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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 03:20

« Delors ? Il aimerait bien être Président sans être candidat. » (François Mitterrand, propos rapporté par Laure Adler).


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L’ancien Président de la Commission Européenne Jacques Delors fête son 95e anniversaire ce lundi 20 juillet 2020. Il peut être considéré comme l’un des derniers Pères de l’Europe, en ce sens qu’il a été à l’origine des dernières grandes initiatives historiques de la construction européenne, en particulier l’Acte unique européen qui permet l’harmonisation notamment des diplômes, l’Espace de Schengen qui permet en son sein la libre circulation des personnes (ce qui ne provoque pas que des avantages en période de terrorisme ou de pandémie) et évidemment l’euro, la monnaie unique européenne, créée par le Traité de Maastricht (qui a été approuvé par le peuple français lors du référendum du 20 septembre 1992).

Quand Jacques Delors a pris ses responsabilités européennes, l’Europe était très différente de celle d’aujourd’hui. L’URSS vivait en pleine crise de gérontocratie et Mikhaïl Gorbatchev n’avait pas encore pris le pouvoir (seulement deux mois plus tard). On devait encore attendre aux passages des frontières européennes intérieures. Les monnaies européennes fluctuaient les unes par rapport aux autres. Il n’y avait ni voix ni visage de l’Europe. Surtout, la construction européenne était à l’arrêt après l’élection au suffrage universel direct du Parlement Européen.

Jacques Delors n’a fait aucun miracle et il ne faut pas le confondre avec Jacques Delord (1928-2006), avec un d, prestidigitateur français. Il est l’une des rares personnalités à avoir été reconnue par le Conseil Européen comme "Citoyen d’honneur de l’Europe", le 26 juin 2015, après Jean Monnet le 2 avril 1976 à Luxembourg et Helmut Kohl le 11 décembre 1998 à Vienne.

Dans l’une de ses plus récentes prises de position publiques, Jacques Delors s’est inquiété, le 28 mars 2020 à l’AFP, d’une absence de solidarité européenne face à la pandémie de coronavirus : « Le climat qui semble régner entre les chefs d’État et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l’Union Européenne. ». Dans "Le Figaro" du 28 mars 2020, Jérôme Vignon, proche de Jacques Delors, actuel président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (depuis 2010) et ancien président des Semaines sociales de France (entre 2007 et 2016), rappelait la "formule magique" de Jacques Delors : « Pour que l’Union Européenne fonctionne, il faut la compétition qui stimule, la solidarité qui unit et la coopération qui renforce. ». C’est d’ailleurs l’objet du Conseil Européen exceptionnel qui s’est tenu ce week-end à Bruxelles.

L’Europe, c’est son "dada" ! C’est vrai que s’il ne fallait retenir qu’une seule fonction de la trajectoire de Jacques Delors, il faudrait citer cette Présidence de la Commission Européenne si active du 6 janvier 1985 au 22 janvier 1995, une fonction qu’il a transformée d’un rôle simplement administratif de super-fonctionnaire (il est stupide de considérer ses prédécesseurs, en particulier dans les années 1960, comme ayant exercé une fonction politique et même une influence politique sur quelque État que ce soit) à un rôle beaucoup plus politique. Simple exemple, anodin mais ô combien symbolique, il a réussi à imposer sa présence aux sommets du G7 (devenu G8, G20, etc.), au même rang que les chefs d’État et de gouvernement.

Après son double mandat à Bruxelles, Jacques Delors a fondé en mars 1996 ce qui est devenu l’Institut Jacques Delors, un centre de recherches sur l’Europe (on peut aussi l’appeler un "think tank" ou encore un "club de réflexion") qu’il a présidé jusqu’en 2004 et qui est présidé depuis 2016 par Enrico Letta, ancien Président du Conseil italien, et dont le nom est régulièrement évoqué pour occuper cette fonction cruciale de Président de la Commission Européenne.

Quelle a été la motivation réelle de François Mitterrand pour vouloir Jacques Delors à Bruxelles ? Assurer une Présidence de Commission française ? Peut-être pas vraiment l’Europe mais de la politique politicienne intérieure, de la politique française : l’éloigner de Paris ?

