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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 03:32

« Le moindre sujet, même d’apparence minuscule, ne peut être connu que dans et par son contexte. (…) Ce que j’ai toujours cherché à percevoir et concevoir : la complexité dans son originel de tissu commun. J’ai toujours essayé de reconstituer ce tissu commun, parce que mon constat fondamental, c’est que toutes nos connaissances sont compartimentées, séparées les unes des autres, alors qu’elles devraient être liées. » (Edgar Morin, "Carnets de science" n°4 de mai 201).



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Il est toujours difficile d’évoquer les États-Unis. C’est un pays très contrasté et très dynamique, aux changements très rapides. Parler des Américains (dans le sens citoyens des États-Unis), c’est aussi stupidement généralisant que parler des Européens (alors qu’il n’y a pas un peuple européen mais plusieurs peuples européens). Les Américains de la Côte Est n’ont rien à voir à ceux de Californie, ni du Texas, ni du Middle West. La dernière semaine de mai 2020 en a donné une très amère illustration.

La récession est une catastrophe économique et sociale très rapide, mais la reprise se fait avec la même vitesse. Nos amortisseurs sociaux absorbent nos crises économiques en France, mais empêchent ou plutôt freinent le redémarrage. La crise de la pandémie du covid-19 est assez particulière, pas par sa mondialisation, mais par le fait que l’arrêt économique a été commandé par le confinement.

Avant la crise sanitaire, les États-Unis étaient un pays qui avait réussi à retrouver sa prospérité économique, avec même le plein emploi (3% de chômage dans certains États !), ce qui en faisait la fierté de Donald Trump dont la réélection devenait probable avec un tel bilan. Il insistait d’ailleurs sur le fait que cette prospérité était partagée, que ce n’étaient pas seulement les plus riches qui en avaient profité mais que toute une partie de la population souvent pauvre, parmi les minorités ethniques, en avait beaucoup bénéficié. Je ne sais pas si c’est exact, mais c’était le genre d’argument affiché.

Avec la crise sanitaire, cette prospérité s’est transformée en récession démente. Des dizaines de millions de personnes se sont retrouvées au chômage du jour au lendemain, et le confinement a accentué les inégalités sociales, du reste comme en France ou ailleurs. Des pans entiers de l’économie américaine se sont effondrés (exemple : les voitures de location). Et parallèlement, l’incapacité de Donald Trump à prendre la mesure de la gravité de la pandémie a fait que le bilan sanitaire est désastreux, avec (à ce jour) près de 110 000 décès dus au covid-19 et près de 2 millions de personnes contaminées (malgré les 18 millions de tests de dépistage), et les victimes sont souvent parmi les populations les moins aisées et les minorités ethniques (qui ont trois plus de chance d’en mourir).

Deux événements ont effectivement eu lieu cette même dernière semaine de mai 2020 qui marqueront sans doute l’histoire des États-Unis. Pas les États-Unis de Donald Trump, mais les États-Unis tout court.

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Le premier est un événement tragique qui a eu lieu le 25 mai 2020 dans la soirée, la mort de George Floyd, grand gaillard de 46 ans, à Minneapolis, tué lors de son interpellation par quatre policiers, dont un qui est resté le genou appuyé sur sa nuque, l’homme à terre, jusqu’à ce qu’il en soit mort.

 Je ne veux pas donner les noms de ces policiers qui ne méritent que les oubliettes du temps. Les quatre policiers ont été limogés. Le policier auteur de cet homicide a été arrêté le 29 mai 2020 pour deux chefs d’inculpation graves (meurtre de troisième degré et homicide volontaire coupable de deuxième degré). Ce policier aurait déjà été impliqué dans plusieurs plaintes à la suite d’interpellations "musclées", et son épouse, profondément choquée par cette mort, aurait demandé le divorce et serait solidaire de la famille de George Floyd.

George Floyd n’avait rien fait d’autre que payer des cigarettes avec un faux billet de 20 dollars, et rien n’indique à ce jour qu’il savait que ce billet était faux. Il avait un travail mais s’est retrouvé au chômage à cause du confinement. Selon les nombreux témoins et les caméras de surveillance, il s’était laissé arrêter et n’avait pas opposé de résistance. Pourquoi mourir ? Certains policiers peuvent vouloir jouer les gros bras. Surtout quand la peau est de couleur noire. Scène de racisme ? Probablement. Beaucoup de violences policières sont sur fond de racisme, mais il ne faut pas généraliser.

