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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 06:19

« Artisane inlassable du centre, combattante passionnée de l’Europe, Marielle de Sarnez nous quittés ce soir. La France perd une responsable politique de grand talent. Nous perdons une amie. Pensée à sa famille et à ses compagnons de route. » (Emmanuel Macron, le 13 janvier 2021 sur Twitter).




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Très grande tristesse en apprenant la mort de Marielle de Sarnez à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, quelques semaines avant ses 70 ans qu’elle aurait dû fêter le 27 mars prochain. Tous ceux qui ont été, de loin ou de près, amenés à avoir des activités politiques dans la mouvance centriste ces trente dernières années, aujourd’hui disséminés dans de nombreux partis, ne peuvent pas ne pas avoir connu Marielle de Sarnez, son énergie, son influence, son autorité, voire son dirigisme politique dans les coulisses des investitures, des stratégies, des organisations, des planifications.

C’est François Bayrou, le même âge qu’elle à quelques semaine près, qui a annoncé sur Twitter, en milieu de soirée, peu après 22 heures, ce mercredi 13 janvier 2021, la triste nouvelle de sa disparition : « Voici le jour en trop. Marielle, si talentueuse et si courageuse. Marielle de Sarnez vient de partir. Notre chagrin est immense. ».

Le courage, le courage politique, évidemment, en défendant sans arrêt des positions en faveur de l’Europe, sur les plateaux de télévision, même auprès de son "binôme" François Bayrou, mais aussi le courage face à la maladie foudroyante, une leucémie, qui a happé les six derniers mois de sa vie. Grande travailleuse, malgré son état de santé, elle a eu encore le temps et l’énergie de remettre son rapport, un rapport qu’elle jugeait important, sur les dimensions européenne et internationale de la crise liée à la pandémie de covid-19, rédigé au nom de la commission des affaires étrangères et enregistré à la Présidence de l’Assemblée Nationale le 16 décembre 2020 (rapport n°3698). Responsable et travailleuse, européenne et nationale jusqu’au bout.

Étrange épilogue d’une vie qui a été celle d’une combattante, loin des idées reçues et des clichés d’un supposé "centre mou" qui aseptise et temporise les idées politiques. Au contraire, les idées pouvaient susciter de nombreuses et véhémentes réactions. Marielle de Sarnez avait des convictions politiques très fortes, et savait non seulement les exprimer mais les mettre en pratique.

Je ne suis pas étonné de voir de nombreuses personnalités situées au centre et au centre droit lui rendre hommage, mais beaucoup plus surpris de ces nombreux hommages provenant de ses rudes adversaires politiques qui ne l’avaient jamais ménagée, notamment dans les extrêmes, comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui se connaissaient bien pour avoir côtoyé longtemps, tous les trois, les couloirs du Parlement Européen à Strasbourg, avec ce mot qui revient sans cesse : respect. Elle était respectueuse des autres. Elle inspirait le respect même de ses adversaires politiques. C’est peut-être cela, l’idée qu’on peut se faire du centre, ce Graal politique si indéfinissable et introuvable : inspirer le respect. Le contraire du trumpisme, en quelque sorte.

Fille d’un ancien résistant et député gaulliste, Marielle de Sarnez s’est vite rebellée contre le gaullisme d’État des années 1960, lorsqu’elle était jeune, elle a même participé à mai 1968 à sa manière, et elle s’est vite trouvé le symbole de la modernité, Valéry Giscard d’Estaing. Sans diplôme autre que le baccalauréat, la voilà donc dans l’organisation des Jeunes Giscardiens (comme Jean-Pierre Raffarin) pour la campagne présidentielle de 1974. Elle a contribué à la création de l’UDF en février 1978. Inutile de dire que les idées d’autonomie du centre l’ont taquinée dès le début de son engagement politique. Pour une raison simple : elle croyait en l’Europe et tout était encore à faire. Pas un centre mou, justement, un centre ferme, très ferme, de combat, de conviction, d’action. Pouvant rassembler deux Français sur trois, selon l’idéal giscardien en 1983. Exactement le score d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017 !

Aussi centre de liberté. Le député Jean-Louis Bourlanges a insisté sur ce point, lui qui la connaissait bien au Parlement Européen : Marielle de Sarnez était une femme combattante de liberté. Elle n’hésitait pas à penser par elle-même, au point, parfois, de s’opposer (jamais publiquement) à François Bayrou. Avec elle, le système de courtisanerie n’avait pas cours : liberté et action. Au point parfois de se planter, de douter, évidemment.

