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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 03:27

« Dans ce combat, aux implications mondiales, la France a pris la part essentielle. Parce que c’est l’Afrique. Parce que c’est la France. L’histoire nous oblige. Et aussi la veulerie des autres puissances, trop contentes de nous laisser la main. » (Claude Weill, le 15 mai 2019, sur la guerre au Mali contre le djihadisme).


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L’éditorialiste politique Claude Weill fête son 70e anniversaire ce mardi 27 octobre 2020. Né au Puy-en-Velay, il a fait des études de droit à Lyon puis à l’IEP Paris, avant de devenir journaliste. Il tient actuellement une chronique politique dans "Nice-Matin" (et aussi "Var-Matin").

C’est l’occasion de faire un peu sa promotion, d’autant plus que la personnalité n’est pas du genre à faire la star. Claude Weill a une particularité qui est très rare : jusqu’à maintenant, j’ai toujours trouvé toutes ses positions mesurées et pertinentes. Ne pas avoir, sur aucun sujet, une seule dissonance est très rare, en effet, vu la multitude des sujets, leur complexité et les interactions plus ou moins personnelles que peut avoir chacun avec les sujets en question (par exemple, aussi objectif qu’on puisse vouloir être, on réagira d’une manière différente sur la justice selon que l’on a eu ou pas un enfant victime d’un prédateur criminel).

Cette diversité des positions est d’ailleurs un problème plus politique que journalistique. Le journaliste cherche à éclairer ses lecteurs ou auditeurs, mais il n’agit pas, et ne demande pas à agir, il observe et laisser agir. Il peut éclairer d’un côté, de l’autre, de tous côtés. Le responsable politique, qui a l’ambition d’agir, et donc, qui cherche les suffrages de ses contemporains, doit lui aussi avoir une vision claire de la situation avant d’agir.

Mais dans l’offre politique, il est difficile de trouver un candidat (ou candidate !) qui propose exactement la même vision que celle qu’on a de la situation dans tous les domaines : économie de marché/économie planifiée, Europe/pas d’Europe, immigration/pas d’immigration, répressif/préventif, nucléaire/pas nucléaire, lutte contre le réchauffement climat/jmenfoutisme, etc. Et même, de nouveaux clivages sont apparus récemment sur les questions sanitaires dans ce marché de "l’opinion publique" avec l’action et réaction face à la pandémie de covid-19 (et les 52 010 nouveaux cas de contaminations en une seule journée ce dimanche 25 octobre 2020 ne peuvent pas laisser indifférents ni les pouvoirs publics ni les citoyens soucieux de la protection des leurs).

En quelque sorte, il y a autant d’électeurs que de configurations d’opinions sur tous les sujets possibles, des plus anecdotiques aux plus essentiels, et pourtant, il y a quelques invariants, comme la République (la proportion des monarchistes dans la population française est infime), et un certain nombre d’autres sujets sur les valeurs qui unissent le peuple à certaines occasions graves, comme l’assassinat de Samuel Paty, pour le plus récent.

C’est dire qu’un éditorialiste politique qui émet les mêmes avis que moi, soyons ici égocentré, c’est rare et c’est cette remarque que je me suis faite un jour qu’il discourait sur un plateau de télévision, ce qui lui arrive assez souvent, que ce soit sur LCI ou sur France 5. Évidemment, tout le monde se moque de ce que je peux penser, mais ce qui me réjouit, c’est qu’il y a encore un peu de bon sens qui perdure dans ce monde médiatico-internautique de plus en plus fou où des absences de vérité flagrantes sont désormais non seulement monnaies courantes mais bases de raisonnements forcément douteux, forcément foireux, qui massacrent ce que j’avais toujours appris de la logique (cela dit, si cela ne se portait pas sur des sujets graves et si cela n’avait pas de conséquences parfois désastreuses sur les décisions qui sont prises par les électeurs et les pouvoirs publics, je dirais que cela aurait au moins le mérite d’être distrayant).

Que je sois dans une même compréhension que Claude Weill, cela peut paraître dans un premier abord assez normal car il a du bon sens (la chose la mieux partagée du monde !) et surtout, il ne cherche pas à mettre son ego dans ses réflexions (y mettre l’ego, c’est catastrophique lorsqu’on se rend compte qu’on s’est trompé, ce qui est valable pour tout le monde puisque personne n’est infaillible).

Le bon sens, c’est par exemple de ne pas surinterpréter les événements, soit en tordant la réalité pour les coller dans son propre logiciel parfois idéologique ou militant, soit en allant jusqu’à un complotisme plus ou moins conscient (c’est hélas très fréquent de nos jours, même chez des personnes qui seraient en principe à exclure de ce genre d’écart, la vieillesse peut éventuellement être une raison, comme l’ego).

Pour Claude Weill, c’est d’autant plus étonnant que je n’ai non seulement jamais été socialiste mais le socialisme m’a toujours paru être une idéologie en retard sur son temps, par le fait qu’il rend la société binaire alors qu’elle est plus uniforme qu’on ne le croit, plus uniforme et moyenne, "tiède", qu’on ne le croit. La société n’est pas composée d’exploiteurs et d’exploités, il y a tous ceux qui sont ni l’un ni l’autre, il n’y a pas que des riches et des pauvres, il y a un énorme "marais" de classe moyenne, celle d’ailleurs en partie des gilets jaunes, qui est devenue d’autant plus la vache à lait des politiques fiscales et sociales qu’elle est la plus nombreuse. J’ai toujours considéré qu’il fallait partir des personnes humaines pour réfléchir sur comment améliorer le monde et pas sur la société en tant que telle (trop abstraite).

