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2 avril 2021 5 02 /04 /avril /2021 03:26

« Le Seigneur nous a-t-il abandonné ? Pourquoi, malgré toutes ces prières, n’intervient-il pas ? Pourquoi laisse-t-il le virus se propager de façon aussi sournoise ? Ces questions bousculent notre foi au milieu du drame que nous traversons. » (Mgr Philippe Marsset, 7 avril 2020).


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Ces paroles angoissantes de Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire de Paris depuis le 18 mai 2019, ont été dites il y a un an déjà et à l’époque, on se doutait peu que la pandémie de covid-19 provoquerait en treize mois près de 100 000 morts en France et près de 3 millions de morts dans le monde.

Ce vendredi 2 avril 2021 est le Vendredi Saint pour les chrétiens, et ce jour commémore la mort du Christ. Fils du Dieu sauveur (d’où l’acronyme ichthus, en grec, qui signifie poisson), mais incapable de se sauver lui-même, sur la Croix. Deux jours plus tard, il ressuscite d’entre les morts. Pâques commémore cet acte de foi, la Résurrection, c’est-à-dire la victoire de la vie sur la mort. En ce sens, Pâques est une fête plus importante que Noël pour les chrétiens, même si c’est une fête moins "fêtée" dans la mesure où elle est moins consumériste (si l’on oublie les chocolats et les œufs en sucre !).

Au contraire de l’an dernier, où Pâques 2020 fut noyée dans le premier confinement, très sévère, Pâques 2021 permet une trêve que n’a pourtant pas signée le virus. En effet, dans son allocution du 31 mars 2021, le Président Emmanuel Macron a annoncé tolérer exceptionnellement les déplacements interrégionaux pendant le week-end de Pâques pour pourvoir nous installer là où bon nous semblerait pendant au moins quatre semaines de semi-confinement, avec écoles fermées. Évidemment, la possibilité d’assister à la messe de Pâques (ou à la "veillée pascale" qui se fera très tôt cette année à cause du couvre-feu) permet aux chrétiens de vivre leur foi en communion, dans les conditions sanitaires strictes (avec pour jauge un banc sur deux, avec espace sur un même banc, etc.). Noël 2020 avait aussi obtenu une exception, celui de ne pas appliquer le couvre-feu la nuit du 24 au 25 décembre 2020, afin d’assister aux messes de Noël.

Dans la liturgie ou dans les Évangiles, il y a des paroles qui résonnent plus que d’autres. J’avais évoqué il y a deux ans cette parole importante : "Dis seulement une parole et je serai guéri". Je propose ici d’évoquer cette parole du Christ très forte : "Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ?". C’est, selon les Évangiles de saint Marc (15, 34) et de saint Matthieu (27,46), la dernière parole de Jésus-Christ avant d’expirer son dernier souffle sur la Croix. C’est une phrase qui a été prononcée en araméen.

En ces temps de cauchemar épidémique, cette question sur l’abandon de Dieu peut faire sens et rappelle le terrible trio : Dieu est bon, Dieu est tout-puissant et le Mal existe. L’une des réponses à cet illogisme, c’est la liberté : Dieu laisse aux humains leur entière liberté, de faire ou défaire, de faire le bien ou de faire le mal. Mais où est la liberté humaine dans la propagation d’un virus issu de la nature , ou du moins, d’une nature plus ou moins contrôlée par l’humain ? Serait-ce seulement un hasard ? Mais le hasard est-il compatible avec le dessein divin ? Ou serait la vengeance de Dieu ?

J’écarte évidemment la dernière assertion car pourquoi Dieu voudrait-il se venger alors que pour lui, tout humain est "rédemptable", c’est-à-dire, tout humain peut se racheter et s’améliorer, même les plus cruels.

Mais le hasard ? a-t-il bon dos dans la longue chaîne de l’Évolution ? L’apparition de l’homo sapiens est-elle un hasard du développement d’une vie improbable ou un aboutissement divin ? "Le Hasard et la Nécessité", célèbre essai publié en 1970 par le biologiste Jacques Monod, Prix Nobel de Médecine, emprunte à Démocrite : « Tout ce qui existe dans l’univers est le fruit du hasard et de la nécessité. ».

Je doute que l’humain d’aujourd’hui soit l’aboutissement d’une œuvre divine, ou alors, il s’est trompé dans ses plans. Nous sommes trop imparfaits pour être un aboutissement. Peut-être simplement un "moyen" (dans les deux sens du mot, "manière" et "modéré") pour aller de l’alpha à l’oméga de la vie ?

De cette phrase désespérée du Christ, j’y vois beaucoup de choses. D’abord, une très grande humilité : même celui qui se prétend fils de Dieu ne contrôle rien de l’œuvre de création. C’est quasi-incroyable, un petit air de docteur Frankenstein. Humilité aussi dans l’impuissance, puisqu’il ne peut pas se libérer de la Croix, il doit laisser s’accomplir son destin, ce qui est quasiment du fatalisme suprême.

