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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 03:47

« La mise en commun des productions de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes. » (Robert Schuman, le 9 mai 1950 à Paris).



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Il y a soixante-dix ans, le 9 mai 1950, seulement cinq ans après la fin de la guerre, le Ministre français des Affaires étrangères Robert Schuman a prononcé sa célèbre déclaration dans le Salon de l’Horloge au Quai d’Orsay. Cette date est devenue historique et explique pourquoi on fête l’Europe chaque 9 mai depuis trois générations.

Rien ne prédestinait Robert Schuman à être l’un de ces fameux Pères de l’Europe si encensés, et pourtant, non seulement le monde politique loue en lui l’un des modèles exemplaires de vision politique, mais même l’Église catholique est en cours de le béatifier ! Ces mélanges de foi et de politique ne sont probablement pas très sains pour reprendre le fil de l’histoire. Robert Schuman, né le 29 juin 1886 à Luxembourg, fut un Mosellan, et à sa naissance, il était donc de nationalité allemande. Après des études à Metz, rapidement orphelin, tenté un moment par la vocation d’être prêtre (il resta célibataire toute sa vie), il a poursuivi des études de droit à Bonn, Berlin, Munich et Strasbourg et s’est installé à Metz comme avocat en juin 1912.

Après avoir combattu comme soldat allemand pendant la Première Guerre mondiale, Robert Schuman s’est retrouvé français par le retour de l’Alsace-Moselle sous autorité française, et il a démarré une carrière politique plus par devoir que par ambition, car il avait le profil idéal pour représenter la population, parfaitement bilingue tant en langue qu’en droit, et catholique social. Il fut membre du conseil municipal de Metz dès la fin de la guerre, puis élu député de Moselle aux élections législatives de novembre 1919 et fut constamment réélu jusqu’à sa retraite en 1962 (il est mort le 4 septembre 1963 chez lui, à Scy-Chazelles, près de Metz, où j’ai eu la chance de me rendre avec quelques élus mosellans, c’est maintenant un musée du conseil départemental de Moselle). Parlementaire actif de base, peu connu sinon des Lorrains, inscrit au centre droit au groupe des démocrates populaires (futur MRP), il s’est penché sur la politique sociale, et aussi sur le droit local, en Alsace-Moselle, proposant le 19 juin 1924 un statut mixte (entre le droit national et les particularités juridiques régionales).

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Robert Schuman, qui avait anticipé les ambitions belliqueuses de Hitler, craignait pour les réfugiés mosellans (il s’est installé à Poitiers pour s’occuper d’eux). Paul Reynaud, nouveau Président du Conseil, l’a appelé dans son gouvernement le 23 mars 1940 comme Sous-Secrétaire d’État aux Réfugiés, où il se préoccupa beaucoup des réfugiés lorrains. Le 16 juin 1940, il fut reconduit sans qu’il ne fût averti dans le gouvernement de Pétain, si bien qu’il n’a jamais siégé à ce gouvernement, remettant sa démission dès qu’il l’a su : « membre involontaire d’un cabinet de transition qu’il ne verra jamais, il subira néanmoins, au lendemain de la guerre, des vexations » (a témoigné René Lejeune, son bras droit, dans sa biographie).

Il vota néanmoins les plein pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1040, comme il avait été favorable à l’armistice, car impuissant face à la Débâcle, mais il s’est replié en Moselle pour raccompagner des réfugiés mosellans encouragés par les Allemands à revenir chez eux. Refusant de collaborer avec les nazis, il fut arrêté et faillit même être transféré dans un camp de concentration. Il a finalement réussi à s’évader le 1er août 1942 et à se réfugier, provisoirement à l’abbaye Saint-Martin de Ligugé (quelques jours), dans la Vienne, avant de trouver refuge dans d’autres lieux sacrés dans la zone libre. À la Libération, De Gaulle l’a soutenu et défendu et la Haute Cour a prononcé un non-lieu en sa faveur le 15 septembre 1945 en levant son "indignité nationale" automatiquement prononcée par l’ordonnance du 21 avril 1944.

