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22 décembre 2020 2 22 /12 /décembre /2020 03:00

« La mobilisation exceptionnelle, de tous les acteurs français et mondiaux de la science et de la recherche médicale, a permis de développer ces premiers vaccins dans des délais rapides, ce qui nous permettra d’entamer la campagne de vaccination environ un an après l’apparition du virus. Pour autant, ce délai, qui peut sembler bref au regard de la durée habituelle de développement d’un vaccin, ne signifie en aucun cas que nous nous serions précipités au détriment de la sécurité sanitaire. C’est le fruit d’une mobilisation inédite et exceptionnelle de toute la communauté scientifique mondiale pour répondre à cette pandémie elle-même inédite et exceptionnelle. Cet effort de recherche sans précédent a porté sur plusieurs centaines de projets, fondés sur des approches ou des techniques scientifiques différentes. » (Jean Castex, conférence de presse du 3 décembre 2020 à Matignon).



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Ce lundi 21 décembre 2020, l’Agence européenne des médicaments (AEM) a validé le vaccin de Biontech/Pfizer contre le covid-19. C’est une excellente nouvelle qui va permettre le démarrage de la campagne de vaccination dans tous les pays de l’Union Européenne dès le dimanche 27 décembre 2020.

Où en est la pandémie de covid-19 ? La situation n’est pas très rassurante. Dans le monde, plus de 1,7 million de personnes sont décédées du covid-19, et plus de 77 millions ont été contaminées.

En France, le reconfinement est parvenu à freiner drastiquement la circulation du virus en novembre 2020 mais depuis le début du mois de décembre 2020, nous observons au mieux un plateau (sur le front des contaminations) au pire une remontée (sur le taux de reproduction, la dérivée seconde). Pour l’heure, il ne semble pas y avoir une remontée exponentielle comme au début du mois d’octobre 2020, mais une "troisième vague" (ou rebond de la deuxième vague, puisque cette dernière n’est pas terminée) semble s’esquisser dans le Grand-Est notamment.

La situation en Europe centrale et orientale est catastrophique et l’Allemagne, dont on avait tant vanté la gestion supposée miraculeuse au printemps, subit de plein fouet cette deuxième vague. Par exemple, il y a eu 838 décès dans la seule journée du 18 décembre 2020, 533 pour le 21 décembre 2020, le rythme est souvent supérieur à 500 décès par jour. Si heureusement on peut observer un apparent ralentissement ces tout derniers jours, le nombre de lits occupés en réanimation ne cesse de monter (atteignant les 5 167 alors qu’en France, on n’avait pas dépassé les 5 000 pour cette deuxième vague). La situation était telle en Allemagne que la semaine dernière, beaucoup de monde a demandé des mesures sanitaires strictes sur le "modèle français", ce qui est un retournement de situation dont je ne saurais cependant pas me réjouir car cela signifie que la situation empire.

En fait, l’épidémie est une sorte de feu de forêt et il y a une part de loterie du destin à avoir des foyers de contamination forts ou faibles selon les localisations. L’Allemagne a eu la chance d’être peu touchée pendant la première vague, et les disparités géographiques se retrouvent aussi en France puisque la Bretagne semble avoir été épargnée par les deux (premières) vagues.  En revanche, la région Auvergne-Rhône-Alpes a été plus touchée à la deuxième vague que la région Grand-Est à la première vague, et pourtant, on n’en parle pas beaucoup.

Beaucoup de pays viennent, ces derniers jours, de se reconfiner, parfois avant même la fête de Noël. Ces mesures sont d’autant plus déprimantes qu’on imaginait les fêtes de fin d’année hors d’atteinte de la pandémie (mais il n’y en avait aucune raison !). En France, le gouvernement a sagement pris la décision de laisser fêter Noël mais de mettre le couvre-feu pour le Nouvel An. Ce choix me paraît équilibré. On ne pouvait pas interdire des retrouvailles familiales, certaines attendues depuis le début de la pandémie.

Pour accentuer le pessimisme ambiant, l’information est venue de Grande-Bretagne le 20 décembre 2020 sur une souche "mutante" ("variante") du coronavirus SARS-CoV-2 qui a été détectée le 23 septembre 2020 et qui serait beaucoup plus contagieuse. Cette information n’est pas de nature à rendre serein. Rien n’indique que cette souche soit plus agressive que la précédente (il y a deux facteurs indépendants, la contagiosité et la virulence) mais malgré les premières mesures d’interruption des liaisons entre la Grande-Bretagne et l’Europe continentale, il y a peu de chance que cette souche ne se soit pas propagée sur le continent au bout de trois mois. Selon les estimations, 70% des personnes contaminées au Royaume-Uni le seraient par cette nouvelle souche.

