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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 08:31

« On peut avoir des espoirs, des rêves, mais il vaut mieux ne pas avoir d’illusions. » (François Bayrou, le 24 mars 2021 sur LCI).




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L’air de rien, François Bayrou a fait une annonce essentielle lors de son entretien avec Jean-Michel Aphatie, à la matinale de LCI ce mercredi 24 mars 2021 (qu’on peut réécouter ici).

On ne présente plus François Bayrou, actuel maire de Pau (réélu en 2020) et président du MoDem, homme politique majeur qui a été trois fois candidat à l’élection présidentielle (dont une fois à plus de 18% des voix en 2007). Mais sa véritable casquette, à cette occasion, est peut-être moins connue : haut-commissaire au Plan. Fonction créée par le décret n°2020-1101 du 1er septembre 2020, François Bayrou a été nommé à ce poste bénévole (ce que précise bien le décret) le 3 septembre 2020 par le Président Emmanuel Macron et le Premier Ministre Jean Castex.

À ce titre, il est « chargé d’animer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective conduits pour le compte de l’État et d’éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels ». Ses quelques collaborateurs sont directement rattachés aux effectifs du Premier Ministre. En clair, il ne coûte pas grand-chose aux contribuables.

Autant dire que c’est une fonction qui a son influence. Cela aurait été un haut fonctionnaire inconnu, ses avis auraient pu passer inaperçus, mais comme c’est un responsable politique de premier plan qui est à ce poste, ses avis seront beaucoup plus médiatisés. De plus, cette fonction fait sens pour François Bayrou puisque l’un des leitmotivs de sa campagne présidentielle de 2012 était de vouloir anticiper et faire de la prospective industrielle à long terme, comme l’avait fait l’Allemagne de Schröder il y a plus de vingt ans.

Le mardi 23 mars 2021, François Bayrou a donc remis au Premier Ministre une note de synthèse sur la perspective de la production d’électricité dans les années à venir, avec un titre particulièrement clair : "Électricité, un devoir de lucidité". Il a été par ailleurs auditionné le matin du 24 mars 2021 par la commission du développement durable de l’Assemblée Nationale.

Le document est sans concession sur les politiques publiques depuis plusieurs décennies : « Tout se passe comme si des objectifs ambitieux et moralement fondés avaient été recherchés avec optimisme et une certaine insouciance, sans que personne parmi les citoyens ait été averti des contraintes certaines, des efforts considérables à fournir et des risques encourus. Or, l’occultation des contraintes, naturelles, physiques, scientifiques, budgétaires ne peut conduire, lorsque notre pays sera devant l’obstacle, qu’à un rejet brutal des objectifs mêmes qui sont publiquement recherchés. ».

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Dans cette note, François Bayrou annonce que la France ne pourra pas se passer du nucléaire avant longtemps. Sur LCI, il a rejeté l’idéalisme de la Ministre de la Transition écologique Barbara Pompili qui imaginait en juillet 2020 un avenir avec 100% des énergies renouvelables.

Tout en lui enseignant une leçon de réalisme, François Bayrou a adressé implicitement à l’ancienne sous-ministre écologiste de François Hollande un cours de prospective : « Ce dont il faut prendre conscience, c’est que l’électricité en France par des centrales nucléaires, c’est la condition même pour qu’on puisse avoir des énergies renouvelables. ».

Dit comme cela, cela pourrait paraître paradoxal, mais il faut quand même rappeler que les deux énergies renouvelables, le photovoltaïque et l’éolien, ne peuvent pas être produites en permanence (la France n’est pas dans une zone où le soleil brille tout le temps, ni où le vent est permanent). Par conséquent, pour avoir la continuité de production de l’électricité, il faut d’autres sources : « Si on n’avait pas le nucléaire, on serait obligé d’avoir des centrales thermiques au pétrole ou au gaz, et on augmenterait nos rejets de gaz à effet de serre. ».

L’autre constat de François Bayrou, c’est que le parc nucléaire français (56 réacteurs, le deuxième du monde) a été construit sur une très courte période. Cela signifie que dans une période très courte, ces réacteurs vont devoir être fermés et remplacés d’une manière ou d’une autre. C’est "l’effet falaise" (qui est valable même en prolongeant la durée de vie des réacteurs jusqu’à 50 ou 60 ans). Ainsi, 14 réacteurs vont devoir fermer d’ici à 2035, date normalement prévue pour réduire la production d’électricité par le nucléaire à seulement 50%.

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Sa conclusion est alors évidente : il faut reconstruire des réacteurs nucléaires si on ne veut pas se retrouver en pénurie d’électricité dans les prochaines décennies. Pour lui, cette décision de relancer le programme nucléaire français est très politique et devra être prise d’ici à deux ans, c’est-à-dire qu’elle pourra être prise après l’élection présidentielle de 2022 et la campagne électorale pourra être l’occasion de remettre le nucléaire en débat. Cela tombe bien, car le gouvernement, courageux mais pas téméraire en cette période où les écologistes sont à la mode, n’avait aucune intention ni envie de prendre une telle décision avant l’élection présidentielle.

