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24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 03:53

« Je me situe résolument à l’extrême centre. Pour moi, la solution, c’est un centre musclé, volontariste, courageux. Bref, une social-démocratie à la française. » (Olivier Stirn, 1981).



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L’ancien ministre Olivier Stirn a 85 ans ce mercredi 24 février 2021. J’aurais pu intituler cet article "L’Andouille qui Vire" pour parler de celui qui fut député-maire de Vire, avec un portefeuille multicartes, gaulliste sous De Gaulle, pompidolien sous Pompidou, giscardien sous Giscard, mitterrandiste sous Mitterrand, chiraquien sous Chirac et même sarkozyste sous Sarkozy ! Mais mon fond de démocrate-chrétien renâcle à basher trop sévèrement des responsables politiques qui ont quand même eu un certain mérite (on l’a dit très bon orateur et bon mobilisateur à ses débuts) même s’ils ont pu décevoir certains voire se tromper (mais selon quelle grille de lecture ?).

Olivier Stirn a été élu six fois député, la première fois à 32 ans, nommé huit fois ministre, la première fois à 37 ans, cumulant plus de dix ans d’exercice au gouvernement, ce qui fait partie des plus "longs" ministres. Mais il a aussi collectionné les étiquettes politiques (j’en ai recensé au moins onze, parfois très divergentes !).

Mais selon l’adage qu’on ne tire jamais sur une ambulance, il est intéressant à visionner un peu plus en détail la carrière politique d’Olivier Stirn. Malgré ses changements incessants de parti, de camp, Oivier Stirn a quand même eu une ou deux idées fortes, qui, par son comportement politiquement instable, ne furent pas servies très efficacement : l’existence d’un centre fort en France et la construction européenne. J’y reviendrai plus loin.

Le sommet du ridicule fut le mardi 3 juillet 1990, cette date a marqué l’arrêt définitif de son crédit politique même si depuis la moitié des années 1970, celui-ci avait été déjà passablement érodé. En effet, ministre d’ouverture, pour complaire à ses nouveaux alliés socialistes, il avait payé des figurants pour remplir la salle d’un colloque qu’il avait organisé. Tout se serait bien passé si le colloque en question n’avait pas pris du retard. Les auditeurs payés, en effet, sont partis à 18 heures, comme c’était convenu et les rares hiérarques socialistes présents se sont retrouvés tout seuls : l’information a flambé les médias le lendemain et il a dû démissionner. Ce fut sans doute la seule postérité, en tout cas, la seule notoriété pour ceux, déjà d’un certain âge, qui se souviennent encore de lui. Une journée qui fait effondrer des décennies de travail. Je reviendrai sur cet épisode peu glorieux un peu plus loin.

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Issu d’une famille nombreuse de hauts fonctionnaires (fils et petit-fils de préfet) et de philosophes (deux frères), arrière-petit-neveu du capitaine Alfred Dreyfus, Olivier Stirn fut lui-même un haut fonctionnaire, après de brillantes études au lycée Janson-de-Sailly, puis à Science Po Paris (1958). D’abord sous-préfet, ensuite chef de cabinets ministériels, Louis Jacquinot, Ministre d’État aux DOM-TOM de 1965 à 1966, Jean Charbonnel, Secrétaire d’État à la Coopération de 1966 à 1967 et Jacques Chirac, Secrétaire d’État à l’Emploi de 1967 à 1968.

Sa carrière a basculé dans l’engagement politique en juin 1968 où il s’est fait élire député du Calvados sous l’étique UDR (gaulliste), réélu en mars 1973, en mars 1978 et en mars 1981 (jusqu’en mars 1986). A commencé alors une très longue et très diversifiée trajectoire politique, tant en termes de mandats que d’étiquettes. Une valse des étiquettes.

Localement, dans le Calvados, Olivier Stirn fut élu conseiller général du Calvados de 1970 à 1988 et de 1994 à 2001, maire de Vire de mars 1971 à mars 1989. Dans les années 1980, il était également conseiller régional de Basse-Normandie.

Olivier Stirn a été très actif comme parlementaire. Par exemple, dans ses "Cahiers secrets", Michèle Cotta a rappelé le débat à l’Assemblée Nationale sur la confiance au gouvernement, qui a suivi la déclaration de politique générale du Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas le 23 mai 1972. Un député communiste a créé un incident en faisant dans son intervention allusion aux "affaires". Michèle Cotta a écrit : « L’ensemble des députés de la majorité, excités par Olivier Stirn et un député du Loiret, Charrier, se lèvent. ».