Cette vision apocalyptique est pourtant contrecarrée par la perspective de la vaccination généralisée. C’est le trou du tunnel qu’on aperçoit au loin. Il a l’air encore un peu théorique mais il est maintenant plus que jamais concret. Jamais dans l’histoire de l’humanité, on aura réussi à développer un vaccin (plusieurs vaccins même) contre une maladie nouvelle en un temps si court. Pour certains vaccins, les premiers essais cliniques en phase 3 ont commencé dès le 24 avril 2020, soit un peu plus de trois mois après l’annonce de l’existence du nouveau virus.

Les premiers vaccins sont chinois et russes. Le vaccin chinois est à technologie traditionnelle. À l’Ouest, les vaccins à technologie nouvelle à ARN messager ont reçu très rapidement les autorisations. Les premiers vaccins ont été autorisés par le Royaume-Uni le 2 décembre 2020 (Moderna), par les États-Unis le 10 décembre 2020 (Biontech/Pfizer, Moderna) et par l’Union Européenne le 21 décembre 2020 (Biontech/Pfizer). Précisons pour la petite histoire que l’autorisation de mise sur le marché du Royaume-Uni n’a pas été rapide grâce au Brexit mais au contraire grâce à la réglementation européenne encore en application jusqu’au 31 décembre 2020. En deux semaines, le Royaume-Uni a déjà vacciné 500 000 personnes, soit vingt fois plus qu’un groupe test dans les essais cliniques.

Naturellement, la rapidité du développement de ces vaccins, la technologie novatrice pour certains d’entre eux, ont fait se poser de nombreuses questions, et c’est très logique. Le contraire aurait été étonnant. C’est pour cette raison que l’obligation vaccinale aurait été incohérente. Incohérente parce qu’il faut avoir du recul avec les vaccins pour imposer et contraindre, incohérente aussi parce qu’il faut déjà pouvoir répondre à la demande de ceux qui souhaitent se faire vacciner (c’est un défi logistique). Incohérente enfin parce que ce serait le meilleur moyen de renforcer la défiance, en particulier en France où le lobby des anti-vaccin est fort paradoxalement au pays de Pasteur.

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Je propose donc ici de répondre à quelques questions qu’il est légitime de se poser. J’écrirai "le vaccin" mais sans indication, cela pourrait dire "les vaccins", cela signifie surtout le principe du vaccin. Le mot "vaccin" est pluriel car plusieurs produits sont proposés et plusieurs technologies aussi.


1. La perspective du vaccin va-t-elle permettre d’assouplir les mesures sanitaires ?

C’est la principale question et la réponse est double : oui à long terme, et non à court terme. La capacité d’un vaccin à agir sur l’épidémie est double : d’une part, il empêche les individus à développer la maladie et les protège donc individuellement ; d’autre part, il empêche la contamination collective, il protège donc la population collectivement.

Pour protéger collectivement la population, la vaccination doit permettre d’aboutir à l’immunité collective. Cela signifie qu’en un instant t, toute la population doit être immunisée à 66% (deux tiers), ce nombre est en rapport avec le taux de reproduction. Pour qu’il tende vers zéro, il faut que le virus ne trouve plus suffisamment de terre d’accueil. Cela signifie que l’ensemble des personnes qui ont été contaminées à court terme (il semblerait que certains aient développé deux fois la maladie durant les deux vagues), des personnes vaccinées (avec une immunité encore efficace, voir plus loin), et à ces deux groupes, on peut éventuellement ajouter ceux qui, dans la population, n’attraperaient jamais le virus pour une raison physiologique (pour l’instant, on n’en a pas identifié mais je l’indique à tout hasard), cet ensemble doit être supérieur à deux tiers de la population pour éteindre l’épidémie.

Pour info, le taux de contamination pendant la première vague dans le Grand-Est, région très touchée, aurait été inférieur à 20% de la population. Cela signifie que ceux qui ont été touchés par le virus sont trop peu nombreux pour atteindre l’immunité collective (ceux qui ne misent que sur cela sont dangereux : cela signifie qu’ils condamnent au moins 0,8% de la population à mort, soit 500 000 personnes en France, et 60 millions de personnes dans le monde ; c’est la raison pour laquelle la Suède a décidé de changer brusquement sa stratégie sanitaire épouvantable).

