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5 mars 2021 5 05 /03 /mars /2021 03:50

« Notre mouvement magnifique, historique et patriotique "Make America Great Again" ne fait que commencer. Dans les mois à venir, j’aurai beaucoup de choses à partager avec vous et je suis impatient de continuer notre incroyable aventure pour la grandeur du pays. » (Donald Trump, le 13 février 2021).



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Cette tirade de l’ancien Président des États-Unis Donald Trump le 13 février 2021, après avoir été acquitté dans son second procès pour "empêchement", avait des allures d’envolée de Ségolène Royal. En effet, au soir du second tour de l’élection présidentielle du 6 mai 2007, oubliant qu’elle avait perdu, la candidate socialiste avait lancé à ses troupes un vibrant « En avant vers de nouvelles victoires ! ». La différence, certes, c’est que Donald Trump, qui a été largement battu par son adversaire et successeur Joe Biden le 3 novembre 2020, avait été élu quatre années auparavant…

Du 9 au 13 février 2021, le Sénat des États-Unis devait en effet décider de la responsabilité de Donald Trump dans l’insurrection du Capitole le 6 janvier 2021. Pour être acquise, la culpabilité, donc la condamnation, doit être votée par les deux tiers du Sénat. Or seulement 57 sénateurs ont voté pour, 43 autres ont voté contre. Il faut se rappeler que le Sénat a basculé très récemment et de manière serrée dans le camp démocrate : 50 sénateurs démocrates et 50 sénateurs républicains, mais les démocrates ont voix prépondérante avec la Vice-Présidente Kamala Harris qui préside le Sénat. Seulement sept sénateurs républicains ont voté pour la destitution de Donald Trump.

Ce procès était un peu surréaliste car il avait pour objectif de destituer une personne qui n’était plus Président des États-Unis. Le plus intéressant est d’écouter le très influent chef de la minorité républicaine au Sénat, qui était chef de la majorité républicaine, de 2015 à 2021, principalement sous le mandat de Trump, le "vieux" Mitch MacConnell (de huit mois l’aîné du nouveau Président).

Ce dernier a été un allié fidèle de Donald Trump, et pourtant, son avis sur lui est loin d’être complaisant. Voici ce qu’il a dit, énervé, à l’issue de ce procès : « Les actions de l’ancien Président Trump qui ont précédé l’émeute ont été un manquement honteux et scandaleux à son devoir (…). Il ne fait aucun doute, aucun, que le Président Trump est concrètement et moralement responsable d’avoir provoqué les événements de la journée [du 6 janvier 2021]. (…) Il n’a pas fait son travail. Il n’a pas pris les mesures nécessaires pour que la loi fédérale puisse être fidèlement exécutée et l’ordre rétabli. Non, au contraire, selon les rapports publics, il a regardé la télévision avec joie, avec joie, pendant que le chaos se déroulait (…). Quelle que soit la réaction qu’il dit qu’il voulait produire d’ici cette après-midi-là, nous savons qu’il regardait la même télévision en direct que le reste d’entre nous. Une foule attaquait le Capitole en son nom. Ces criminels portaient ses bannières, arboraient ses drapeaux et criaient leur loyauté envers lui (…). Ils ont fait cela parce que l’homme le plus puissant de la Terre leur avait raconté des mensonges sauvages parce qu’il était furieux d’avoir perdu une élection. ». On notera au passage la très grande prétention américaine, très répandue dans la classe politique américaine, de croire que le Président américain est l’homme le plus puissant du monde, Xi Jinping doit rire sous son masque.

Le sénateur du Kentucky ajoutait : « Nous avons un système de justice pénale dans ce pays. Nous avons un système de justice civile. Et les anciens Présidents ne sont pas à l’abri d’être tenus responsables par l’un ou par l’autre (…). Le Président Trump est toujours responsable de tout ce qu’il a fait pendant son mandat. Il n s’en est pas encore tiré. ».

Avec une appréciation aussi sévère, Mitch MacConnelle a-t-il fait partie des sept sénateurs républicains "traîtres" ? Pas du tout, il a voté "non coupable" comme ses 42 autres collègues républicains car il considérait que voter une destitution quand le Président n’était plus en exercice n’avait plus de sens, et que c’était anticonstitutionnel (cette anticonstitutionnalité avait été pourtant levée par le Congrès). Par conséquent, Mitch MacConnell dit en clair que Donald Trump est bien responsable de l’émeute du 6 janvier 2021, mais pas coupable, et donc acquitté.

