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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 03:33

« C’est facile d’être Vice-Président : vous n’avez rien à faire ! » (Joe Biden).



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Le Président américain Donald Trump termine son mandat le 20 janvier 2021. L’élection présidentielle pour désigner son successeur a lieu le mardi 3 novembre 2020. En fait, environ tiers de l’électorat a déjà voté, y compris Donald Trump la semaine dernière (il y a environ 250 millions d’électeurs inscrits mais la participation dépasse rarement la moitié). À quelques jours de l'élection, le candidat démocrate Joe Biden semble garder une certaine avance dans les sondages.

Joe Biden est un homme politique américain très expérimenté, trop pour certains qui pointent du doigt son âge : dans trois semaines, il aura en effet 78 ans, ce qui ferait 82 ans à la fin du mandat. Sénateur au long cours, de janvier 1973 à janvier 2008 (pendant trente-cinq ans !), il fut élu et réélu Vice-Président des États-Unis du 20 janvier 2009 au 20 janvier 2017, en "ticket" avec Barack Obama.

Cela dit, Donald Trump n’est pas non plus un candidat de la toute dernière fraîcheur : il aurait lui-même 78 ans à la fin de son éventuel second mandat. Mais son tempérament, son dynamisme jusqu’au physique (plus encore après avoir été malade du covid-19) l’ont rendu "jeune" en comparaison à Joe Biden, très timoré, qui a fait une campagne minimale, qui, par peur de la pandémie de covid-19, ne s’était même pas déplacé lors du meurtre de George Floyd le 25 mai 2020 ni lors des grandes manifestations à la suite, alors que le sujet pouvait lui apporter un précieux complément de son électorat traditionnel.

Sans doute que le choix très judicieux, le 11 août 2020, de la sénatrice Kamala Harris, femme de 56 ans qui a déjà une longue expérience des responsabilités publiques, en particulier en tant que procureure générale de Californie de janvier 2011 à janvier 2017, comme colistière de Joe Biden pourrait réduire les craintes sur l’éventualité d’une fin de vie prématurée du Président américain : la successeure putative a toutes les qualités et la stature pour occuper la Maison-Blanche. La mère de Kamala Harris (aujourd’hui disparue) était même cancérologue, ce qui lui a fait connaître les enjeux médicaux un peu mieux que Donald Trump. Un atout en ces temps troublés par la crise sanitaire.

La campagne électorale est "pourrie". Jamais le niveau n’a été aussi bas, et si Donald Trump, le Président sortant y est pour une grande part, il n’en est pas l’unique responsable. Certes, ses tweets spontanés ont le don d’agacer sinon d’inquiéter régulièrement la planète, mais cette méthode de gouvernance peu aux normes traditionnelles influe-t-elle vraiment sur la politique américaine de longue durée ? Il reste de ces Présidents qui ont toujours voulu regarder les intérêts américains, notamment commerciaux, avant tout autres considérations, notamment diplomatiques.

La campagne est "pourrie" aussi par la crise sanitaire majeure qui a fait déjà plus de 234 000 morts aux États-Unis depuis le début de la pandémie avec plus de 9 millions de personnes dépistées positives dont 3 millions encore malades (plus de 27 000 en réanimation). Le comportement de Donald Trump a été peu mature : refusant de prendre des mesures restrictives, ne les comprenant pas, donnant des conseils qui pourraient tuer des citoyens un peu trop crédules (par exemple, rincer les poumons avec du détergent !), etc. Le masque lui-même fut ultrapolitisé (de manière très stupide) : le masque est démocrate, le non-port du masque est républicain. Et puis, Donald Trump a eu le covid-19 le 2 octobre 2020, a été gravement atteint mais a réussi à recevoir un traitement de choc, triple ou quadruple, très coûteux, qui l’a remis en forme de manière quasi-miraculeuse dès le 5 octobre 2020, si bien qu’aujourd’hui, il ne cesse de fanfaronner face à un candidat qui, visiblement, a peur de l’attraper.

Mais la réponse à la crise sanitaire est plus du ressort des gouverneurs que du gouvernement fédéral, si bien que la responsabilité de Donald Trump dans la très mauvaise gestion de la crise sanitaire est surtout le fait de ses paroles irresponsables que de mesures concrètes, ou absence de mesures concrètes. Du reste, Joe Biden instrumente de son côté ces 234 000 morts de manière très électoraliste. Ce qui, moralement, n’est pas très glorieux.