Pour connaître le taux d’immunité d’une population hors contamination, il faut donc multiplier la proportion de personnes qui se sont vaccinées par le taux d’efficacité du vaccin. Par chance, les premiers vaccins ont une efficacité très élevée, supérieure à 90%, si bien que si la proportion de personnes vaccinées est de 75% (trois quarts), on atteindra l’immunité collective. Cet objectif est réalisable car au fur et à mesure qu’on vaccinera, les personnes réticentes par sa nouveauté "se rallieront". Restera alors un fond militant d’anti-vaccin qui représente moins du quart de la population.

Attention : cette immunité collective ne protège pas individuellement. Elle permet de stopper la propagation de l’épidémie, mais pas la contamination individuelle de personnes non vaccinées ou des rares personnes qui, même vaccinées, ne seraient finalement pas protégées (puisque l’efficacité du vaccin n’est pas de 100%). Cela signifie que même vacciné, tant que le virus circule, il vaut mieux garder les gestes barrières et porter un masque.

Pour vacciner les trois quarts de la population, il faudra du temps, probablement plus de six mois. Pourquoi aussi longtemps alors qu’on peut vacciner 12 millions de personnes en deux mois ? Parce que les conditions logistiques sont différentes, notamment pour la conservation et le transport du produit.

Cela signifie que pendant le premier semestre de 2021, on sera toujours avec ce risque de troisième, quatrième vagues jusqu’à la fin du printemps, sans effet collectif du vaccin. Le seul effet qui pourra être rapide, c’est la protection des résidents en EHPAD qui seront protégés individuellement dès lors qu’ils seront vaccinés ainsi que leurs soignants. Un tiers des personnes décédées du covid-19 provient d’un établissement médicalisé, la protection n’est donc pas négligeable.


2. Comment peut-on produire un vaccin efficace et inoffensif si rapidement ?

C’est cette question qui sème le doute. Comme le dit le Premier Ministre Jean Castex dans sa conférence de presse du 3 décembre 2020, c’est inédit, un développement si rapide d’un vaccin (de plusieurs vaccins même). Faut-il s’en inquiéter ? La réponse est fermement non : si les autorités nationales ou internationales autorisent la vaccination, elles le font avec les mêmes exigences et les mêmes précautions que pour les vaccins antérieurs. Il n’y a pas de "passe-droit" vaguement politique, et c’est compréhensible : si jamais on avait une hécatombe parmi les personnes vaccinées, non seulement cela se retournerait contre ces autorités mais aussi contre les États qui auront décidé de faire ces campagnes de vaccination massive.

Comment des vaccins peuvent-ils aboutir aussi rapidement ? Une première approche est simplement de rappeler que nous sommes en face d’une pandémie durable et généralisée, cela signifie que tous les États du monde sont concernés et sont paralysés durablement par cette pandémie. Cela signifie que de nombreux États et entreprises ont mobilisé des moyens importantes pour trouver rapidement un vaccin. C’est, en quelque sorte, le contraire des maladies orphelines, trop peu nombreuses pour que la recherche médicale ait les moyens d’investiguer. Nous sommes avec un problème mondial et les États, par les précommandes conditionnelles, ont aidé à l’investissement des chercheurs de vaccins (j’y reviendrai quand j’évoquerai les prix).

Pour être autorisé et utilisable, un vaccin doit être efficace et inoffensif.

L’efficacité se mesure sur une protection individuelle (le patient ne développe pas la maladie) et collective (l’épidémie s’éteint à partir d’un certain niveau de vaccination de la population). L’efficacité des vaccins à ARN messager dans la protection individuelle est d’au moins 94% voire 95%. Comment peut-on obtenir cette efficacité aussi rapidement ? Parce que nous sommes en période de pandémie, le virus circule beaucoup et les contaminations sont fréquentes. Un essai clinique sur le virus Ebola est beaucoup plus difficile et surtout, beaucoup plus long à réaliser car le virus Ebola circule très peu (heureusement !). À moins d’inoculer le virus sur les patients testés pour accélérer les tests (ce qui, à mon sens, vu la virulence du virus et sa létalité, serait criminel), on doit attendre que la population testée (groupe vacciné, groupe placebo) soit contaminée naturellement et voir l’effet du vaccin.

Pour la protection collective, c’est plus incertain : les vaccins à ARN message n’empêcheraient peut-être pas la circulation du virus au contraire des vaccins dits "classiques", ce qui signifierait que ce type de vaccin serait surtout pour une protection individuelle, dans l’attente d’une protection collective ultérieure (les vaccins classiques sont beaucoup plus longs à produire). Ce point reste encore sans réponse et seul, le temps peut donner un début de réponse.

