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1 avril 2021 4 01 /04 /avril /2021 06:21

« Un an de peine, d’épreuves, où nous aurons été au moins 4 millions et demi à contracter la maladie et où bientôt 100 000 familles auront été endeuillées. Un an d’efforts pour tous. D’angoisses, de sacrifices. De fierté aussi et d’actes héroïques. Un an où, ensemble, nous avons résisté et appris. Un an où nous avons tenu. » (Emmanuel Macron, le 31 mars 2021).




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Annoncée le matin, l’allocution télévisée que le Président de la République Emmanuel Macron a prononcée ce mercredi 31 mars 2021 à 20 heures pendant vingt-cinq minutes, a eu le mérite de faire solennellement le point sur la crise sanitaire et de donner des perspectives, de « rebâtir ce chemin d’espoir, celui qui nous permettra de retrouver progressivement une vie normale » (on peut réécouter ou lire l’allocution ici). Sa parole devenait indispensable depuis le 28 mars 2021, quand une quarantaine de médecins hospitaliers décrivaient la situation catastrophique des services de réanimation avec risque de tri des patients (le mot "tri" a fait polémique).

Les commentaires journalistiques en réaction à cette allocution m’ont paru complètement hors-sol. Tout était bon de toute façon pour enfoncer la parole présidentielle, comme si les journalistes qui avaient prévu de partir en vacances en avril étaient en colère de ne plus pouvoir le faire. Ils ne regardaient que le bout de leurs libertés personnelles, ou encore "l’acceptabilité", étonnés de voir que 57% des sondés avaient été convaincus par le Président (chez Harris pour LCI).

Mais les considérations politiciennes n’ont pas cours avec une crise sanitaire d’une telle ampleur. Oublient-ils, ces journalistes, que chaque jour, autour de 300 personnes meurent du covid-19 ? Ce 31 mars 2021, ils étaient 303 à en mourir, et cela en fait au total 95 640, autant dire 100 000 dans quelques jours, hélas. 300 chaque jour, un crash de Boeing chaque jour. C’était cette image qu’ont employée les médecins qui ont ouvert la polémique sur le "tri" des patients. Peut-on rester indifférent à ce massacre ? C’était donc juste et heureux que le Président ait commencé son allocution sur cet élément essentiel.

Emmanuel Macron a voulu être équilibré. Le risque est donc d’être contesté des deux côtés, chez ceux qui prônent un confinement strict et chez ceux qui voudraient la réouverture de tout. Il a répondu aux médecins ainsi : « Il ne faut absolument pas céder à la panique ; nous avons conservé la maîtrise de la situation à l’hôpital. Cette situation est dure, beaucoup de services sont surchargés. Mais nous n’en avons pas perdu le contrôle. ». En même temps, il ne voulait pas être euphorique : « Nous ne devons pas non plus céder au déni, ce serait faux de dire que si nous ne faisions rien, les choses s’amélioreraient d’elles-mêmes, non ; alors nous nous placerions dans une situation délicate, de potentielle saturation de tout le pays. ».

Emmanuel Macron a donc tenté, au début de son intervention, de justifier sa politique et son choix, le 29 janvier 2021, de ne pas reconfiner le pays. Il a expliqué que deux mois avaient été gagnés, mais gagnés par  qui ? Par les 20 000 personnes décédées pendant cette période ? Ce qui paraît en revanche possible, c’est qu’un confinement de deux mois (en février et mars 2021) n’auraient pas empêché la remontée de maintenant. C’est ce qui se passe en Allemagne, aussi en Italie.

Dans cette politique du 29 janvier 2021, il a énuméré les trois principes qui l’avaient inspiré : la sécurité (« ne jamais transiger sur la santé des Françaises et des Français »), l’équilibre (« prendre en compte les conséquences des restrictions ») et la responsabilité (« faire confiance »).