Faisant partie des députés qui étaient les plus actifs, Olivier Stirn fut nommé dans les gouvernements six fois en huit ans, sans discontinuer entre 1973 et 1981. Secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement du 5 avril 1973 au 27 mai 1974.

Après la mort de Georges Pompidou, Olivier Stirn a fait partie des "43" UDR (quatre ministres et trente-neuf députés), menés par Jacques Chirac, à s’être engagés le 13 avril 1974 en faveur de Valéry Giscard d’Estaing (pour torpiller la candidature de Jacques Chaban-Delmas). Les quatre ministres furent : Jacques Chirac, Jean-Philippe Lecat, Olivier Stirn et Jean Taittinger ; parmi les députés, il y avait Paul Granet, René Tomasini, Henri de Gastines, Jean Desanlis, Xavier Deniau, Maurice Herzog, André Jarrot, Jean Seitlinger et Hector Rolland. Michèle Cotta a raconté son déjeuner avec Valéry Giscard d’Estaing le 16 avril 1974 et sa réaction sur ce divin soutien : « Chirac est avec lui. Il dit : "Les meilleurs ministres du gouvernement actuel sont de mon côté. Les jeunes surtout : Chirac est le meilleur. Lecat et Stirn aussi". ».

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Cette prise de position lui a permis d’être de tous les gouvernements du septennat de VGE : Secrétaire d’État aux DOM-TOM du 28 mai 1974 au 31 mars 1978, puis Secrétaire d’État aux Affaires étrangères du 31 mars 1978 au 22 mai 1981. Olivier Stirn a réalisé l’indépendance des Comores (sauf Mayotte) et de Djibouti, et proposa la départementalisation de certains territoires d’outre-mer, il ne l’a réalisée que pour Saint-Pierre-et-Miquelon (Mayotte fut départementalisée que bien plus tard, le 31 mars 2011).

La perspective des élections législatives de mars 1978 a fait évoluer l’engagement partisan d’Olivier Stirn, en raison du combat mené par Jacques Chirac contre Valéry Giscard d’Estaing, en particulier à partir de janvier 1977 en se lançant dans la conquête de la mairie de Paris. Cette réticence à soutenir la rébellion de Jacques Chirac se sentait dès la démission de ce dernier de Matignon. Le 31 août 1976, quelques jours après cette démission, Michèle Cotta a rencontré Yves Guéna, secrétaire général de l’UDR : « Il me confirme qu’il aurait pu faire voter, s’il l’avait voulu, une motion de félicitations à Jacques Chirac par la quasi-totalité des fédérations UDR (sauf celle de l’Orne, la fédération d’Olivier Stirn). » [petite erreur de la journaliste car Olivier Stirn était de la fédération du Calvados].

Refusant ainsi de se désolidariser du Président de la République, Olivier Stirn quitta le parti gaulliste devenu RPR et créa notamment avec Lionel Stoléru, René Lenoir et Didier Schuller le Mouvement des sociaux-libéraux (MSL) le 10 février 1977 puis le Carrefour social-démocrate (CSD) le 7 juillet 1977 (avec aussi Edgar Faure, Max Lejeune, Loïc Bouvard, Jean-Marie Daillet, etc.). Finalement, ces mouvements se sont intégrés dans le Parti radical le 20 juillet 1977, ce qui faisait qu’Olivier Stirn était devenu officiellement UDF (fédération des partis du centre droit non gaulliste créée en 1978 pour les élections législatives), sur l’étiquette de laquelle il fut réélu député en mars 1978. En tant que ministre, il fut vice-président du Parti radical.

Une fois dans l’opposition (à partir de 1981), Olivier Stirn voyait les choses en grand en imaginant être à la tête d’un très grand parti social-démocrate (à l’allemande). Sans craindre le ridicule, il a ainsi affirmé en 1981 (voir plus loin) : « Jamais je ne serai le Premier Ministre de M. Mitterrand., qui représente une tendance du socialisme très dogmatique. Je ne crois pas du tout à une évolution social-démocrate du régime, mais au contraire à sa radicalisation. Vous savez, les communistes quitteront le gouvernement quand le mécontentement sera devenu trop fort. Ils diront que Mitterrand a trahi la gauche, Mitterrand devra alors se durcir pour garder les voix qu’il leur a prises. De plus, en se montrant ouvert aux idées sociales-démocrates, il ferait le jeu de Rocard. ».

