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25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 05:22

« Passé la quarantaine, allez, mettez, quarante-cinq ans, vous avez deux solutions : ou vous vous accrochez aux rôles qui font genre trente-cinq, trente-six ans, ou bien vous faites comme tout le monde et acceptez aimablement que quarante-cinq ans, ce soit plutôt sur la route des quarante-six que sur celle des quarante-quatre. » (Simone Signoret, 1975).



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L’actrice Simone Signoret est née il y a 100 ans, le 25 mars 1921. Ce centenaire ne semble pas beaucoup célébré, à part la chaîne Arte qui a proposé un excellent documentaire (voir plus loin), ainsi que quelques films avec elle. Dans mon titre, je n’ai pas voulu faire de jeu de mots en pensant à celui avec qui elle avait formé l’un des couples les plus célèbres du cinéma français, Yves Montand, mais plutôt au sens propre, elle était l’actrice de son propre temps, c’est-à-dire, de son propre âge et c’était, pour l’ancienne star qu’elle a été, tant en France qu’aux États-Unis (elle parlait dans un anglais parfait), très rare, très original.

Pourquoi il y a cet air de si grande familiarité avec Simone Signoret ? Sa voix, son regard, son ton. Une grand-mère… ou plutôt, une tante, ou une grand-tante dans le jeu des sept familles. Quelqu’un à l’esprit critique, à la crue lucidité, réaliste. Peut-être s’identifie-t-on trop facilement avec la victime ? Mais Simone Signoret n’a jamais été victime, elle ne s’est jamais laissé faire, ni laissé aller, enfin, si un peu, la vie l’a amenée à souffrir, mais elle a fait de sa vie ce qu’elle a voulu, une femme de caractère, une femme qui regardait droit même s’il y a eu des descentes vertigineuses dans les dédales de la noirceur.

Elle décrivait l’amour de sa vie ainsi : « Montand, il est formidable dans les grandes circonstances. S’il y a le feu, c’est lui qui trouve l’eau ; et si vous perdez votre sang, il saura vous faire un garrot. Il est l’homme des grandes occasions. Disons que dans les petites occasions, il lui arrive d’être un peu difficile, pour ne pas dire pénible. ».

Simone Signoret et Yves Montand se sont installés aux États-Unis pour une série de tournages (en 1959-1960). Ils fréquentaient notamment Arthur Miller et son épouse, Marilyn Monroe. Cette dernière, éprise d’Yves Montand, l’imposa comme partenaire dans le film "Le Milliardaire". Une relation s’est nouée entre Yves Montand et Marilyn Monroe mais Simone Signoret ne lui en a jamais voulu : « Le secret du bonheur en amour, ce n’est pas d’être aveugle, mais de savoir fermer les yeux quand il le faut. ».

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Une petite anecdote qui a été terrible pour Simone Signoret… à titre posthume (certes, elle s’en moque). La célébrité n’écarte pas ce genre de chose. Il y a une vingtaine d’années, j’ai assisté à la présentation des activités d’une star up. Je connaissais un peu les personnes en question, qui avaient démarré un projet passionnant. Mais j’ai eu mal pour Simone Signoret car la présentation, sans complaisance pour elle, a commencé en montrant une série de photographies d’elle au fil de ses âges.

Et là, la date qui tue. Car peut-être plus chez une femme que chez un homme (mais je dis cela en risquant d’être sexiste, ce que je réfute), une personne vieillit généralement très rapidement. Certains gardent un visage encore d’ado à 50 ans, d’autres sont vieux dès leurs 30 ans (surtout s’ils sont crâne d’œuf, mais ils n’y peuvent rien). Mais la transformation de la maturité est généralement assez rapide.

En montrant ces photos, le conférencier proposait de déterminer l’âge à partir duquel la célèbre actrice avait vieilli… d’un coup. Ce n’était pas très difficile car chez elle, hélas, c’est passé rapidement. L’âge dont je me souviens (mais mes souvenirs peuvent me jouer un tour), c’était 39 ans. 39 ans, c’est jeune, mais lorsqu’on fume, boit, prend des médicaments, etc., cela peut user plus rapidement. Cela se voit sur le visage, le regard. Elle n’était pas star, princesse, elle était la femme réelle, dans ses rôles.