En fait, c’est la Présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi qui était  en colère contre Mitch MacConnell car c’était à ce dernier de convoquer le Sénat pour démarrer le procès en destitution avant le 20 janvier 2021, quand Donald Trump était encore Président en exercice, et ce dernier avait refusé, ce qui fait qu’il portait un double langage assez hypocrite puisqu’il n’a pas voté la destitution en raison d’une décision qu’il n’a pas lui-même prise à temps ! En fait, elle n’a pas employé le mot "hypocrite" mais "pathétique". Et la "Speaker" d’asséner : « Je salue les sénateurs républicains qui ont voté selon leur conscience et pour notre pays. Le refus des autres sénateurs républicains de tenir Trump pour responsable d’avoir déclenché une violente insurrection pour s’accrocher au pouvoir sera considéré comme l’un des jours les plus sombres et des actes les plus déshonorants de l’histoire de notre nation. ».

De toute façon, concrètement, Donald Trump n’étant plus Président, sa destitution votée n’aurait eu qu’une valeur symbolique et n’aurait pas beaucoup changé les choses, d’autant plus que le nouveau Président Joe Biden préférait, de son côté, se focaliser sur sa propre politique et son plan de relance de 1 900 milliards de dollars pour lubrifier la machine économique après la crise sanitaire.

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La question, pourtant, se pose pour l’avenir : Trump sera-t-il candidat à l’élection présidentielle de 2024 ? S’il avait été "destitué", aurait-il été "empêché" d’être candidat à cette élection ? Ce n’était même pas certain et cela aurait pu être à l’origine d’une nouvelle grosse polémique juridique et constitutionnelle, comme les Américains aiment bien en créer (les Français, eux, préfèrent plutôt les polémiques sur la morale et pas sur le droit).

Même si beaucoup de militants fanatisés espèrent une nouvelle candidature de Trump, il faudrait retrouver un peu le sens des réalités. D’abord l’âge (78 ans), mais on a vu que cet âge n’empêche pas une élection. Ensuite l’argent (son empire risque beaucoup de s’écrouler financièrement ces prochaines années). Enfin, la morale, car la plupart des Américains ont été terriblement choqués voire humiliés de cette émeute du 6 janvier 2021 qui a fait s’esclaffer la planète entière sur la si vantée "démocratie américaine". Sans compter sa responsabilité de la crise sanitaire.

En tout cas, comme un forgeron qui bat le fer tant qu’il est chaud, Donald Trump n’est pas resté silencieux très longtemps. Il a participé à un meeting à Orlando le dimanche 28 février 2021 afin de nourrir ce matelas incompressible d’adaptes à la nouvelle secte dont il est le gourou médiatique. Avec quelques éléments intéressants.

Le principal, c’est qu’il n’était pas question de créer un nouveau parti politique, un parti trumpiste. L’action politique future de Donald Trump restera donc dans le cadre du parti républicain. On ne sait pas si les cadres du parti républicain ont poussé un ouf de soulagement ou un soupir de déception, mais c’est la raison qui a emporté cette décision. Vouloir ne constituer qu’une secte trumpiste aurait été un peu trop visible et surtout, serait voué à l’échec électoral, il ne serait alors qu’un groupe de pression, une minorité agissante, mais certainement pas un mouvement susceptible de remporter la majorité des suffrages américains.

Et puis, un troisième parti aurait eu l’inconvénient de permettre aux démocrates de rester durablement aux commandes du pays alors qu’eux-mêmes sont profondément divisés et en manque de leaders. Le discours d’Orlando n’a donc pas eu d’autre fonction que d’alimenter la flamme du trumpisme dans le cadre des institutions américaines traditionnelles.

L’histoire jugera beaucoup plus sévèrement Donald Trump que ses contemporains. La tache de la honte et de l’humiliation nationale restera considérablement ancrée dans la "mémoire collective", celle de la risée du monde. Trump pourra s’agiter comme il le voudra, il ne sera plus qu’un cheftaillon vieillissant à la tête de militants qui ont projeté sur ce milliardaire mal léché un improbable défenseur des précaires et des laissés-pour-compte. Comprenne qui pourra.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Trump, responsable de l’insurrection mais acquitté !
Georges Shultz.
Dick Cheney.
Joe Biden : enfin la démocratie restaurée !
Capitole : Trump et la dictature du moi.
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
De la Démocratie en Amérique.
USA 2020 : and the Winner is Joe Biden !
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
USA 2020 : le suspense reste entier.
Bill Gates.
Albert Einstein.
Joe Biden.
Rosa Parks.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Benoît Mandelbrot.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

_yartiTrump2021C03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210228-trump.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/trump-responsable-de-l-231387

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/01/38842573.html






 

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