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15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 03:28

« [Emmanuel Macron] a fait part de sa préoccupation au sujet des tensions provoquées par les décisions unilatérales de la Turquie en matière d’exploration pétrolière, qui doivent cesser pour permettre un dialogue apaisé entre pays voisins et alliés au sein de l’OTAN. Il a rappelé la nécessaire solidarité de la France et de l’Union Européenne envers tout État membre dont la souveraineté viendrait à être contestée. » (Communiqué de l’Élysée, le 12 août 2020).


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Mine de rien, en plein mois d’août, dans un monde plongé encore pour longtemps dans la pandémie de covid-19 (de nouvelles alertes de médecins hospitaliers en France notamment), le risque d’une guerre navale entre alliés de l’OTAN n’est plus exclu. Dans ce communiqué de l’Élysée, il est aussi dit : « Afin de mieux apprécier la situation dans cette région de la Méditerranée et marquer sa volonté de faire respecter le droit international, le Président de la République a décidé de renforcer temporairement la présence militaire française en Méditerranée orientale dans les prochains jours, en coopération avec les partenaires européens, dont la Grèce. ».

De quoi s’agit-il ? Avant tout, car c’est ainsi qu’il faut aborder le sujet, d’une initiative du Président turc Recep Tayyip Erdogan. De plus en plus contesté dans son pays, la tentation nationaliste d’Erdogan n’est plus à démontrer pour se maintenir au pouvoir. Que ce soit en Syrie, en Irak, en Libye et ici, dans les eaux territoriales grecques, la Turquie entend adopter une politique agressive et expansionniste, celle du fait accompli dont on pourrait donner un autre exemple avec l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014.

Du reste, l’analogie avec la Crimée est d’autant plus pertinente qu’elle montre une forme agressive mais que le pays en question (la Russie pour la Crimée, la Turquie pour la Méditerranée orientale) pourrait avoir raison, car cela ne donne aucune indication sur le fond : la Russie pouvait légitimement revendiquer la Crimée, comme la Turquie pourrait légitimement revendiquer certaines eaux grecques. Mais dans ce cas, cela doit se faire selon le droit international et pas par la force.

La seule réponse hélas à cette violation, c’est l’escalade de la violence, ou plutôt, de la menace de violence. Cela peut faire un peu comme entre deux chats (ou deux chiens), chacun cherchant à impressionner l’autre en espérant que le plus lâche lâchera l’affaire, et il n’est pas dit, dans cette histoire, que l’Europe, pour une fois, sera la plus lâche. L’Europe a trop honte des Accords de Munich pour les répéter à la moindre occasion.

C’est pourquoi je soutiens l’heureuse initiative du Président Emmanuel Macron de montrer la force militaire d’un allié de la Grèce, et pas n’importe quel allié. Les relations entre la Grèce et la France ont toujours été très étroites, il faut par exemple rappeler que l’effondrement de la dictature des colonels (1967-1974), consécutif à l’invasion du nord de Chypre par l’armée turque, a été conforté par la France, le Premier Ministre Constantin Caramanlis était même revenu à Athènes (d’exil) par l’avion présidentiel de Valéry Giscard d’Estaing en juillet 1974.

Rappelons les faits car au-delà du nationalisme turc, il y a aussi des intérêts économiques essentiels. En effet, des gisements d’hydrocarbures (du gaz) ont été découverts en Méditerranée orientale et leur mainmise a évidemment un enjeu stratégique important. La Turquie a envoyé le 10 août 2020 le navire scientifique Oruç Reis pour une mission de prospection, pour détecter de nouveaux gisements de gaz dans les eaux territoriales grecques.

La Turquie n’a jamais reconnu la souveraineté grecque de ces eaux qui a été décidée des suites du Traité de Versailles (qu’elle n’a jamais ratifiées, comme le Traité de Lausanne signé le 24 juillet 1923 notamment par la France, la Grèce et la Turquie). En faisant escorter le navire scientifique de navires de guerre, la Turquie a en conscience provoqué la Grèce (ainsi que Chypre) et, par voie de conséquence, l’Union Européenne.

