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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 03:48

« Vous savez, acteur, ce n’est pas un métier. C’est de la chance, une gueule… Je connais des gens du théâtre qui n’ont jamais fait de carrière au cinéma parce qu’ils n’ont pas de photogénie. À l’inverse, Delon, il est souvent très mauvais mais il a de la photogénie. » (Jean-Luc Bideau, le 5 novembre 2013 dans Streetpress).


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L’acteur Jean-Luc Bideau fête ce jeudi 1er octobre 2020 son 80e anniversaire. Comme souvent pour les acteurs de second rôle, l’homme n’est pas inconnu des cinéphiles et en même temps, il n’a jamais voulu être une star. Acteur avant tout suisse, il a pris la nationalité française en 1991 pour pouvoir être sociétaire de la Comédie-Française.

Jean-Luc Bideau, néanmoins, préfère être acteur à comédien, selon la définition qu’il a donnée le 5 novembre 2013 dans une longue et intéressante interview à Streetpress.com : « Il y a deux types d’acteur : les comédiens et les acteurs. Les acteurs, c’est Depardieu, c’est l’instinct, etc. Les autres, ce sont des comédiens. Ils arrivent trois heures dans la loge avant de jouer, ils étudient le texte à fond, ils font chier les metteurs en scène, qui en savent peut-être moins qu’eux… Moi, ça ne m’intéresse pas. » (Les citations qui suivent proviennent de cette interview sauf indication contraire).

Oui, "on" le connaît, Jean-Luc Bideau, avec sa grande carcasse, sa moustache qui pourrait presque lui faire jouer le rôle du physicien Albert Einstein s’il avait été un peu moins longiligne, son ton rassurant de médecin de campagne (voir plus loin !), ses yeux malicieux… il a tout fait, des films du cinéma (ce qu’il aurait voulu privilégier), les téléfilms, les séries même, parfois "pourries", et bien sûr, des pièces de théâtre. En revanche, il a toujours refusé de faire de la publicité… sauf pour aider son gendre qui a créé son entreprise. Il est loin des paillettes, refuse obstinément le star-system, les camaraderies, les réseaux, et il veut être le bon père de famille assez stable qui ne décompose pas, ni ne recompose sa famille à chaque tournage.

Jean-Luc Bideau dit lui-même qu’il a eu de la chance dans les années 1970 (il avait donc une trentaine d’années) car il a joué dans trois des quatre films suisses qui ont eu un grand succès : "La Salamandre" d’Alain Tanner (sorti le 27 octobre 1971), avec Bulle Ogier et Jacques Denis, "Les Arpenteurs" de Michel Soutter (sorti le 1er novembre 1972), avec Marie Dubois et Jacques Denis, et "L’Invitation" de Claude Goretta (sorti le 13 septembre 1973), avec Michel Robin.

À ceux-là, vous rajoutez le film français "Et la Tendresse ? Bordel !", de Patrick Schulmann (sorti le 28 février 1979), avec Bernard Giraudeau et Roland Giraud, où Jean-Luc Bideau, premier rôle, joue le phallocrate (« Allo Carole ? Tu peux te laver les fesses, j’arrive ! »), et vous avez le Jean-Luc Bideau tel qu’il aurait voulu continuer à être, celui de jeune premier du cinéma francophone.

Je cite trois autres répliques de Jean-Luc Bideau dans ce dernier film cité (écrites par le réalisateur, Patrick Schulmann), car je les trouve délicieuses ou très lucides : « J’aime enlever ces lunettes, pour voir les yeux d’une fille, moi ça me fait le même effet que quand je la déshabille, c’est comme un soutien-gorge, qu’on fait doucement glisser, pour découvrir les seins qu’elle essaie de nous cacher. ». Puis, toujours en alexandrins : « Si votre joli corps ignore tout du plaisir, caressez-vous le soir avant de vous endormir ! ». Enfin, moins frivole : « C’est ça le monde, mon vieux ! Les plus forts qui gagnent, les plus faibles qui s’écrasent et puis les autres qui regardent ! ».

Je rajoute encore le film "Tout feu, tout flamme" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 13 janvier 1982), avec Yves Montand (le père), Isabelle Adjani (la fille polytechnicienne) et Alain Souchon (l’amoureux), où Jean-Luc Bideau joue l’ami véreux prêt à trahir son ami pour de l’argent, qui est un rôle assez classique pour Jean-Luc Bideau qui, malgré un âge plus jeune (dans ce film, il n’avait que 41 ans), prend parfois des rôles secondaires de "vieux" (vieil ami, etc.). "Tout feu, tout flamme" est repassé récemment à la télévision (rediffusé sur France 3 le 24 août 2020).

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Malheureusement pour Jean-Luc Bideau, sa notoriété, il l’a construite autrement et bien sans son accord. Depuis une vingtaine d’années, en effet, quand il marche en ville, on le reconnaît tout de suite, mais pas pour ce qu’il aurait voulu être, seulement pour le rôle qu’il a eu dans la série télévisée "H" diffusée sur Canal+ du 24 octobre 1998 au 20 avril 2002. Soixante et onze micro-épisodes de vingt-deux minutes de "sitcom" qui ont été tournés très rapidement, de manière plutôt bâclée, et qui ont eu un succès fou !

Lui n’est plus un acteur, en ville, mais un grand médecin, un chef de service, le professeur Strauss. Enfin, "grand" est un grand mot, car je suppose qu’aucun médecin ne souhaiterait ressembler à ce personnage qui, mandarin, ne cherche que le confort, peut-être la gloire, l’argent et les divertissements farfelus. Je suis désolé pour lui (même s’il s’en moque) mais je trouve néanmoins que c’est son rôle le plus éblouissant, celui où le ressort comique est le plus élevé.