La conclusion de la note est une chausse-trape démocratique : « Seul l’impératif démocratique d’un débat honnête, lucide et partagé avec les citoyens, porté par les élus de la Nation mais associant l’ensemble des composantes de la société, permettra de formuler une volonté crédible et d’arrêter un plan réaliste. ».

Je me suis procuré cette note de 37 pages qui explique que les engagements de la France en matière de rejets de gaz à effet de serre (objectifs climatiques de neutralité carbone) sont tels que la part de l’électricité dans la consommation totale d’énergie en France, qui est de 25% actuellement, montera à 50% en 2050. Malgré les efforts pour consommer moins d’énergie (isolation des bâtiments, etc.), cela ne compensera pas cette augmentation drastique des besoins, parallèlement à la mise en arrêt de la plupart des centrales nucléaires du parc actuel (qui ont démarré entre 1980 et 1990).

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La note précise effectivement : « Tous les scénarios s’accordent sur une augmentation massive de la part d’électricité dans le mix énergétique. ». Ainsi, la consommation d’électricité en France devrait grimper de 473 TWh en 2019 (on ne prend pas 2020 en référence, avec 460 TWh, en baisse à cause de la crise sanitaire), à 630, voire 700 TWh en 2050, selon les scénarios. En 2019, 71% de la production électrique était d’origine nucléaire, 67% en 2020 (à cause de la crise sanitaire et de l’arrêt des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim, les 22 février 2020 et 29 juin 2020).

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Or la loi climat de 2019 impose la part de l’électricité d’origine nucléaire à 50% en 2035 et 36% la part en énergies renouvelables : « Cela signifie une amputation d’ici [à] 2035 de notre capacité de production électronucléaire de l’ordre de 30% et une augmentation probable de la part d’électricité d’origine fossile au-delà des 8% actuels. ».

D’où la quadrature du cercle : « Augmentation massive de la consommation d’un côté, diminution massive de nos capacités de production de l’autre, le simple rapprochement de ces deux orientations montre qu’il existe un gouffre entre l’évolution annoncée de notre consommation électrique et celle de notre production. Il est inéluctable que nous allons droit à des difficultés considérables et même à une impasse, nous empêchant techniquement de remplir en même temps les objectifs que nous prétendons solennellement avoir fixés ! ».

Le rapport pointe aussi des éléments de calendrier : « Il y a d’autant plus urgence à engager un débat éclairé que 49 réacteurs sur les 56 en fonctionnement actuellement ont été mis en service il y a 30 ans ou plus, que l’estimation de leur durée de vie moyenne est de l’ordre de 45 ans et qu’il faut au moins 10 ans pour terminer une nouvelle installation électronucléaire à partir de la décision de la construire. Ainsi, le maintien de la capacité de notre parc nucléaire appellerait le lancement de deux nouveaux chantiers par an chaque année sur une période de 20 années. Une telle discussion, éthiquement et civiquement responsable, est pourtant cruciale pour définir une programmation d’investissements cohérente avec les objectifs de production attendus. ».

Est-il possible à brève échéance de produire massivement de l’électricité d’origine renouvelable ? La réponse est sans appel : « Pour obtenir une augmentation massive de la production d’électricité renouvelable, une des principales difficultés résiderait dans l’artificialisation de grandes surfaces foncières par des unités de production photovoltaïques et l’altération des paysages par des éoliennes à terre ou en mer. La réponse à ce défi est-elle facile ? Probablement non. Est-il possible de construire les réseaux de transports et de distribution d’électricité qu’exige cette production renouvelable sans de très lourds investissements et sans empiéter sur des surfaces naturelles ? La réponse est certainement non. ».

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En soutenant ainsi la filière nucléaire, François Bayrou est fidèle à ses convictions depuis longtemps. Ainsi, pendant la compagne présidentielle de 2002 (il n’avait pas franchi le premier tour), il a déclaré le 28 avril 2002, évoquant l’immobilisme du gouvernement de Lionel Jospin : « Il faut revoir les positions officielles qui condamnent l’énergie nucléaire […] qui est la seule production d’énergie qui supprime les rejets dans l’atmosphère. ».

Cela ne l’a cependant pas empêché, un an et demi plus tard, de ferrailler contre la Ministre de l’Industrie Nicole Fontaine, qui était issue du même parti que lui, mais qui avait rejoint l’UMP. Par l’intermédiaire d’un député UDF proche de François Bayrou, Jean Dionis du Séjour, l’UDF a en effet attaqué le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin sur la décision de construire un prototype de réacteur EPR (réacteur à eau pressurisée) lors d’une question le 19 novembre 2003 : « En prenant une telle position, le gouvernement a pris le risque de raviver le clivage archaïque qui existe entre le lobby pro-nucléaire et les associations antinucléaires. ».

À l’évidence, quelles qu’auront été les décisions des gouvernements successifs, ce clivage n’a aucune raison de s’éteindre dans la perspective de la transition écologique où la lucidité commande de voir que le nucléaire est le meilleur allié pour combattre les rejets en CO2.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
François Bayrou.
Le débat rayonnant sur le nucléaire.
François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
Andrei Sakharov.
Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Marie Curie.
La Corée du Nord selon Guy Delisle.
Fukushima, dix ans après.
Le syndrome de Hiroshima.
Tchernobyl (1986).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210324-bayrou.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/24/38884031.html








 

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