Or, justement, Claude Weill a "sévi" dans le journalisme politique chez les socialistes, d’abord au quotidien "Le Matin de Paris" de 1977 à 1984, puis après une année sur Antenne 2 en 1985, il est entré à l’hebdomadaire de Jean Daniel "Le Nouvel Observateur" jusqu’à en être devenu le directeur de la rédaction de juillet 2011 à juin 2014. Soyons d’ailleurs clairs que j’ai dû certainement avoir des positions politiques différentes dans les choix présidentiels, mais à ma connaissance, comme ce que devraient faire les éditorialistes politiques en général, il n’a jamais fait campagne pour aucun candidat (cela dit, j’ai pu "rater" certaines de ses prises de position).

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Ce qui est intéressant dans les analyses politiques, ce n’est pas leur traduction électorale, puisque l’acte de voter (du reste, comme l’acte d’achat) n’est pas forcément basé sur une logique infaillible, l’intuition peut majoritairement l’emporter (l’idée que ce candidat-là nous mènera le pays au désastre, ou au contraire, au grand soir). C’est donner une vision d’un événement sans forcément le politiser. Et c’est ce que semble faire Claude Weill de la manière, selon moi, la plus pertinente, la plus dépassionnée.

C’était le cas à propos de la polémique sur les masques. Loin d’imaginer que le gouvernement avait bâti une doctrine sur le port du masque en mars 2020 spécialement pour s’adapter à la pénurie et se focaliser sur l’équipement du personnel soignant, Claude Weill pense que la doctrine française était depuis longtemps celle de ne pas faire porter de masque aux personnes non contaminées et non soignantes. Ce qui peut conforter cette idée, c’est qu’au-delà du gouvernement, beaucoup de médecins, qui n’avaient aucune raison de soutenir le gouvernement sur ce sujet (au contraire, ils étaient plutôt à vouloir râler contre cette pénurie), exprimaient cette même doctrine parce qu’ils avaient toujours "appris" cela quand ils étaient étudiants.

videmment, s’exprimer sur beaucoup de sujets dans le temps, ce qui est le métier des éditorialistes, c’est risquer de dire des "bêtises" a posteriori. Par chance pour eux, on ne revient jamais en arrière, pas par charité mais par manque de temps : l’actualité ne recule jamais et un événement chasse l’autre tellement rapidement qu’on revient rarement en arrière.

Ainsi, dans sa chronique du 22 septembre 2020 dans "Nice-Matin", Claude Weill commentait le "mouvement du 14 septembre" des collégiennes et lycéennes pour porter les vêtements qu’elles désirent porter à l’école : « Beau sujet pour les sociologues que cette bataille du crop top, ce haut court laissant apparaître le nombril. », bataille dans laquelle il voyait, entre autres , « la revendication du droit pour les filles de porter ce qu’elles veulent (…) sans être vues comme des objets sexuels. ».

Et il faisait le parallèle avec un professeur des écoles couvert de tatouage, ce qui pouvait choquer ses écoliers : « L’apparence, le message qu’elle envoie font partie du rapport pédagogique. » en insistant sur le fait que l’enseignant, pour les petites classes, est « une référence, un modèle, une figure dans laquelle tous les enfants puissent se reconnaître », ce qui l’amenait à considérer qu’il fallait garder un certain nombre de "codes".

Et surtout, ce qui l’amenait à citer Jules Ferry : « Si un maître s’apprête à faire ou dire quelque chose qui puisse choquer un seul parent, qu’il s’abstienne. ». Évidemment, quelques semaines plus tard, citer une telle parole peut être maladroit sinon choquant dans un contexte très différent, celui de l’assassinat de Samuel Paty…

Dans un autre éditorial, évoquant le 15 mai 2019 à la cérémonie d’hommage national à Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello aux Invalides le 14 mai 2019, deux soldats français tués au cours d’une opération de sauvetage de deux otages français en Afrique, Claude Weill pointait du doigt l’indifférence de "l’opinion publique" dans ce qui pourrait être appelée une "sale" guerre : « Depuis plus de six ans, quelque 4 500 soldats français sont déployés au Sahel, sur un théâtre d’opérations grand comme l’Europe. (…) La violence se métastase. (…) L’Afrique est tout simplement en passe de devenir le principal théâtre de la guerre mondiale contre le djihadisme. Pour la France, le risque d’enlisement réel. ». Un contexte qui est revenu récemment dans les feux de l’actualité avec la libération de Sophie Pétronin.

C’est le rôle d’un analyse politique d’alerter, même s’il faut de la pondération et de la raison, sans forcément de l’allégeance au pouvoir. Parce qu’il y a une chose qu’il sait, et que tous devraient savoir, selon la formule de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. ». C’est en ce sens que ce que dit Claude Weill a peut-être beaucoup plus de signifiant que bien d’autres éditorialistes qui vivent de leur opposition stérile et excessive au pouvoir en place. Et son humilité y contribue probablement. Pour preuve, l’un de ses essais chez Flammarion (1993) a pour titre : "Je ne fais que passer" !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201027-claude-weill.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/claude-weill-je-ne-fais-que-passer-228073

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/21/38602055.html





 

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