Mais après tout, si le vaccin est inoffensif, même si son efficacité n’est pas démontrée, on peut imaginer de se vacciner "au cas où". Le problème, et c’est sans doute là que réside la défiance, ce n’est pas dans l’efficacité (réelle ou supposée) mais dans son innocuité. C’est tout le problème de l’hydroxychloroquine qui fait plus de mal que de bien à des personnes contaminées qui guériraient sans rien.

Les nouveaux vaccins sont-ils inoffensifs ? C’est la question majeure. On peut y répondre en deux étapes et dans tous les cas, la confiance ne peut se construire qu’avec une transparence totale des "incidents".

La phase 3 des essais cliniques a été achevée pour ceux des vaccins qui ont reçu l’autorisation de mise sur le marché. Cela signifie que l’innocuité a été établie. Mais seulement dans les conditions des essais cliniques, en gros, sur une population de plusieurs dizaines de milliers de personnes. À part des effets secondaires "classiques" des vaccins, rien de particulier n’a été observé.

Évidemment, il y a une différence entre le test sur 20 000 personnes et le test sur 2 millions, voire 2 milliards de personnes. Il pourrait donc y avoir des effets fâcheux qui frapperaient seulement une fois sur un million, et ces effets n’auraient donc pas été détectés avec un échantillon de population si peu nombreux. C’est pour cette raison qu’une pharmacovigilance est mise en place pour détecter tous les effets indésirables et y établir une éventuelle relation causale avec la prise de vaccin.

Une autre source d’incertitude est la durée. Si des effets indésirables se développaient très longtemps après la vaccination (ce qui serait exceptionnel), on ne les détecterait que plus tard. Cela dit, le recul sur le temps est déjà important : en effet, les premiers tests cliniques des vaccins autorisés ont commencé en juillet 2020, soit déjà six mois. Le temps de pouvoir se faire vacciner, cela pourra atteindre un an : on en saura donc plus à ce moment-là.

Je reviens sur l’efficacité : comme les vaccins ne sont pas efficaces à 100%, il est probable hélas qu’il y aura des cas de personnes vaccinées qui seront contaminées et même qui mourront du covid-19. Cela n’invalidera pas l’efficacité du vaccin sauf si la proportion de ces cas devient très élevée au fil de la campagne de vaccination.

Dernière remarque sur le long terme : on ne sait pas ce que font les nouveaux vaccins sur le long terme, mais on ne connaît pas plus les séquelles graves sur le long terme qu’ont ou vont avoir les personnes qui ont eu le covid-19 (sur le cœur, les reins, les poumons, la peau, le cerveau aussi, etc.). Nous nous trouvons donc dans une situation inédite où les décisions doivent se prendre en pesant tous les risques, ceux d’agir comme ceux de ne pas agir. C’est toute la difficulté des gouvernements actuels.


3. Les personnes âgées seront-elles des cobayes de la vaccination ?

Ceux qui parlent de cobayes sont ceux qui, de manière sectaire, ont déjà une idée préconçue sur la vaccination. Bien sûr que les personnes âgées résidant en EHPAD qui sont les personnes prioritaires pour la vaccination ne sont pas des cobayes. Les cobayes, ce sont les personnes qui ont accepté de participer aux essais cliniques avec un groupe vaccin et un groupe placebo. Il n’y aura pas de placebo dans la campagne de vaccination (heureusement !). Les expériences ont déjà eu lieu et se sont révélées concluantes, d’où les autorisations de mise sur le marché.

En revanche, les personnes âgées sont celles qui, pour le covid-19, ont actuellement le meilleur bénéfice/risque pour la vaccination.

Qu’est-ce que le bénéfice/risque pour la vaccination ?

C’est un pari pour une stratégie la plus efficace lorsqu’il y a des risques dans les deux options : vacciner ou ne pas vacciner. Il faut bien se rappeler qu’il ne faut pas perdre de temps. Plusieurs milliers de personnes décèdent du covid-19 chaque jour, c’est monté jusqu’à 13 000 personnes il y a une semaine (près de 8 500 le 21 décembre 2020), ce n’est donc pas rien. Il faut stopper cette pandémie le plus rapidement possible. Chaque jour de perdu, ce sont de vies humaines inutilement gâchées ! La vôtre peut-être.

En absence de l’ancienneté des vaccins et de la connaissance de ses éventuels effets secondaires à long terme, il faut simplement faire deux colonnes, ce qu’on risque, individuellement, à se faire vacciner et à ne pas se faire vacciner.