Hélas, ce n’était pas le premier homicide de ces circonstances, mais cette fois-ci, il a véritablement déclenché "quelque chose" de grave. De nombreux manifestants ont envahi des rues dans des dizaines de grandes villes, malgré la crise sanitaire, et chaque jour depuis cette mort. Ils demandent justice. La mémoire de George Floyd ne sera pas vaine, et les manifestants scandent : Je ne peux plus respirer. Car ce qui est choquant, et visible sur des films de smartphone, c’est que de nombreux passants avaient mis en garde le policier que George Floyd n’arrivait plus à respirer (il le disait lui-même) et il semble d’ailleurs que le policier soit resté sur lui pendant encore deux ou trois minutes après sa mort.

Beaucoup de manifestations dans beaucoup de villes américaines (dont Détroit, San Francisco, Los Angeles), ont dégénéré en émeutes, incendies, casses… Les gilets jaunes pourront comprendre à quel point la police française est "douce" par rapport à des actes insurrectionnels. Honte à Jean-Luc Mélenchon de mettre de l'huile sur le feu en faisant l’amalgame dans un tweet du 2 juin 2020 en s’en prenant à Christophe Castaner au sujet des manifestations à propos de la mort d’Adama Traoré (le 19 juillet 2016) : « La violence c’est vous et votre préfet qui la provoquez ! Ca suffit ! Le pays mérite mieux que votre jeu d’apprenti sorcier. Donald Trump n’est pas un modèle. ». Je dirais plutôt : cela suffit, Mélenchon, prenez vite votre retraite, 69 ans, il est largement temps !

Le plus impressionnant fut les manifestations près de la Maison-Blanche, à Washington, la nuit du 30 au 31 mai 2020, Donald Trump a dû se barricader plusieurs fois dans son bunker pour assurer sa sécurité physique. Le 1er juin 2020, Donald Trump est cependant apparu hors de son palais, allant à pied pas loin des manifestants jusqu’à l’église Saint-Jean avec une Bible à la main.

Ces émeutes, qui ont déjà provoqué la mort d’une quinzaine de personnes (dont une à Indianapolis le 30 mai 2020), ressemblent à celles de 1992 à Los Angeles (à l’époque, on avait filmé un fait-divers du même type avec un caméscope). Mais beaucoup disent que leur intensité se rapproche de celles qui ont eu lieu après l’annonce de l’assassinat de Martin Luther King il y a plus de cinquante-deux ans (pour dire, à mon sens de manière erronée, que rien n’a changé depuis ce temps-là).

Une situation aussi explosive est très inquiétante, surtout que l’épidémie dans le pays est loin d’être terminée (environ un millier de décès et une vingtaine de milliers de nouveaux cas de maladie chaque jour). Cela à quelques mois des élections présidentielles, et ce n’est pas le timide soutien de Joe Biden, l’adversaire du Président sortant, qui a de quoi rassurer une catégorie de la population particulièrement indignée et en colère (on a reproché à Joe Biden, qui se terrait depuis le début de la crise sanitaire, de ne pas être allé à Minneapolis).

Des manifestations calmes ont eu lieu également à l’étranger, notamment à Berlin, Londres, Paris, Bordeaux, Bruxelles, Dublin, Amsterdam, Manchester, Zurich, etc.

Une analyse simpliste pourrait laisser croire que ce serait la faute de Donald Trump. Évidemment, non, puisque le problème est très antérieur à son élection à la Maison-Blanche. Certes, Donald Trump a largement exprimé son soutien aux forces de l’ordre en général en disant qu’il les couvrirait éventuellement, ce qui pourrait être mal interprété… Et surtout, ses réactions face aux émeutes ont manqué de finesse et ont attisé le feu plutôt que l’éteindre, une sortie en disant que si cela continuait, il leur enverrait les chiens, une allusion à l’esclavage particulièrement mal venue ici, et dans son allocution du 1er juin 2020, il a menacé de déployer l’armée pour défendre l’ordre, ce qui n’était pas non plus un moyen d’apaiser la situation.

Et pourtant, il ne faut pas non plus oublier que dès la mort de George Floyd, c’est Donald Trump qui a saisi le directeur du FBI et qui lui a donné comme priorité de faire la lumière sur cette mort. Comme Barack Obama, Donald Trump a présenté ses condoléances à la famille de George Floyd. Le jeune maire démocrate de Minneapolis aussi soutient la famille de George Floyd et a licencié les quatre policiers, mais a été très ferme contre les émeutiers dans sa ville. Et du côté des manifestants, certains sont en colère contre les émeutiers car ils sont persuadés que les violences militent contre leur camp et que l’important serait d’aller demander la reconnaissance des droits à la Cour suprême. Beaucoup de policiers et de militaires ont été solidaires des manifestants en mémoire à George Floyd et ont posé un genou au sol en signe de solidarité.

