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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 03:23

« Certains êtres sont comme des zéros, il leur faut un chiffre qui les précède, et leur néant acquiert alors une valeur décuple. » (Balzac, 1843).



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Pour tout dire, ce n’est pas évident qu’il y ait un suspense sur l’issue des élections municipales. Leur second tour éventuel se déroule ce dimanche 28 juin 2020 et apparaît un peu comme du réchauffé du premier tour en pleine crise épidémique, le 15 mars 2020. De plus, cela ne concerne qu’environ un tiers ou un quart de l’électorat, puisque pour la grande majorité des communes, l’équipe municipale a déjà été choisie. Cependant, les communes qui doivent passer un second tour sont plutôt les grandes villes, et ces élections ont donc un enjeu politique à la fois local (chaque situation est très différente) et national (pour voir quelques grandes tendances se dessiner dans la perspective de la prochaine élection présidentielle).

En raison de la pandémie, le premier tour a subi, le 15 mars 2020, une très forte abstention. Maintenant que la poussée épidémique est en France plutôt en fin de course et sous contrôle (même si certains faits sont encore alarmants), y aura-t-il encore une si forte abstention ? C’est une inconnue que j’imagine mal les sondages évaluer correctement. L’importance des personnalités parfois l’emporte sur les étiquettes politiques.

Dans tous les cas, les résultats du premier tour impacteront sur ceux du second tour, évidemment, et certaines villes sont très "tangentes". Il y a quelques sondages locaux qui peuvent donner des tendances, mais là encore, leur précision laisse à désirer. Ce sont des grosses incertitudes qui font que dimanche, tout pourrait surprendre.

Restons-en encore à l’avant second tour. Comme c’est traditionnel, des alliances ont été conclues entre les deux tours entre des listes qui souhaitent unir leurs voix pour gagner. A contrario, celles qui ont refusé les alliances, sauf grande avance, ont déjà acté leur défaite (c’est le cas à Paris). La tendance générale est celle-ci : les listes de gauche (à savoir PS, PCF, etc.) s’allient généralement avec les listes écologistes. Une telle union peut leur donner une force de frappe massive. Paradoxalement, on constate aussi un apparentement, selon un terme edgarfauresque, entre les listes de droite classique (LR) et les listes LREM (généralement associées aux centristes de l’UDI et du MoDem). Enfin, un troisième pôle se concentre autour du RN, partis seuls et terminant seuls la campagne (souvent éliminé dès le premier tour).

Les capacités de conquête du RN sont plutôt limitées. Si le RN a fait de bons scores dans les dix communes qu’il avait déjà conquises en mars 2014 (avec des réélections dès le premier tour, notamment à Fréjus, 50,6% au redoutable David Rachline, ce qui est déjà un grand succès), il y a peu de marge de progression et ce scrutin apparaît donc plutôt décevant pour Marine Le Pen. À une exception près, puisque son compagnon, le député Louis Aliot, pourrait être élu à Perpignan, ce qui serait alors une conquête symbolique qui ne manquerait pas d’être utilisée par le RN. En effet, au premier tour, la liste RN a fait 35,6% des voix et Jean-Marc Pujol (LR) ne suit qu’à 18,4%. La faiblesse des partis de gauche ou écologistes peut profiter au RN. Si ce succès se confirmait, ce ne serait cependant pas une "première" pour le RN. En 1995, un des potentats du FN avait gagné la mairie de Toulon et ce fut un désastre dans la gestion municipale. Il fut battu sans difficulté en 2001 par le candidat LR Hubert Falco (ancien ministre et ancien président du conseil général du Var) réélu dès le premier tour le 15 mars 2020 avec 61,4% (RN 15,0%, gauche 9,1% et LREM 7,3%).

Le parti présidentiel (LREM) a été souvent battu et en est sorti diminué au premier tour (souvent en raison de divisions locales incompréhensibles). Pour sa survie, il a donc fait souvent alliance avec des listes LR (parfois, cette alliance a été nouée dès le premier tour, comme à Toulouse ou à Nancy). On a dit que c’était "normal" qu’un nouveau parti avait du mal à s’implanter localement, qu’il fallait du temps, un travail militant acharné et de longue haleine sur le terrain.