J’y vois aussi une peur de la liberté totale. Finalement, lorsqu’on est complètement libre, on n’a plus de protecteur, on n’a plus de protection, on doit se débrouiller tout seul, et surtout, on doit être responsable. Comment ne pas assimiler l’État à Dieu dans une République dont les citoyens attendent tant de leurs gouvernants ? On a parlé d’infantilisation mais peut-être que celle-ci est demandée, réclamée.

Le professeur Jacques Monod écrivait : « Le hasard pur, le seul hasard, liberté absolue mais aveugle, à la racine même du prodigieux de l’Évolution, cette notion centrale de la biologie moderne n’est plus aujourd’hui une hypothèse (…). Elle est la seule concevable (…). ».

J’y vois enfin le chemin de la confiance. Oui, lorsqu’il souffre le martyre sur la Croix, le Christ se range de l’avis de ses tortionnaires : il croit qu’il est perdu, qu’il va périr et que sa mort sera définitive. En somme, il ne croit plus, la Croix l’empêche de croire, il croit comprendre que tout est fini, que c’était juste un doux mythe. C’est pour cela que la Résurrection change tout : la vie renaît de la mort. C’est aussi incroyable qu’enfanter sans relation charnelle.

La Résurrection, c’est l’humain fait Dieu, tous les humains s’agglutinant à Dieu. C’est comme l’ADN, une unicité pour une différentiation. Un Être multiple.

Incroyable, et pourtant, il a bien ressuscité. En tout cas, des témoignages l’affirment et même si on peut, sur le plan de la science historique, établir certains faits, l’idée de Résurrection est elle-même un acte de foi impossible à démontrer. Le Suaire de Turin, à cet égard, n’apporterait aucune réponse à cette question, même s’il était vrai (ce qui semblerait assez incertain).

Ramenée à notre petite vie quotidienne (j’allais ajouter "misérable" mais aucune vie n’est misérable, toute vie est précieuse et c’est pour cela qu’une épidémie est si désastreuse aussi sur le plan moral et psychologique), cette interrogation est aussi une remise en cause de la confiance en l’autre, de l’amour de l’autre. En quelque sorte, on pourrait presque traduire l’interpellation par : "M’aimes-tu encore ?".

Dire "Pourquoi m’abandonnes-tu ?", c’est considérer comme certain l’abandon, et se considérer comme trahi : je t’ai cru et tu n’as pas été à la hauteur. Mais dans les Évangiles, cette question est erronée, c’est une erreur de croire que le Christ, et plus largement, que les êtres humains sont abandonnés à leur triste sort. La Résurrection vient montrer que la vie peut résister, d’une manière ou d’une autre. Qu’on ne les lâche pas.

La méditation de Mgr Philippe Marsset réaffirme que la Semaine Sainte (qui va du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques) est l’occasion de rappeler notre condition humaine qui est d’abord celle d’un mortel : « Quand l’Évangile dit "il faut que le Fils de l’homme meurt", il ne dit pas une obligation, une contrainte sacrificielle, il dit une nécessité spirituelle de rédemption, de salut. Le premier drame de la vie humaine est qu’elle a une fin terrestre : la mort, injustice majeure. Et le deuxième drame, c’est qu’à l’intérieur même de notre condition mortelle, nous sommes capables de produire de la mort physique (le malheur) et spirituelle (le péché). ».

Et il insiste : « Nous n’ajoutons pas de la souffrance à sa souffrance, nous croyons que ce que nous vivons est une participation, un prolongement dans notre chair de son signe à Lui. ».

Croire à l’abandon, c’est douter, et c’est vrai que dans la situation sanitaire actuelle, si compliquée, si entremêlée d’injonctions paradoxales, comment ne pas douter pour la comprendre et surtout la gérer ? Et après tout, ne pourrait-on pas faire le parallèle entre cette question angoissante du Christ quelques secondes avant sa mort et le premier cri du fœtus apprenti bébé particulièrement anxieux de se voir expulser du confortable utérus maternel pour vivre une nouvelle vie et désormais sa propre vie ?

« L’ancienne alliance est rompue ; l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. » (Jacques Monod, 1970).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


(Les deux illustrations sont des tableaux de Salvador Dali).


Pour aller plus loin :
Pourquoi m’as-tu abandonné ?
Les messes à l’épreuve du covid-19.
Edmond Michelet bientôt béatifié ?
Mgr Jacques Gaillot.
Mgr Philippe Barbarin.
Mgr Albert Decourtray.
Mgr Jean-Marie Lustiger.
De la théocratie à la démocratie laïque.
Charles Péguy.
Étienne Borne.
Marc Sangnier.
Saint Jean-Paul II, le pape de la foi et de la raison.
Jeanne d’Arc.
L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
Benoît XVI.
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Pierre Teilhard de Chardin.
L’encyclique "Fides et ratio" du 14 septembre 1998.
Le pape François.
L’abbé Bernard Remy.
Mgr Roger Etchegaray.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Miss Corny.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Jean-Marie Vianney.
Abbé Pierre.
La "peur" de saint Jean-Paul II.
Notre-Dame de Paris : la flèche ne sera pas remplacée par une pyramide !
Dis seulement une parole et je serai guéri.
Maurice Bellet, cruauté et tendresse.
Réflexions postpascales.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210404-paques.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/pourquoi-m-as-tu-abandonne-232040

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/01/38897495.html







 

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