À près de 60 ans, Robert Schuman continua une carrière politique très improbable. Homme de la Troisième République, nul n’aurait alors imaginé qu’il allait être l’une des trois ou quatre personnalités politiques majeures de la Quatrième République (avec Pierre Mendès France, Antoine Pinay et Edgar Faure).

Réélu député MRP le 21 octobre 1945 et élu président de la commission des finances, Robert Schuman fut d’abord appelé comme Ministre des Finances par Georges Bidault dès le 24 juin 1946 et reconduit dans les deux gouvernements suivant, jusqu’au 22 novembre 1947. À cette date, il fut désigné pour diriger le gouvernement en pleine crise financière. Robert Schuman fut un bref Président du Conseil, du 22 novembre 1947 au 26 juillet 1948 (avec une majorité de Troisième force : MRP, radicaux et SFIO), puis du 5 au 7 septembre 1948. Lorsqu’il était à Matignon, Robert Schuman, parlementaire chevronné, a montré son autorité en mettant fin aux grèves violentes organisées par la CGT en novembre et décembre 1947 puis en avril 1948 (avec le socialiste Jules Moch au Ministère de l’Intérieur).

L’historien nancéien François Roth expliqua : « On aurait oublié depuis longtemps le nom de Robert Schuman si sa carrière n’avait pas rebondi après la chute de son ministère. ». En effet, Robert Schuman brilla lorsque la classe politique lui confia le Ministère des Affaires étrangères, qu’il occupa pendant cinq ans, du 26 juillet 1948 au 8 janvier 1953, malgré les instabilités congénitales de la Quatrième République (il le fut dans neuf gouvernements !). Enfin, Edgar Faure le rappela du 23 février 1955 au 24 janvier 1956 au Ministère de la Justice. Par ailleurs, Robert Schuman fut élu Président de l’Assemblée parlementaire européenne (ancêtre du Parlement Européen) du 19 mars 1958 au 18 mars 1960.

Au-delà d’ancrer la France dans le camp atlantique en période de guerre froide, Robert Schuman souhaitait construire une paix européenne et ne pouvait pas l’imaginer sans réconciliation franco-allemande. Cependant, le premier Chancelier du nouvel État allemand libre (la République fédérale d’Allemagne ; l’autre Allemagne, celle de l’Est, était hélas devenu un satellite de l’URSS), Konrad Adenauer n’était pas très "commode" à convaincre. Jean Monnet lui apporta la solution qu’il cherchait : la création d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), avec l’idée que si les deux pays anciennement ennemis mettaient leurs forces en commun, la guerre deviendrait impossible. Ce fut le Plan Schuman.

Robert Schuman avait connu les effets des trois guerres entre la France et l’Allemagne (1870-1871, 1914-1918, 1939)1945), vivant au cœur du contentieux territorial (Alsace-Moselle). En 2012, le professeur François Roth a insisté sur son profil : « Par sa culture, Robert Schuman était préparé au rôle qui a été le sien. C’est un Européen pour lequel le nationalisme est un mal absolu et la cause profonde des conflits qui ont ravagé le continent. C’est un chrétien engagé qui pense qu’il faut rechercher tout ce qui peut favoriser la paix et la coopération. Sans aucun plan pré-établi, il a poursuivi et réussi un objectif concret : intégrer la jeune République fédérale dans une Europe des Six à construire. ».

Cette idée de la CECA, Robert Schuman l’a proposée immédiatement à Konrad Adenauer qui l’a acceptée. Bingo ! Fort du soutien du gouvernement allemand, Robert Schuman, qui était le ministre de Georges Bidault, a préparé sa déclaration avec Jean Monnet dans le plus grand des secrets. Il y a d’ailleurs eu plusieurs versions de cette déclaration, chaque mot comptait.

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Quand il l’a prononcée très solennellement, aux côtés de Jean Monnet, à la salle d’honneur de son ministère, le 9 mai 1950, elle n’avait pas été présentée très précisément ni discutée au conseil des ministres. Robert Schuman s’était contenté du soutien de deux autres ministres poids forts, le radical René Mayer (Ministre de la Justice, et qui fut son Ministre des Finances lorsqu’il était à Matignon), et le centriste René Pleven (Ministre de la Défense nationale).