Le 12 août 2020, une "mini collision" sans gravité a eu lieu entre un navire grec et un navire turc. La Grèce n’entend pas laisser la Turquie opérer sur ses eaux territoriales et a mobilisé, elle aussi, des navires de guerre. Le Ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias a été clair : « Il n’y aura aucune tolérance à l’égard des tentatives turques. ». La Grèce vient d'ailleurs de négocier un partage des eaux avec l’Égypte le 6 août 2020 pour contrer le partage des eaux négocié entre la Turquie et la Libye en novembre 2019 sur le dos de la Grèce et de Chypre.

La France a décidé d’aider la Grèce en mobilisant dans la mer Égée le 13 août 2020 deux chasseurs Rafale et deux navires de guerre (le porte-hélicoptères Tonnerre, en route pour Beyrouth, apportant de l’aide aux Libanais après la double explosion meurtrière du 4 août 2020, et la frégate La Fayette) pour un but d’intimidation vis-à-vis de la Turquie, tandis que l’Allemagne, avec Angela Merkel (qu’Emmanuel Macron a invitée au Fort de Brégançon pour une journée de travail le 20 août 2020), a cherché à faire la médiation entre la Turquie et la Grèce. Le 14 août 2020, Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, a convoqué une réunion extraordinaire des Ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne pour réagir de manière univoque à l’agression de la Turquie. La Grèce et Chypre veulent une réaction européenne aux violations territoriales de la Turquie.

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Comme je l’ai écrit plus haut, la Turquie a peut-être autant raison sur la souveraineté des eaux qu’elle revendique que la Crimée est historiquement russe, mais c’est comme si l’armée allemande avançait en Alsace sans prévenir pour revendiquer la souveraineté de l’Alsace. Là encore, sur le fond, cela pourrait se discuter (mais je pense que depuis 1919, cela ne se discute plus), on a bien organisé un référendum pour la Sarre (certes, c’est plus difficile d‘engager un processus d’autodétermination pour des eaux maritimes, à moins de faire un référendum chez les poissons).

Mais imaginer qu’une politique du fait accompli soit efficace serait d’autant plus inacceptable qu’elle ouvrirait à bien d’autres revendications (et provocations)… Il est clair qu’on est loin d’une adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, qui pourrait aujourd’hui l’envisager ? Erdogan serait le dernier à l’envisager !

La réponse de la France est donc très adaptée à la situation : elle vient en appui à la Grèce, par fidélité, par alliance, par amitié, et surtout, elle refuse toute opération de force qui viserait à bouleverser les frontières de manière unilatérale. Cette politique volontariste de la France n’est pas étonnante, je l’ai déjà écrit plus haut, l’amitié franco-grecque est ancienne et jamais vaine. Emmanuel Macron a eu raison d’exprimer la solidarité de la France au Premier Ministre grec Kyriakos Mitsotakis. Il avait déjà fermement critiqué, le 23 juillet 2020, les violations des souverainetés grecque et chypriote par la Turquie.

Porte-parole du Pentagone (Ministère américain de la Défense), Jonathan Hoffman a déclaré le 13 août 2020 : « [La France et la Turquie sont] tous deux des alliés extrêmement importants de l’OTAN et nous voudrions voir les tensions diminuer (…). Nous voudrions donc qu’ils continuent de coopérer et qu’ils trouvent des solutions qui n’impliquent pas la nécessité d’avoir des navires de guerre ou des avions déployés dans un environnement moins que coopératif. » (le style est très diplomatique, autant dire, contre-trumpien).

Que les États-Unis veuillent donner leur grain de sel et demander à la France de se modérer est assez intéressant et peu étonnant. Au moins, on ne pourra plus dire que la diplomatie française est à la remorque de la diplomatie américaine. Pour tout dire, elle ne l’a jamais été, et ceux des Américains qui voulaient la guerre en Irak le savaient bien.