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Après avoir travaillé pour Jean Lecanuet, Simone Veil et Raymond Barre, elle s’est retrouvée au service de Valéry Giscard d’Estaing devenu président de l’UDF après l’élection présidentielle de 1988. La gauche était revenue au pouvoir malgré toute son incompétence. La faute à la droite ? En tout cas, deux jeunes élus ne voulaient pas accepter cette situation : Nicolas Sarkozy, secrétaire général adjoint du RPR, et François Bayrou, secrétaire général adjoint de l’UDF (puis secrétaire général après la mort accidentelle de Michel d’Ornano) ont organisé des états généraux de l’opposition dès 1990 sur différents thèmes, dans l’optique des prochaines échéances électorales. C’est comme cela que François Bayrou et Marielle de Sarnez se sont connus et appréciés. Trente ans de vie "commune" au service du centre. Pas de Bayrou sans Marielle. Pas de Marielle sans Bayrou qui disait : « Elle, c’est moi, et moi, c’est elle ! ». Elle la tacticienne, lui l’idéologue.

Lorsque François Bayrou fut nommé Ministre de l’Éducation nationale par le Premier Ministre Édouard Balladur en 1993, Marielle de Sarnez l’a suivi dans son ministère et il en fit, d’abord sa conseillère, puis sa directrice de cabinet. Pourquoi faut-il insister sur le fait que Marielle de Sarnez fut la première femme dircab qui n’était pas passée par l’ENA ? Parce que c’est vrai ! Étonnant mais vrai.

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Après avoir conquis la tête du CDS en 1994, puis de l’UDF en 1998, François Bayrou nourrissait les hautes ambitions : l’Élysée. Marielle de Sarnez fut toujours à ses côtés, même dans les jours moroses. En juin 1999, François Bayrou a mené la liste centriste aux élections européennes et il était impensable qu’elle ne fut pas parmi les candidats éligibles. Pour Marielle de Sarnez, propulsée dans l’arène politique, c’était très nouveau : elle quittait les antichambres douillettes, les coulisses muettes, pour devenir actrice en plein jour, pour se frotter à la réalité de "l’opinion publique". Tant pis pour sa timidité, elle fut une militante tenace de l’idée européenne partout, dans les médias, et dans les enceintes institutionnelles.

Députée européenne de juin 1999 à juin 2017, Marielle de Sarnez a alerté très tôt sur le problème des réfugiés syriens, dès 2014, bien avant les vagues migratoires et les polémiques souvent provoquées par les délires populistes des extrêmes. Elle s’était notamment rendu à Lampedusa, à la frontière syrienne et dans les Balkans pour se rendre compte elle-même de la situation des réfugiés. Jamais absente dans les combats politiques, c’est avec elle que François Bayrou a refusé la fusion de l’UDF dans l’UMP en 2002, et cela malgré des ponts d’or pour le leader centriste qui pouvait envisager une nomination à Matignon. Inutile de dire que si Nicolas Sarkozy avait réussi à débaucher Marielle, elle aurait eu un portefeuille en or, en 2007 !

La candidature très enthousiaste de François Bayrou en 2007 a débouché sur la création du MoDem, parti d’opposition à Nicolas Sarkozy, au point de voir s’éloigner la plupart des ses élus restés fidèles à l’alliance du centre droit. L’isolement fut renforcé lorsque François Bayrou et Marielle de Sarnez ont décidé de soutenir au second tour de l’élection présidentielle de 2012 la candidature de François Hollande (avec peu de reconnaissance puisque ce dernier, élu dans une anachronique idée de gauche plurielle, a refusé l’ouverture vers le centre).

En 2008, dans une stratégie kamikaze, le MoDem a fait campagne seul aux élections municipales. Marielle de Sarnez a tenté la conquête de la mairie de Paris, sans beaucoup de chance de gagner. Elle fut alliée en 2014 avec les listes menées par Nathalie Kosciusko-Morizet, comme elle s’était alliée avec les listes de Philippe Séguin en 2001. Marielle de Sarnez fut élue conseillère de Paris de 2001 à 2010 (elle a démissionné après des critiques sur son absentéisme, reconnaissant qu’il était difficile de mener en parallèle ses fonctions d’élue à Strasbourg et celles d’élue à Paris), puis de 2014 à 2020. Elle a failli se représenter en 2020 en alliance avec les listes LREM menées par Agnès Buzyn. En 2015, concluant un accord entre le MoDem et LR, elle fut candidate symbolique en dernière place d’une des listes LR-UDI-MoDem menée par Valérie Pécresse aux élections régionales en Île-de-France.

Marielle de Sarnez n’a jamais eu peur des coups et des coups bas, et elle s’est toujours donné les moyens d’être une femme libre. Cette liberté a pu lui être reprochée : vaut-il mieux être simple observateur dans l’opposition et libre de tout jugement, ou intégré dans une majorité d’action limité par le devoir de réserve et de loyauté ? Ni droite ni gauche, comment imaginer que le centrisme ne rejoigne pas Emmanuel Macron, même si, initialement, ce n’était pas évident ? Car pour cela, il fallait convaincre François Bayrou de renoncer à la candidature en 2017.