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Cherchant à conquérir le Parti radical, Olivier Stirn s’est présenté le 26 novembre 1983 à la présidence du parti contre le député-maire de Nancy, André Rossinot, qui fut élu (en juin 1981, André Rossinot et Olivier Stirn étaient les deux rescapés du Parti radical aux législatives). Un peu comme Rama Yade qui, le 22 juin 2014, avait échoué face à Laurent Hénart, Olivier Stirn quitta le parti radical et se chercha une autre chapelle. Il créa en mars 1984 l’Union centriste et radicale (UCR), coquille personnelle vide, qui se transforma en Union centriste et républicaine en décembre 1984. Il fallait bien avoir une étiquette pour une opération marketing de grande ampleur aux élections européennes de juin 1984 où il fut tête de liste, aux côtés de Brice Lalonde, ancien candidat écologiste à l’élection présidentielle, et François Doubin, président du MRG, de la liste ERE (Entente radicale écologiste pour les États-Unis d’Europe). Cette liste n’a obtenu aucun siège car n’a pas franchi le seuil des 5% (seulement 3,3%).

La mue s’est poursuivie avec un énorme changement de paradigme. Quitter l’UDR pour l’UDF (ou le RPR pour le Parti radical), c’est-à-dire quitter le pompidolisme pour le giscardisme après 1974, cela restait encore compréhensible car c’était du même "camp". Mais quitter l’opposition UDF-RPR pour se rapprocher des socialistes était plus audacieux. Devenir mitterrandiste en 1986. Faudrait-il y voir de l’arrivisme ? ou de la sincérité ? Le mystère restera à l’évidence : « Ni l’argent ni le pouvoir ne m’intéressent vraiment. Je ne désire qu’une chose : faire triompher les idées auxquelles je crois. Mon ambition est de susciter un grand mouvement centriste n’est pas un objectif personnel, vous savez. Bien sûr, il faudra un homme pour symboliser ce mouvement d’idées. Notamment aux présidentielles. » ("Les Nouvelles Littéraires", voir plus loin).

Toujours est-il qu’Olivier Stirn a quitté son département, le Calvados, pour rejoindre la Manche et se présenter sous l’étiquette du PS dans un département très peu socialiste. Le scrutin proportionnel aidant, Olivier Stirn est parvenu à faire élire deux députés sur sa liste, ce qui était historique, modérant la colère des militants socialistes locaux qui ne comprenaient pas pourquoi il fallait s’incliner devant un double parachuté, de l’étiquette et des lieux. C’était à ce moment-là que l’on parlait de l’Andouille de Vire. En juin 1988, Olivier Stirn s’est fait réélire député de la Manche dans une circonscription socialiste (circonscription de Cherbourg). D’ailleurs, depuis mars 1986, Olivier Stirn était inscrit au groupe socialiste.

La volonté d’ouverture du Président François Mitterrand et du Premier Ministre Michel Rocard a rendu possible le retour au gouvernement d’Olivier Stirn, un retour incroyable car il revenait de loin, avec une étiquette giscardienne (les trois de la liste ERE ont ainsi figuré dans le gouvernement : Olivier Stirn, Brice Lalonde et François Doubin). Olivier Stirn fut donc nommé Ministre délégué aux DOM-TOM du 10 mai 1988 au 22 juin 1988 (un ministère qu’il connaissait bien), puis Ministre délégué au Tourisme du 22 juin 1988 au 5 juillet 1990. Confirmant son déménagement départemental, Olivier Stirn s’engagea aussi aux élections municipales en mars 1989 et fut élu président de la Communauté urbaine de Cherbourg de mars 1989 à l’été 1990.