Jacques Delors avait un fort crédit en popularité et était l’un des présidentiables les plus aimés des Français pendant longtemps. Par fidélité à François Mitterrand dont il ne partageait pas beaucoup les idées économiques (mais le Sphinx en avait-il ?), Jacques Delors a toujours refusé de se rapprocher de Michel Rocard dont le réalisme économique et social lui était pourtant beaucoup plus proche.

Jacques Delors a été nommé Ministre de l’Économie et des Finances du 22 mai 1981 au 19 juillet 1984 (et Ministre du Budget à partir du 22 mars 1983), dans les trois gouvernements de Pierre Mauroy, autant dire qu’il était Cassandre au pays de la dépense publique ! Dès le 29 novembre 1981, sur RTL, il a demandé une "pause des imaginations" des réformes (socio-communistes) et il a eu finalement gain de cause à partir du 9 juin 1982 et des premières mesures de rigueur budgétaire (contrôle aux changes, etc.). Rappelons ce qu’il a dit au "Grand Jury" de RTL le 29 novembre 1981 : « Il y a deux styles possibles en France. Celui qui consiste à ramener les déclarations près des réalités : c’est celui que je préconise. Et il y a l’autre style (…). Il consiste à parler à trois kilomètres des réalités. ».

Après les élections municipales des 6 et 13 mars 1983, qui furent un désastre électoral pour les socialistes, Jacques Delors fut pressenti par François Mitterrand comme Premier Ministre. Le Président de la République d’alors a hésité pendant plus d’une semaine avant de choisir la voie à suivre (c’est intéressant à revoir l’histoire, car finalement, les choix du Président Emmanuel Macron après le second tour des élections municipales du 28 juin 2020 ont été soumis au même genre d’hésitations).

L’enjeu n’était pas le casting (tout le monde s’en moque !) mais une question économique cruciale : après deux ans de socialisme, les caisses étaient vides et la question était de savoir si le franc français resterait ou non au sein du SME (Serpent monétaire européen), mécanisme de stabilisation des monnaies européennes (avant la création de l’euro). Or, deux camps très opposés tentaient de convaincre François Mitterrand : celui de Pierre Mauroy et Jacques Delors, favorable au maintien au sein du SME avec une dévaluation du franc pour Jacques Delors (mais Pierre Mauroy ne voulait pas assumer une troisième dévaluation), et celui de Jean-Pierre Chevènement, Jean Riboud (et semble-t-il Laurent Fabius ?), favorable à la sortie du SME. Quitter le SME aurait redonné de la liberté monétaire mais aurait eu des conséquences politiques catastrophiques. Une aventure qui se serait payé très cher sur le plan historique.

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Finalement, dans sa grande sagesse politique, François Mitterrand a choisi l’Europe. Jacques Delors allait donc être nommé à Matignon… mais ses exigences étaient très élevées, ainsi que sa manière de gouverner (chantage à la démission) qui aurait rendu la tâche présidentielle assez pénible. Comme il n’y a pas eu de changement de cap (insistons que le tournant de la rigueur a eu lieu dès juin 1982), il n’a finalement pas trouvé nécessaire de changer de Premier Ministre.

Pierre Mauroy, qui a accepté le principe d’une nouvelle dévaluation, a donc été reconduit à Matignon et Jacques Delors fut renommé à l’Économie et aux Finances, avec le Budget en plus, dans l’ordre protocolaire, numéro deux du gouvernement, devant Pierre Bérégovoy (Affaires sociales et Solidarité nationale), Gaston Defferre (Intérieur et Décentralisation), Charles Fiterman (Transports), Robert Badinter (Justice), Claude Cheysson (Relatons extérieures), Charles Hernu (Défense), Michel Rocard (Agriculture), Laurent Fabius (Industrie et Recherche), Alain Savary (Éducation nationale) et Édith Cresson (Commerce extérieur et Tourisme). Si j’ai mis une grande partie des membres de ce gouvernement, dont certains furent Premiers Ministres dans le second septennat de François Mitterrand, c’était pour montrer l’importance politique qu’avait prise Jacques Delors.

Quand Pierre Mauroy a démissionné le 17 juillet 1984, il n’était quasiment plus question de nommer Jacques Delors à Matignon. Laurent Fabius fut choisi, et Jacques Delors aurait refusé de continuer à s’occuper des Finances sous les ordres de Laurent Fabius. Il a donc quitté également le gouvernement à cette occasion, réservé à de plus hautes fonctions, elles européennes, quelques mois plus tard.