Ces photos avaient pour but d’introduire la mission de l’entreprise, qui se proposait d’analyser des millions de données médicales récoltées depuis une trentaine d’années, pour définir des recommandations de vie quotidienne pour ne pas vieillir trop vite et préserver sa santé.

Simone Signoret a commencé comme une star mais heureusement, elle n’avait pas l’esprit des stars, des jeunes stars qui ne comprennent plus pourquoi elles vieillissent. Simone Signoret a accepté de vieillir, ou plutôt, car on ne voit que la face publique, elle a accepté de continuer à jouer malgré la vieillesse qui s’est éprise d’elle.

Par une sorte de destin joueur, Simone Signoret est née à Wiesbaden, en Allemagne, dans la zone occupée par la France à cette époque, où son père travaillait comme interprète (il fut après la guerre envoyer à Nuremberg pour "couvrir" le fameux procès).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a eu quelque temps pour professeure d’histoire à Vannes une certaine… Lucie Aubrac. Le père de Simone Signoret s’était engagé dans la Résistance dès juillet 1940, et elle, l’aînée, elle aidait sa mère à faire vivre la famille. Après un bref moment secrétaire d’un collaborateur notoire (parce que père d’une de ses amies), elle a commencé en 1942 à faire de la figuration au cinéma… puis en 1943, ce fut la rencontre d’Yves Allégret, puis en 1949, celle d’Yves Montand.

Dans son autobiographie publiée en 1975, Simone SIgnoret constatait : « Hitler est vraiment entré dans ma vie avec l’arrivée massive de petites Juives allemandes au cours secondaire. Quand les gens disent : "On ne savait pas ce qui se passait en Allemagne", je me demande comment ils ont fait, je ne sais pas quels yeux et quelles oreilles ils se sont bouchés ! À la maison débarquaient périodiquement des Juifs allemands. ».

C’est parce qu’elle a accepté son temps, son âge qu’elle est devenue une plus grande actrice qu’une simple "star". Dans l’excellent documentaire de Michèle Dominici ("Simone Signoret, figure libre"), on l’entend expliquer qu’on la comparait souvent à Jean Gabin. Pourquoi à un homme et pas à une femme ? Parce qu’il n’y avait pas de femme star qui acceptait de jouer des rôles de femmes mûres. Or, c’est ce qu’elle a fait dès le début de la quarantaine : « Si vous voulez vous accrocher aux personnages qui ont ému, fasciné, enchanté, ou bouleversé d’anciens adolescents aux fronts déjà un peu dégarnis qui vous assènent des "Ah la la, qu’est-ce que j’ai pu être amoureux de vous quand j’étais au lycée…", à vous de jouer… Mais jouer quoi ? Ils ne vont pas chez les chirurgiens esthétiques. Nous, nous pouvons y aller. Je ne crois pas que c’est le moment où nous choisissons d’y aller ou de n’y pas aller qui est déterminant pour les fameux cadeaux surplus-miracles que j’évoqués plus haut. Je n’y suis pas allée. Je n’y suis pas allée parce que je n’ai jamais été une star (…). Je n’ai (…) jamais eu le souci de perpétuer une image qui est souvent l’équivalent de la belle chanson qui fixe à jamais une période de la jeunesse. » (1975).

Au fil du temps, elle a pu ainsi interpréter des personnages plus profonds, plus intéressants, loin de ce star-system artificiel : « C’est très difficile d’être une star. Et c’est très difficile d’être une star à laquelle on reconnaît de moins en moins de talent, uniquement parce qu’elle est devenue une star. Alors, sans ce talent initial, elle ne serait pas devenue star. Et c’est très difficile de rester star. Et ça doit être terrible de cesser de l’être. » (1975).