Certes, à l’origine, la série mettait en valeur trois humoristes, trois petits rigolos, très petits, très modestes (et d’ailleurs, à l’époque peu connus, mais c’est le principe de Canal+, c’était le cas aussi pour les acteurs des Deschiens, dont François Morel et Yolande Moreau, ou des Robins des Bois, dont Marina Foïs, Élise Larnicol, Jean-Paul Rouve et Pierre-François Martin-Laval). Très petits car ils jouent sans se prendre au sérieux, et quand leur personnage cherche à imiter, c’est toujours petit (par exemple, inventeur et auteur de brevet et même directeur d’hôpital !).

J’ai nommé Jamel Debbouze, Éric Judor et Ramzy Bedia, le premier, standardiste, le deuxième, infirmier (celui qui a la meilleure situation) et le troisième, brancardier recyclé en tenancier de bistrot. En plus de ce trio infernal de fous délirants qui se comportaient comme des stars capricieuses, il faut aussi citer Sophie Mounicot (l’infirmière chef), Catherine Benguigui (la médecin encore vierge), Linda Hardy (la jolie fille de Jean-Luc Bideau dans la série, qui éclaire les yeux des joyeux lurons) et Edgar Givry (le directeur de l’hôpital mimant le technocrate amusé).

La série se comporte comme une suite ininterrompue de sketchs plus ou moins drôles, dont certains ont l’air d’être de l’improvisation. Elle se déroule dans un hôpital (parodiant ces séries hospitalières où l’hôpital n’est qu’un cadre à peine exploité, revoir à cet égard le sketch très réussi des Inconnus sur une parodie de ce genre de série), où les préoccupations médicales sont très peu dans les esprits et qui permet d’inviter quelques acteurs stars dans le rôle du malade. Jean-Luc Bideau, dans Streetpress, a expliqué d’ailleurs que ces grands acteurs étaient généralement muets devant la furie tapageuse du trio infernal : « Ils ne comprenaient rien ! Les pauvres ! Les acteurs de boulevard, d’habitude très habiles, face aux trois, ils devenaient incapables ! J’étais sidéré de les voir marmonner "heuuu". Ils n’y arrivaient pas ! ».

Car l’expérience très négative de Jean-Luc Bideau sur "H", elle est double. D’un côté, des tournages qui furent un calvaire pour lui, car la surréactivité du trio était très forte, qui utilisait en plus des termes de "djeunes" qu’il ne comprenait pas, un trio presque clanique dont il était exclu : « Je n’en pouvais plus, c’était insupportable. (…) Le problème, c’était d’être au même niveau d’énergie que les trois. Terrible ! Ils sont terribles, ces gars ! Mais tout le temps, tout le temps ! ».

De l’autre côté, sa femme, beaucoup plus intello, qui préférait voir son mari dans du cinéma d’auteurs (suisses surtout), comme au début de sa carrière, et qui avait honte de le voir dans ce truc loufoque et sans intérêt.

Sa femme, d’origine tchèque, il l’a rencontrée au début de sa carrière, en 1966, à Prague, quand il a remplacé Jean Bouise dans une pièce de théâtre avec Gérard Philippe, et sa future femme attendait la troupe à l’aéroport (avec les passeports, elle a tout de suite vu qu’il était célibataire) : « J’étais comme un héros de Houellebecq. Je voulais passer à l’acte. Mais Marcela était sentimentale ! » ("Le Temps", le 8 février 2019, propos recueillis par Alexandre Demidoff). Au théâtre, Marcela a découvert « un autre Jean-Luc [Bideau], pas cette "grande gueule" qui est son étiquette. Je suis révoltée quand on le réduit à ce cliché. »

Loufoque et sans intérêt peut-être, sans doute pas de la haute culture, mais très populaire, une série truculente dans laquelle la présence du professeur Jean-Luc Bideau s’imposait. À la morale douteuse, il a assuré une figure paternelle aux enfants un peu dissipés que formait le trio, il était leur patron : « L’idée du producteur de me prendre était très bien, par rapport à ces trois autres cinglés. Parce que c’est un autre style, ça faisait une sorte de dichotomie. Et aujourd’hui, ça me sidère, on me dit : "Vous étiez le meilleur" ! (…) J’y suis pour rien si les gens ont retenu mon personnage. (…) Je suis ravi que ça ait été un succès. Le tiroir-caisse marche toujours ! ».

Sa fille, à l’époque du tournage de "H", faisait des études de médecine, mais n’a pas suivi à cette époque ces séquences. Elle est maintenant pédiatre, a installé son cabinet de consultation : « Je suis un peu addict aux médecins. Moi, dès qu’un truc ne va pas, j’y vais ! Comme ma fille est médecin, elle se fout de ma gueule toute l’année ! ». Cela dit, il prend pour modèle des "vieux" acteurs comme Michel Bouquet ou Michel Galabru (qui n’était pas décédé en 2013), car comme eux, il voudrait encore continuer à tourner bien après ses 80 ans. C’est tout ce que je lui souhaite pour son anniversaire, sa présence dans une fiction met toujours du sel et des épices dans l’histoire, à défaut de beurre dans les épinards…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiBideauJeanLuc03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201001-jean-luc-bideau.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jean-luc-bideau-sa-grande-gueule-227474

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/20/38544226.html





 

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