Sa carrière ministérielle s’est fracassée contre le mur des faux-semblants : le scandale du paiement de figurants pour remplir la salle du colloque sur l’avenir de la gauche organisé le 3 juillet 1990 par Olivier Stirn a emporté ses dernières espérances ministérielles. Il y avait, parmi les orateurs de cette rencontre, Michel Durafour, Jack Lang, Jean-Pierre Chevènement, etc. Michèle Cotta a écrit le 8 juillet 1990 dans ses "Cahiers" : « Le lendemain, émotion considérable dans la presse : les organisateurs du colloque, de peur qu’il n’y ait pas assez de monde, ont fait la retape de gens qui passaient dans la rue ou d’étudiants en quête de quelques sous. De sorte que le colloque a eu lieu devant des figurants ! Pas de quoi fouetter un chat ? Peut-être bien. Chacun imagine que ce n’est pas Olivier Stirn lui-même qui est allé démarcher les passants ! L’effet produit est néanmoins catastrophique pour lui ! Il paraît qu’il songe à démissionner. En politique, le ridicule tue. ».

Repéché par François Mitterrand qui l’a nommé ambassadeur de France auprès du Conseil de l’Europe de 1991 à 1993, Olivier Stirn a tenté de survivre politiquement en renouant avec son département d’origine, le Calvados. Il n’a cependant pas réussi la renaissance car il fut battu par le député PR sortant René Garrec aux élections législatives de mars 1993. Il a réussi cependant à se faire réélire conseiller général du Calvados en mars 1994. Olivier Stirn a ensuite rejoint, en 1994, le Mouvement des réformateurs fondé en 1992 et présidé par Jean-Pierre Soisson pour rassembler les ministres d’ouverture, en particulier Michel Durafour, Jacques Pelletier, Thierry de Beaucé.

Peut-être l’une de ses dernières fréquentations de la planète de la gauche a eu lieu aux Assises de la transformation sociale organisée le 6 février 1994 par Lionel Jospin dans le cadre de la future candidature de Michel Rocard à l’élection présidentielle de 1995. Olivier Stirn y évoluait allègrement aux côtés des communistes André Lajoinie, Claude Poperen, des socialistes Jean Guidoni, Harlem Désir, Henri Emmanuelli, Louis Mermaz, Henri Weber, Jean-Louis Bianco, Marie-Noëlle Lienemann, Michel Rocard, de l’écologiste Yves Cochet, et aussi de Lionel Stoléru, François Doubin, etc.

Telle la girouette, Olivier Stirn apporta finalement son soutien à la candidature de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995. Inutile de dire que Jacques Chirac n’en voulait pas, et considérait ce soutien contreproductif. Michèle Cotta a rencontré Jacques Chirac le 3 avril 1995 en allant avec lui à son meeting à Nice. Voici ce qu’elle a retranscrit de sa conversation : « [Chirac a raconté] avoir lui-même reçu une lettre d’un haut dignitaire balladurien (il ne dit pas lequel) : "Je me suis trompé, écrivait ledit dignitaire, je me suis déterminé d’après les sondages. Tout le monde peut se tromper. J’espère que tu n’en tiendras pas compte". Chirac en rit encore et fait un commentaire bien dans sa manière en citant un proverbe africain que lui avait appris Félix Houphouët-Boigny : "Les antilopes qui s’éloignent de leur mère finissent toujours sur le tam-tam" (…). Pourtant, il n’a jamais cherché, m’explique-t-il, des ralliements publics. (…) Les ralliements publics, ça fait magouille, les Français n’aiment pas ça. "Les soutiens, dans cette élection, ne sont d’aucune utilité, au contraire. Quand Jean-Pierre Soisson s’est rallié à moi, je ne lui avais rien demandé, et cela ne m’a rien rapporté. Il s’était, il est vrai, rallié auparavant à beaucoup de monde. J’ai eu toutes les peines du monde à empêcher Olivier Stirn de le faire publiquement, je lui ai même envoyé Romani pour le dissuader. J’avais le souvenir de Stirn, ancien chef de mon cabinet, allant demander une entrevue à François Mitterrand, en 1980-1981. Il a attendu en vain, dans le vestibule, jusqu’à ce que la secrétaire de Mitterrand le reconduise vers la sortie en lui disant : on ferme ! J’ai fait la même chose avec lui". ».

Après l’échec de la coalition UDF-RPR aux élections législatives de juin 1997, Olivier Stirn s’est présenté sans succès avec Corinne Lepage, ancienne Ministre de l’Environnement d’Alain Juppé, aux élections régionales de mars 1998 en Basse-Normandie, sur une liste dissidente contre le président du conseil régional sortant, également député, son adversaire René Garrec.

