ».

Et je terminerai par cette phrase très éloquente qui donne tout le ton de cette encyclique très spécifique à la personnalité et à la pensée de Benoît XVI : « Le faire sans le savoir est aveugle, et le savoir sans amour est stérile. ». Commenter cette phrase pourrait faire l’objet d’un excellent mais audacieux sujet de philosophie au baccalauréat.

Benoît XVI la complète ainsi : « L’amour dans la vérité demande d’abord et avant tout à connaître et à comprendre, en reconnaissant et en respectant la compétence spécifique propre à chaque champ du savoir. La charité n’est pas une adjonction supplémentaire, comme un appendice au travail une fois achevé des diverses disciplines, mais au contraire elle dialogue avec elles du début à la fin. Les exigences de l’amour ne contredisent pas celles de la raison. Le savoir humain est insuffisant et les conclusions des sciences ne pourront pas, à elles seules, indiquer le chemin vers le développement intégral de l’homme. Il est toujours nécessaire d’aller plus loin : l’amour dans la vérité le commande. Aller au-delà, néanmoins, ne signifie jamais faire abstraction des conclusions de la raison ni contredire ses résultats. Il n’y a pas l’intelligence puis l’amour : il y a l’amour riche d’intelligence et l’intelligence pleine d’amour. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 avril 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
Benoît XVI.
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Pierre Teilhard de Chardin.
L’encyclique "Fides et ratio" du 14 septembre 1998.
Le pape François.
L’abbé Bernard Remy.
Mgr Roger Etchegaray.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Miss Corny.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Jean-Marie Vianney.
Abbé Pierre.
La "peur" de saint Jean-Paul II.
Notre-Dame de Paris : la flèche ne sera pas remplacée par une pyramide !
Dis seulement une parole et je serai guéri.
Maurice Bellet, cruauté et tendresse.
Réflexions postpascales.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200416-benoit-xvi.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/benoit-xvi-l-ex-pape-du-223348

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/04/13/38195859.html


 

 



 

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