Ce fut donc un fait accompli et la déclaration fut approuvée ensuite, mais c’était très audacieux, politiquement, de la part de Robert Schuman qui jouissait néanmoins d’une forte crédibilité. Le résultat a été rapide puisque le 18 avril 1951 fut signé le Traité de Paris qui a créé la CECA en incluant les six premiers pays : la France, l’Allemagne, l’Italie et le Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg). Ce fut la base de l’Europe des Six qui est véritablement née au Traité de Rome le 25 mars 1957.

Et que disait cette déclaration si historique ? On peut la lire dans son intégralité ici. La première chose, c’est que l’objectif, c’était la paix en Europe : l’Europe a toujours été en conflits fratricides depuis plus de mille ans, il fallait donc œuvrer pour la paix. Personne, en 1945, n’avait osé dire que c’était la Der des ders car on l’avait déjà dit en 1918. Les faits montrent que l’objectif a été atteint, avec ce recul de soixante-dix ans (trois générations !).

Rappelons simplement : nous vivons en paix depuis 1945, soit soixante-quinze ans. Retranchons soixante-quinze ans de 1945… et l’on arrive à 1870. Dans la même période, avant 1945, il y a eu trois graves guerres, qui ont traumatisé le peuple français (et le peuple allemand, et beaucoup d’autres peuples encore) et qui ont fait éclater les pyramides des âges. Entre la fin de la Première Guerre mondiale, et le début de la Seconde Guerre mondiale, il n’y a même pas eu vingt-deux ans : rajoutons vingt-deux ans à 1945 et l’on se retrouve, à un an près, en mai 1968 ! Cela signifie que la génération des soixante-huitards, c’est-à-dire (en gros), ceux qui ont eu 20 ans en 1968, auraient dû se retrouver sur un nouveau front, décimés, dans une nouvelle guerre tout aussi surréaliste, si elle avait "suivi" la génération de leurs parents et celle de leurs grands-parents. Heureusement, la construction de la paix a évité ce nouveau cataclysme en apportant une paix durable (dont je bénéficie aujourd’hui, comme tous mes contemporains, et j’en suis pleinement conscient et reconnaissant).

La construction européenne, bien sûr, n’est pas la seule cause du maintien de la paix en Europe. L’équilibre de la terreur, la dissuasion nucléaire en pleine guerre froide, a également contribué à être très prudent et à éviter tout conflit direct, mais ce type de conflit n’était pas inimaginable, en 1962, avec la crise de Cuba, la guerre entre les États-Unis et l’URSS était effectivement loin d’être exclue, seulement dix-sept ans après la fin de la guerre…

Revenons au contenu de la déclaration.

Le coup de génie de Jean Monnet (et de Robert Schuman qui en a accepté la responsabilité et la promotion politiques), c’était qu’il fallait créer une "solidarité de fait" : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. ». Construire concrètement. Pas d’idéologie, pas d’élucubrations intellectuelles. Juste du concret. Sonnant et trébuchant.

Et quel meilleur concret que l’économie ? que l’énergie et l’industrie ? Pour fabriquer des armes, il faut du charbon et de l’acier, comment se faire la guerre si le fournisseur est le même ? si l’on contrôle la chaîne de production de l’autre ? C’est loin des discours utopiques d’une Europe fédérale comme l’imaginaient Victor Hugo voire Aristide Briand, mais c’était un petit pas très prometteur. Du concret : « La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. ». "Matériellement impossible", c’est là, le génie de Jean Monnet.

L’autre coup de génie, plus prévisible, c’est que si l’on voulait construire l’Europe, il fallait d’abord "pacifier" les relations entre la France et l’Allemagne qui ont pourri plus d’un siècle d’histoire de l’Europe : « Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée. L’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne. ». En d’autres termes, inutile de faire l’Europe sans ces deux pays majeurs.

Robert Schuman a poursuivi : « Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe. ». Dans cette phrase, il y a trois audaces politiques et diplomatiques en une.