En 2002, à l’instar de Jean-Pierre Soisson, Olivier Stirn a intégré …l’UMP (tout cela pour ça !) et fut nommé conseiller à l’Élysée du Président Jacques Chirac. En 2004, il apporta son soutien à Nicolas Sarkozy, futur candidat à l’élection présidentielle de 2007. Une fois élu, Nicolas Sarkozy le nomma en 2009 conseiller chargé de l’Union pour la Méditerranée (UPM, projet qui a capoté avec les révolutions arabes), et fut en 2010 désigné secrétaire national de l’UMP chargé de la diversité. Enfin, aux élections législatives de juin 2017, Olivier Stirn a soutenu son épouse Évelyne Stirn, investie par Les Républicains, dans son ancienne circonscription du Calvados. Elle n’a obtenu que 3,9% des voix au premier tour tandis que le député sortant Alain Tourret, radical de gauche et LREM, fut réélu face à un candidat du FN après avoir éliminé au premier tour un candidat UDI.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Olivier Stirn était encore dans les allées du pouvoir au début des années 2010, incroyable et discret. Une telle valse des étiquettes donne le tournis, UDR (qu’Olivier Stirn a opportunément corrigé en "gaulliste de gauche"), RPR, UDF, Parti radical, PS, UMP, si l’on ne tient pas compte des micropartis qui n’avaient aucun espoir électoral. Mais cette valse sera oubliée comme tout le reste, sauf ce fameux colloque de l’été 1990 où il a voulu tromper l’aréopage socialiste sur ses capacités de mobilisation militante.

Pourtant, l’homme a des convictions, l’idée du centre, il a même écrit "Une certaine idée du centre" chez Albin Michel (sorti en juin 1985), en fait partie, la construction européenne en fait aussi partie. Ces deux idées fortes font nécessairement qu’Olivier Stirn s’y retrouve dans la politique du Président Emmanuel Macron : faudrait-il l’ajouter aux six autres Présidents dont il se sentait proche, macronien sous Macron ? En tout cas, il applaudit très vivement l’initiative de la Chancelière allemande Angela Merkel et d’Emmanuel Macron sur le plan de relance européenne.

Olivier Stirn l’a redit sa foi européenne dans une vidéo que l’on peut regarder ici. Elle a été sollicitée par le site "Opinion internationale" et diffusée le 30 janvier 2021.

En voici la transcription : « Mon vœu, pour l’année qui vient, c’est de continuer à renforcer la construction européenne. La terrible pandémie du covid-19, la profonde crise économique mondiale qui en découle, la fulgurante volonté de la Chine de dominer l’économie planétaire, les tensions géopolitiques de l’Iran qui a décidé finalement de continuer à acquérir l’arme nucléaire, l’impératif absolu aussi de la transition écologique, tous ces facteurs démontrent avec évidence que l’Europe doit se structurer, unifier sa production industrielle, avoir une politique commune de défense, promouvoir une politique étrangère solidaire, afin de devenir une puissance de premier plan comme les États-Unis ou la Chine. Seule en effet, une Europe forte, consciente de cet objectif fédérateur, sera à même de disposer des atouts nécessaires pour peser dans les décisions majeures que peuvent prendre le G20, le G7, le FMI, l’OTAN, la Banque mondiale. Seule une Europe unie aura l’autorité qui lui permettra de défendre ces valeurs de démocratie, de libre-échange, de liberté, d’égalité, de fraternité entre tous les humains et entre tous les peuples. Seule une Europe consciente de sa puissance économique, de sa puissance financière, culturelle, spirituelle, permettra aux générations qui viennent de continuer d’écrire la grande histoire du pays que nous aimons tous, la France. Une France ouverte dans un échange serein et équitable, fière de son appartenance au continent européen. Je forme le vœu que cette année 2021 permette de faire avancer encore la très belle cause de la construction européenne. Celle qui est une chance, qui est un avenir pour chacun des vingt-sept pays qui la composent. Je note d’ailleurs avec satisfaction que ces derniers mois, sous l’impulsion à la fois d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron, des hommes et des femmes résolus ont permis à de nombreux pays européens de surmonter la crise économique : Charles Michel, qui est le Président de l’Union, Ursula von der Leyen, qui est la Présidente de la Commission, et Christine Lagarde, qui est la présidente de la Banque centrale européenne. Un vent d’optimisme, me semble-t-il, peut donc se lever ! ».