Lorsque le candidat Emmanuel Macron a gagné en 2017, c’était grâce à sa personnalité très forte qui a séduit les Français, grâce à sa campagne dynamique, grâce au délitement du paysage politique, grâce aussi à l’affaire Fillon, de l’échec du candidat à la candidature Alain Juppé en 2016 (soutenu par Marielle de Sarnez et François Bayrou). Mais également grâce au terrain préparé par François Bayrou pendant une vingtaine d’année qui voulait un centre politique autonome, ne dépendant ni de la droite ni de la gauche, supplétif de personne et armé dans une optique de victoire. Intellectuellement, la victoire d’Emmanuel Macron fut donc celle de la stratégie de François Bayrou et de Marielle de Sarnez. Elle était, pourtant, semble-t-il, peu appréciée des rangs de LREM, notamment parce qu’elle était très féroce dans les négociations pour les investitures aux élections législatives de 2017.

La consécration : François Bayrou nommé Ministre d’État, Ministre de la Justice, et elle, la sans-diplôme, nommée Ministre déléguée aux Affaires européennes (du 17 mai 2017 au 21 juin 2017). Consécration totale pour cette militante de la construction européenne. Et amère sentiment de ne pas voir assez "exploité" ce si grand potentiel de force combattante.

Car l’affaire des attachés parlementaires européens est venue miner le MoDem dont elle était la vice-présidente. L’origine est simple : des élus européens du FN ont fait dans la "dénonciation" pour réagir à leurs propres affaires d’emplois fictifs. Sous le coup d’une mise en examen (procédure incontournable), les trois ministres issus du MoDem François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard (qui avait rejoint Emmanuel Macron dès 2016) ont dû quitter le gouvernement. Inutile de préciser que les élus MoDem ont rejeté toute accusation de malversations. Hélas, par sa disparition, Marielle de Sarnez ne sera pas jugée et ne pourra donc pas être, le cas échéant, innocentée.

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Engagée dans la bataille des législatives avec de solides soutiens, Marielle de Sarnez fut élue (pour la première fois) députée nationale à Paris, et surtout, elle a réussi la renaissance du MoDem en dotant son parti du troisième groupe à l’Assemblée Nationale, composé d’une cinquantaine de députés (alors que pendant dix ans, il n’y en avait même pas autant que de doigts d’une seule main !). L’effet Macron, bien sûr. Et la preuve que si François Bayrou avait été élu Président de la République en 2007, il n’aurait eu aucun mal à dégager une majorité parlementaire.

Laissant à Marc Fesneau (devenu ensuite Ministre délégué aux Relations avec le Parlemeny) la présidence du groupe MoDem, elle fut enfin élue le 29 juin 2017 à la très influente présidence de la prestigieuse commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale où elle a montré, pendant ces trois ans et demi, un dynamisme et des convictions exceptionnels.

La France a perdu avec elle une de ses responsables les plus aguerris et les efficaces. Et les Français une représentante qui n’avait pas la grosse tête et qui était une bonne pédagogue, capable de transmettre ses convictions par des explications simples et convaincantes.

Dans son hommage publié sur le site de l’Élysée, le Président de la République Emmanuel Macron évoque ces sujets européens et centristes : « Elle croyait à une Europe indépendante et autonome, respectueuse des équilibres sociaux, économiques et écologiques, une Europe qu’elle voulait "faire aimer" (…). Tout au long de sa carrière, Marielle de Sarnez œuvra à modeler le centre à l’image de cette "pensée de midi" dont parlait Camus, une pensée qui n’ignore ni la révolte ni la mesure, mais préfère aux polarisations manichéennes le pragmatisme de l’action, la conciliation du désirable et du possible. ».

Que Marielle de Sarnez en soit remerciée, d’avoir fait avancer si efficacement cette double conviction européenne et centriste.
Et après avoir tant donné, qu’elle repose en paix.
Condoléances aux proches et familles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Marielle de Sarnez.
François Bayrou.
Bernard Stasi.
Le Destin de Giscard.
Jean Lecanuet.
Pierre Pflimlin.
Robert Schuman.
Georges Bidault.
Claude Huriet.
Claude Goasguen.
Jean-Christophe Lagarde.
Georges Chavanes.
Étienne Borne.
André Diligent.
Pierre Méhaignerie.
André Damien.
Les Rénovateurs.
Le CDS.
Jean Seitlinger.
Simone Veil.
Nicole Fontaine.
Henry Jean-Baptiste.
Loïc Bouvard.
Bernard Bosson.
Dominique Baudis.
Jacques Barrot.
Adrien Zeller.
Alain Poher.
René Monory.
Raymond Barre.
Charles Choné.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210113-marielle-de-sarnez.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marielle-de-sarnez-combattante-230202

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/01/14/38758308.html





 

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