J’affirme que dire cela, c’est une méconnaître l’histoire des élections municipales. Lorsque De Gaulle, s’excluant de lui-même des délices de la Quatrième République, a décidé de créer son propre parti, le RPF (en avril 1947), des élections municipales avaient lieu quelques mois plus tard (en octobre 1947), et ce fut un grand succès immédiat (38% en moyenne nationale !) : de nombreuses villes ont été conquises par le RPF, parfois pour une longue durée : Bordeaux (Jacques Chaban-Delmas), Strasbourg, Paris (Pierre De Gaulle, frère du général), Rennes, Marseille, Nantes, Le Mans, Lille, Saint-Étienne, Angers, Grenoble, Le Creusot, etc. Au contraire du rassemblement (du peuple français), La République en marche est composée de personnalités qui ne marchent pas au même pas ni à la même allure.

Ces premiers constats donnent ainsi un visage de la France électorale diamétralement opposé à celle, paysage de désolation, laissée par l’élection présidentielle de 2017. Le clivage n’est pas LREM vs RN mais plutôt LR et UDI vs PS et PCF (voire EELV).

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Ceux qui troublent le jeu traditionnel d’avant 2017, ce sont les écologistes. Ils sont arrivés en tête dans quelques grandes villes, on peut citer Strasbourg, Toulouse, et bien sûr Grenoble qui a déjà un maire sortant écologiste (qui va probablement être réélu, aidé par l’identité de son concurrent). Y aura-t-il d’autres grandes villes gérées par les écologistes ? Peut-être, à moins que le second tour soit un tour de réaction (ce fut le cas dans plusieurs scrutins à deux tours).

Après Perpignan et Grenoble, continuons un petit tour de France (un peu au hasard de la carte). À Montpellier, la situation est très éclatée, les écologistes auraient pu faire la différence mais ils étaient très divisés, mais la gauche devrait quand même l’emporter. À Marseille, la situation est assez difficile à comprendre, du reste comme à Lyon, car c’est une élection à deux niveaux (un peu comme le scrutin de la présidentielle américaine), avec des secteurs. La gauche pourrait reprendre la ville après vingt-cinq ans de règne de Jean-Claude Gaudin. La majorité sortante était particulièrement divisée. La situation lyonnaise aussi est compliquée, la seule leçon, c’est que Gérard Collomb, le maire sortant, a jeté l’éponge et a fait alliance avec LR pour éviter la victoire des écologistes (la situation est d’autant plus compliquée qu’il y a aussi la Métropole de Lyon qui a des prérogatives départementales).

Plus au nord, à Dijon, son maire socialiste sortant François Rebsamen (pas soutenu par LREM) nettement en tête avec 38,2%, devrait être réélu. La situation à Besançon est plus incertaine, avec peu d’avance de la gauche face à la droite et au centre. À Strasbourg, la division entre droite et centre pourrait favoriser les écologistes arrivés en tête avec 27,9%. C'est cependant l'une des rares villes que LREM pourrait conquérir avec Alain Fontanel à 19,9%. L’ancienne maire et ministre socialiste Catherine Trautmann tente de faire un retour mais est arrivée en troisième position avec 19,8%. À Metz, le sénateur LR François Grosdidier pourrait peut-être atteindre le poste de ses rêves, il est arrivé en tête du premier tour avec 29,8% mais talonné par les écologistes 25,0%. La gauche a été pulvérisée.

À Nancy, le maire sortant, ancien ministre et président du Mouvement radical Laurent Hénart n’est arrivé qu’en deuxième position avec 34,7% (sans réserve de voix), pourtant soutenu par LR et la majorité LREM, face à son rival socialiste Mathieu Klein, actuel président du conseil départemental, 37,9% (les deux ont été très actifs pendant la crise sanitaire, avec masques, couvre-feu, dépistage ambulant etc.), et les écologistes, avec 10,2% pourraient faire pencher la balance à gauche (ce qui serait "historique" dans la vieille capitale du duché de Lorraine).