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Les sondages restent encore favorables à Joe Biden, mais là encore, le fait qu’il puisse être majoritaire en voix n’a pas de sens dans le système électoral américain (il y a quelques semaines, il avait encore un rapport 52% contre 42%). Pas trop de sens car Hillary Clinton a perdu en 2016 alors qu’elle avait le plus de voix. Tout comme Al Gore en 2000. L’important est de gagner les États "tangents", qui peuvent basculer dans un camp ou dans l’autre. Chaque État a un nombre de délégués (proportionnel à la population), et lorsqu’un candidat obtient la majorité relative dans un État, il remporte la totalité des délégués (sauf dans quelques cas où la représentation proportionnelle est prévue).

Cela signifie que dans les États où les rapports de force sont de 60% contre 40% ou avec un plus grand écart, le candidat favori dans ces États n’a aucune raison d’y mener campagne puisque ces délégués lui sont quasiment acquis. La clef, c’est donc de mener campagne dans des grands États qui sont électoralement hésitants.

Selon le site RealClearPolitics, particulièrement utile en période électorale, il y a  une semaine, Joe Biden était assuré d’avoir 232 délégués face à Donald Trump assuré de 125 délégués. Et 181 délégués étaient encore "incertains". Pour résumer grossièrement, les États de l’Amérique profonde, ceux du Middle West, ou des États assez pauvres, comme la Louisiane sont plutôt du côté de Donald Trump, tandis que les États riches, les États "intellectuels", les États "artistiques", à savoir la côte est (New York, Washington DC, etc.) et la côte ouest (Californie, État de Washington, etc.) sont plutôt acquis à Joe Biden.

En tout, pour être élu Président des États-Unis, il faut rassembler au moins 270 délégués. Cela signifiait qu’il lui restait à convaincre des États de manière à obtenir les 38 manquants, ce qui signifiait qu’il lui suffisait de convaincre les habitants du Texas (38 délégués), ou les habitants de la Floride (29 délégués) et de la Géorgie (16 délégués), ou encore les habitants de la Pennsylvanie (20 délégués) et de l’Ohio (18 délégués), etc. Tandis que Donald Trump, très en retard, devait convaincre beaucoup plus d’États.

Mais le 29 octobre 2020, Joe Biden a "reperdu" le Michigan (16 délégués) qu’il avait "gagné" il y a peu. L’écart se resserre aussi dans les intentions de vote, au 29 octobre 2020, Joe Biden n’a plus que 7 points d’avance sur Donald Trump, alors que c’était 10 points d’avance le 13 octobre 2020. Près de 9 points séparent les partisans des opposants de la politique de Donald Trump (son bilan est désapprouvé par 53% des sondés).

Lors du dernier débat télévisé, le 22 octobre 2020, Joe Biden a pris le risque d’évoquer la "fin du pétrole", ce qui a permis à Donald Trump d’utiliser cet argument dans certains États "pétroliers" américains. Pourtant, cela peut être une stratégie électorale gagnante de miser sur la lutte contre le réchauffement climatique en retournant dans l’Accord de Paris.

De son côté, Donald Trump étonne par son bluff, son côté odieux, son côté "trop gros" pour être pris au sérieux, mais c’est une erreur de ne pas comprendre que Donald Trump n’est pas la cause mais la conséquence de l’évolution d’une partie du peuple américain qui a besoin d’idées simples pour ne pas dire simplistes.

Or, paradoxalement, Donald Trump, milliardaire (car fils de milliardaire, et plus abonné aux faillites qu’aux réussites), est très apprécié des "pauvres", et il essaie de faire une percée chez les jeunes d’origine hispanique, ce qui peut être très étonnant mais s’explique par trois arguments : d’une part, avant la crise covid, Donald Trump a réussi à assurer une économie prospère avec quasiment le plein emploi, taux de chômage très faible ; d’autre part, il est le symbole du combat contre "l’etablishment", celui qui connaît la vraie vie face aux technocrates de la côte est (cet argument a porté George W. Bush) ; enfin, Donald Trump porte la puissance américaine, cette America First qui a cassé tout le multilatéralisme, qui a remis en cause les accords commerciaux, qui a boudé des structures internationales (Unicef, OMS, etc.).