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L’autre événement marquant est beaucoup plus heureux, puisqu’il s’agit d’une première mondiale, une entreprise privée, SpaceX (créée le 6 mai 2002 par Elon Musk), a réussi à envoyer dans l’Espace deux astronautes, Douglas G. Hurley (53 ans), commandant, et Robert L. Behnken (49 ans), tous les deux ayant déjà fait deux missions en navette spatiale.

Certes, c’était en partenariat avec la NASA avec de "substantielles" subventions publiques, mais c’est quand même une première commerciale. Rien n’empêcherait des mastodontes financiers comme Microsoft, Apple, FaceBook, Google, Amazon etc. de faire la même chose.

Le message publicitaire de SpaceX est clair : « The Commercial Crew Program represents a revolutionary approach to government and commercial collaborations for the advancement of space exploration. » [Le programme d’équipage commercial représente une approche révolutionnaire de partenariats public-privé dans le développement de l’exploration spatiale].

Initialement prévu le 27 mai 2020, le lancement de la fusée Falcon 9 a eu lieu le 30 mai 2020 à 21h22 (heure de Paris) et l’arrimage du Crew Dragon Demo 2 à la Station spatiale internationale (ISS) a eu lieu le lendemain, le 31 mai 2020 à 16h16 (heure de Paris).

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Paradoxalement, cette approche "privée" a redonné la souveraineté spatiale à la nation américaine qui, depuis près de neuf ans, devait passer par des fusées russes (Soyouz) pour envoyer des astronautes dans l’Espace. Historiquement, cela signifie en effet que depuis l’abandon des navettes spatiales (la dernière mission, STS-135, avec Atlantis, s’est achevée le 21 juillet 2011), les États-Unis retrouve un moyen de locomotion pour ses vols habités dans l’Espace. D’un point de vue commercial, ce n’est pas une perspective très réjouissante pour l’avenir d’Ariane Espace, avec l’arrivée de nouveaux concurrents pleins d’ambition (sans compter que la Chine se développe aussi à vive allure dans le domaine spatial).

Ces deux événements représentent bien cette diversité que sont les États-Unis, un pays très avancé technologiquement, avec des entrepreneurs impressionnants (et redoutables), et parallèlement, un petit goût d’arriéré, des policiers assez bourrins, fortement tentés par le racisme primaire, et se croyant protégés par un pays qui a du mal, comme du reste beaucoup de démocraties, à décliner les droits écrits en droits réels pour tous ses citoyens.

D’où l’importance du Président des États-Unis, quel qu’il soit, dont le rôle est justement de rassembler ces Amériques-là dans un sentiment patriotique très fort à l’esprit des citoyens américains. Donald Trump a ainsi un geste historique à faire, celui d’apaiser la situation et de redonner confiance à ceux qui, se sentant exclus du rêve américain, n’ont plus rien à perdre. Donald Trump sera-t-il le Hoover de 2020, ou son Roosevelt ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Deux faces des États-Unis : George Floyd et SpaceX.
Le dernier vol des navettes spatiales.
Kirk Douglas.
Alfred Hitchcock.
George Steiner.
Roman Polanski.
Le krach de 1929, de sinistre mémoire…
G7 à Biarritz : Emmanuel Macron consacré prince du multilatéralisme.
L’ardeur diplomatique d’Emmanuel Macron.
Le Sommet du G7 à Biarritz du 24 au 26 août 2019.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Michael Jackson.
John Wayne.
Dwight Eisenhower.
La NASA.
Richard Nixon.
Jean-Michel Basquiat.
Noël 2018 à la télévision : surenchère de nunucheries américaines.
Noam Chomsky.
George HW Bush.
Rakenews : le râteau de Forest Trump.
La guerre commerciale trumpienne.
Tristes Trumpiques.
George Gershwin.
Leonard Bernstein.
Spiro Agnew.
Michael Dukakis.
Vanessa Marquez.
John MacCain.
Bob Dole.
Bob Kennedy.

_yartiUSA2020A04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200530-spacex-george-floyd.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/deux-faces-des-etats-unis-george-224879

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/01/38339131.html





 

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