À Lille, Martine Aubry n’a recueilli que 29,8% au premier tour, en tête mais talonnée par les écologistes 24,5%. Elle devrait repasser sur les vestiges de la droite et du centre. En effet, la liste centriste a obtenu la troisième place avec 17,5% et la liste LR menée par l’ancien ministre (et ancien centriste) Marc-Philippe Daubresse a chuté à la cinquième place, avec 8,2%, derrière la liste FI. La ville du Havre est aussi une ville test. Édouard Philippe est arrivé en tête avec 43,6% mais a peu de réserve de voix (sinon les abstentionnistes) alors qu’il avait été élu avec 52,0% dès le premier tour en 2014. Face à lui, un candidat communiste à 35,9% et les écologistes qui ont fait 8,3%. Les sondages le donneraient gagnant et sa popularité nationale reste très élevée.

À Rouen, la gauche a fait 29,5% et les écologistes 23,2%. La droite et le centre ont été laminés. À Rennes, le clivage semble être entre la maire sortante socialiste qui a eu 32,8% et les écologistes 25,4%, tandis que la droite et le centre ont fait des scores assez faibles (moins de 15%), sur le papier, ils pourraient être plus forts que les écologistes mais ne semblent pas être dans une dynamique de victoire. À Brest, les voix sont très partagées, ce qui devrait avantager la gauche. À Nantes, la maire socialiste sortante Johanna Rolland est arrivée en tête avec 31,4% et au premier tour, a eu une longueur d’avance sur la droite (19,9%) et centre (13,0%), ainsi que sur les écologistes (19,6%).

À Bordeaux, le successeur d’Alain Juppé, Nicolas Florian, arrivé en tête avec 34,6%, a été talonné par la gauche 34,4%, mais son alliance avec le candidat LREM Thomas Cazenave 12,7% devrait lui assurer la victoire. Le maire sortant de Pau et président du MoDem François Bayrou (soutenu par LR et LREM) devrait aussi être réélu, arrivé en tête au premier tour avec 45,8% suivi par la gauche 22,0% et les écologistes 14,6%. À Poitiers, le maire socialiste sortant Alain Claeys est arrivé en tête avec 28,2% suivi d’une autre liste de gauche 23,9%.

À La Rochelle, deux apparentés socialistes (ou anciens socialistes) Jean-François Fountaine (maire sortant et ancien bras droit disgracié de Ségolène Royal au conseil régional du Poitou-Charentes) et le député Olivier Forlani (tombeur de Ségolène Royal, à l’époque, en juin 2012, soutenu par Jean-François Fountaine) étaient au coude à coude au premier tour avec respectivement 32,6% et 33,3%, devant la liste écologiste 16,7% (la droite a été éliminée). À Tours, les rapports des forces étaient partagés, au premier tour, la gauche a fait 35,5%, la droite 25,6% et LREM 12,7%. À Orléans, la bataille des maires a semblé tourner en faveur de l’ancien, Serge Grouard (LR) avec 35,6%, face au maire sortant Olivier Carré, passé à LREM, à 23,1%, devant les écologistes 19,2% et la gauche 12,9%.

À Toulouse, le maire sortant soutenu par LREM et LR, Jean-Luc Moudenc (qui ferait partie des éventuels bénéficiaires d’un remaniement, dit-on) n’a obtenu que 36,2%, certes en tête, mais face à une liste de gauche dirigée par Antoine Maurice qu’un sondage donnerait légèrement gagnant, qui a recueilli au premier tour 27,6%, une autre liste de gauche 18,5% et celle de l’ancien maire socialiste Pierre Cohen 5,7%. En revanche, à Saint-Étienne, le maire sortant LR Gaël Perdriau a frôlé l’élection au premier tour avec 46,9% face à une gauche 21,3% et des écologistes 12,4% (le RN a été éliminé). À Clermont-Ferrand, la gauche devrait rester aux manettes sans surprise, même si la situation reste partagée au premier tour : gauche à 38,1%, LR à 20,7, centristes à 15,5% et FI à 12,3%.