On pense sans peine que les États-Unis veulent ici ménager la chèvre et le chou, ce qui, chez Donald Trump, est assez innovant (on l’imagine mal "centriste"). Ménager deux alliés indispensables de l’OTAN, un peut-être un peu plus loyal et fiable, bien qu’exigeant, que l’autre.

Ce vendredi 14 août 2020, Emmanuel Macron a cependant évoqué la communauté de vue entre la France et les États-Unis : « Je me suis entretenu avec le Président américain Donald Trump de la situation en Méditerranée orientale, en Libye et au Liban. Nos vues sont convergentes. Notre intérêt à la paix et à la sécurité y est commun. Nous le ferons respecter. » (Twitter).

Dans un discours devant les membres de son parti, le 13 août 2020, le Président Erdogan a fanfaronné en disant : « Nous leur avons dit : "Ne pensez même pas à attaquer l’Oruç Reis, vous payerez le prix fort si vous attaquez notre Oruç Reis" ! Et ils ont eu la première réponse aujourd’hui. » (sans précision sur ce qui s’est passé). Le lendemain, le chef d’État turc a traité Emmanuel Macron de vouloir jouer au "caïd"… Heureusement que certains respectent les traités d’amitié et le droit international (et en ont les moyens militaires).

Ces tensions inquiétantes pourraient cependant être secondaires dans l’actualité de cette semaine où dominerait un véritable événement historique : en effet, le 13 août 2020, Israël et les Émirats Arabes Unis (EAU) ont annoncé leur engagement à normaliser leurs relations diplomatiques, c’est-à-dire, que les EAU ont annoncé leur reconnaissance prochaine de l’État d’Israël, ce qui, pour le Premier Ministre Benyamin Netanyahou, est une divine surprise qui le hisserait parmi les grands dirigeants israéliens qui ont fait la paix avec des nations arabes (Menahem Begin avec l’Égypte en 1979, Yitzhak Rabin avec la Jordanie en 1994). De plus, cette reconnaissance unilatérale casse le consensus arabe contre l’État d’Israël. L’une des motivations des EAU serait l’inquiétude que suscite aujourd’hui la surpuissance de l’Iran au Moyen-Orient.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Méditerranée orientale : la France au secours de la Grèce face à la Turquie.
Pierre Pflimlin l'Européen.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Interview du Président Emmanuel Macron le 21 juillet 2020 à Paris sur TF1 (vidéo).
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 21 juillet 2020 à Bruxelles (texte intégral et  vidéo).
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron le 18 mai 2020 à Paris (texte intégral et  vidéo).
Le pacte franco-allemand historique du 18 mai 2020.
Jacques Delors l’Européen.
Robert Schuman lance la construction européenne.
Covid-19 : où est l’Europe de la Santé ?
Les 75 ans de la Victoire sur le nazisme.
Emilio Colombo l'Européen.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Brexit : enfin, l’Union Européenne prouve qu’elle n’y était pour rien !
Thierry Breton l'Européen.
Érasme.
30 ans d’Erasmus.
Sylvie Goulard et la démocratie européenne.
8 contresens sur le Brexit.
Union Européenne : la victoire inespérée du Président Macron.
Européennes 2019 (6) : le paysage politique européen.
Européennes 2019 (5) : les six surprises françaises du scrutin du 26 mai 2019.
Européennes 2019 (3) : l’Union Européenne est-elle démocratique ?
Michel Barnier l'Européen.
Le testament européen de Jean-Claude Juncker.
Le retour aux listes nationales aux élections européennes (2 décembre 2017).
Jean Monnet l'Européen.
La reconquête des peuples européens.
Le programme du CNR.
Discours de Robert Schuman le 9 mai 1950 au Salon de l’Horloge à Paris (texte intégral).
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 26 septembre 2017 à la Sorbonne.
Emmanuel Macron et son plan de relance de l’Europe (26 septembre 2017).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200814-oruc-reis.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/mediterranee-orientale-la-france-226415

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/08/14/38479643.html




 

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