Pour les populations jeunes sans comorbidité, il est clair qu’en cas de contamination, il y a très peu de risque de développer une forme sévère ou pire, de décéder du covid-19 et donc, ce risque en balance d’un éventuel risque du vaccin peut être comparable. Dans ce cas, l’opportunité de la vaccination, en termes de protection individuelle (je ne parle pas de protection collective), peut donc se discuter.

Inversement, dans le cas des personnes vulnérables (âgées ou atteintes de comorbidité), le risque est très grand, en cas de contamination, de développer une forme grave et de décéder, et leur vaccination est une urgence plus grande que l’attentisme ("j’attends de voir si le vaccin est aussi inoffensif qu’on ne le dit"). Il y a urgence car chaque jour, on meurt en grand nombre si on ne fait rien. Même si le vaccin avait des effets secondaires qui pourraient être mortels, par exemple, pour une personne sur dix millions, ce serait très peu par rapport à la probabilité d’être contaminé et de mourir du covid sans vaccination. C’est cela, le bénéfice/risque : les risques de mourir par vaccination sont beaucoup moins élevés que les risques d’être contaminé et de mourir contaminé, lorsqu’on est vulnérable.


4. Les laboratoires seront-ils irresponsables en cas de problème avec leur vaccin ?

Ce qui est curieux, c’est la volonté de certaines personnes de discréditer l’idée même du vaccin par quelques moyens que ce soient. L’argument que traite cette question serait que des accords secrets déresponsabiliseraient les fabricants de vaccins. Désinformation évidemment.

Pourquoi ? Déjà parce qu’un contrat privé n’est pas plus important que la loi, or, la loi, en tout cas en France, est très claire. Vous savez, si vous êtes bailleur et que louez un logement en locatif, que si vous inscrivez dans le bail des conditions qui vous avantagent (par exemple, un an de garantie de loyer par avance, etc.), c’est illégal et ce contrat est nul et non avenu. C’est pareil pour les contrats qui lient les fabricants de vaccins à leurs patients.

L’article 1245 du code civil est très clair : « Le producteur est responsable du dommage causé par un défaut de son produit, qu’il soit ou non lié par un contrat avec la victime, à moins qu’il prouve que l’état des connaissances scientifiques et techniques, au moment où il a mis le produit en circulation, n’a pas permis de déceler l’existence du défaut. ».

Par conséquent, les producteurs de vaccins seraient en première ligne de responsabilité en cas de graves problèmes, ils ne seraient pas les seuls dès lors que des autorités étatiques auraient délivré les autorisations de mise sur le marché. Il n’y aurait donc pas impunité.

Mais au-delà de la responsabilité pénale qui est inhérente à tout entrepreneur (eh oui, créer et diriger une entreprise est une prise de risques qui n’a rien à voir avec le salariat ou le fonctionnariat), l’image publique et la réputation internationale d’un fabricant de vaccin qui verrait ses vaccins avoir de fâcheuses conséquences seraient, à mon sens, bien plus grave que la responsabilité pénale : sa crédibilité scientifique serait remise en cause et son activité serait arrêtée.

Faire "gaffe", c’est donc un jeu triplement gagnant : gagnant pour les patients, évidemment, gagnant pour les États qui veulent la sécurité sanitaire, gagnant enfin pour les entreprises du secteur qui ne vivent que de leur réputation. Tout le monde gagne à ne pas truquer les études cliniques. Car s’il y avait un loup qu’un maillon de la chaîne aurait honteusement caché, vu le nombre de millions voire de milliards de personnes qui vont se faire vacciner, nécessairement, ce loup reviendrait en retour et le scandale serait économiquement fatal. Il n’y aurait aucun intérêt économique à ne pas être transparent. Ni aucun intérêt politique, bien sûr.


5. Les laboratoires vont-ils s’en mettre plein les poches ?

On a déjà eu un signe avant-coureur de l’argumentation avec la levée des stocks options des dirigeants de Pfizer juste après l’annonce de l’efficacité de son vaccin.

Moi, je ne vois pas où est le problème de se faire de l’argent quand on dirige une entreprise qui bosse bien. Une entreprise doit être rentable si on veut qu’elle continue à employer des salariés et à payer ses impôts, taxes et cotisations. Et ses dirigeants doivent être motivés s’ils veulent "performer" l’entreprise.