S’il devait y avoir pour moi un élément déterminant pour soutenir la candidature de Joe Biden, ce serait à l’évidence sa position en faveur de l’abolition de la peine de mort aux États-Unis. Barack Obama s’était bien gardé d’y toucher. Mesure intégrée en 2019, le programme de Joe Biden indique en effet : « Eliminate the death penalty » [supprimer la peine de mort] et explique : « Plus de 160 personnes condamnées à mort dans ce pays depuis 1973 ont été ensuite innocentées. Parce que nous ne pouvons pas garantir que nous avons à chaque fois des cas justes de peine de mort, Biden travaillera à adopter une législation qui supprimera la peine de mort au niveau fédéral et incitera les États à suivre l’exemple du gouvernement fédéral. Ces personnes devraient purger des peines à perpétuité sans période de probation ni libération conditionnelle. ».

Comme je ne suis pas Madame Soleil, je suis bien incapable de dire qui va gagner, mais j’ai à l’esprit deux choses certaines. La première, c’est que les deux candidats peuvent gagner, autant Joe Biden que Donald Trump. Ceux qui, en 2016, étaient sûrs que Donald Trump ne gagnerait pas n’ont pas su entendre le peuple américain. Cela ne faisait aucun doute que le seul candidat qui avait réellement marqué la campagne présidentielle de 2016, tant celle de l’élection générale que des primaires, était manifestement Donald Trump.

En 2020, la situation est un peu différente. Hillary Clinton avait un taux non négligeable de haine et détestation qui faisait qu’elle était un repoussoir dans une partie de son propre électorat (d’où une forte abstention et absence de mobilisation chez les démocrates). Joe Biden, lui, jouit d’une stature moins détestée, plus centriste, plus conservatrice aussi, mais il est pourtant connu pour ses "gaffes" et ses maladresses, si on peut parler de "maladresses" des gestes pour le moins inappropriés notamment avec des femmes. Une spontanéité trop hâtive.

L’autre chose qui me paraît certaine, c’est que le candidat qui sera déclaré élu sera reconnu comme tel par son adversaire, même si Donald Trump a menacé du contraire. Que les résultats soient serrés semble très probable, mais ceux qui pensent que les résultats seront tellement contestés que cela mènerait à une grave crise institutionnelle se trompent à mon avis et prennent leurs désirs (d’antiaméricanisme primaire) pour des réalités. Il suffit de revenir vingt années en arrière avec l’élection présidentielle du 7 novembre 2000.

À l’époque, Al Gore avait obtenu beaucoup plus de voix que George W. Bush mais ce fut le comptage des bulletins très controversés de la Floride (dont un frère était gouverneur, Jeb Bush), pour comprendre le légitimisme des Américains. En effet, les bulletins étaient des cartes perforées, et c’était difficile de perforer, si bien que des bulletins ont été considérés comme nuls car le trou n’était pas assez formé. Il a fallu recompter une ou deux fois, à un moment avec la victoire d’Al Gore (la victoire de la Floride suffisait pour l’un ou l’autre pour gagner), et finalement, la Cour Suprême a tranché en disant qu’il n’était plus utile de terminer un nouveau recomptage et en proclamant élu George W. Bush. Le légitimisme de reconnaissance est très important aux États-Unis car le Président des États-Unis est leur premier symbole du patriotisme.

Je crois donc probable que les résultats seront serrés, mais je crois que, même au prix d’une crise comme en 2000, le légitimisme prédominera dans la reconnaissance du candidat vainqueur. Les Américains ne pardonneront d’ailleurs pas les mauvais joueurs.

Dans ce duel de vieillards, beaucoup y voient le déclin des États-Unis. C’est oublier de voir que les États-Unis ne se résument pas qu’à leur Président : chacun participe à son niveau à la puissance américaine, et les contre-pouvoirs sont tels que la seule tête de l’exécutif ne peut pas faire grand-chose sans l’appui du Parlement (du Congrès). Quant au renouvellement, il n’y a pas d’inquiétude à avoir : la nature a horreur du vide.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201029-joe-biden.html




https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/22/38604430.html



 

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