Le hasard des calendriers politiques français et européen a fait que Jacques Delors terminait son second mandat de cinq ans à la tête de la Commission Européenne en janvier 1995, c’est-à-dire à peu près en même temps que la fin du second septennat de François Mitterrand (en mai 1995).

L’idée d’une candidature de Jacques Delors soutenu par le parti socialiste et par François Mitterrand était donc d’autant plus évidente que la fenêtre des opportunités présentait deux circonstances encourageantes : d’une part, les sondages faisait de lui l’une des personnalités les plus appréciées des Français, comme Édouard Balladur, Premier Ministre de cohabitation et probable candidat à l’élection présidentielle pour le centre et la droite ; d’autre part, les socialistes avaient perdu la plupart de leurs candidats potentiels "naturels" : Michel Rocard avait été consumé par les élections européennes du 12 juin 1994, Lionel Jospin avait été battu aux législatives le 28 mars 1993 (ce qui était le cas aussi de Michel Rocard) et envisageait de quitter définitivement la vie politique, Laurent Fabius était grillé par l’affaire du sang contaminé (injustement, soit dit en passant), Pierre Mauroy voulait avant tout se faire réélire maire de Lille en juin 1995 et ne voulait pas apparaître trop gauchisant, et l’on commençait à parler de "candidature de témoignage" pour le PS, juste pour l’honneur, sans espoir de vaincre, avec Robert Badinter (soutenu par Laurent Fabius) ou encore Pierre Joxe (soutenu par François Mitterrand), mais les deux ont préféré rester à la tête d’une grande institution (respectivement le Conseil Constitutionnel et la Cour des Comptes) à échouer lamentablement sur le front élyséen.

Jacques Delors, bien que peu apprécié de l’appareil du PS qui se méfiait de lui (et c’était réciproque), était ainsi la personnalité idéale, la divine surprise pour redonner un espoir aux socialistes de conserver l’Élysée et de revenir au pouvoir malgré la "raclée" électorale de mars 1993. Cette candidature n’a cependant pas fait long feu, puisque dès le 11 décembre 1994, invité de la célèbre émission d’Anne Sinclair "Sept sur Sept", il a annoncé qu’il renonçait à se présenter, suscitant la déception …de nombreux centristes français (et le soulagement à la fois des apparatchiks socialistes et des balladuriens !).

L’année Delors n’était donc pas pour 1995 et peut-être qu’il faudrait attendre 2012 pour la qualifier ainsi : en effet, pour affronter à Nicolas Sarkozy, le parti socialiste a institué la première primaire "ouverte" de l’histoire française, qui se résumait principalement, après la disqualification de Dominique Strauss-Kahn, à un duel entre deux éminents "deloriens" : Martine Aubry, sa fille, et François Hollande, qui fut dans les années 1990 le représentant des "deloristes" dans un transcourant du PS.

Revenons à cet abandon par forfait de Jacques Delors. Avant de continuer, lisons quatre passages intéressants des "Cahiers secrets" de Michèle Cotta sur le sujet, au fil de ses rencontres et réflexions.

Le 15 novembre 1994, elle a écrit ceci : « Selon [Paul] Guilbert, Delors se fixe trois critères pour sa prise de décision. Le premier est son mal de dos persistant. "Donc, premier critère négatif", lui a dit Delors en plaisantant à demi. Deuxième critère : les conditions de la campagne. Il est resté flou sur ce que cela voulait dire. Troisième critère : la majorité de gouvernement. En existe-t-il seulement une à gauche ? Il se décidera dès qu’il aura répondu à ces trois questions. ».

Le 29 novembre 1994 : « Selon [Charles Pasqua], VGE s’est déjà résolu à une victoire de Delors. Séguin aussi, ce qui lui permettrait de prendre le contrôle du RPR. (…) Je me rappelle ce que m’a dit Philippe de Villiers, l’autre jour : que Pasqua aurait en réalité envie de rouler pour lui, c’est-à-dire de risquer la candidature à l’Élysée. Je n’y avais pas cru. Aujourd’hui, pourtant, je constate que derrière sa bonhomie, sa rondeur, il est en train de devenir une sorte de super-star de la politique. ».