Dans le secteur pharmaceutique, à cause justement des essais cliniques, la recherche de nouveaux produits est très coûteuse et nécessite d’être rentable pour financer les recherches ultérieures. Si l’entreprise atteint l’objectif pour lequel elle est rémunérée, à savoir stopper le covid-19, quel qu’en soit le prix, c’est bon à prendre. Après, il faut évidemment éviter les escrocs et tous ceux qui, à l’instar des avions renifleurs d’il y a quarante ans, ont flairé la bonne combine.

La recherche de vaccin contre le covid-19 est comme la recherche pour envoyer un satellite dans l’Espace (les tirs de fusée ratés, ça se remarque dans le ciel !) : c’est très difficile de la faire dans son coin de paillasse, discrètement, sans qu’un incident dans une phase 3 d’essai clinique ne soit annoncé (chaque patient testé peut maintenant parler à la terre entière), et l’attente très forte, mondiale, fait que la compétence est jaugée au jour le jour.

Pour information, le marché du vaccin n’est pas un gros marché. Actuellement, il ne représente que 2,9% du marché des produits pharmaceutiques, ce n’est donc pas une fontaine d’or. La vaccination est de la prévention. D’un point de vue purement commercial, c’est plus intéressant à traiter une maladie qu’à l’éviter. Surtout quand la maladie dure longtemps (plusieurs semaines) et atteint déjà 78 millions de personnes, dont plus de 100 000 en permanence en soins intensifs (ce qui coûte très cher).

On a parlé d’opacité sur les négociations européennes avec les fournisseurs de vaccins. Heureusement qu’il y a eu cette opacité pour pouvoir négocier au mieux. Depuis quand faut-il dévoiler, dès le début des négociations, ses objectifs de négociations ? Le moindre commercial pourra confirmer !

En fait, ces prix sont plutôt connus. Certains journalistes bien informés les avaient déjà révélés (notamment Dominique Seux dès le 10 novembre 2020, bravo à lui !). Une ministre belge (Eva De Bleeker) a même fait la boulette de publier les prix sur Twitter, mais il n’y avait aucune surprise, si ce n’est que les prix au final sont plus faibles que ceux négociés au départ ! Dans mon article du 18 novembre 2020, je précisais ainsi, selon Dominique Seux, des prix qui étaient supérieurs aux prix finalement conclus. C’est la France qui a été très dure en affaires et qui a fait baisser les prix, on devrait saluer cette action qui a allégé nos finances publiques [entre crochets, j’indique les prix de négociation connus au 10 novembre 2020].

Certains s’étonnent de cette différence de prix, mais moi, pas vraiment. On doit comprendre ce qu’est un prix.

Le plus faible est pour AstraZeneca car il propose ses vaccins à prix coûtant à savoir 1,78 euros/dose [3$]. Ce n’est pas une faveur ni de la philanthropie, c’était une condition pour recevoir de l’argent public du gouvernement américain. C’est cependant le vaccin qui, à mon sens, propose une technologie qui présente le plus grand risque (j’y reviendrai un autre jour). Le vaccin Sanofi/GSK (qui ne sera pas mis sur le marché avant la fin de l’année 2021) a été acheté à 7,56 euros/dose [10$].

Les deux vaccins à ARN messager, utilisables dès maintenant, sont les plus chers : 12,00 euros/dose pour Biontech/Pfizer [30$] et 18,00 dollars/dose pour Moderna [52$], en sachant qu’il faut deux doses pour être vaccinés efficacement. On peut voir l’efficacité de la négociation commerciale, surtout pour ces deux vaccins.

Pourquoi une telle différence de prix ? Parce que c’est une technologie nouvelle et qu’elle a été développée par deux start up, Biontech et Moderna qui n’ont pas la capacité financière de gros industriels. Biontech s’est allié à Pfizer seulement pour la production industrielle du vaccin mais la recherche provient de Biontech. Il a fallu beaucoup investir pour faire ces recherches, c’est donc logique que ces vaccins coûtent plus cher. C’est aussi, du reste, une technologie très prometteuse dans bien d’autres domaines que le covid-19 (j’en reparlerai probablement), c’est une technologie de rupture.

Dans tous les cas, le prix de ces vaccins est très inférieur au prix des confinements et reconfinements successifs, qui seraient déjà estimés à 120 milliards d’euros et qui seraient sans arrêt en hausse sans extinction de la pandémie.

Pour terminer sur les comparaisons entre vaccin, au-delà du prix, on a aussi la rapidité. Non, la France n’est pas à la traîne, elle a simplement choisi une technologie qui prend un temps de développement plus long, et aussi un temps de production plus long, mais elle sera peut-être essentielle à moyen et long termes. Il y aura toujours de la demande pour tous les vaccins, d’abord parce que la pandémie concerne 7,8 milliards d’humains.