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L’infléchissement de cette politique a eu lieu le 18 mars 2021 avec la mise sous confinement léger de seize puis dix-neuf départements. Mais, l’infléchissement a été insuffisant : « Deux semaines après la mise en place de ces mesures, les chiffres sont clairs. Oui, cette stratégie a eu des premiers effets. Mais très clairement, ces efforts restent trop limités au moment où l’épidémie accélère. ».

Les mesures prises le 18 mars 2021 ne semblent pas être vraiment efficaces. Pas de baisse du nombre de nouveaux cas, nous en sommes toujours à plus de 40 000 quotidiens. Plus il y a de cas, plus il y a d’hospitalisations et d’occupations de lit en réanimation (actuellement 5 053, dépassant le pic de novembre 2020), plus il y a malheureusement de décès.

Pour cette raison, Emmanuel Macron a pris la décision d’élargir le confinement léger à tout le territoire métropolitain. Dès lors que la situation est critique dans la plupart des départements, il n’y avait plus de raison de territorialiser. Notons que ce fut la même chose en octobre 2020. Prise ainsi, la mesure n’aura probablement pas plus d’efficacité que localement. On peut comprendre la colère des médecins hospitaiers qui ont exprimé leur colère après l’allocution. Leur colère permet même au chef de l’État de démontrer qu’il reste équilibré et qu’il n’a pas opté pour un confinement dur. En clair, qu’il est resté libre de sa politique et qu’il ne la définit pas sous la pression de médecins qui ont voulu manipuler "l’opinion publique".

La philosophie générale du 31 mars 2021 n’est donc pas punitive : « Très clairement, nous faisons le choix de la confiance. Nous faisons le choix de la responsabilité, et, si je puis dire, de la respiration. ». On peut donc être amené à penser que les contrôles policiers ne se feront que pour empêcher les rassemblements nombreux, festifs et la consommation d’alcool sur voie publique.

À mon sens, cette décision de généraliser les mesures du 18 mars 2021 sur tout le territoire va peu impacter sur la circulation du virus. En revanche, une autre décision, beaucoup plus importante, et grave sur le plan symbolique, va, à mon sens, être efficace : la fermeture des écoles au mois d’avril 2021.

La semaine du 5 au 9 avril est réservée aux cours en distanciel (rappelons que cette semaine contient le lundi 5 qui est le lundi de Pâques), puis deux semaines de vacances scolaires, sans zones, pour tout le pays, enfin, la quatrième semaine, les écoles seront rouvertes mais pas les lycées et collèges avec cours en distanciel. Bref, ce qui avait été fortement conseillé pour les vacances de février va être appliqué aux vacances d’avril.

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L’intérêt d’utiliser les vacances scolaires dans la fermeture des écoles, c’est de ne pas trop impacter sur la scolarité des enfants. Il y a des études contradictoires sur la capacité de faire circuler le virus par les écoles. C’est en tout cas l’une des causes, car il y a ensuite contamination de la famille (dans les deux sens, soit l’enfant contamine sa famille en rentrant chez lui, soit un adulte de la famille l’a contaminé et l’enfant contamine ensuite d’autres camarades de classe).

La vraie efficacité provient des conséquences secondaires : dès lors que les enfants sont à la maison, les adultes devront aussi y être. Soit ils seront obligés de faire du télétravail, soit ils seront en chômage partiel, notamment quand s’occuper de ses enfants prendra trop de temps dans la journée pour pouvoir travailler. C’est cet effet secondaire sur le travail des adultes qui est intéressant, car cela confinera beaucoup de parents d’élèves à leur domicile. Cela réduira les interactions sociale, donc freinera la circulation du virus.

Mais là aussi, le mot "confiner" est mal adapté, car rien n’empêchera de sortir autant de temps que voulu à l’extérieur, avant le couvre-feu de 19 heures, dans la limite des 10 kilomètres, sans attestation de déplacement (qui reste nécessaire pour des déplacements de plus de 10 kilomètres).