À Nîmes, la situation est assez éclatée : LR avec Jean-Paul Fournier (maire sortant) est arrivé en tête avec 34,4% tandis que son rival centriste, ancien député, Yvan Lachaud (président sortant de Nîmes Métropole et ancien premier adjoint de Jean-Paul Fournier) est en deuxième place 15,7% puis gauche 15,7% (15 voix d’écart), RN 14,3% et gauche 12,2%. À Auxerre, LR est arrivée en tête avec 37,2% suivi des centristes 33,1%, gauche 13,3% et écologistes 10,9%.

À Aix-en-Provence, la liste LREM est arrivée au premier tour à une bonne position, à 20,5% derrière celle LR de la maire sortante Maryse Joissains-Masini à 30,3%. La gauche n'a eu que 15,9% et les écologistes 9,3%. À Annecy, le maire centriste sortant Jean-Luc Rigaut est en position incertaine, bien qu'en tête à 28,4% du premier tour, talonné par une liste écologiste 27,9% et concurrencé par une autre liste centriste à 21,5% et de gauche à 10,0% (en 2014, Jean-Luc Rigaut avait gagné au bout d'une quadrangulaire avec 45,1%). À Lons-le-Saunier, la liste LREM pourrait gagner l'élection comme à Strasbourg, largement en tête du premier tour avec 36,2% suivi d'une liste de gauche 30,0% et d'une liste centriste 21,0% (en 2014, la droite avait gagné dès le premier tour avec 56,2%).

Enfin, je termine avec la situation à Paris, très compliquée aussi, où la maire socialiste sortante Anne Hidalgo, qui a fait alliance avec les écologistes, a de grandes chances de se maintenir malgré une majorité contre elle, en raison de l’incapacité de la droite et du centre à s’allier : un sondage donnerait en effet 44% d’intentions de vote à la gauche (donc minoritaire), 35% à Rachida Dati (LR) et 18% à Agnès Buzyn (LREM et UDI). Les trois candidates ont débattu ensemble de manière très ennuyeuse pour les téléspectateurs sur BFM-TV le jeudi 25 juin 2020.

Ce petit tour, qui ne respecte pas la géographie du voyageur commercial, montre qu’il y a eu quand même une évolution de fond dans le paysage politique général : FI et le RN ont du mal à s’implanter dans les grandes villes, le RN souvent est éliminé (n’arrivant pas à franchir le seuil de 10%) et FI existe à peine dans de nombreuses villes. La gauche traditionnelle ou la droite et le centre traditionnels parfois existent encore fortement grâce à une personnalité ou une équipe qui ont fait déjà leur preuve, parfois, ils sont laminés. Il y a eu aussi beaucoup de listes dissidentes de droite, du centre ou de gauche, qui rajoutent à la confusion générale.

LREM fait rarement de beaux scores et les écologistes, au contraire, font généralement des scores très honorables, souvent en capacité d’arbitrer (par des alliances ou des reports de voix) et même de diriger des municipalités. Le PS n’aura donc pas beaucoup de mal à assurer sa survie électorale, ayant complètement acté l’alliance avec les écologistes. C’est d’ailleurs, à mon sens, une erreur stratégique des écologistes : ils auraient dû se séparer définitivement des socialistes et se compter jusqu’au second tour s’ils voulaient prouver qu’ils étaient désormais dans la cour des seigneurs et pas des vassaux…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juin 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Municipales 2020 (4) : bientôt, la fin d’un suspense.
Municipales 2020 (3) : et le second tour arriva…
Municipales 2020 (2) : le coronavirus s’invite dans la campagne.
Municipales 2020 (1) : retour vers l’ancien monde ?
Les élections municipales de mars 2014.
Les élections municipales de mars 2008.
Scrutins locaux : ce qui a changé.
Le vote électronique, pour ou contre ?
Les ambitieux.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200625-municipales-2020d.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2020-4-bientot-la-fin-225392

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/06/22/38387589.html




 

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