Et d’une part, certaines spécificités de santé feront opter pour tel ou tel autre vaccin. Ainsi, certains qui ne pourraient pas se faire vacciner (pour certaines raisons particulières) pourraient quand même le faire avec une autre méthode. La diversité de l’offre permettra une plus grande immunité. D’autre part, il y a le temps court et le temps long. L’urgence sanitaire impose un vaccin rapide pour réagir face à la forte mortalité (qui atteint déjà dans la plupart des pays plus de 0,1% de la population totale !). Lorsque l’épidémie sera mondialement sous contrôle, probablement que la technologie de Sanofi/GSK sera plus appropriée pour éviter un retour du virus (mais je m’avance peut-être), surtout si les vaccins à ARN messager ne permettent pas d’empêcher la circulation du virus. Quant au "génie français", rappelons quand même que le patron de Moderna est …un Français !


6. Y a-t-il un risque de transformation génétique des personnes vaccinées avec certains vaccins ?

C’est carrément la tarte à la crème des complotistes de pacotille qui ne comprennent rien à un cours de biologie (qu’on apprend, il me semble, en classe de terminale). Sous prétexte qu’on parle "ARN", on évoque "OGM" ! C’est vrai, c’est peut-être un peu compliqué, mais dans ce cas, au lieu de montrer son ignorance un peu stupide, on ferait mieux de se taire, mais le complotisme n’en est pas à ces contradictions. C’est vrai, la vaccination permettrait le retour à la normale, la fin des confinements, la réouverture des salles de sports, des théâtres, et des restaurants, et même des discothèques, mais non, la moindre solution à un événement qui tue chaque jour plusieurs milliers de personnes, peut-être parmi les vôtres, doit être critiquée parce qu’il faut bien critiquer, s’opposer. L'histoire des masques est très significative : le gouvernement a été critiqué parce qu’il n’y avait pas assez de masques au printemps, il a été critiqué parce qu’il y avait trop de masques en été. Il faudrait savoir !

Le gouvernement n’aurait pas anticipé la vaccination, on l’aurait critiqué pour impréparation. Il s’occupe de la vaccination, on le critique aussi. Gouverner, c’est prendre ses responsabilités, c’est choisir l’intérêt général en dehors de tout sectarisme. C’est nécessairement donner prise à la critique de ceux qui ne font rien, repliés chez eux confortablement derrière leur écran. C’est la vie !

Les vaccins à ARN messager ont de grands avantages sur les vaccins dits "classiques". D’abord, ils sont produits de manière nettement plus rapide, ce qui explique que ce sont les premiers qui arrivent sur le marché. Ensuite, ils ont deux avantages qui coupent toute critique "traditionnelle" des opposants aux vaccins : d’une part, ils n’ont pas d’adjuvant, ce qui était le produit le plus critiqué des opposants aux vaccins, supposé fauteur de nombreux troubles, ici, il n’y en a pas ; d’autre part, ils n’inoculent pas le virus lui-même, donc, pas de risque de développer la maladie à cause du vaccin.

L’utilisation de l’ARN messager est judicieuse. L’ARN n’entre pas dans le noyau d’une cellule du patient, il n’entre que dans le cytoplasme, juste pour reproduire une partie de la protéine non pas du virus mais de l’enveloppe du virus, celle qui permet de s’introduire dans une cellule humaine. Ensuite, l’ARN se dégrade et s’évacue. En aucun cas, l’ARN ne peut s’introduire dans le noyau de la cellule, et si jamais c’était le cas, en aucun cas il n’aurait une interaction avec l’ADN de la cellule. Parler de thérapie génique n’a pas beaucoup de sens. On ne modifie pas l’ADN et l’ADN n’a aucune raison d’être modifié d’une manière ou d’une autre.

L’intérêt de cette technologie, c’est qu’on demande au corps de créer lui-même la protéine qui va elle-même susciter la réaction immunitaire, pour être paré lorsque, le cas échéant, le virus viendra. C’est très astucieux.


7. Les vaccins seront-ils encore efficaces malgré les variations du virus ?

Parlons de variations plus que de mutations. Dans chaque épidémie, il y a nécessairement des variations du virus, surtout lorsqu’il est dupliqué si fréquemment (des centaines de millions voire des milliards de fois). C’est tout à fait ordinaire que des erreurs se présentent lors d’une duplication. C’est le principe de l’Évolution des espèces. Sans cela, nous n’existerions pas. Dans ces nombreuses variations génétiques, certaines persistent et s’imposent, et d’autres s’estompent et s’effacent. Cela dit, les coronavirus mutent peu par rapport à d’autres virus (comme ceux de la grippe).