Inquiet par la hausse continue du nombre de contaminations depuis cinq ou six semaines, j’étais donc plutôt favorable à un confinement strict, plutôt strict et court que léger (comme aujourd’hui) et long. Mais la proposition d’Emmanuel Macron me paraît équilibrée et raisonnable. Et habile, puisqu’il ne s’agit pas de reconfiner comme en mars 2020, tout en étant efficace. Le reconfinement des parents d’élèves va réduire considérablement les déplacements (ce qui n’était pas le cas avec les mesures du 18 mars 2021 ; en région parisienne, la première semaine, il n’y a eu une baisse que de 5% des déplacements en région parisienne, trop faible pour avoir un effet sur la circulation du virus).

Les autres mesures présentées par Emmanuel Macron semblaient plutôt incantatoires. Augmenter le nombre de lits en réanimation : j’imagine que les hôpitaux n’ont pas attendu la parole présidentielle pour faire tout leur possible pour accueillir dans les meilleures conditions les malades. Renforcer la campagne de vaccination, samedi dimanche compris : j’imagine aussi que cette volonté dépend avant tout de l’approvisionnement des doses de vaccins. Ce qui est clair, c’est que dans quelques mois, nous n’aurons plus de tension, comme ce fut le cas aussi avec les masques et les tests PCR. Il faut quelques mois pour construire les lignes de production.

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Sur le calendrier vaccinal, après le 27 mars 2021 pour les 70-75 ans, la vaccination sera ouverte aux 60-70 ans à partir du 16 avril 2021, aux 50-60 ans à partir du 15 mai 2021 et aux 18-50 ans à partir du 15 juin 2021. C’est parce qu’il y a la perspective de la vaccination que les mesures de restriction sanitaire sont acceptables. 8,5 millions de personnes ont reçu au moins une dose de vaccin, c’est déjà beaucoup (13% de la population totale), et l’objectif des 10 millions au 15 avril 2021 paraît largement réaliste.

À l’issue de cette allocution, beaucoup de commentateurs ont conclu qu’Emmanuel Macron restait droit dans ses bottes et se refusait à dire qu’il aurait pu se tromper. C’est pourtant faux, ils n’ont pas écouté jusqu’au bout le Président de la République : « Je sais qu’il y a beaucoup de lassitude, de fatigue. Je sais qu’il y a aussi parfois de l’énervement, de l’emportement, et c’est bien normal. Je sais qu’à chaque étape de cette épidémie, nous pouvions nous dire que nous aurions pu faire mieux. Nous avons commis des erreurs. Tout cela est vrai. ». Pour poursuivre : « Mais je sais une chose : nous avons tenu, nous avons appris et nous nous sommes à chaque fois améliorés. ».

Concrètement, pour ceux qui habitent dans les dix-neuf départements concernés par les mesures du 18 mars 2021 et qui n’ont pas d’enfants scolarisés, les mesures du 31 mars 2021 n’auront aucun impact. La nationalisation des limitations de déplacement me paraît raisonnable dès lors que la circulation du virus s’accélère partout en France. La fermeture des écoles pendant le mois d’avril 2021 est la mesure la plus importante, et j’ose croire qu’elle sera efficace par le fait que les parents resteront chez eux pour garder leurs enfants.

Pour ceux qui ont des enfants scolarisés, la vie va être évidemment bouleversée. C’est sur eux que portera l’essentiel de l’effort national demandé. Qu’ils en soient ici vivement remerciés !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Le "chemin d’espoir" d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 mars 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron sera-t-il un Président réformateur ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron pour les vœux 2021, le 31 décembre 2020 à Paris (texte intégral et vidéo).
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron en hommage à Valéry Giscard d’Estaing, le 3 décembre 2020 à Paris (texte intégral et vidéo).
Discours du Président Emmanuel Macron sur la lutte contre le séparatisme, le 2 octobre 2020 aux Mureaux (texte intégral).
Emmanuel Macron : 43 ans en quarantaine.
Écologie : un référendum, pourquoi pas ?
Le calendrier de l’Avent du Président Macron.
Emmanuel Macron et l’électrochoc du confinement nocturne.

_yartiMacron2021033105



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210331-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/le-chemin-d-espoir-d-emmanuel-232013

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/31/38895153.html






 

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