Le 13 décembre 1994 : « [Delors] n’a pas dit, dimanche dernier, le plus important. Il pensait que sa candidature allait d’emblée séduire les centristes. J’avais bien compris, au cours de ma récente rencontre avec Bernard Bosson, que tel ne serait pas le cas. Après sa victoire, peut-être ; avant, pas question ! (…) De là à renoncer sans combattre, il y a un monde. Chirac et Mitterrand avaient raison : l’un ou l’autre n’ont jamais cru à la candidature Delors. Il leur a semblé, à l’un comme à l’autre, que Delors manquait de la détermination farouche nécessaire à une campagne présidentielle. (…) Personne n’est obligé d’avoir attrapé le virus de la politique. ».

Le 14 décembre 1994 : « [Édouard Balladur] a commencé à avoir peur que l’UDF, surtout les centristes, soient séduits par le personnage Delors, l’Europe de Delors, la démocratie chrétienne à la Delors. (…) Au total, c’est un sentiment de soulagement qu’ont dû éprouver le Premier Ministre et ses conseillers. ».

L’histoire a montré que finalement, Lionel Jospin a pu redonner un peu d’honneur au PS en arrivant, avec 23,3% des voix, en tête du premier tour de l’élection présidentielle le 23 avril 1995 (contre toute prévision), même s’il a perdu le 7 mai 1995 avec 47,4% des voix face à Jacques Chirac. Tout le débat avait été pollué par la rivalité personnelle (et pas politique) entre Édouard Balladur et Jacques Chirac, et finalement, ils ont été tous les deux "dépassés" par Lionel Jospin.

Jacques Delors aurait-il fait mieux électoralement que Lionel Jospin ? Personne ne pourra en être certain mais je suis assez convaincu que non : Lionel Jospin a été un vrai "animal politique", alors que Jacques Delors n’a jamais été une "bête" d’élection, il a toujours été une sorte d’ovni politique, au même titre que des personnalités comme Raymond Barre, Pierre Mendès France, Robert Badinter, Simone Veil, etc., ils ont toujours refusé la démagogie pour être élu et donc, ils n’ont ou n’auraient jamais été élus à la magistrature suprême pour cette raison.

Du reste, les exploits électoraux de Jacques Delors étaient très limités puisqu’il n’a jamais été élu sur son nom qu’une seule fois, en mars 1983 comme maire de Clichy-sous-Bois (il a démissionné en décembre 1984 avant de prendre ses fonctions à Bruxelles) et il fut élu dans la liste du PS en juin 1979 comme député européen (il a démissionné en entrant au gouvernement en mai 1981). Par ailleurs, des problèmes de santé pouvaient aussi l’empêcher physiquement d’assurer un rythme de campagne très dynamique (et son âge était déjà très avancé, 69 ans).

On a dit aussi que, comme sa fille d’ailleurs, Jacques Delors était souvent velléitaire et peu combatif sur le plan politique. Ce fut le cas aussi de Martine Aubry qui n’a pas convaincu de son ambition présidentielle en automne 2011 et qui a quitté la vie politique nationale (pour se replier à Lille) lors de l’élection de son rival François Hollande (elle aurait pu au contraire continuer à diriger le PS et maintenir la pression avec le gouvernement).

Pourtant, une candidature de Jacques Delors à l’élection présidentielle de 1995 aurait pu être une innovation majeure dans la vie politique. La raison qu’il a donnée pour expliquer son renoncement fut qu’il aurait voulu gouverner avec le centre gauche et le centre droit et qu’il constatait que ce serait impossible de convaincre ses amis socialistes d’en finir avec l’union de la gauche.