Pour ce qui est des deux vaccins actuellement exploitables, il est intéressant à noter qu’ils ne prennent pas en compte la composition génétique du virus mais seulement la protéine spike de son enveloppe, qui, a priori, n’a pas beaucoup évolué depuis le début de l’épidémie. Par conséquent, il n’y a pas de raison que ces vaccins perdent en efficacité avec ces variations, d’autant plus que dans les tests cliniques, plusieurs souches ont été testées positivement.

Quant au "variant anglais", reprenant le titre du journal "Le Figaro" du 22 décembre 2020 (pour faire un jeu de mot avec le patient anglais), pour l’instant, aucune preuve n’a été apportée sur l’inefficacité des vaccins avec cette nouvelle souche de virus.

On n’est évidemment pas à l’abri de mauvaises nouvelles, mais l’idée positive à garder à l’esprit, c’est que le principe des vaccins à ARN messager fonctionne très efficacement (l’efficacité ordinaire d’un vaccin est plutôt de 50 % à 70%, ici, on est à plus de 90%), et si le variant anglais "répondait mal" au vaccin actuel, il serait assez "facile" (d’un point de vue intellectuel ; en pratique, c’est peut-être un peu plus délicat !) de modifier le vaccin pour s’adapter à cette variation. Cela créerait du retard mais il n’y aurait aucune impossibilité conceptuelle.


Victoire exceptionnelle de la science sur la Nature

Ce succès des nouveaux vaccins est inédit et très encourageant pour l’avenir. Il faut le crier partout : l’être humain est extraordinaire, soyons positifs ! Ce qui se passe actuellement avec les vaccins contre le covid-19, c’est aussi extraordinaire que marcher sur la Lune !! Chapeau l’humain !

La résilience de l’humanité est doublement forte avec cette grave pandémie de covid-19 : d’une part, les dirigeants de la plupart des États ont considéré que la vie humaine valait plus que leur économie, c’est un véritable pas vers une sorte de sagesse universelle ; d’autre part, les chercheurs ont réussi, avec les moyens associés, à trouver des parades contre les aléas de la Nature.

Cette victoire des vaccins n’est cependant pas encore assurée : on ne sait pas combien de temps il sera efficace, on ne sait pas si dans la course de vitesse de la propagation, la vaccination ira plus vite que l’épidémie, mais il montre aussi tout le potentiel humain et tout le potentiel de la technologie au service de l’humain. La technologie à ARN messager a été développée à l’origine pour détruire les cellules cancéreuses. En l’utilisant contre le covid-19, cette technologie a montré aussi sa capacité à répondre aux nouveaux défis médicaux et pourrait probablement être utilisée pour d’autres applications. C’est un nouveau pan de la science médicale qui vient de s’ouvrir cette année.

Enfin, je ne résiste pas non plus à applaudir l’Europe qu’on disait moribonde. Non seulement l’Union Européenne a permis (enfin) de trouver un accord budgétaire pour proposer une aide massive aux Européens, particuliers et entreprises, en compensation de la crise sanitaire, mais elle a réussi à parler d’une seule voix pour l’acquisition des vaccins, en négociant fermement pour l’ensemble des peuples européens, au point d’avoir réussi symboliquement à fixer le même jour pour le lancement de la campagne de vaccination. Oui, l’esprit de Beethoven inspire toujours les dirigeants européens, et c’est très rassurant, n’en déplaisent aux aigris, larmoyants, ruminants et autres moutons bêlants du complotisme antipatriotique…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 décembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
7 questions sur les vaccins contre le covid-19.
Remdesivir : la polémique qu’on n’a pas eue en France…
Les messes à l’épreuve du covid-19.
Nouvelles attestations de déplacements à partir du 28 novembre 2020 (à télécharger).
Il regarde le soleil dans tes yeux !
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Covid-19 : faut-il rendre contraignant l’isolement des personnes contaminées ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 24 novembre 2020 (texte intégral et vidéo).
Le calendrier de l’Avent du Président Macron.
Covid-19 : vaccins et informations parcellaires.
La lune de Jupiter.
Faudra-t-il rendre obligatoire le futur vaccin contre le covid-19 ?

_yartiCovidCA03



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201221-covid-vaccin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/7-questions-cruciales-sur-les-229666

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/12/02/38685124.html






 

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