Entre autres récompenses, elle a eu l’Oscar de la meilleure actrice en 1960 et le César de la meilleure actrice en 1978. Elle a laissé de très nombreux et excellents films, et n’en retenir que quelques-uns est forcément arbitraire, réducteur et injuste.

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Si elle a accédé à la notoriété avec "Casque d’or" de Jacques Becker (sorti le 12 mars 1952) aux côtés de Serge Reggiani et Claude Dauphin, et une adaptation d’un roman d’Émile Zola, "Thérèse Raquin" de Marcel Carné (sorti le 6 novembre 1953), je trouve que son meilleur film est sans aucun doute "Les Diaboliques" d’Henri-Georges Clouzot (sorti le 29 janvier 1955).

Ce film que j’éviterai de raconter car sa fin peut être inattendue (« Ne soyez pas diaboliques. Ne détruisez pas l’intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film. Ne leur racontez pas ce que vous avez vu ! » était indiqué au générique de fin), fait un jeu à trois dans un pensionnat scolaire : le directeur Paul Meurisse, avec sa femme Véra Clouzot (la femme du réalisateur), professeure d’anglais et malade, et l’éclatante Simone Signoret, professeure de latin et en liaison amoureuse (notoire) avec le directeur.

Simone Signoret domine le film du début à la fin, avec d’autres personnages secondaires très intéressants. En particulier Charles Vanel, qui joue le rôle du commissaire fouineur à l’apparence négligée, futur modèle pour le personnage du lieutenant Columbo, Michel Serrault, un autre prof, et on peut même y voir, dans de très petits rôles, Robert Dalban, Jean Lefebvre et Johnny Hallyday (un enfant du pensionnat).

S’il ne fallait citer que deux films, je prendrais, avec "Les Diaboliques", un film plus "mature", un formidable duo avec Jean Gabin, "Le Chat" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 24 avril 1971), une adaptation d’un roman de George Simenon, film très pessimiste sur l’amour vieillissant entre deux p’tits vieux haineux qui s’accrochent à leur maison destinée à être rasée pour faire place nette au futur quartier de La Défense. Il faut rajouter un troisième personnage, la patronne de l’hôtel, Annie Cordy, confidente de monsieur. Au-delà de cette confrontation entre deux "monuments" du cinéma français, il y a un incroyable témoignage de ces années de construction des années 1970, bien avant la crise et les chocs pétroliers.

S’il fallait en inclure trois autres, je rajouterais une adaptation d’un grand roman de Joseph Kessel, "L’Armée des ombres" de Jean-Pierre Melville (sorti le 12 septembre 1969), qui est un magnifique (et tragique) hommage aux résistants. Les principaux acteurs, autour de Simone Signoret, sont Lino Ventura, Paul Meurisse et Jean-Pierre Cassel (Serge Reggiani y tient un moindre rôle).

Avant-dernier choix, très politique, une adaptation d’un roman d’Artur London, "L’Aveu" de Costa-Gavras (sorti le 29 avril 1970), avec Yves Montand (aussi Jean Bouise, Michel Robin, etc.) dans une condamnation claire des procès staliniens (rappelons que le couple Signoret-Montand avait été communiste et était allé en URSS pour y parader).

Enfin, le cinquième et dernier film que je propose, lui aussi très connu, une adaptation d’un roman de Georges Simenon, "La Veuve Couderc" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 13 octobre 1971), avec Alain Delon, également Boby Lapointe et Jean-Pierre Castaldi.

Malade, Simone Signoret est morte à 64 ans le 30 septembre 1985. Yves Montand l’a rejointe dans sa tombe du Père-Lachaise quelques années plus tard. Le documentaire "Simone Signoret, figure libre" est rediffusé sur Arte le samedi 27 mars 2021 à 03 heures 55 et le dimanche 28 mars 2021 à 06 heures 55. Ou encore sur le site Internet de la chaîne de télévision.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Simone Signoret, figure libre", documentaire de Michèle Dominici, 2020.
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210325-simone-signoret.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/simone-signoret-une-femme-engagee-231856

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/02/17/38821261.html







 

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