Je termine sur la première idée forte, celle d’un centre fort et indépendant. J’ai retrouvé sur Internet un long entretien d’Olivier Stirn interrogé par Thierry Ardisson et Jean-Luc Maître pour "Les Nouvelles Littéraires" dont je n’ai pas réussi à trouver la date exacte, mais je le situe au second semestre de l’année 1981. Avec son petit parti (voir plus haut), Olivier Stirn faisait l’apologie du social-libéralisme et de la social-démocratie : « La social-démocratie, la collaboration de classes, est la seule solution courageuse. Car comprendre, c’est plus difficile que de combattre ou de dominer. Le vrai courage, c’est d’être ensemble. (…) Seule une social-démocratie adaptée au continent européen permettra de faire progresser notre société. Malheureusement, la coalition socialo-communiste va ralentir les progrès de l’Europe. ».

Ce qu’Olivier Stirn racontait là est certes intéressant mais il y a une chose qui me frappe à sa lecture : pourquoi n’a-t-il pas tout simplement adhéré au CDS (Centre des démocrates sociaux) qui, justement, défendait les options qu’il proposait : « Cela exige de préserver l’économie de marché, seul moyen d’avoir une économie qui marche. Cela implique une lutte constante contre les inégalités de culture, de pouvoir, de revenus. Cela ne va pas sans concertation. Dans les pays sociaux-démocrates, toutes les décisions sont discutées à tous les niveaux, de l’entreprise à l’État. Ça évite les erreurs d’interprétations comme les arrière-pensées (…).Ça permet des rapports sociaux nouveaux. ».

Effectivement, il a décelé les "erreurs" du centre : « Les Français ont boudé les tentatives du centre parce qu’ils n’avaient pas essayé la gauche depuis longtemps. C’était devenu un mythe. Avant la fin du septennat [en 1988], ce mythe n’existera plus. Les centristes ont en plus commis l’erreur de gouverner avec la droite. Je ne suis pas déçu par Giscard mais, voyez-vous, il n’a pas su se donner les moyens de promouvoir une politique du centre. (…) Pour réussir, les centristes doivent être majoritaires. (…) Déjà certains dirigeants socialistes sont proches de nos idées : M. Delors dit qu’il est social-démocrate, M. Rocard a des raisonnements sociaux-démocrates (…). Évidemment, c’est sur les classes moyennes que s’appuiera notre mouvement. Ce sont elles les cocues du duel gauche-droite. Quand on croit à la lutte des classes (…), ce sont toujours les classes moyennes qui font les frais de l’opération. ».

Justement, il avait bien vu en termes stratégiques, le besoin d’un centre fort qui rendait indispensable une candidature centriste crédible à l’élection présidentielle. Alors, pourquoi n’a-t-il donc pas soutenu la candidature de François Bayrou en 2002, 2007 et 2012 (j’aurais tendance à dire : surtout en 2007, où la victoire était possible), alors que le centre indépendant et fort pouvait enfin électoralement s’incarner ? Ce qui du reste s’est incarné avec Emmanuel Macron.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brice Lalonde.
Vœux 2021 d’Olivier Stirn (vidéo à télécharger).
Olivier Stirn.
Lionel Stoléru.
Jacques Pelletier.
Édouard Bonnefous.
Bernard Tapie.
Michel Durafour.
François Doubin.
Clemenceau.
Édouard Daladier.
Félix Gaillard.
Georges Mandel.
André Rossinot.
Les Radicaux en marche vers l’Europe.
Laurent Hénart en 2019.
Le Manifeste européen du Mouvement radical adopté le 6 février 2019 (à télécharger).
L’unité des radicaux.
La famille centriste.
La défense de la laïcité.
Laurent Hénart en 2014.
Jean-Louis Borloo.
Programme de Sylvia Pinel.
Jean-Michel Baylet.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Françoise Giroud.
Robert Fabre.
Jean Moulin.
Maurice Faure.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Pierre Mendès France.
Jean Zay.
Jules Jeanneney.
René Cassin.
Joseph Caillaux.
Jean-François Hory.
Évelyne Baylet.
Yves Jégo.
Rama Yade.
Christiane Taubira.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210224-olivier-stirn.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-stirn-les-girouettes-ne-231192

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/02/17/38821076.html






 

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