D’une part, en engageant le gouvernement auquel il appartenait, il a rendu impossible tout débat interne au sein du conseil des ministres, sans remettre en cause l’engagement de la France ainsi proclamé, tandis que Robert Schuman était assuré de l’accord allemand, obtenu au préalable. D’autre part, il a présenté la construction européenne comme une construction multilatérale autour de la relation franco-allemande et uniquement autour d’elle, ce qui pouvait notamment froisser la susceptibilité d’un grand pays diplomatique comme l’Italie. Enfin, c’est probablement la plus grande audace, cette Haute Autorité commune, c’est une structure supranationale, au principe détesté par les nationalistes de tous poils. Cette "Haute Autorité commune" était l’ancêtre de l’actuelle Commission Européenne.

Pour bien montrer que l’organisation qu’il proposait était nouvelle, inédite dans l’histoire du monde, Robert Schuman a précisé : « À l’opposé d’un cartel international tendant à la répartition et à l’exploitation des marchés nationaux par des pratiques restrictives et le maintien de profits élevés, l’organisation projetée assurera la fusion des marchés et l’expansion de la production. ».

Et la phrase suivante, probablement la plus ambitieuse et réaliste, relève d’une grande anticipation, la création innovante d’une libre association de pays dans le respect de la démocratie et de la liberté des peuples d’un nouveau type, devenu par la suite modèle pour d’autres régions du monde (en particulier au Proche- et Moyen-Orient) : « Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d’intérêts indispensable à l’établissement d’une communauté économique qui introduit le ferment d’une communauté plus large et plus profonde entre des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes. ». C’est ce qu’il a appelé la "Fédération européenne" qui, certainement, était moins avancée, dans son imagination, que ce qu’est l’Union Européenne de nos jours.

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Toute l’histoire européenne de ces cinq dernières décennies a montré à quel point Robert Schuman et Jean Monnet ont eu raison dans leur vision d’une Europe de la paix et de l’économie. Les différents traités qui ont jalonné la construction européenne, dont le principal, à mon sens, est le Traité de Maastricht (approuvé par le peuple français par référendum, insistons-le !), qui a institué la monnaie unique européenne, l’euro, ainsi que l’appellation de cette construction, "l’Union Européenne" (à la place de la "Communauté Économique Européenne "), ont fait grandir l’idée ainsi que le nombre de réalisations concrètes.

Si l’Europe, depuis une quinzaine d’années, peine à faire renaître l’enthousiasme des peuples européens, c’est probablement par obésité bureaucratique et aussi par absence d’hommes ou de femmes qui, sans être forcément de grands leaders politiques nationaux, ont eu l’intuition d’une étape efficace dans le rêve d’une paix européenne durable, comme le furent Robert Schuman, ou encore Jacques Delors. Si les grands leaders nationaux ont, eux aussi, contribué à cette construction européenne (De Gaulle, Konrad Adenauer, Valéry Giscard d’Estaing, Helmut Schmidt, François Mitterrand, Helmut Kohl, Emmanuel Macron, etc.), ils ont malgré tout, lorsqu’ils étaient au pouvoir, gardé en priorité à l’esprit les seuls enjeux nationaux au détriment de l’enjeu européen.

Voilà pourquoi l’initiative de Robert Schuman du 9 mai 1950 fut exceptionnelle dans l’histoire européenne, elle était audacieuse, prenait beaucoup de risques, a été une sorte de pari sur l’avenir et tous les peuples européens aujourd’hui en bénéficient, environ 500 millions d’habitants, 7% de l’humanité. C’est le sens de cette fête de l’Europe, la fête du courage, la fête de la détermination et la fête de l’audace, valeurs également très politiques.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Robert Schuman lance la construction européenne.
Covid-19 : où est l’Europe de la Santé ?
Les 75 ans de la Victoire sur le nazisme.
Emilio Colombo.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
Thierry Breton.
Érasme.
30 ans d’Erasmus.
Sylvie Goulard et la démocratie européenne.
8 contresens sur le Brexit.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Européennes 2019 (5) : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
Michel Barnier, pas très loin de la Présidence de la Commission Européenne.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet.
La reconquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200509-robert-schuman.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-jour-ou-tout-a-commence-224167

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/03/38257829.html







 

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