Parallèlement, il aurait eu aussi beaucoup de mal à convaincre au centre droit tout acquis à Édouard Balladur. Le jour même du 11 décembre 1994, au congrès de Vincennes, les centristes du CDS (Centre des démocrates sociaux) s’étaient choisi un nouveau président pour succéder à Pierre Méhaignerie, en préférant le "un petit peu balladurien" François Bayrou au "très balladurien" Bernard Bosson qui était le secrétaire général sortant. Les deux, importants ministres du gouvernement d’Édouard Balladur, l’un à l’Éducation nationale, l’autre aux Transports et à l’Équipement, ne voyaient pas l’intérêt de tenter une Troisième voie avec un PS moribond tandis que les sondages flamboyants d’Édouard Balladur permettaient d’enterrer définitivement Jacques Chirac…

Ce fut d’ailleurs un regret de François Bayrou, en 2007, puisque tout l’axe de sa campagne fut de gouverner avec le centre droit et le centre gauche, pour une politique démocrate, sociale et européenne, finalement, ce qu’a voulu et réalisé Emmanuel Macron en se présentant et en gagnant l’élection présidentielle de 2017.

Jacques Delors avait pourtant des arguments pour convaincre ceux de "l’autre bord" de le rejoindre, et le principal, ce fut d’être l’inspirateur de la "Nouvelle société" en étant le proche conseiller de Jacques Chaban-Delmas à Matignon entre 1969 et 1972, ce qui, aux yeux de ses amis socialistes, était un pedigree suspect même si dès 1974, il adhéra au PS.

Alors, reprenons la question du titre : s’il avait été élu, Jacques Delors aurait-il été le précurseur d’Emmanuel Macron ? Probablement oui. Les deux projets, celui de 1994 et celui de 2017, se rejoignaient dans les grandes lignes. Comme le projet de François Bayrou de 2007. Vouloir former une majorité de conviction, à la fois démocrate, européenne et sociale. Contrairement à ce qu’a laissé croire Jacques Delors, cette majorité aurait été élue sans problème dans la lancée de l’élection présidentielle, ce qu’on avait aussi refusé à François Bayrou en 2007 (il n’aurait pas de majorité parlementaire), Emmanuel Macron a démontré le contraire en juin 2017 avec une large majorité absolue pour son nouveau parti LREM à l’Assemblée Nationale (rappelons d’ailleurs que le groupe politique de François Bayrou, le MoDem, est aujourd’hui beaucoup plus nombreux que le groupe socialiste). La logique de la Cinquième République a ainsi, contrairement à ce qu’on racontait à tort et à travers, montré sa capacité à mettre au pouvoir des partis neufs, jeunes, dynamiques, du moment que la campagne était à la hauteur des atteintes du peuple.

En revanche, dans la phrase du début du paragraphe précédent, il y a une condition indispensable : "s’il avait été élu". Or, il est complètement inutile d’imaginer ce qu’on ferait si on était élu quand on ne se donne même pas les moyens d’être élu. Or, le vrai boulet de Jacques Delors, qu’il s’est bien gardé de dire publiquement sur recommandation de Martine Aubry (future patronne du PS, l’imaginait-elle alors ?), c’était que son appartenance au PS l’aurait empêché de siphonner les voix du centre droit acquises à Édouard Balladur.

C’était ce que n’a pas compris, non plus, le Premier Ministre Manuel Valls qui a voulu nourrir son ambition présidentielle dans le cadre de la primaire socialiste de 2017. Emmanuel Macron a compris que le seul moyen de convaincre les électeurs d’une nouvelle majorité ni à droite ni à gauche, c’était de quitter au plus vite le parti socialiste (ce qu’avait compris, de son côté, François Bayrou dès le 16 mai 2006 en se désolidarisant de l’UMP par son vote d’une motion de censure contre le gouvernement de Dominique de Villepin).

Jacques Delors est donc resté plutôt dans une attitude de la Quatrième République, c’est-à-dire dans la tradition d’une décision collégiale et pas dans une démarche individuelle de type bonapartiste, la même "erreur" (est-ce une erreur ?) que celle de Pierre Mendès France. Il ne pouvait donc pas s’insérer naturellement dans les mécanismes institutionnels de la Cinquième République avec l’espoir de gagner car sa culture du compromis refusait qu’un seul homme décidât de tout. Lorsqu’on idéalise trop, on reste toujours à quai…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Delors aurait-il pu être le précurseur d’Emmanuel Macron ?
Jacques Delors, l’honneur de la France et de l’Europe.
Institut Jacques-Delors (créé en 1996).
Qui peut remplacer Jacques Delors en 2014 ?
L’occasion ratée de 1995.
Martine Aubry.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200720-delors.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jacques-delors-aurait-il-pu-etre-225849

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/17/38434350.html








 

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